La sanction qui a tout changé
Avant le 24 février 2022, la Russie entretenait une relation économique équilibrée avec l’Occident. L’Europe achetait son gaz, ses hydrocarbures représentaient une manne en devises fortes — dollar, euro —, et Moscou disposait d’une réserve de change de plus de 640 milliards de dollars, dont la majeure partie était libellée dans ces mêmes monnaies occidentales. En une nuit, les sanctions ont figé plus de 340 milliards de dollars de réserves. L’accès au dollar et à l’euro s’est évaporé. Le système SWIFT a fermé ses portes à la quasi-totalité du système bancaire russe. Moscou s’est retrouvée avec une monnaie que personne ne voulait et des ressources naturelles que tout le monde voulait, mais que personne ne pouvait acheter normalement.
Dans ce vide, la Chine est entrée. Pas comme sauveur altruiste, mais comme opportuniste calculateur. Pékin a offert à Moscou l’unique issue viable : les yuan. Le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois — le CIPS — est devenu le substitut de SWIFT pour la Russie. Les échanges en roubles et yuans ont explosé : selon les données de la Commission de révision économique et de sécurité États-Unis-Chine (USCC), le volume du ruble-yuan a été multiplié par quatre-vingts entre février et octobre 2022. La révolution monétaire était enclenchée, non par volonté politique mûrement réfléchie, mais par nécessité absolue.
La reconversion forcée d’une économie entière
Le basculement vers le yuan ne s’est pas limité au commerce bilatéral. Il a restructuré l’ensemble de l’économie russe. La part des devises dites « inamicales » — dollar, euro, yen, livre sterling — dans les exportations russes est tombée de 86,9 % en janvier 2022 à seulement 18,4 % en décembre 2024. Parallèlement, la part du yuan dans les transactions boursières de la Bourse de Moscou (MOEX) est passée de 0,4 % à 57,3 % sur la même période. Après les sanctions américaines contre la MOEX en juin 2024, le yuan a frôlé 99 % des transactions sur cette bourse. Ces chiffres sont vertigineux — et ils racontent une vérité que Moscou préfère habiller en récit triomphant de « dédollarisation souveraine ».
La réalité, documentée notamment par le témoignage de l’économiste Elina Ribakova devant l’USCC en février 2025, est plus prosaïque : la Russie n’a pas choisi le yuan parce qu’il était meilleur. Elle l’a choisi parce qu’il était le seul disponible. Le rouble et les autres devises de pays « amis » restent peu liquides et peu convertibles. Le yuan, émis par un pays non sanctionnant, relativement stable et cherchant à s’internationaliser, était la seule option à l’échelle du commerce russo-chinois.
Ce que Poutine appelle « construction d’un système alternatif » est en réalité une capitulation monétaire déguisée en fierté nationale. Il a bradé la souveraineté financière de la Russie pour financer une guerre qu’il ne peut pas gagner. Et maintenant, c’est Pékin qui tient les clés du coffre.
234 milliards de dollars en 2025 : le commerce de la dépendance
Des chiffres impressionnants qui cachent une réalité asymétrique
Les données publiées en janvier 2026 par l’Administration générale des douanes chinoises, reprises par Reuters et le Moscow Times, sont sans ambiguïté : le commerce bilatéral sino-russe a atteint 1,63 trillion de yuans, soit environ 234 milliards de dollars en 2025. C’est le troisième exercice consécutif au-dessus du seuil des 200 milliards que Poutine et Xi Jinping s’étaient fixé comme objectif symbolique en 2019. Malgré la contraction de 6,9 % en dollar, le volume reste colossal — et chaque dollar de ce commerce consolide davantage la dépendance russe.
Mais regardons derrière ce chiffre impressionnant. La Russie représente 34 % du commerce total de la Chine pour elle-même — non, pardon, c’est l’inverse : la Chine représente 34 % du commerce total de la Russie, tandis que la Russie ne représente que 4 % du commerce total de la Chine. En 2025, la Russie est retombée à la 7e place des partenaires commerciaux de la Chine, derrière le Vietnam, Taïwan et Hong Kong. Cette asymétrie est l’élément central de toute analyse honnête de cette relation : Moscou a besoin de Pékin pour survivre économiquement ; Pékin a besoin de Moscou pour faire une bonne affaire.
Ce que la Russie vend, ce que la Chine achète — et l’équation de la subordination
La structure du commerce bilatéral parle d’elle-même avec une clarté déconcertante. Selon le rapport de l’Atlantic Council sur l’économie russe en 2025, plus de 85 % des exportations russes vers la Chine consistent en ressources naturelles : pétrole brut, gaz naturel, charbon, métaux, minéraux. La Russie exporte ce qu’elle extrait du sol. En retour, elle importe de la Chine des machines, des véhicules, des équipements électroniques — tout ce qu’elle ne sait plus fabriquer depuis le démantèlement de son tissu industriel post-soviétique et la fuite des multinationales occidentales depuis 2022.
L’Atlantic Council note avec une ironie cinglante que c’est « une inversion complète et embarrassante » par rapport aux années 2000, lorsque la Russie exportait encore vers la Chine des biens à plus haute valeur ajoutée. Aujourd’hui, 70 à 90 % des machines et équipements importés par la Russie proviennent de Chine. Les voitures chinoises ont envahi le marché russe après le retrait des marques occidentales — les exportations automobiles chinoises vers la Russie ont bondi de 495 % entre 2021 et 2024, avant de commencer à refluer en 2025 suite aux hausses de taxes russes sur les véhicules importés. Cette dépendance sectorielle crée des vulnérabilités stratégiques que Pékin peut activer à tout moment.
Il y a quelque chose de presque tragique dans cette image : la Russie, qui se voulait grande puissance ressuscitée, qui fantasmait l’empire retrouvé, qui se rêvait en pivot d’un « monde multipolaire », est en train de rejouer le rôle de l’Afrique des années 1960 face aux anciennes puissances coloniales. Elle vend ses matières premières à bas prix et rachète des manufactures à prix fort. Sauf que là, le colonisateur s’appelle Pékin et le colonisé se fait appeler Kremlin.
La dédollarisation à 92% : victoire rhétorique, piège structurel
Les chiffres du ministre Siluanov et leur signification réelle
En novembre 2025, le ministre des finances russe Anton Siluanov a annoncé lors du 11e Dialogue financier russo-chinois à Pékin que 99,1 % des paiements bilatéraux sont désormais effectués en roubles et en yuans. Ce chiffre, confirmé par le vice-Premier ministre Alexandre Novak qui évoquait « 90 à 95 % » pour l’ensemble des échanges avec la Chine et l’Inde, est présenté comme un triomphe de la « souveraineté financière » russe. Les médias proches du Kremlin ont célébré la mort du dollar dans le commerce sino-russe. C’est une victoire réelle — mais une victoire empoisonnée.
Car derrière ce 99,1 %, se cache une dépendance nouvelle et peut-être plus dangereuse que l’ancienne. Avant 2022, la Russie était dépendante du dollar, mais le dollar est une devise internationale liquide, non contrôlée par un seul État rival. Aujourd’hui, la Russie est dépendante du yuan — une devise dont le taux de change est contrôlé par la Banque populaire de Chine, dont la liquidité hors de Chine reste limitée, et dont l’accès peut être coupé si Pékin décide un jour de changer de calcul. Comme le souligne l’Atlantic Council, la Chine peut « à tout moment — pour des raisons politiques ou autres — rendre les importations chinoises extrêmement chères et les exportations russes vers la Chine beaucoup moins rentables ».
La pénurie de yuan : le talon d’Achille de Moscou
La dépendance au yuan crée déjà des épisodes de pénurie qui fragilisent l’économie russe. Le BOFIT (Bank of Finland Institute for Emerging Economies) documente des « problèmes de transmission des paiements » dans le commerce bilatéral liés aux sanctions secondaires. Des banques chinoises, craignant d’être frappées par les sanctions américaines, ont réduit voire suspendu leurs transactions avec des contreparties russes — la banque rurale de Heihe a ainsi stoppé ses opérations russes en septembre 2025 après avoir été ciblée par des sanctions européennes. Ces incidents créent des ruptures d’approvisionnement et forcent les acteurs russes à emprunter des routes de paiement de plus en plus tortueuses : troc, intermédiaires en pays tiers, cryptomonnaies.
La pénurie de yuan en Russie se traduit également par des coûts d’emprunt élevés et des primes de risque croissantes sur les transactions russo-chinoises. En décembre 2024, Moscou a dû émettre des obligations souveraines libellées en yuan — les « panda bonds » — pour financer une partie de son déficit budgétaire, une démarche qui marque une dépendance financière supplémentaire vis-à-vis de Pékin. L’Occident a désormais un outil : en menaçant les banques chinoises de sanctions secondaires, il peut resserrer encore davantage l’étau financier sur la Russie.
La pénurie de yuan est peut-être le symptôme le plus révélateur de la vulnérabilité russe. Quand vous manquez de la monnaie de votre principal partenaire commercial, vous n’avez plus aucune marge de manœuvre. Vous êtes à la merci d’une décision prise à Zhongnanhai, pas au Kremlin. C’est ça, la « souveraineté » de Poutine en 2025.
L'énergie russe soldée à Pékin : le rabais de la honte
La Chine achète du pétrole russe avec une décote permanente
L’un des piliers de la relation sino-russe est l’énergie. La Chine est devenue le premier acheteur de pétrole brut russe, représentant environ 18 % des importations pétrolières chinoises au premier semestre 2025 selon le BOFIT. En parallèle, les exportations d’énergie vers la Chine représentent 35 % des recettes russes d’hydrocarbures, soit environ 83 milliards de dollars en 2024, selon le témoignage Ribakova devant l’USCC. Ces chiffres démontrent à quel point la Chine est devenue le poumon financier de la machine de guerre russe : selon les calculs de l’USCC, la contribution chinoise aux recettes budgétaires russes liées aux hydrocarbures pourrait atteindre environ 43 milliards de dollars par an — l’équivalent d’un tiers du budget militaire russe estimé à 130 milliards de dollars en 2024.
Mais cette énergie, la Chine ne l’achète pas à prix fort. Elle profite du plafonnement du prix du pétrole russe par le G7 à 60 dollars le baril et de la dépendance russe à ce client captif pour négocier des rabais permanents. Pour le gaz naturel, les calculs du témoignage Ribakova sont saisissants : la Russie vend son gaz à la Chine à 261 dollars les mille mètres cubes en 2025, avec une décote de 23 % par rapport aux autres acheteurs internationaux — alors que le prix européen dépasse 500 dollars les mille mètres cubes. Gazprom, principale compagnie gazière russe, a enregistré une perte de 7,3 milliards de dollars en 2023. La Russie finance indirectement l’industrie chinoise avec son énergie soldée.
Power of Siberia 2 : le pipeline que Pékin refuse de financer
La pièce maîtresse de la stratégie russe pour réduire sa dépendance à l’acheteur unique chinois serait de développer de nouvelles infrastructures de transport du gaz — notamment le projet Power of Siberia 2, un gazoduc de 50 milliards de mètres cubes par an passant par la Mongolie. Mais ce projet, selon l’USCC et l’Atlantic Council, « n’existe que sur le papier ». La Chine refuse systématiquement d’investir dans l’expansion des capacités de transport, malgré les demandes répétées de Moscou et les fortes décotes offertes. Le calcul pékinois est simple : pourquoi payer pour des infrastructures qui donneraient à la Russie davantage de leverage, alors que la situation actuelle, de pénurie d’options russes, garantit des prix bas indéfiniment ?
Ce blocage stratégique illustre parfaitement la logique de la dépendance asymétrique : la Chine n’aide la Russie que dans la mesure où cette aide consolide sa propre position dominante. Elle ne cherche pas à rééquilibrer la relation — elle cherche à la perpétuer. Moscou a perdu son marché européen du gaz (les importations européennes de gaz russe ont chuté de 73 % entre 2021 et 2023) et ne peut pas compenser ces volumes avec la Chine : les exportations gazières vers la Chine ont plus que doublé, mais la différence en volume n’est que de 17 milliards de mètres cubes — bien en deçà des 122 milliards de mètres cubes perdus en Europe.
Le Power of Siberia 2 est devenu le symbole de la relation russo-chinoise dans toute sa cruelle asymétrie : Moscou supplie, Pékin délibère. Et pendant ce temps, les recettes gazières russes s’érodent. C’est une négociation où une seule des deux parties peut se permettre de dire non.
La technologie militaire : la Chine, fournisseur de l'effort de guerre russe
90 % des composants critiques passent par Pékin
La dépendance de la Russie vis-à-vis de la Chine ne se limite pas à l’énergie et aux biens de consommation. Elle s’étend au cœur même de la machine de guerre russe. Selon le témoignage Ribakova devant l’USCC, 90 % des importations russes de composants de haute priorité commune (CHPL) en 2023 ont été facilitées d’une façon ou d’une autre par la Chine : 49 % fabriqués en Chine, 18 % transitant par la Chine, 16 % produits dans des usines chinoises appartenant à des entreprises occidentales. Ces composants — circuits intégrés, équipements radio et de communication, optiques, machines-outils à commande numérique — sont indispensables à la production d’armements russes utilisés contre l’Ukraine.
La BOFIT note par ailleurs que les exportations chinoises vers la Russie de machines industrielles — robots industriels, fours industriels, machines de laminage, courroies transporteuses, équipements de distillation — ont connu une croissance explosive en 2025, compensant en partie le recul des ventes d’automobiles. Ces équipements alimentent directement le complexe militaro-industriel russe, que l’Atlantic Council qualifie de « dépendant critiquement de la Chine pour ses besoins en composants avancés ». Sans l’approvisionnement chinois en technologie à double usage, la production russe d’armements ralentirait significativement.
Les sanctions secondaires : l’outil occidental qui commence à mordre
Face à ce soutien technologique implicite, l’Occident a commencé à déployer l’arme des sanctions secondaires. Le décret exécutif américain de décembre 2023 menaçant de sanctions les institutions financières tierces qui facilitent les échanges avec la Russie a eu un effet mesurable : de grandes banques chinoises ont drastiquement réduit leur exposition aux contreparties russes, et plusieurs banques de taille intermédiaire ont suivi après avoir été ciblées directement. Selon le Carnegie Endowment, jusqu’à 80 % de la contournement des sanctions russes implique désormais des entités chinoises, mais ce même article du Carnegie souligne que des sanctions ciblées contre ces entités peuvent être efficaces. La fermeture de la banque de Heihe en septembre 2025 l’a démontré.
La question est de savoir si l’Occident ira suffisamment loin dans cette direction. Les intérêts économiques de nombreux pays membres de l’Union européenne avec la Chine sont considérables — et Berlin, Paris, ou Rome hésitent à pousser trop fort contre Pékin. C’est précisément ce que compte la Chine : l’Occident restera divisé, les sanctions secondaires seront appliquées à la marge, et le flux technologique vers la Russie se poursuivra, peut-être ralenti, jamais stoppé.
Il y a une hypocrisie européenne que je dois nommer : des pays de l’UE qui prétendent soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire continuent d’hésiter à frapper les banques chinoises qui financent la machine de guerre russe. C’est une contradiction que Zelensky voit tous les jours depuis Kyiv, et c’est une honte pour ceux qui se réclament de valeurs démocratiques.
L'asymétrie vertigineuse : Moscou a besoin de Pékin, Pékin se fiche de Moscou
Quatre pour cent contre trente-quatre pour cent
Les deux chiffres qui résument tout : la Russie représente 34 % du commerce total de la Chine — non : c’est la Chine qui représente 34 % du commerce russe, tandis que la Russie ne pèse que 4 % du commerce chinois. Ce rapport 1 à 8,5 dit tout sur l’équilibre des pouvoirs dans cette relation. En 2025, la Russie est tombée à la 7e place des partenaires commerciaux de la Chine, derrière des économies comme le Vietnam ou Taiwan. Comme le conclut brutalement le rapport Ribakova de l’USCC : « La Chine est un partenaire indispensable pour la Russie. La Russie n’est qu’un ‘nice to have’ pour la Chine. »
Cette asymétrie se traduit concrètement dans chaque négociation. La Chine fixe les prix de l’énergie avec des décotes substantielles. Elle refuse d’investir dans les infrastructures que Moscou réclame. Elle laisse ses grandes banques réduire leur exposition à la Russie sans compensation. Elle impose des délais et des conditions sur les livraisons de composants technologiques. Elle a même osé, selon l’Atlantic Council, manipuler le taux de change yuan-rouble à son avantage peu après l’invasion — « pour éviter de subventionner les biens chinois achetés par les Russes en dévaluant le rouble trop rapidement ». La Chine joue sa propre partition, et elle la joue bien.
La Russie : 57 % de ses importations viennent de Chine
Le chiffre publié par Euromaidan Press est sans appel : en 2025, 57 % des importations russes proviennent de Chine, contre seulement 23 % en 2021. Dans certaines catégories stratégiques, la dépendance est totale ou quasi-totale : machines-outils à commande numérique, équipements de communication, certains types de semi-conducteurs. La Russie achète des voitures chinoises, des téléphones chinois, des équipements industriels chinois, des composants militaires chinois. Son économie est sinoïsée à un degré sans précédent dans l’histoire moderne d’une grande puissance.
Et cette dépendance s’approfondit chaque trimestre. Le premier trimestre 2026 a vu le commerce bilatéral rebondir de 14,7 % en glissement annuel selon les données douanières chinoises — après la contraction de 2025. La Chine redevient le moteur du commerce russe. Moscou n’a pas les moyens de diversifier ses approvisionnements : les marchés occidentaux lui sont fermés, les marchés indiens et turcs ne peuvent absorber que partiellement les besoins russes, et les producteurs locaux ont été désindustrialisés par des décennies de rente pétrolière. Le chemin vers la dépendance totale est tracé.
Je pense souvent à ce que ressent un analyste russe qui voit ces statistiques et qui comprend ce qu’elles signifient vraiment. Est-ce qu’il peut le dire ? Est-ce qu’il peut publier que son pays est en train de devenir une colonie économique de facto ? Non. Et c’est aussi une victoire de Poutine sur ses propres concitoyens : il a tué la liberté intellectuelle au moment même où la Russie en avait le plus besoin.
La carte CIPS contre SWIFT : Pékin construit son empire financier sur les ruines russes
CIPS : le système de paiement alternatif qui monte
Le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois (CIPS) est l’un des grands bénéficiaires structurels de la guerre en Ukraine. Ses membres indirects sont passés de 1 288 en février 2022 à 1 413 en décembre 2024 selon les données de l’USCC, une progression modeste en nombre mais significative en termes de volumes. Avec la quasi-disparition du dollar dans le commerce russo-chinois, CIPS est devenu l’infrastructure de facto pour les transactions entre les deux pays. La Banque populaire de Chine a activé des lignes de swap de devises avec la Russie allant jusqu’à 150 milliards de yuans, soit environ 20,86 milliards de dollars, pour faciliter ces échanges.
Ce développement a une portée stratégique qui dépasse largement la Russie. La Chine teste sur le terrain russo-chinois la robustesse de son alternative à SWIFT, affine ses protocoles, identifie les goulots d’étranglement, et accumule une expérience opérationnelle qu’elle pourra un jour déployer à grande échelle avec d’autres partenaires — pays du BRICS, marchés émergents, États tentés par la diversification monétaire. La Russie est le laboratoire de la stratégie d’internationalisation du yuan.
L’internationalisation du yuan : la vraie ambition de Pékin
Derrière la solidarité affichée avec Moscou, la Chine poursuit un agenda strictement dans son propre intérêt : l’internationalisation du renminbi. En décembre 2023, le yuan est devenu la monnaie la plus utilisée dans les transactions transfrontalières chinoises, dépassant le dollar pour la première fois. La BOFIT note que la part des échanges commerciaux chinois réglés en yuan était de 31 % au premier trimestre 2025, une progression significative tirée en partie par les échanges avec la Russie. L’Atlantic Council résume l’enjeu : « Cela pourrait théoriquement ouvrir la voie à un système financier mondial dirigé par la Chine et anti-occidental. » Mais il ajoute prudemment que Pékin n’est pas encore prêt à en payer le coût — notamment les assouplissements des contrôles de capitaux nécessaires à une vraie internationalisation.
Le calcul pékinois est plus subtil. Xi Jinping ne cherche pas à détruire le dollar demain. Il cherche à créer des zones grises où le yuan peut s’imposer progressivement, réduisant la portée des sanctions américaines, construisant des clientèles captives parmi les États sanctionnés ou en développement, et accumulant le savoir-faire financier et technologique qui permettra, à terme, une véritable concurrence monétaire avec Washington. La Russie est le premier domino. L’Iran, la Corée du Nord, certains États africains, pourraient suivre le même chemin.
Ce qui me trouble, c’est que l’Occident a contribué lui-même à cette dynamique. En sanctionnant massivement la Russie sans proposer d’alternative crédible aux pays qui commercent avec elle, on a poussé des économies entières à chercher une sortie — et Pékin était là pour l’offrir. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas sanctionner la Russie ; il le fallait absolument. Mais il faut aussi avoir l’honnêteté de reconnaître les conséquences non intentionnelles de nos décisions.
La Russie 7e partenaire de la Chine : la relégation de Moscou dans la hiérarchie mondiale
Un recul symbolique aux implications profondes
En 2025, selon les données relayées par Euromaidon Press, la Russie est tombée à la 7e place des partenaires commerciaux de la Chine, derrière le Vietnam, Taiwan et Hong Kong. Ce recul symbolique illustre une réalité souvent occultée par la rhétorique du « partenariat stratégique sans limites » : pour la Chine, la Russie est un fournisseur d’énergie parmi d’autres, et un marché d’exportation de taille moyenne. Les économies asiatiques dynamiques — Vietnam, Taiwan, Corée du Sud — comptent davantage pour les chaînes de valeur chinoises que la Russie, désormais désindustrialisée et captive.
La contraction de 6,9 % du commerce bilatéral en 2025 s’explique notamment par l’effondrement des ventes d’automobiles chinoises en Russie (-46 % en volume en janvier-novembre) suite aux hausses de taxes douanières russes sur les véhicules importés — une tentative moscovite de protéger sa propre industrie automobile naissante. Mais même cette mesure protectionniste révèle la dépendance : en imposant des barrières aux voitures chinoises, la Russie se retrouve sans voitures occidentales (parties en 2022) et avec une industrie domestique incapable de combler le vide. Elle taxe son sauveur parce qu’elle en a peur — mais elle ne peut pas s’en passer.
La décote de 87 % sur les composants : payer la servilité
Un autre aspect révélateur de cette relation : selon les données publiées par Euromaidon Press, la Russie paie des surcoûts de 87 % sur certains composants qu’elle ne peut se procurer qu’en Chine, et que la Chine livre en sachant qu’elle est l’unique fournisseur viable. Ces primes de monopole se superposent aux décotes imposées sur l’énergie vendue à Pékin, créant un effet de ciseau qui érode systématiquement les marges russes. La Chine achète à prix réduit et vend à prix majoré — la définition parfaite d’une relation commerciale déséquilibrée.
Cette dynamique est documentée par le BOFIT, qui note que la croissance du commerce bilatéral a largement reflété des hausses de prix plutôt que des augmentations de volumes entre 2022 et 2024 — en d’autres termes, la Russie payait de plus en plus cher pour les mêmes quantités de biens chinois, pendant que la Chine payait de moins en moins cher pour les mêmes quantités de ressources russes. La rente inflationniste allait dans une seule direction.
Je trouve presque fascinant que le Kremlin continue de vendre cette relation comme un « partenariat d’égaux ». Les Russes qui lisent attentivement les données douanières — et il y en a — savent exactement ce que cela signifie. Moscou est en train de financer sa propre vassalisation en yuans. Et les hommes et les femmes qui meurent en Ukraine financent, eux, l’ambition planétaire de Xi Jinping.
Poutine à Pékin, Xi à Moscou : la diplomatie d'une dépendance assumée
Les visites de haut niveau comme rituel de subordination
Le calendrier diplomatique entre Moscou et Pékin en 2025 est révélateur. Xi Jinping s’est rendu à Moscou en mai pour quatre jours — une visite qui comprenait sa participation à la commémoration du 80e anniversaire de la victoire soviétique sur le nazisme, geste hautement symbolique. Vladimir Poutine a effectué une visite de quatre jours à Pékin fin août, signant plus de 20 accords de coopération dans les domaines de l’énergie, de l’espace, de l’intelligence artificielle et de l’agriculture. Ces visites s’accompagnent invariablement d’annonces triomphales sur la « profondeur inégalée » du partenariat bilatéral — et d’une rhétorique anti-occidentale commune.
Mais regardons ce que produisent concrètement ces sommets. Les 20 accords signés ? Ils portent essentiellement sur des intentions de coopération dont la plupart restent sans suite. Les investissements chinois annoncés en Russie totalisent sur le papier 200 milliards de dollars de projets, mais les investissements directs étrangers chinois en Russie ne dépassaient que 10,7 milliards de dollars en 2023. Power of Siberia 2 reste un projet. La banque de règlement commune reste une aspiration. Pékin annonce beaucoup et investit peu — parce qu’il n’a pas besoin d’investir davantage pour maintenir Moscou sous sa coupe.
La politique de visas chinoise pour les Russes : un outil de soft power
Un exemple révélateur de l’asymétrie : en septembre 2025, la Chine a annoncé une politique de visa facilitée pour les citoyens russes, valable jusqu’en septembre 2026. Dans le même temps, les citoyens chinois bénéficient d’une exemption de visa en Russie. Ce n’est pas un geste d’amitié désintéressée — c’est une politique de puissance douce visant à renforcer l’attraction culturelle et économique de la Chine sur la population russe, à normaliser l’idée que la Chine est le grand partenaire naturel de la Russie, et à créer des flux humains qui renforcent l’influence économique chinoise sur le sol russe. En 2025, 2 millions de touristes russes se sont rendus en Chine, et plus d’un million de touristes chinois ont visité la Russie.
Cette pénétration culturelle et touristique s’accompagne d’une expansion commerciale chinoise sur le territoire russe : plus de 9 000 entreprises chinoises sont enregistrées en Russie, dont plus de 2 400 créées entre 2022 et mi-2024. Plus de 90 % de ces nouvelles entreprises opèrent dans le commerce de gros ou de détail, les biens de consommation, les véhicules, les machines. La Chine n’investit pas dans la Russie pour l’aider à se développer — elle y établit des têtes de pont commerciales pour capturer le marché qu’ont abandonné les entreprises occidentales.
Quand je vois ces chiffres sur les entreprises chinoises en Russie, je pense à l’ironie historique : la Russie a chassé McDonald’s, IKEA, et H&M en 2022 pour les remplacer par des équivalents chinois. Elle a échangé des entreprises occidentales — qui respectaient des standards sociaux et environnementaux, qui payaient des taxes, qui employaient des Russes qualifiés — contre des réseaux commerciaux chinois à bas coût dont les profits remontent à Shanghai ou Shenzhen. C’est peut-être la définition la plus concrète de ce que Poutine a fait à son propre peuple.
La guerre en Ukraine financée par Pékin : l'implication silencieuse de la Chine
Sans la Chine, la guerre russe s’arrête
La conclusion la plus dérangeante du témoignage Ribakova devant l’USCC — et sans doute la plus importante pour comprendre les enjeux stratégiques — est celle-ci : « La capacité de la Russie à poursuivre sa guerre d’agression serait sérieusement compromise sans la Chine. » Ce n’est pas une hyperbole rhétorique. C’est une conclusion étayée par les données. Les recettes pétrolières vendues à la Chine représentent environ 43 milliards de dollars par an du budget militaire russe, soit environ un tiers du budget de guerre de Moscou. Sans ces revenus, la Russie ne pourrait pas financer ses dépenses militaires au niveau actuel.
Ajoutez à cela les composants technologiques à double usage qui transitent par la Chine — 49 % fabriqués en Chine, selon l’USCC — et qui alimentent directement la production de drones, de missiles, d’équipements de communication militaires. Le Carnegie Endowment note qu’en août 2025 seul, la Chine a exporté vers la Russie un record de 328 000 kilomètres de câble à fibre optique et près de 50 millions de dollars de batteries lithium-ion — deux matériaux à double usage intensément utilisés dans les systèmes militaires. Pékin sait exactement ce qu’il fait.
La complicité par calcul : ce que la Chine gagne en ne stoppant pas la guerre
La Chine n’a pas intérêt à ce que la guerre se termine rapidement sur des termes favorables à l’Ukraine et à l’Occident. Une victoire ukrainienne libérerait Moscou de sa dépendance forcée à Pékin et lui permettrait éventuellement de se retourner vers l’Occident — ce qui diminuerait l’influence chinoise. À l’inverse, une guerre prolongée maintiendrait la Russie dans sa posture de demandeur, épuisée et dépendante, incapable de résister aux conditions imposées par Pékin sur l’énergie, la technologie et les paiements. Pour Xi Jinping, la guerre en Ukraine est un investissement stratégique à long terme — un instrument qui consolide la vassalisation économique de Moscou sans que la Chine ait à tirer un seul coup de feu.
L’Occident commence à comprendre cette dynamique. Le rapport de l’Atlantic Council sur la stratégie du dollar (2025) note les risques d’une fragmentation du système financier mondial en blocs concurrents, avec la Chine comme centre d’un bloc alternatif. Mais la réponse occidentale reste insuffisante : les sanctions secondaires sont déployées au compte-gouttes, les exportations à double usage sont imparfaitement contrôlées, et les divisions internes à l’OTAN et à l’UE sur la politique chinoise limitent l’efficacité de la réponse collective.
La Chine est co-responsable de chaque soldat ukrainien tué depuis 2022. Pas co-coupable légalement — Pékin maintient une neutralité formelle avec un soin méticuleux. Mais moralement ? Si vous fournissez les recettes et les composants qui permettent à une armée d’occupation de continuer à tuer des civils, vous n’êtes pas neutre. Vous êtes complice. Et l’histoire, j’en suis convaincu, jugera Xi Jinping sur ce point.
Le scénario de la rupture : que se passerait-il si Pékin coupait le robinet ?
La vulnérabilité maximale de Moscou
Pour mesurer l’ampleur de la dépendance russe, imaginons le scénario — théorique mais instructif — d’une rupture commerciale sino-russe. Sans les achats d’énergie chinois, la Russie perdrait 35 % de ses recettes d’hydrocarbures et environ 43 milliards de dollars de rentrées budgétaires annuelles. Sans les importations chinoises, qui couvrent 57 % des besoins d’importation russes, l’économie russe se retrouverait à court de machines industrielles, d’équipements de communication, de composants électroniques, et d’une large gamme de biens de consommation. Le complexe militaro-industriel, dépendant à 90 % de la Chine pour ses composants critiques, ralentirait drastiquement sa production.
Les marchés financiers russes s’effondreraient instantanément : sans le yuan pour remplacer le dollar et l’euro, la Russie n’aurait plus de monnaie internationale pour ses transactions extérieures — le rouble n’est pas librement convertible en dehors des marchés sino-russes. Les réserves de change russes, majoritairement libellées en yuan et en or, perdraient leur utilité opérationnelle. La Russie serait économiquement paralysée en quelques semaines. Voilà ce que signifie concrètement une dépendance à 92 % pour les règlements commerciaux.
Pourquoi la Chine ne coupera pas le robinet — et ce que cela implique
Ce scénario catastrophe ne se réalisera pas, et pour une raison simple : ce n’est pas dans l’intérêt de la Chine. Pékin profite trop de la situation actuelle pour y mettre fin brutalement. Mais — et c’est crucial — Pékin peut moduler la pression à volonté. Il peut resserrer ou desserrer l’accès au yuan selon ses intérêts diplomatiques du moment. Il peut accélérer ou retarder les livraisons de composants. Il peut influencer le taux de change yuan-rouble. Il peut encourager ou décourager ses banques d’État de faciliter les transactions russes. Cette capacité de modulation est le levier le plus puissant qu’un État ait jamais détenu sur un rival potentiel.
Et c’est précisément ce qui rend la Chine si dangereuse pour l’ordre international. Elle ne brandit pas ses missiles. Elle ne déploie pas ses troupes. Elle contrôle les robinets — et la Russie le sait. Si l’Occident imposait des sanctions encore plus sévères sur la Russie, Pékin pourrait décider en 48 heures de desserrer ou de maintenir son étreinte. La vraie décision sur l’avenir de la guerre en Ukraine passe par Beijing, pas par Moscou.
C’est vertigineux quand on y pense vraiment. L’issue de la guerre en Ukraine dépend en grande partie d’un calcul fait dans les bureaux du Parti communiste chinois. Ce n’est pas Poutine qui tient les clés — c’est Xi. Et nous, Occidentaux, sommes en train de négocier avec le mauvais interlocuteur pendant que l’autre accumule des actifs stratégiques à une vitesse que l’histoire n’a jamais vue.
La menace systémique : la dédollarisation comme arme géopolitique
Au-delà de la Russie : le précédent pour le Sud global
L’expérience russo-chinoise de dédollarisation est suivie attentivement par des dizaines de pays qui, pour diverses raisons, cherchent à réduire leur exposition au système financier dominé par Washington. L’Iran, qui fait face à des sanctions américaines depuis des décennies, a adopté des mécanismes similaires avec la Chine. Le Venezuela, Cuba, certains États africains regardent le modèle russo-chinois comme une voie possible vers une indépendance financière partielle vis-à-vis de l’Occident. Et si demain un pays du Sud global décide, après une crise avec Washington, de basculer massivement vers le yuan pour ses règlements commerciaux, il n’aura plus à réinventer le système — il l’héritera de la Russie.
C’est le risque systémique que l’Atlantic Council identifie dans son rapport sur la stratégie du dollar de mai 2025 : une « fragmentation géoéconomique » poussée par la guerre commerciale américaine sous Trump, les sanctions russes, et les tensions avec la Chine pourrait « pousser les petits pays à choisir leur camp — et ceux qui se rapprochent de la Chine aligneraient leurs usages monétaires pour les transactions internationales et leurs réserves loin du dollar et de l’euro ». Ce n’est pas une théorie du complot — c’est l’évaluation du FMI citée par l’Atlantic Council : une fragmentation économique plus profonde pourrait coûter jusqu’à 7 % du PIB mondial.
Le yuan ne remplace pas encore le dollar — mais il n’a pas besoin de le faire pour être dangereux
Il est important d’être précis : le yuan ne deviendra pas du jour au lendemain la monnaie de réserve mondiale. Sa part dans les paiements internationaux reste minoritaire, ses contrôles de capitaux limitent son attrait, et la confiance dans les institutions chinoises est loin d’équivaloir à celle dans le système dollar. Mais — comme le souligne le rapport de la Carnegue Endowment — il n’a pas besoin de remplacer le dollar pour diminuer le pouvoir de coercition économique occidental. Il lui suffit de créer des zones grises suffisamment larges pour que les sanctions perdent de leur efficacité. Or, la Russie prouve en temps réel que c’est possible : malgré les sanctions les plus sévères jamais imposées à une grande puissance, Moscou continue de financer sa guerre, d’importer des technologies et d’alimenter son budget — grâce au yuan.
La dédollarisation russo-chinoise n’est donc pas seulement un phénomène bilatéral. C’est un démonstrateur géopolitique qui montre à tous les États qui pourraient un jour se trouver dans la ligne de mire des sanctions occidentales qu’une sortie partielle du système dollar est viable. C’est peut-être la contribution la plus durable — et la plus dangereuse — que la guerre d’Ukraine aura apportée à l’ordre mondial.
Voilà ce qui me garde éveillé la nuit : ce n’est pas tant que la Russie survive aux sanctions grâce à la Chine — c’est que la Chine est en train de démontrer au monde entier qu’il est possible de survivre aux sanctions occidentales. Chaque mois qui passe renforce ce précédent, et chaque dirigeant autoritaire dans le monde le regarde et prend note. L’Occident ne combat pas seulement Poutine en Ukraine — il combat pour la crédibilité de tout son arsenal économique.
Conclusion : Pékin gagne, Moscou s'épuise, et l'Occident doit choisir son camp
Le bilan de quatre ans de dépendance forcée
Le tableau est désormais complet et il n’a rien de flatteur pour Poutine. En décidant d’envahir l’Ukraine, le maître du Kremlin a précipité son pays dans une dépendance économique structurelle vis-à-vis de la Chine sans précédent dans l’histoire moderne. Le commerce bilatéral, bien que légèrement en recul à 234 milliards de dollars en 2025, reste le pilier de l’économie russe de guerre. 92 % de ce commerce est réglé en dehors du dollar et de l’euro — une révolution monétaire forcée qui a remplacé une dépendance au système occidental par une dépendance au bon vouloir de Pékin. La Chine représente 57 % des importations russes, 34 % de son commerce total, et finance indirectement environ un tiers de son budget militaire. En contrepartie, la Russie ne représente que 4 % du commerce chinois — et tombe à la 7e place des partenaires de Pékin.
L’asymétrie est si flagrante que même les analystes russes les plus patriotes ne peuvent l’ignorer : Moscou a échangé une dépendance aux marchés occidentaux, qui étaient ouverts et mutuellement bénéfiques, contre une dépendance à un partenaire dont le calcul est froid, stratégique, et structurellement défavorable à la Russie. Poutine a fait de son pays le fournisseur de matières premières d’une puissance qui le traite en état vassal — tout en prétendant construire un « monde multipolaire ». L’ironie est grinçante.
Ce que l’Occident doit faire maintenant
La réponse de l’Occident à cette réalité exige clarté et courage. Il faut d’abord renforcer et élargir les sanctions secondaires visant les entités chinoises qui facilitent l’évasion des sanctions russes — et l’efficacité prouvée des mesures contre la banque de Heihe montre que cet outil fonctionne. Il faut ensuite soutenir sans ambiguïté l’Ukraine militairement, économiquement et diplomatiquement — parce que chaque territoire ukrainien libéré est un revers pour le modèle de Poutine et pour le calcul stratégique de Xi. Il faut enfin construire une réponse crédible au défi de l’internationalisation du yuan, en renforçant les institutions du système dollar et en proposant aux pays en développement des alternatives aux financements chinois conditionnels. L’Occident a les moyens de gagner cette partie — à condition de reconnaître qui est son véritable adversaire.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Atlantic Council — L’économie russe en 2025 : entre stagnation et militarisation — 12 décembre 2025
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