Un accord secret signé à Pékin
Tout commence par un document. Selon l’enquête de Reuters publiée en mai 2026 — citée et validée par Kallas elle-même — un accord militaire bilatéral russo-chinois a été signé à Pékin le 2 juillet 2025. Ce document, rédigé en russe et en chinois, détaillait les modalités d’un programme de formation croisée : des militaires russes seraient entraînés sur des bases de l’Armée populaire de libération (APL) en Chine, tandis qu’un contingent de soldats chinois recevraient une formation en Russie. Ce que les sources d’intelligence ont souligné comme particulièrement significatif : c’est la formation des Russes sur sol chinois qui constituait le véritable saut qualitatif dans la coopération entre les deux armées.
L’accord prévoyait l’accueil d’environ 200 militaires russes dans des installations militaires situées notamment à Pékin et dans la ville de Nanjing, à l’est de la Chine. Selon le journal allemand Die Welt, qui a également enquêté sur ce dossier en citant des sources indépendantes, la formation s’est en réalité étendue à six sites militaires différents à travers le territoire chinois. Les participants appartenaient à des grades variés, allant du sergent-chef au lieutenant-colonel — une gamme qui couvre à la fois les combattants de terrain et les cadres capables de transmettre ensuite ces connaissances dans la chaîne de commandement russe.
Des formations axées sur les armes décisives du conflit
Le contenu des formations est particulièrement révélateur des priorités militaires russes en Ukraine. Selon les documents examinés par Reuters et les sources des agences de renseignement européennes, les programmes couvraient notamment : l’utilisation des drones FPV et de plusieurs types de systèmes aériens sans pilote, la guerre électronique et les systèmes anti-drones, l’aviation militaire, les opérations d’infanterie blindée, ainsi que le déminage et la neutralisation d’engins explosifs improvisés. Une session de formation à l’université militaire d’ingénierie de l’APL a notamment porté sur les explosifs et les techniques de désamorçage. Une autre, au centre de formation en aviation militaire de l’APL, utilisait présentations multimédias et simulateurs de vol pour l’entraînement aux drones.
La présence de membres du bataillon Rubicon parmi les stagiaires est particulièrement significative. Rubicon est une unité d’élite russe spécialisée dans la guerre par drones, active sur le front ukrainien. Selon Die Welt, après avoir achevé leur formation en Chine, des dizaines de membres de cette unité et d’autres stagiaires ont pris part à des opérations de combat en Ukraine au début de l’année 2026, certains occupant des postes de commandement. Une agence de renseignement européenne citée par Reuters a précisé avoir identifié des militaires russes ayant suivi cette formation, et confirmé leur participation ultérieure à des opérations de combat par drones en Crimée occupée et dans la région de Zaporijjia.
On parle souvent de la guerre des drones comme d’une révolution technologique abstraite. Mais ces chiffres lui donnent un visage concret et troublant. Des soldats russes sont allés se former dans des bases militaires chinoises, ont appris à piloter des FPV, ont été initiés aux techniques de guerre électronique qui brouillent et détruisent les drones ukrainiens, puis sont retournés tuer des Ukrainiens en Crimée et à Zaporijjia. La Chine n’a pas seulement fourni des composants. Elle a formé des tueurs. La nuance est immense, et l’Occident ferait bien de l’intégrer dans sa stratégie globale face à Pékin.
Le rôle des services de renseignement européens
Trois agences, des documents, une conviction partagée
L’un des aspects les plus solides de cette affaire est la pluralité des sources de renseignement qui ont contribué à établir les faits. Reuters a cité trois agences de renseignement européennes distinctes dans son enquête de mai 2026. Ce nombre n’est pas anodin : dans le monde du renseignement, la corroboration par plusieurs services indépendants est un indicateur de fiabilité élevée. Ces trois agences n’ont pas seulement partagé des soupçons ou des suppositions — elles avaient accès à des documents examinés directement par les journalistes de Reuters, notamment l’accord bilatéral russo-chinois du 2 juillet 2025 et des documents militaires russes internes décrivant les sessions de formation.
Un haut responsable de l’UE, cité par Radio Free Europe/Radio Liberty et repris par Militarnyi le 12 juin 2026, a été particulièrement explicite sur la nature de ce qui a été découvert : « Nous avons déjà confirmé, ou sommes en train de confirmer, que la Chine a entraîné des soldats russes, dont certains ont été directement impliqués dans la guerre contre l’Ukraine. D’après les chiffres que j’ai vus, nous parlons de centaines de personnes. » Ce même responsable a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un soutien indirect, mais d’un entraînement direct de personnel militaire — une distinction cruciale sur le plan du droit international et des implications diplomatiques.
Ce que les documents internes révèlent de plus
Les documents militaires russes internes examinés par Reuters décrivent plusieurs sessions de formation distinctes tenues dans des installations militaires chinoises entre novembre et décembre 2025. Un cours aurait formé des soldats russes à l’utilisation combinée de drones et de mortiers de 82 mm, une combinaison redoutable sur le champ de bataille ukrainien, où les artilleurs utilisent désormais des drones pour guider leurs tirs. Une autre session portait sur les fusils de guerre électronique anti-drones et les systèmes de défense aérienne rapprochée — des équipements que la Russie utilise massivement pour neutraliser les drones ukrainiens. Plusieurs des militaires russes formés en Chine étaient eux-mêmes des instructeurs militaires capables de redistribuer ce savoir-faire dans la chaîne de commandement russe, multipliant ainsi l’effet de la formation initiale.
L’Ukrainska Pravda, qui a publié une enquête le 12 juin 2026 citant un haut responsable européen à Bruxelles, a rapporté un détail supplémentaire d’importance : ces informations contredisent ce que la partie chinoise avait précédemment communiqué à l’Union européenne. En d’autres termes, Pékin avait menti aux diplomates européens. C’est précisément cette contradiction entre les assurances données par la Chine et les preuves accumulées par les services de renseignement qui a poussé Kaja Kallas à faire une déclaration publique le 15 juin, plutôt que de traiter l’affaire uniquement par les canaux diplomatiques discrets.
Ce détail — que la Chine avait menti à l’UE en face-à-face — est pour moi le plus révélateur de toute cette affaire. Ce n’est pas seulement que Pékin aide Moscou. C’est que Pékin ment délibérément à ses interlocuteurs européens tout en continuant de se présenter comme un partenaire commercial stratégique et un acteur de la paix mondiale. Cette duplicité systémique devrait être au cœur de toute réévaluation occidentale de la relation avec la Chine. On ne négocie pas de bonne foi avec quelqu’un qui vous regarde dans les yeux et vous ment.
La réaction de Pékin : le manuel du déni
Une réponse prévisible et creuse
La réponse de Pékin aux déclarations de Kaja Kallas a suivi le manuel habituel du déni chinois face aux accusations gênantes. Le 16 juin 2026, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré lors d’une conférence de presse régulière à Pékin : « Les affirmations en question n’ont aucune base factuelle. Ce ne sont que de pures calomnies et diffamations. » Pas d’explication. Pas de contre-preuves présentées. Pas de demande d’enquête conjointe pour établir la vérité. Juste une négation catégorique, formulée dans le langage de l’indignation diplomatique contrôlée que Pékin utilise systématiquement face aux accusations compromettantes.
Ce n’était pas la première fois que la Chine niait. En mai 2026, lorsque Reuters avait publié son enquête initiale, le ministère des Affaires étrangères chinois avait déjà affirmé que ces informations constituaient « une tentative de faire porter à la Chine la responsabilité de la guerre » et que Pékin maintenait « une position objective et impartiale sur la crise ukrainienne ». La même semaine où Kallas faisait sa déclaration, la Chine organisait à Pékin la cérémonie d’ouverture d’un programme de formation co-organisé avec les Nations unies sur le contrôle des armes légères — une coïncidence de calendrier qui illustre parfaitement la stratégie de façade que Pékin cultive : afficher une image de partenaire responsable pour la paix internationale tout en alimentant, dans l’ombre, la machine de guerre de Moscou.
La Russie, le grand absent
L’attitude de Moscou face à cette affaire est presque aussi révélatrice que celle de Pékin. La Russie n’a pas directement répondu aux déclarations de Kaja Kallas du 15 juin 2026. Ce silence n’est pas anodin. Dans l’architecture de désinformation du Kremlin, le silence stratégique est souvent préféré à la négation franche, notamment lorsque la négation serait trop facilement démentie par des preuves documentées. En ne niant pas, Moscou évite d’alimenter davantage le débat et laisse à Pékin la charge de la défense — une répartition des rôles qui révèle la profondeur de la coordination entre les deux capitales.
Notons également que l’accord du 2 juillet 2025 prévoyait une formation réciproque : des militaires chinois devaient également recevoir une instruction en Russie. Selon plusieurs sources, environ 600 soldats chinois se sont rendus en Russie l’année dernière pour recevoir une formation en guerre blindée, opérations d’artillerie et systèmes de défense aérienne. Ce volet est moins médiatisé, mais il révèle que cet accord n’était pas une faveur unilatérale de la Chine à la Russie — c’était un échange de compétences militaires mutuellement bénéfique, dans lequel Moscou transmettait à l’APL des leçons de combat réel acquises sur le front ukrainien, le laboratoire de guerre le plus intense de l’après-Guerre froide.
Le fait que 600 soldats chinois soient allés s’entraîner en Russie n’est presque pas mentionné dans les grands médias occidentaux. Pourtant, c’est peut-être le détail le plus stratégiquement inquiétant de toute cette affaire. La Chine n’est pas en train de simplement rendre service à un partenaire en difficulté. Elle est en train d’absorber les leçons d’une guerre totale moderne, avec drones, guerre électronique et combat urbain, pour les incorporer dans sa propre doctrine militaire. En vue de quoi ? La réponse, tout le monde la connaît : Taïwan.
Les preuves matérielles : les drones et les composants chinois
65 % des composants étrangers dans les drones russes : le chiffre accablant
L’entraînement de soldats russes en Chine s’inscrit dans un contexte de dépendance militaire russe croissante envers les industries chinoises. En mai 2026, des analyses techniques ont établi que les composants d’origine chinoise représentaient désormais 65 % de l’ensemble des composants étrangers trouvés dans les drones Shahed russes — dépassant pour la première fois les pièces américaines, désormais minoritaires dans ces engins de destruction. Cette statistique illustre la substitution progressive des technologies occidentales par des alternatives chinoises dans l’arsenal russe, au fur et à mesure que les sanctions occidentales mordent et que Moscou se tourne résolument vers Pékin.
L’entreprise Shenzhen Minghuaxin et la société Xinxiang Richful Lubricant Additive Company figurent parmi les acteurs chinois directement sanctionnés par l’UE le 15 juin 2026 — le même jour que la déclaration de Kallas. La première était accusée de fournir des composants de drones à l’armée russe, la seconde d’approvisionner les forces russes en additifs chimiques pour lubrifiants mécaniques utilisés dans les véhicules militaires. Ces sanctions, incluses dans le paquet restreint de mesures restrictives de l’UE adopté ce jour-là, ciblaient au total des entreprises dans plusieurs pays, dont deux fabricants basés en Chine continentale et deux sociétés de transport maritime basées à Hong Kong.
Un réseau de contournement sophistiqué
Le soutien matériel chinois à l’effort de guerre russe ne passe pas uniquement par des livraisons directes. David O’Sullivan, coordinateur des sanctions de l’UE, a déclaré début juin 2026 à Euronews que la Chine maîtrisait parfaitement l’art du « backfilling » — un processus par lequel des producteurs locaux remplacent progressivement les biens précédemment fournis par des partenaires internationaux désormais soumis à sanctions. Ce mécanisme couvre des domaines allant des biens de consommation courante aux équipements militaires de haute technologie, notamment les composants électroniques utilisés dans les drones, missiles et boucliers d’artillerie. Selon O’Sullivan, la Chine constitue un défi majeur pour l’efficacité des sanctions européennes contre la Russie.
Un rapport publié en juillet 2025 par Reuters avait déjà révélé un exemple concret de ce contournement : des entreprises chinoises livraient secrètement des moteurs au fabricant russe d’armes d’État IEMZ Kupol, en les faisant passer pour des « unités de réfrigération industrielle » pour tromper les douanes. Ces livraisons avaient permis à IEMZ Kupol d’augmenter significativement sa production du drone d’attaque Garpiya-A1, utilisé contre des cibles militaires et civiles en Ukraine. Derrière la façade de la neutralité, une chaîne logistique de complicité active.
Ce qui me frappe dans cette architecture de soutien chinois, c’est sa systématicité. Ce n’est pas le fait d’une poignée d’entreprises voyous opérant dans des zones grises. C’est une politique cohérente : fournir des composants, contourner les sanctions, former des soldats, absorber les leçons de combat. Chaque maillon renforce le suivant. Et pendant ce temps, certains en Occident s’interrogent encore sur l’opportunité d’une confrontation économique avec Pékin. La confrontation, elle, a déjà commencé — de l’autre côté.
La position de l'UE : de la précaution à la confrontation
Un tournant dans la rhétorique européenne
La déclaration de Kaja Kallas du 15 juin 2026 représente un tournant significatif dans la manière dont l’Union européenne s’adresse publiquement à la Chine sur la question ukrainienne. Pendant des mois, voire des années, les responsables européens avaient choisi les voies diplomatiques discrètes, les avertissements feutrés, les appels au dialogue. Cette prudence répondait à une réalité économique : la Chine est le premier partenaire commercial de l’UE, et une confrontation ouverte aurait des répercussions économiques considérables. Mais la patience a des limites. Quand les services de renseignement de plusieurs États membres ont atterri sur les bureaux des ministres avec des preuves documentées d’entraînement militaire direct, le silence diplomatique n’était plus tenable.
L’UE avait adopté son vingtième paquet de sanctions contre la Russie en juin 2026, ciblant 56 entreprises impliquées dans la production et la livraison de biens militaires utilisés sur le champ de bataille ukrainien — dont un grand nombre d’entreprises chinoises. Ce paquet de sanctions illustre l’évolution du consensus européen : Pékin n’est plus considéré comme un tiers neutre mais comme un facilitateur actif de l’agression russe. La question qui se pose désormais à Bruxelles est celle des implications — terme utilisé par Kallas elle-même — c’est-à-dire des mesures supplémentaires que l’UE pourrait prendre face à cette complicité militaire avérée.
Les divisions internes et les calculs économiques
Pour autant, l’Europe n’est pas unie sur la marche à suivre face à la Chine. Certains États membres, notamment ceux dont les exportations vers la Chine sont importantes, rechignent à pousser la logique des sanctions jusqu’à son terme. D’autres, à l’est de l’Union — pays baltes, Pologne, Tchéquie — plaident depuis longtemps pour une approche bien plus ferme vis-à-vis de Pékin. La confirmation de l’entraînement militaire par Kallas donne de nouveaux arguments aux partisans de la dureté, mais elle ne résout pas les tensions internes entre souverainisme économique et solidarité géopolitique. Ce débat se jouera dans les prochains mois, au fur et à mesure que l’UE évaluera les implications annoncées par sa cheffe de la diplomatie.
Un élément complique encore le tableau : l’Allemagne, première économie de l’UE, traverse elle-même une période de redéfinition de sa politique vis-à-vis de la Chine. Berlin a pris conscience — tardivement — de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et cherche à ne pas reproduire la même erreur stratégique avec la Chine. Le gouvernement allemand a d’ailleurs été l’un des plus actifs dans les enquêtes de renseignement sur la formation de soldats russes en Chine, et Die Welt a joué un rôle pionnier dans la révélation de ce dossier en Allemagne.
Je comprends les contraintes économiques qui pèsent sur les capitales européennes face à Pékin. Vraiment. Mais je me souviens d’avoir entendu exactement les mêmes arguments sur la Russie et le gaz naturel, jusqu’au 24 février 2022. L’Europe a payé le prix de ses illusions sur Poutine. Elle ne peut pas se permettre de répéter la même erreur avec Xi Jinping. Les preuves de complicité militaire directe sont sur la table. L’heure n’est plus aux calculs de court terme — c’est une question de survie stratégique à long terme.
Kaja Kallas : la voix d'une Europe qui s'éveille
L’ancienne Première ministre d’un pays qui connaît la Russie
Kaja Kallas n’est pas une technocrate bruxelloise déconnectée des réalités de la guerre. Ancienne Première ministre de l’Estonie — un pays qui partage une frontière avec la Russie et dont l’histoire est marquée par l’occupation soviétique — elle est arrivée à la tête de la diplomatie européenne avec une compréhension viscérale de la menace russe et une absence totale d’illusions sur les intentions de Poutine. Sa déclaration du 15 juin 2026 n’était pas le fruit d’une improvisation ou d’un calcul politique. Elle était le produit d’une conviction profonde, étayée par des preuves solides, que l’UE avait le devoir de nommer les choses clairement.
La formulation choisie par Kallas — « Beijing reste un catalyseur décisif de la guerre de la Russie contre l’Ukraine » — est l’une des déclarations les plus directes qu’un responsable de l’UE ait faites sur la Chine depuis le début du conflit. Elle met fin, au moins officiellement, à l’ambiguïté constructive qui avait caractérisé la position européenne vis-à-vis de Pékin. L’UE dit maintenant, noir sur blanc, que la Chine permet à la Russie de continuer sa guerre — et qu’elle va plus loin encore en formant directement ses soldats.
Les nations unies, témoins impuissants
Dans les heures qui ont suivi la déclaration de Kallas, le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, a été interrogé lors d’une conférence de presse régulière à New York. Sa réponse a été caractéristique de l’institution : « Nous n’avons aucun moyen de confirmer ou d’infirmer ces informations », a-t-il dit, ajoutant que la guerre exigeait une réduction des soldats et des ingérences extérieures, pas une augmentation. Cette formulation, typiquement onusienne dans son équilibre soigneux, illustre les limites d’une organisation paralysée par les droits de veto de ses membres permanents — dont la Chine et la Russie — face à des crises géopolitiques majeures.
L’Ukraine, quant à elle, a intégré depuis longtemps la complicité chinoise dans son analyse stratégique. Le président Volodymyr Zelensky avait lui-même sanctionné, dans les mois précédents, des dizaines d’individus et d’entités accusés de soutenir l’industrie de défense russe, dont des ressortissants et entreprises chinois. La confirmation officielle par l’UE de l’entraînement militaire renforce la position ukrainienne et pourrait fournir une base juridique et politique pour des demandes de mesures plus contraignantes à l’égard de Pékin.
Quand je vois les Nations unies « ne pas pouvoir confirmer ou infirmer » ce que trois agences de renseignement européennes et la cheffe de la diplomatie de l’UE ont établi avec des documents à l’appui, je ressens une frustration profonde. L’ONU a été conçue pour protéger la paix mondiale. Mais avec la Russie et la Chine comme membres permanents du Conseil de sécurité, elle est structurellement incapable d’agir face à cette complicité. L’Occident doit cesser d’attendre une validation onusienne qui n’arrivera jamais et agir selon ses propres structures — OTAN, UE, G7.
L'accord du 2 juillet 2025 : anatomie d'un pacte secret
Un accord militaire dans le droit fil des échanges sino-russes
L’accord signé à Pékin le 2 juillet 2025 par des officiers supérieurs des deux pays n’est pas apparu dans le vide. Il s’inscrit dans une longue série d’échanges et d’exercices militaires conjoints entre la Chine et la Russie, qui se sont intensifiés depuis 2022. Mais il y a une différence fondamentale : les exercices conjoints précédents — comme les manœuvres navales Joint Sea ou les exercices terrestres en Extrême-Orient — étaient publics, annoncés officiellement et présentés comme des démonstrations de coopération stratégique routinière. L’accord du 2 juillet 2025, lui, était secret. Il n’a pas été annoncé. Il n’a pas été présenté au Parlement chinois ou à l’Assemblée nationale russe. Il a été signé et appliqué dans la clandestinité.
Le caractère secret de cet accord est en lui-même une confession. Si la Chine est réellement neutre dans le conflit ukrainien comme elle le prétend, pourquoi aurait-elle besoin de dissimuler un programme d’entraînement militaire avec la Russie ? La réponse évidente est qu’elle savait que la révélation de cet accord la placerait dans une position diplomatique et économique intenable. Pékin a voulu le beurre et l’argent du beurre : soutenir militairement son partenaire russe tout en conservant ses relations commerciales avec les économies occidentales. La révélation de l’accord par les renseignements européens a brisé ce calcul.
Le rôle de l’industrie drone chinoise
Au-delà de l’accord militaire formel, la formation des soldats russes en Chine a bénéficié d’un atout considérable : l’accès aux technologies et aux capacités de l’industrie du drone civile et militaire chinoise, la plus avancée et la plus productive au monde. Selon les sources citées par Militarnyi, les stagiaires russes ont eu accès à des technologies modernes et à des simulateurs développés par l’industrie du drone chinoise pour la formation des opérateurs. La Chine possède des entreprises comme DJI — dont les drones ont été utilisés par les deux camps en Ukraine — et tout un écosystème de fabricants de drones militaires qui ont accumulé une expertise considérable. Transmettre cette expertise directement à l’armée russe constitue une contribution décisive au maintien et à l’amélioration des capacités de combat russes.
Cette dimension technologique dépasse le simple entraînement. Les programmes de formation ont permis aux soldats russes d’être initiés aux dernières évolutions en matière de drones, de contre-mesures électroniques et de doctrines d’emploi développées dans le contexte de l’armée populaire de libération. De retour en Russie ou sur le front ukrainien, ces soldats sont devenus des vecteurs de transfert technologique entre l’APL et l’armée russe — un processus bien plus efficace que la simple livraison de matériel.
On sous-estime systématiquement la portée du transfert de savoir-faire. Un composant électronique, on peut l’inspecter, le reproduire, le copier. Mais une doctrine tactique, une technique de combat intégrée dans la chair et les réflexes d’un instructeur militaire qui rentre dans son régiment — ça, ça se propage comme un virus dans toute la chaîne de commandement. Ces Russes formés en Chine sont des multiplicateurs de compétences. Et ça, l’Ukraine le ressent sur le champ de bataille chaque jour.
L'impact sur le champ de bataille ukrainien
Des soldats formés en Crimée et à Zaporijjia
Les preuves ne restent pas au niveau des accords et des formations abstraites. Une agence de renseignement européenne citée par Reuters a établi des identifications concrètes : des militaires russes spécifiques ayant suivi la formation en Chine ont été retrouvés impliqués dans des opérations de combat par drones en Crimée occupée et dans la région de Zaporijjia. Ces deux zones sont parmi les plus actives du conflit, notamment en ce qui concerne la guerre des drones : la Crimée sert de base arrière pour les drones d’attaque russes, tandis que Zaporijjia est l’une des lignes de front les plus disputées, où les deux camps utilisent massivement les systèmes aériens sans pilote pour la reconnaissance, l’attaque et le guidage d’artillerie.
L’identification de ces soldats spécifiques constitue la preuve la plus directe et la plus irréfutable du lien entre la formation en Chine et l’impact sur le champ de bataille ukrainien. Ce n’est plus une inférence logique — c’est une tracabilité établie. Des hommes ont été formés à Pékin et à Nanjing. Ces mêmes hommes ont été identifiés en train de piloter des drones contre des positions ukrainiennes en Crimée et à Zaporijjia. La boucle est bouclée. Et c’est précisément cette tracabilité qui a convaincu Kaja Kallas de sortir de la réserve diplomatique pour nommer publiquement la responsabilité chinoise.
Vers une supériorité drone durable pour Moscou ?
La question stratégique qui se pose maintenant est celle de la durabilité et de l’ampleur de cet avantage acquis par la Russie grâce à la formation en Chine. Si 200 soldats initialement formés représentent un impact limité en nombre, la dynamique multiplicatrice évoquée plus haut change l’équation. Si ces soldats retournent dans leurs unités et y transmettent leurs compétences à leurs camarades — comme c’est la norme pour les instructeurs militaires — le nombre réel de combattants russes bénéficiant indirectement de la formation chinoise pourrait être plusieurs fois supérieur aux 200 stagiaires directs. Die Welt a rapporté que des membres de l’élite du bataillon Rubicon, spécialisés en drones, avaient participé aux formations — des combattants qui, par définition, ont vocation à former d’autres combattants.
L’Ukraine n’est pas sans ressources pour répondre à cette évolution. Kyiv a développé une industrie du drone remarquable depuis 2022, et ses opérateurs ont eux aussi accumulé une expérience irremplaçable de combat réel. Mais la supériorité numérique et industrielle de la Russie, soutenue par l’industrie chinoise, constitue un défi structurel que l’Ukraine ne peut pas surmonter seule. C’est pourquoi le soutien occidental — en matériel, en financement et en partage de renseignements — reste plus vital que jamais.
Il y a quelque chose d’absurde et de révoltant dans cette situation. L’Ukraine se bat pour sa survie contre une armée russe qui se fait former par la deuxième puissance militaire mondiale. Et pendant ce temps, les débats en Occident portent encore sur les montants d’aide, sur les conditions politiques internes, sur les équilibres électoraux. Zelensky se bat avec les deux mains derrière le dos pendant que Poutine reçoit un coaching professionnel de Xi Jinping. L’inégalité de ce conflit est scandaleuse.
Les implications pour la politique extérieure de l'UE envers Pékin
La fin de l’ambiguïté stratégique
La déclaration de Kaja Kallas sonne le glas de l’ambiguïté stratégique européenne vis-à-vis de la Chine sur le dossier ukrainien. Pendant quatre ans, l’UE avait tenté de maintenir une position inconfortable : condamner l’invasion russe avec force tout en ménageant la Chine pour préserver les relations économiques et espérer en faire un médiateur. Cette position ne tenait que si la Chine respectait une certaine ligne — ne pas fournir d’armes, ne pas soutenir militairement directement la Russie. La confirmation de l’entraînement militaire direct franchit cette ligne de manière incontestable.
L’UE va désormais devoir réévaluer l’ensemble de sa relation avec Pékin à la lumière de ces révélations. Cette réévaluation touche à plusieurs dimensions : les sanctions économiques (faut-il aller plus loin que les mesures du 15 juin ?), les investissements technologiques (faut-il accélérer le découplage des secteurs stratégiques ?), les échanges académiques et scientifiques (faut-il restreindre les collaborations dans les domaines à double usage civil-militaire ?). Ces questions ne trouveront pas de réponses simples, mais la barre vient d’être clairement rehaussée.
Trump, l’OTAN et le grand équilibre occidental
Cette affaire survient dans un contexte géopolitique américain particulier. Les États-Unis sous l’administration Trump ont adopté une posture ambivalente vis-à-vis de la Chine — dure sur le commerce et les technologies, mais moins clairement alignée que l’administration Biden sur le soutien à l’Ukraine. Dorothy Shea, représentante américaine aux Nations unies, avait certes exhorté la Chine à cesser de fournir à la Russie des biens à double usage en mai 2026. Mais l’approche transactionnelle de Trump complexifie la coordination entre Washington et Bruxelles sur la stratégie globale face à l’axe sino-russe. L’OTAN, qui a intégré la Chine dans ses analyses de menaces depuis son sommet de Vilnius en 2023, devra en tenir compte dans ses prochaines décisions stratégiques.
Ce qui est clair, c’est que l’Europe ne peut plus attendre que Washington définisse la ligne de conduite vis-à-vis de Pékin. La capacité d’action autonome de l’UE — en matière de sanctions, de réglementation des investissements, de politique technologique — va devoir s’affirmer davantage. L’affaire de l’entraînement militaire russo-chinois est aussi, paradoxalement, une opportunité pour Bruxelles de clarifier et de renforcer sa propre identité stratégique dans un monde multipolaire de plus en plus dangereux.
Trump est un mal nécessaire — je maintiens cette formule. Il a forcé l’Europe à se prendre en main militairement, à augmenter ses budgets de défense, à ne plus se reposer sur le parapluie américain comme une évidence. Et face à la Chine, paradoxalement, sa dureté commerciale a aussi produit des effets utiles. Mais son imprévisibilité et son tropisme pour les deals bilatéraux avec des autocraties m’inquiètent profondément. L’Occident a besoin d’une stratégie cohérente et durable face à l’axe Pékin-Moscou, pas de coups de tweets. L’UE doit être cette colonne vertébrale.
La Chine comme menace systémique pour l'ordre occidental
Au-delà de l’Ukraine : la vision à long terme de Pékin
L’affaire de l’entraînement militaire russo-chinois ne peut être comprise dans toute sa profondeur sans la replacer dans la vision géopolitique à long terme de Xi Jinping. La Chine ne soutient pas la Russie en Ukraine par sympathie idéologique ou par réflexe soviétique. Elle le fait parce que l’affaiblissement de l’Occident — économiquement, militairement, psychologiquement — sert ses intérêts stratégiques globaux. Un Occident épuisé par des années de guerre en Europe est un Occident moins capable de réagir à une éventuelle action militaire contre Taïwan ou dans la mer de Chine méridionale. C’est une stratégie de déstabilisation indirecte parfaitement rationnelle du point de vue de Pékin.
Le Centre d’études pour l’Europe et l’Asie (CEPA) a publié en juin 2026 un rapport exhaustif intitulé The China-Russia Authoritarian Meta-Threat, qui cartographie l’architecture de cette menace combinée. Le rapport souligne que des milliers d’entreprises chinoises alimentent la machine de guerre russe d’une manière qui permet au Kremlin de continuer ses attaques contre l’Ukraine. Il note également les coopérations technologiques à double usage dans les domaines spatial et de navigation par satellite, notamment l’intégration entre le système BeiDou chinois et le système GLONASS russe depuis 2022. Ce n’est pas une simple alliance opportuniste : c’est une symbiose stratégique durable entre deux puissances révisionnistes déterminées à en finir avec l’ordre international libéral.
Iran, Corée du Nord : les alliés de l’ombre
La dimension de la menace devient encore plus saisissante quand on considère que l’axe sino-russe n’est pas isolé. L’Iran a fourni à la Russie des centaines de drones Shahed depuis 2022, et en mars 2026, des rapports suggéraient que les forces russes transmettaient à Téhéran des renseignements sur les actifs militaires américains dans la région — une coopération géostratégique qui dépasse largement le cadre ukrainien. La Corée du Nord a fourni des centaines de milliers d’obus d’artillerie à la Russie et a déployé des soldats en soutien des forces russes. Ces acteurs forment une coalition d’États illibéraux déterminée à éroder les capacités et la volonté de l’Occident de défendre l’ordre basé sur les règles.
L’Ukraine est au centre de cette tempête — à la fois victime directe et laboratoire de résistance. La contribution de Kyiv à la compréhension collective des menaces iraniennes, notamment le partage de son expertise en contre-mesures contre les drones de Téhéran, illustre la dimension globale du conflit. Zelensky l’a compris depuis longtemps : la guerre en Ukraine n’est pas une guerre régionale. C’est la ligne de front de la confrontation entre les démocraties et les autocraties. Et la formation de soldats russes en Chine est la preuve la plus récente et la plus concrète que cette confrontation implique désormais directement la plus grande puissance autoritaire du monde.
Je dis souvent que la Chine est la plus grande menace pour l’Occident, et je vois parfois des sourcils se lever. « La Russie est en train d’envahir l’Europe ! » — oui, mais la Russie n’aurait pas pu continuer cette guerre sans le soutien chinois en composants, en technologies, en financement implicite et maintenant en formation militaire directe. Retirer le soutien chinois, et la machine de guerre russe s’étiole en quelques mois. La Chine est le pilier sur lequel repose toute l’architecture de l’agression russe. C’est la menace principale, même si c’est la menace moins visible.
Ce que cette révélation change pour la sécurité européenne
Un précédent pour le droit international
La confirmation officielle par l’UE que la Chine a entraîné des soldats russes qui se battent ensuite contre l’Ukraine soulève des questions profondes de droit international. Constitue-t-elle une forme de participation indirecte au conflit armé ? La doctrine juridique internationale est nuancée sur ce point : l’entraînement militaire fourni à un État belligérant peut, selon les circonstances, être considéré comme une forme de complicité dans un acte d’agression au sens de la Charte des Nations unies. Si cette thèse était retenue par des instances juridiques internationales — aussi hypothétique que cela puisse paraître aujourd’hui — elle ouvrirait des possibilités de réponses légales et de sanctions d’une ampleur sans précédent.
Sur le plan plus pratique de la politique de sécurité, cette révélation devrait forcer une réévaluation des stratégies d’interopérabilité et de transfert technologique avec la Chine dans des domaines sensibles. Des pays européens comme la France et l’Allemagne avaient encore, jusqu’à récemment, des coopérations académiques et industrielles avec des institutions chinoises dans des domaines potentiellement à double usage. La confirmation que l’APL forme directement des soldats russes pour une guerre en Europe devrait accélérer les processus de filtrage et de restriction dans ces domaines.
L’avenir de la relation sino-européenne
La question fondamentale pour l’avenir est celle de la nature de la relation sino-européenne. Pendant des années, l’UE a défini la Chine simultanément comme un partenaire, un concurrent économique et une rivale systémique — une formule à trois faces qui permettait de maintenir toutes les options ouvertes. Mais la révélation de l’entraînement militaire direct rend cette formule de plus en plus difficile à tenir. Comment maintenir un partenariat sincère avec un État qui forme les soldats de celui qui bombarde des hôpitaux et des écoles en Ukraine ?
L’Europe est à un moment de vérité. Elle peut choisir la commodité à court terme — préserver les échanges commerciaux, éviter l’escalade, espérer que Pékin s’auto-corrige — ou elle peut choisir la cohérence stratégique à long terme, en acceptant les coûts économiques d’une relation plus distante et plus conditionnelle avec la Chine. L’histoire de la relation avec la Russie montre quel prix on paie pour avoir choisi la commodité. Kaja Kallas a fait son choix. La question est de savoir si les 27 États membres de l’UE la suivront jusqu’au bout.
Je ne suis pas naïf : je sais que « couper les ponts avec la Chine » n’est pas une option réaliste à court terme. L’interdépendance économique est massive et les conséquences d’une rupture seraient douloureuses pour tout le monde. Mais je crois fermement qu’il y a une voie intermédiaire entre le tout-partenariat et la guerre économique totale — une voie qui consiste à nommer clairement les choses, à imposer des coûts ciblés, à découpler les secteurs stratégiques et à bâtir des alternatives. Cette voie existe. Elle demande de la volonté politique. Et la déclaration de Kallas est peut-être le moment où l’Europe commence vraiment à l’emprunter.
La question du précédent : que révèle cet accord sur la stratégie de Pékin ?
Un modèle pour les conflits futurs
Au-delà du conflit ukrainien, l’accord du 2 juillet 2025 et les formations qui en ont découlé constituent un modèle inquiétant pour les conflits futurs impliquant des alliés ou des partenaires de la Chine. L’APL a accumulé dans ce processus une expérience inédite : elle a formé une armée étrangère dans un contexte de conflit réel, transmis ses propres doctrines et technologies, et observé leurs résultats sur un vrai champ de bataille. Cette boucle de rétroaction entre la formation dispensée en Chine et les retours d’expérience du front ukrainien est une mine d’or pour le développement de la doctrine militaire chinoise.
Ce précédent devrait interpeller les alliés des États-Unis dans la région indo-pacifique. Si la Chine est prête à entraîner directement des soldats russes pour une guerre en Europe, elle pourrait appliquer un modèle similaire dans d’autres contextes — en soutenant par exemple des forces hostiles à Taïwan, aux Philippines ou en mer de Chine méridionale, tout en maintenant une façade de neutralité officielle. La dénégation plausible que Pékin a tenté de maintenir dans le cas ukrainien a été percée par les renseignements européens. Mais l’intention de maintenir cette façade révèle une stratégie délibérée de coopération militaire clandestine que l’Occident doit anticiper.
Les sanctions : premiers signaux, pas solution finale
Les sanctions adoptées par l’UE le 15 juin 2026 contre des entreprises chinoises — Shenzhen Minghuaxin et Xinxiang Richful Lubricant Additive Company pour les entreprises continentales, plus deux sociétés de transport maritime basées à Hong Kong — constituent un premier signal clair. Mais elles restent limitées au regard de l’ampleur du soutien chinois à l’effort de guerre russe. D’autres mesures sont attendues dans les prochaines semaines et mois, à mesure que l’UE évalue les implications annoncées par Kallas. Les discussions en cours portent notamment sur des restrictions plus larges aux investissements technologiques chinois en Europe, ainsi que sur un renforcement des contrôles à l’exportation pour les biens à double usage susceptibles de transiter vers la Russie via la Chine.
Le Centre européen pour l’analyse des politiques étrangères (CEPA) a plaidé pour une approche plus intégrée : considérer la menace china-russe non pas comme deux problèmes séparés, mais comme une seule menace méta-autoritaire nécessitant une réponse stratégique cohérente et coordonnée de l’ensemble de l’Occident. Cette approche implique une coordination étroite entre les sanctions de l’UE, les restrictions technologiques américaines dans le cadre des lois CHIPS et Export Controls, et les politiques industrielles alliées visant à réduire les dépendances critiques envers les chaînes d’approvisionnement chinoises dans les secteurs de défense.
Les sanctions sont nécessaires mais insuffisantes. Je le répète à chaque fois, et je continuerai. Le vrai levier, c’est le découplage technologique et industriel. Tant que l’Occident dépend de la Chine pour ses terres rares, ses batteries, ses composants électroniques et ses panneaux solaires, nous finançons indirectement la machine qui forme les soldats de Poutine. La vraie réponse, c’est de reconstruire nos chaînes d’approvisionnement, d’investir dans nos propres industries critiques, et de traiter la dépendance envers Pékin comme le risque de sécurité nationale qu’elle est. C’est long, c’est coûteux, c’est indispensable.
Conclusion : le moment de vérité pour l'Occident face à l'axe sino-russe
Des preuves qui changent le jeu
Les révélations sur l’entraînement de soldats russes par l’armée chinoise constituent un tournant historique dans notre compréhension du conflit ukrainien et de la stratégie globale de Pékin. Ce n’est plus seulement une guerre entre la Russie et l’Ukraine, soutenue par l’Occident d’un côté et alimentée en matériels par la Chine de l’autre. C’est désormais un conflit dans lequel la deuxième puissance militaire mondiale a directement mis ses compétences et ses infrastructures de formation au service de l’agresseur russe. La confirmation officielle par l’Union européenne, avec des preuves documentées issues de trois agences de renseignement indépendantes et d’accords écrits signés au plus haut niveau militaire, est incontestable. La Chine peut bien hurler à la calomnie : les documents existent, les soldats ont été identifiés, les combats en Crimée et à Zaporijjia ont eu lieu.
La réponse occidentale devra être à la hauteur de cette révélation. Les sanctions ciblées du 15 juin 2026 sont un début — mais seulement un début. L’évaluation des implications annoncée par Kallas doit déboucher sur une stratégie cohérente et durable qui traite la Chine pour ce qu’elle est désormais officiellement reconnue être : un facilitateur actif et décisif de l’agression russe contre l’Ukraine et, par extension, contre l’ordre de sécurité européen et occidental. Cette stratégie devra combiner sanctions économiques, découplage technologique, renforcement des capacités de défense européennes et coordination étroite avec les alliés américains et indo-pacifiques.
L’Ukraine tient — l’Occident doit tenir aussi
Volodymyr Zelensky et le peuple ukrainien résistent depuis plus de quatre ans à une agression que peu croyaient pouvoir durer. Ils le font en sachant que les prés carré de l’Occident — ses valeurs, ses institutions, sa liberté — sont aussi en jeu dans leur combat. La révélation que la Chine a entraîné des soldats russes ne doit pas décourager l’Ukraine ou ses soutiens. Elle doit au contraire renforcer la détermination collective de l’Occident à soutenir Kyiv, à imposer des coûts croissants à tous ceux qui participent à cette agression, et à construire une architecture de sécurité capable de faire face à la menace systémique que représente l’axe sino-russe. L’histoire jugera ceux qui ont regardé les preuves s’accumuler et ont continué de fermer les yeux. L’heure de la lucidité, c’est maintenant.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
The Straits Times — EU says China trained Russian troops to fight in Ukraine war — 16 juin 2026
Sources secondaires
Militarnyi — EU Officials Confirm Training of Russian Military Personnel in China — 12 juin 2026
Bloomberg — EU Says China Trained Russian Troops to Fight in Ukraine War — 16 juin 2026
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