Skip to content
BILLET : Le fonctionnaire écrasé — l’humain derrière le décret TPS Haïti
Crédit: Adobe Stock

Le mémo du 29 mai : fondé sur la violence et l’absence de consultation légale

Le mémo de décision rédigé par les fonctionnaires de carrière du DHS le 29 mai 2025 était explicite. Selon les documents désormais soumis à la Cour suprême, ce mémo recommandait à la Secrétaire à la sécurité intérieure d’autoriser une « extension automatique » du statut TPS d’Haïti en vertu du paragraphe 8 U.S.C. § 1254a(b)(3)(C). La justification reposait sur deux constats précis : d’une part, « l’escalade récente de la violence » et « la nature rapidement évolutive de l’environnement sécuritaire » en Haïti rendaient toute décision permanente prématurée ; d’autre part, le Département d’État n’avait pas encore fourni son évaluation des conditions ni sa recommandation pour informer l’exigence légale de consultation. Ce dernier point est crucial : sans consultation du Département d’État, la résiliation du TPS serait techniquement illégale selon les termes mêmes du statut.

La recommandation était soutenue par les experts du TPS et des conditions-pays au sein de l’USCIS — des spécialistes dont le travail consiste précisément à évaluer ces données. Ce n’était pas une position idéologique : c’était une analyse professionnelle, construite sur des données concrètes, cohérente avec trente-cinq ans de pratique institutionnelle. Selon les documents révélés, un email interne du 2 juin 2025 — soit après la décision de la Secrétaire — confirmait que « la recommandation du Département d’État pour le TPS haïtien n’est pas arrivée », et qu’elle avait « choisi de mettre fin au TPS haïtien sans » recevoir aucune information sur les conditions du pays en provenance du Département d’État.

Le 30 mai : une directive verbale, sans trace écrite, qui renverse tout

Le 30 mai 2025, Joseph Edlow — un nominé politique qui deviendrait par la suite directeur de l’USCIS — rejeta le mémo de décision rédigé par les fonctionnaires de carrière. L’instruction qu’il donna au personnel est documentée : il fallait « répondre aux modifications données verbalement ». Aucune trace écrite des modifications elles-mêmes. Une directive orale, non consignée, qui allait renverser une recommandation professionnelle fondée sur des données légales et factuelles. En quelques heures, selon les documents révélés dans l’affaire NTPSA v. Noem, le nouveau mémo recommandait la résiliation — et non plus l’extension. Deux emails internes cités dans la motion à la Cour suprême résument la réalité de ce moment : un fonctionnaire du DHS rapporta que « la posture a changé en fin de semaine dernière », et un autre dit simplement que « le revirement s’est produit rapidement ».

On peut mesurer l’ampleur de ce revirement à l’aune de ce qu’il impliquait : des centaines de milliers d’Haïtiens vivant et travaillant légalement aux États-Unis, un système institutionnel de trente-cinq ans, et une loi précise sur les procédures de décision — tout cela remplacé par une conversation téléphonique. La motion déposée à la Cour suprême précise que le document de décision de l’USCIS fut également édité par Robert Law, un nominé politique dont un tribunal fédéral avait conclu, lors du premier mandat Trump, qu’il avait été « proactively mad-libbing official documents » — autrement dit, qu’il avait manipulé des documents officiels — pour justifier une précédente tentative de résiliation du TPS haïtien. Robert Law n’était pas un nouveau venu dans cette pratique.


Une directive verbale. Pas d’email. Pas de trace. Juste une instruction orale qui efface en quelques heures le travail juridique et factuel de professionnels formés. On appelle ça de la gouvernance dans une démocratie ? Je pose la question sérieusement.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu