Ce que l’AIEA ne sait plus
Le rapport trimestriel de l’AIEA du 4 juin 2026, analysé par la FDD, dresse un tableau préoccupant de la situation. L’agence déclare être incapable de vérifier la suspension du programme d’enrichissement uranien iranien, du retraitement du plutonium et de la production d’eau lourde — toutes activités requises par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU réimposées en octobre 2025. L’Iran refuse à l’AIEA l’accès aux quatre principaux sites d’enrichissement ainsi qu’aux stockpiles d’uranium enrichi qui leur sont associés.
Depuis le 28 février 2026 — date du début de la phase militaire du conflit — l’AIEA a cessé de conduire des activités de vérification en Iran conformément à l’accord de garanties NPT. En septembre 2025, Téhéran avait accepté le retour d’inspecteurs sur certains sites, mais cet accès reste partiel et limité aux installations non endommagées. Les sites frappés par les États-Unis et Israël restent inaccessibles. La question de ce qui s’y trouvait — et de ce qui en a peut-être été extrait avant ou après les frappes — n’a pas de réponse vérifiée.
Le précédent du projet Amad et les activités militaires passées
Le contexte historique de la non-compliance iranienne avec l’AIEA remonte à bien avant la guerre de 2025-2026. L’Iran a pendant longtemps refusé de répondre aux questions de l’agence sur ses activités nucléaires militaires passées — notamment le projet Amad, programme de développement d’armes nucléaires actif jusqu’en 2003 selon les évaluations des services de renseignement occidentaux. Des questions sur des activités suspectées d’antédate 2003 restent sans réponse satisfaisante, malgré des années de demandes répétées.
La résolution de l’AIEA du 11 juin 2026, adoptée par 21 voix pour, 10 abstentions, et 3 oppositions (Russie, Chine et Niger), a ordonné à l’Iran de fournir des informations précises sur sa comptabilité nucléaire et de donner accès aux inspecteurs pour vérifier ses stockpiles. Le texte, soumis conjointement par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, soulignait que « les actions de l’Iran soulèvent des préoccupations urgentes quant à la nature de son programme nucléaire » et que sa non-conformité « menace l’intégrité du régime mondial de garanties nucléaires ». Selon JNS du 11 juin 2026, cette résolution fait suite à un régime de sanctions snapback réimposé en octobre 2025.
Le projet Amad, les 440 kilos d’uranium enrichi disparus, les sites endommagés inaccessibles — si je faisais la liste de tout ce que l’AIEA ne sait pas sur le programme nucléaire iranien, ça remplirait un livre. C’est pour ça que quand l’Iran dit « nos intentions sont pacifiques », je comprends que ça ne soit pas suffisant pour Rafael Grossi. Les intentions se prouvent par des actes vérifiables, pas par des déclarations.
La « guerre de déclarations » : ce que chaque camp affirme
Ce que l’Iran affirme
L’Iran maintient que son programme nucléaire est exclusivement à des fins civiles — énergie, recherche médicale, production d’isotopes. Le vice-ministre iranien, selon les rapports du 25 juin, a indiqué qu’aucune réunion n’avait eu lieu avec le directeur général de l’AIEA et qu’il n’y avait pas de plans d’inspections des sites nucléaires endommagés avant qu’un accord final soit conclu. Téhéran conditionne donc la vérification nucléaire à la signature d’un accord définitif — ce qui crée une impasse logique : comment signer un accord définitif sur le nucléaire sans d’abord vérifier l’état du programme nucléaire ?
Cette position iranienne est compréhensible du point de vue tactique : accorder un accès total à l’AIEA avant d’obtenir des garanties définitives sur les sanctions et les avantages économiques reviendrait à brader son principal levier de négociation. Mais elle est inacceptable du point de vue de la non-prolifération : des négociations sur un programme nucléaire dont on ignore l’état réel sont des négociations dans le vide. La déclaration de Kalibbah qualifiant le MoU de « défaite américaine » suggère que Téhéran perçoit son refus d’accès comme une force — une position dangereusement compatible avec une stratégie de gain de temps.
Ce que les États-Unis affirment
Trump a déclaré le 25 juin que l’Iran avait accepté les « inspections nucléaires de plus haut niveau » dans le cadre de l’accord. Il a rejeté les « protestations et fausses déclarations » iraniennes. Le secrétaire au Trésor Bessent avait publiquement affirmé que l’Iran avait « promis de permettre aux inspecteurs de l’Agence Atomique d’entrer sur son territoire ». Ces déclarations américaines contredisent directement les démentis iraniens sur l’étendue des engagements nucléaires de l’accord.
Cette contradiction n’est pas anodine. Si les deux parties ont des interprétations radicalement différentes de ce sur quoi elles se sont accordées — ce qui semble être le cas — alors l’accord est fondamentalement fragile. Grossi reconnaît lui-même qu’une « guerre de déclarations » est en cours et note que le MoU « stipule spécifiquement » que la partie nucléaire « sera supervisée par l’AIEA » — ce qui suggère que l’accord écrit est moins ambigu que ce que les parties font semblant de croire. La question est de savoir qui a la volonté politique de l’appliquer réellement.
Trump qui dit que l’Iran a accepté les « inspections de plus haut niveau », l’Iran qui dit n’avoir rien accepté de tel — c’est un mensonge de l’un ou de l’autre, ou des deux à la fois pour des audiences différentes. Dans les deux cas, ça signifie qu’il n’y a pas de base de confiance entre les parties. Et sans base de confiance, un accord nucléaire ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit. Je suis profondément inquiet.
Le résultat concret : que peut vérifier l'AIEA aujourd'hui ?
Les sites accessibles : une image partielle
En juin 2026, les inspecteurs de l’AIEA ont eu accès à certains sites nucléaires iraniens non endommagés. L’installation de Bushehr — le réacteur nucléaire civil construit avec l’aide russe — a été visitée en juin, selon la UK Government dans sa déclaration à l’AIEA du 10 juin 2026. Mais les quatre principaux sites d’enrichissement (dont Natanz et Fordow) restent inaccessibles. Les sites frappés lors de l’opération Rising Lion — incluant le complexe de tunnels d’Esfahan qui était identifié par l’AIEA comme lieu de stockage d’uranium hautement enrichi — ne sont pas accessibles aux inspecteurs.
La FDD signale dans son analyse du 9 juin que le site TESA Karaj (fabrication de centrifugeuses) a été frappé à la fois lors de la guerre de 2025 et lors de la phase de 2026. L’AIEA ne rapporte pas ses observations des sites de fabrication de centrifugeuses connus — une lacune remarquable dans ses rapports publics. Cette opacité sur les capacités de production de composants nucléaires est aussi préoccupante que l’opacité sur le stockpile d’uranium enrichi.
Ce que les frappes ont — ou n’ont pas — détruit
L’évaluation des dégâts infligés au programme nucléaire iranien par les frappes de 2025-2026 reste largement incertaine. Les services de renseignement américains et israéliens ont présenté des estimations divergentes — certains affirmant que l’infrastructure d’enrichissement a été significativement dégradée, d’autres indiquant que des capacités souterraines ou dispersées subsistent. Sans accès de l’AIEA à tous les sites concernés, il est impossible d’avoir une évaluation indépendante.
Ce qui est certain, selon les évaluations disponibles, c’est que les frappes ont retardé mais pas détruit le programme nucléaire iranien. La capacité technique de construire des centrifugeuses, de produire de l’UF6 (hexafluorure d’uranium), d’enrichir de l’uranium — ces compétences sont dans les têtes d’ingénieurs et de scientifiques qui n’ont pas été touchés par les frappes. La question n’est pas « peut-il refaire une bombe ? » — la réponse est presque certainement oui. La question est « dans quel délai et avec quelles ressources ? » — et seule une vérification robuste de l’AIEA peut répondre à cette question.
On peut bombarder des installations, mais on ne peut pas bombarder des cerveaux. Le programme nucléaire iranien, c’est d’abord du savoir-faire humain — et ce savoir n’a pas été détruit. Les frappes ont peut-être gagné du temps. Mais du temps vers quoi ? Si on n’utilise pas ce temps pour construire un cadre de vérification robuste, dans cinq ans on sera de retour au point de départ, avec un Iran peut-être plus déterminé et plus secret encore.
Le régime de non-prolifération nucléaire en question
La fragilité du TNP et des safeguards de l’AIEA
La crise iranienne pose une question plus large sur la viabilité du Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP) et du système de garanties de l’AIEA. L’Iran a signé et ratifié le TNP. Il est formellement lié par ses engagements de ne pas développer d’armes nucléaires. Mais il a violé ces engagements de façon répétée — en développant des activités non déclarées, en refusant l’accès des inspecteurs, en enrichissant de l’uranium au-delà des besoins civils plausibles.
La résolution de l’AIEA du 11 juin 2026 constate cette non-compliance pour la énième fois. La question est de savoir ce que la communauté internationale peut faire quand un État membre du TNP choisit de ne pas respecter ses obligations. Le mécanisme de sanction ultime — le renvoi devant le Conseil de sécurité de l’ONU — est bloqué par le veto russe et chinois. La proposition de renvoi, discutée avant la résolution de juin, n’a pas été incluse dans le texte final, précisément parce qu’elle n’aurait pas obtenu la majorité nécessaire.
L’AIEA dans les négociations : un acteur clé mais sous-capitalisé
L’AIEA se retrouve dans une position délicate : Grossi est à la fois négociateur (il doit obtenir l’accès aux sites), arbitre technique (il doit évaluer les capacités nucléaires iraniennes) et communicant politique (il doit rapporter honnêtement ce qu’il ne sait pas sans faire s’effondrer un accord diplomatique fragile). Ces trois rôles peuvent être contradictoires. Sa déclaration du 26 juin — insistant sur la nécessité d’un système de vérification « très fort » tout en refusant de prendre parti dans la « guerre de déclarations » — illustre l’équilibre précaire qu’il essaie de maintenir.
L’AIEA dispose de ressources limitées pour ce travail immense. L’agence a besoin de financement supplémentaire, d’inspecteurs formés aux nouvelles technologies de vérification, et d’un mandat politique clair de ses États membres pour exercer une pression maximale sur l’Iran. Sans ces ressources, la vérification restera incomplète — et un accord nucléaire basé sur une vérification incomplète est une invitation à la tromperie.
Rafael Grossi dans cette crise, c’est un peu l’inspecteur Hans Blix version 2026 — un homme qui dit la vérité technique dans un contexte où les politiques ne veulent entendre que ce qui arrange leurs accords. Je respecte sa probité. Mais je crains qu’il soit seul dans sa franchise. Les partenaires de l’accord US-Iran ont besoin de croire que ça marche — ils ne veulent pas que l’AIEA leur dise que ça ne marche pas encore.
La résolution de l'AIEA du 11 juin : portée et limites
Un vote révélateur des divisions
La résolution adoptée par le Conseil des gouverneurs de l’AIEA le 11 juin 2026, avec 21 voix pour, 10 abstentions et 3 contre (Russie, Chine, Niger), est révélatrice des divisions internationales sur la question nucléaire iranienne. Les 21 voix favorables représentent une majorité des États membres du Conseil, mais les abstentions — qui incluent des pays ayant des relations commerciales avec l’Iran — montrent que la solidarité internationale pour maintenir la pression sur Téhéran est loin d’être universelle.
La Russie et la Chine votent systématiquement contre ces résolutions, argant que la pression occidentale sur l’Iran est instrumentalisée à des fins géopolitiques. Cette position leur permet de maintenir leur influence en Iran — un allié précieux dans leur résistance à l’ordre libéral occidental — tout en neutralisant les mécanismes multilatéraux de non-prolifération. C’est une stratégie délibérée qui affaiblit le régime NPT au bénéfice de leurs intérêts géopolitiques particuliers.
Ce que la résolution exige — et ce que l’Iran fera
La résolution demande à l’Iran de fournir à l’AIEA des informations précises sur sa comptabilité nucléaire et d’accorder aux inspecteurs un accès immédiat pour vérifier ses stockpiles. Elle souligne que les obligations de l’Iran au titre du TNP « ne peuvent être suspendues par l’Iran sous aucune circonstance ». Ces demandes sont claires — mais elles ne s’accompagnent pas d’un mécanisme d’exécution immédiat.
L’Iran a historiquement répondu aux résolutions du Conseil des gouverneurs par des promesses de « dialogue » et de « coopération » qui aboutissaient, dans les meilleurs cas, à des accès partiels et conditionnels. La position du négociateur en chef iranien après le MoU du 17 juin — affirmant que ce texte représentait une « déclaration de défaite américaine » — ne laisse pas présager une coopération généreuse avec l’AIEA dans l’immédiat. La résolution du 11 juin est un signal d’alarme utile — mais pas un mécanisme d’enforcement effectif.
Les résolutions de l’AIEA qui demandent à l’Iran de coopérer — ça fait des années que ça se répète. L’Iran promet, temporise, donne un accès partiel, reprend, suspend. Le régime joue sur la lassitude de la communauté internationale. Et ça marche. Tant qu’il n’y a pas de conséquences automatiques et crédibles à la non-compliance, ces résolutions sont du papier recyclable. Ce dont on a besoin, c’est d’un mécanisme avec des dents — et pour ça, il faut que la Russie et la Chine cessent de bloquer.
L'uranium enrichi à 60 % : la menace centrale
Pourquoi 60 % est si proche de 90 %
La question de l’uranium enrichi à 60 % est au cœur de toutes les préoccupations sur le programme nucléaire iranien. Pour comprendre pourquoi, il faut saisir la physique de l’enrichissement : passer de l’uranium naturel (0,7 % de U-235) à 60 % de U-235 représente la grande majorité du travail de séparation isotopique nécessaire. Passer de 60 % à 90 % (niveau requis pour une arme) est un processus techniquement beaucoup plus simple et rapide — quelques semaines avec des centrifugeuses opérationnelles.
Les 440,9 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % documentés par l’AIEA avant la perte de traçabilité représentent, selon les calculs des experts en prolifération, de quoi fabriquer entre 8 et 12 armes nucléaires si enrichi à 90 %. On ne sait pas où est cet uranium. On ne sait pas s’il est intact, endommagé, partiellement détruit, ou partiellement déplacé. Cette incertitude est la plus grave vulnérabilité de l’accord US-Iran.
Le délai d’alerte : une notion en péril
Le délai d’alerte — le temps qu’il faudrait à l’Iran pour produire suffisamment de matière fissile pour une bombe une fois qu’il aurait décidé de le faire — est une notion centrale des analyses de non-prolifération. Avant la guerre de 2025, les analystes estimaient ce délai à environ 2 semaines si l’Iran utilisait son stockpile de 60 % déjà constitué. Après les frappes qui ont endommagé les centrifugeuses, ce délai a peut-être augmenté — mais de combien, personne ne le sait sans vérification AIEA.
Ce délai d’alerte est ce qui rend la vérification urgente. Si le délai est très court — quelques semaines — alors les garanties doivent être quasi-permanentes pour être utiles. Un régime de vérification qui prévoit des inspections trimestrielles ne vaut rien si l’Iran peut produire une bombe en trois semaines. C’est pourquoi Grossi insiste sur « la plus grande sévérité » : non pas pour des raisons bureaucratiques, mais parce que la physique de la prolifération rend tout autre niveau de vérification insuffisant.
Le délai d’alerte de deux semaines pour une bombe iranienne — c’est un des chiffres les plus perturbants de toute la géopolitique nucléaire. Dans ce contexte, « faire confiance mais vérifier » n’est pas une stratégie — « vérifier constamment et ne rien laisser à la confiance » est la seule approche sensée. Je comprends pourquoi les Israéliens ne dorment pas sur leurs deux oreilles avec cet accord.
La position d'Israël : non sans une vérification totale
Israël et l’accord : une opposition de principe
Israël a maintenu une position constante tout au long des négociations US-Iran : aucun accord n’est acceptable si il ne garantit pas que l’Iran ne pourra jamais acquérir une arme nucléaire, et cette garantie doit être assurée par une vérification qui soit « à tout moment, en tout lieu et dans toutes les circonstances », selon la formule de l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Leiter, rapportée par GBH News le 16 juin 2026.
Cette position est compréhensible : Israël est la cible directe déclarée par des dirigeants iraniens depuis des décennies. Une Iran nucléaire représente une menace existentielle pour Israël d’une nature différente de celle qu’elle représente pour les États-Unis ou l’Europe. La distance entre Téhéran et Tel-Aviv est de 1 600 kilomètres — à portée de missiles iraniens déjà opérationnels. Et l’histoire du Moyen-Orient ne laisse pas de place à la naïveté sur les intentions déclarées des régimes autoritaires.
L’action israélienne au Liban comme perturbateur de l’accord
Mais la position israélienne est aussi celle d’un acteur qui continue à agir militairement — au Liban, en Syrie, et potentiellement en Iran lui-même — tout en demandant à ses alliés de négocier en son nom. Le refus du ministre de la Défense Katz de se retirer du Liban même si les États-Unis le demandaient, déclaré le 24 juin 2026 selon Times of Israel, est une démonstration d’autonomie stratégique qui complique la tâche des négociateurs américains et crée des prétextes iraniens pour ne pas coopérer avec l’AIEA.
L’accord cadre signé le 26 juin entre Israël, le Liban et les États-Unis, prévoyant un retrait partiel des zones tampon au Liban sud, est un pas — mais un pas minimal. L’Iran a lié la pleine coopération sur son programme nucléaire à la fin de toutes les hostilités au Liban. Tant que l’IDF reste au Liban, Téhéran a un prétexte pour retarder la vérification nucléaire. C’est un nœud gordien que ni Washington ni Jérusalem ne semblent pressés de trancher.
Je comprends qu’Israël ne veuille pas se lier les mains face à un adversaire qui a projeté sa destruction. Mais son autonomie d’action au Liban complique objectivement les négociations avec l’Iran sur le nucléaire. Ces deux lignes politiques — sécurité au Liban et vérification nucléaire — ne peuvent pas être gérées indépendamment. Washington devra peut-être forcer un compromis douloureux de son allié israélien pour obtenir la vérification nucléaire dont le monde a besoin.
Ce qu'un accord solide devrait contenir
Les éléments techniques minimaux pour une vérification crédible
Qu’est-ce qu’un régime de vérification nucléaire iranien « très fort » — pour reprendre les termes de Grossi — devrait contenir ? Les experts en non-prolifération s’accordent sur plusieurs éléments minimaux. Premièrement : un accès illimité pour les inspecteurs de l’AIEA à tous les sites nucléaires déclarés et suspects — y compris les sites endommagés — sans délai et sans conditions politiques. Deuxièmement : une comptabilité exhaustive et vérifiable du stockpile iranien d’uranium enrichi, incluant les quantités manquantes depuis la perte de traçabilité. Troisièmement : des caméras de surveillance et des sceaux de l’AIEA en permanence sur les équipements critiques.
Quatrièmement : des inspections « anywhere, anytime » — à tout endroit, à tout moment — dans le cadre d’un Protocole additionnel renforcé. L’Iran avait signé un Protocole additionnel dans le cadre du JCPOA de 2015, mais avait suspendu sa mise en œuvre après que les États-Unis se soient retirés de l’accord en 2018. Sa réactivation, étendue et sans clauses d’exception, serait une condition minimale d’un accord solide. Cinquièmement : un mécanisme de snapback automatique des sanctions qui s’activerait sans vote du Conseil de sécurité en cas de violation — pour neutraliser le veto russe et chinois.
La leçon du JCPOA : qu’est-ce qui n’avait pas marché
Le Plan d’action global commun (JCPOA) de 2015 contenait des mécanismes de vérification que l’AIEA avait qualifiés de « robustes ». Et pourtant, l’accord s’est finalement effondré — d’abord avec le retrait américain en 2018, puis avec l’escalade iranienne. Les faiblesses du JCPOA incluaient des clauses de sunset (les restrictions d’enrichissement expiraient après 10-15 ans), l’absence de règlement des questions sur les activités militaires passées, et des mécanismes politiques compliqués qui permettaient à l’Iran de jouer sur les délais d’inspection.
Tout accord de remplacement devra apprendre de ces échecs. Il devra être permanent ou de très longue durée (pas de sunset raisonnable dans 10 ans pour un programme qui peut se reconstruire en quelques années). Il devra régler les questions des activités militaires passées — le projet Amad et ses descendants — pas les passer sous silence pour faciliter la signature. Et il devra avoir des mécanismes d’exécution qui ne dépendent pas d’un vote unanime du Conseil de sécurité. Un accord sans ces éléments sera un JCPOA 2.0 — et JCPOA 2.0 finira probablement de la même façon que JCPOA 1.0.
Je vais m’attirer des critiques en disant ça, mais je le dis quand même : un accord avec l’Iran sur le nucléaire sans règlement des activités militaires passées et sans clauses de sunset, c’est une illusion temporaire. On remet le problème à plus tard, on espère que la situation politique change entre-temps. Peut-être que ça marche. Mais si ça ne marche pas, on aura perdu des années et donné à l’Iran le temps et les ressources pour reconstruire. Je préfère un accord dur difficile à négocier maintenant à un accord facile qui échoue dans cinq ans.
Les perspectives : ce qui pourrait se passer dans les 60 jours
Le calendrier critique jusqu’au 21 août
La licence américaine de 60 jours expire le 21 août 2026. C’est la fenêtre dans laquelle un accord définitif doit être négocié ou un renouvellement de la licence décidé. Pour que l’AIEA puisse effectuer une vérification minimale dans ce délai, plusieurs choses doivent se produire : Téhéran doit accepter le retour des inspecteurs sur les sites endommagés, les équipes techniques de l’AIEA doivent avoir accès aux instruments nécessaires pour évaluer les dommages et les stockpiles restants, et les résultats de ces évaluations doivent être communiqués aux parties avant la date d’expiration de la licence.
Ce calendrier est ambitieux — peut-être trop. Les inspections nucléaires techniques prennent du temps. L’accès aux sites endommagés nécessite des mesures de sécurité, des protocoles de protection contre les radiations, des arrangements logistiques complexes. Et l’Iran devra décider politiquement de le permettre — une décision qui implique ses propres débats internes entre réformistes et radicaux qui n’est pas acquise d’avance.
Les trois scénarios pour l’accord nucléaire
Scénario 1 (optimiste) : L’Iran accepte le retour de l’AIEA sur les sites endommagés, une comptabilité partielle du stockpile est réalisée, et les négociations progressent vers un accord-cadre nucléaire qui prévoit un régime de vérification renforcé. La licence est renouvelée ou un accord préliminaire est signé avant le 21 août. Scénario 2 (intermédiaire) : L’Iran accorde un accès limité à l’AIEA, mais les questions fondamentales sur le stockpile restent irrésolues. La licence est renouvelée par défaut pour éviter un retour aux hostilités, mais le problème nucléaire est repoussé à des négociations futures. Scénario 3 (pessimiste) : Les négociations achoppent sur le Liban ou le nucléaire, l’Iran repasse en mode résistance, et la situation revient à la case départ — avec un Iran affaibli mais qui a conservé son programme nucléaire et récupéré une partie de ses avoirs gelés.
La probabilité respective de ces trois scénarios est difficile à évaluer objectivement. Ce qui est certain, c’est que l’AIEA sera le facteur déterminant dans la distinction entre le scénario 1 et les deux autres. Si Grossi obtient l’accès qu’il demande, il peut fournir aux négociateurs une base factuelle pour un accord solide. S’il ne l’obtient pas, toute négociation est fondamentalement creuse.
Je suis incapable de vous dire lequel de ces trois scénarios se réalisera. Et quiconque prétend le savoir avec certitude vous ment. Ce que je sais, c’est que l’issue dépend plus de la volonté politique iranienne que de celle des États-Unis ou de l’AIEA. Et que la volonté politique iranienne est, par nature, opaque et imprévisible. La modestie s’impose dans ce contexte.
La non-prolifération nucléaire : une valeur que nous ne pouvons pas abandonner
Ce que la prolifération iranienne signifierait pour le monde
Un Iran nucléaire ne serait pas seulement une menace directe pour Israël et pour la stabilité du Moyen-Orient. Ce serait un signal dévastateur pour le régime mondial de non-prolifération. Si l’Iran — qui a violé ses obligations du TNP pendant des décennies, qui a résisté à toutes les pressions, qui a survécu aux sanctions et aux frappes — acquiert finalement une bombe, quelles conclusions les autres pays tireront-ils ? L’Arabie saoudite a déjà laissé entendre qu’elle chercherait à développer ses propres capacités nucléaires si l’Iran obtenait la bombe. La Turquie pourrait suivre. Et dans d’autres régions du monde, d’autres acteurs tireraient des leçons similaires.
La non-prolifération nucléaire est peut-être la valeur internationale qui mérite le plus d’être défendue avec fermeté — pas parce qu’elle est parfaite ou universelle, mais parce que son effondrement mènerait à un monde avec dix, vingt ou trente États nucléaires, où les risques d’accident, d’escalade ou d’usage délibéré seraient incomparablement plus élevés. Tout accord qui ne garantit pas solidement la non-prolifération iranienne crée un précédent qui affaiblit l’architecture mondiale de sécurité nucléaire.
Ce que l’Occident doit exiger
Les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne — qui ont soumis la résolution du 11 juin à l’AIEA — doivent maintenir une pression cohérente pour obtenir une vérification complète. Cela signifie que si l’Iran refuse l’accès à l’AIEA dans les 60 jours de la licence, la licence ne doit pas être renouvelée automatiquement. Cela signifie que les avoirs gelés dont le déblocage est promis doivent être conditionné à des progrès vérifiables sur la vérification nucléaire. Et cela signifie que les messages publics des dirigeants occidentaux — quelle que soit la pression domestique pour présenter l’accord comme un succès — doivent rester ancrés dans la réalité de ce que l’AIEA peut et ne peut pas vérifier.
C’est une position politiquement difficile à tenir. Mais c’est la seule qui soit compatible avec la crédibilité à long terme des engagements de non-prolifération que les démocraties occidentales défendent depuis des décennies. Un accord qui fait semblant de résoudre le problème nucléaire sans le résoudre réellement n’est pas un succès diplomatique — c’est une capitulation déguisée.
Je termine cette enquête avec une conviction simple : la non-prolifération nucléaire n’est pas négociable. C’est la ligne rouge au-delà de laquelle toute concession est suicidaire. Si cet accord avec l’Iran ne garantit pas, vérifiablement et durablement, que l’Iran ne développera pas d’arme nucléaire, alors il ne vaut rien. Et nous le paierons cher — peut-être pas demain, peut-être pas dans cinq ans, mais nous le paierons.
Les alliés régionaux d'Israël et le dilemme de la vérification
L’Arabie saoudite dans les coulisses des négociations
L’enquête sur l’accord US-Iran et la vérification nucléaire ne peut pas ignorer le rôle des alliés régionaux — en premier lieu l’Arabie saoudite. Riyad a des intérêts contradictoires dans le dossier iranien : il veut la stabilité régionale et la réouverture d’Hormuz, mais il redoute autant qu’Israël un Iran doté d’une capacité nucléaire effective. La normalisation saoudino-iranienne de 2023, sous médiation chinoise, avait ouvert une fenêtre de dialogue — mais sur la question nucléaire, Riyad maintient que tout accord doit inclure des garanties de vérification robustes et ne pas permettre à l’Iran de conserver une infrastructure nucléaire qui pourrait être réactivée rapidement. La position saoudienne rejoint celle d’Israël sur ce point fondamental.
Les Émirats arabes unis — autre puissance régionale avec des liens économiques importants avec l’Iran — ont adopté une position plus pragmatique, cherchant à profiter de la stabilité régionale pour développer leurs relations commerciales. Le Qatar, qui avait maintenu un canal diplomatique avec Téhéran même pendant les périodes de tension, joue un rôle de médiateur discret. Cette mosaïque d’intérêts régionaux complexifie considérablement toute tentative de présenter l’accord US-Iran comme une solution simple à un problème de sécurité régional. La vérification nucléaire est un enjeu qui dépasse la relation bilatérale Washington-Téhéran pour engager toute l’architecture de sécurité du Moyen-Orient.
Ce que la Chine fait de la question nucléaire iranienne
La Chine a joué un rôle de médiateur dans la normalisation saoudino-iranienne et observe de près l’accord US-Iran. Pour Pékin, un Iran partiellement réintégré dans l’économie mondiale est un partenaire commercial précieux — la Chine est l’un des principaux acheteurs de pétrole iranien, souvent au prix réduit contournant les sanctions. Un accord qui normalise les exportations pétrolières iraniennes et lève des sanctions présente donc des avantages économiques pour Pékin. Mais un Iran nucléarisé est une source d’instabilité régionale qui menace aussi les intérêts chinois — notamment la sécurité des voies commerciales vers l’Europe et la stabilité du marché du pétrole dont la Chine est le plus grand importateur mondial.
Cette position ambivalente conduit la Chine à soutenir verbalement les négociations diplomatiques tout en évitant de s’y engager profondément. Pékin préfère que la question nucléaire iranienne reste une affaire américano-européenne, sur laquelle elle peut exercer une influence discrète sans s’exposer aux coûts politiques d’un engagement direct. C’est une posture de free rider stratégique classique : profiter des retombées positives d’un accord sans contribuer aux risques et aux coûts de sa négociation. La Chine joue la stabilité pétrolière sans payer la prime de risque diplomatique.
L’implication chinoise dans la médiation Arabie Saoudite-Iran de 2023 était présentée comme un signe de la montée en puissance diplomatique de Pékin. Et c’est vrai, dans une certaine mesure. Mais il ne faut pas oublier que la Chine a choisi un terrain où ses intérêts économiques immédiats étaient directement alignés avec le résultat souhaité. Prendre des risques diplomatiques plus difficiles — sur l’Ukraine, sur la Corée du Nord — est une autre histoire. La diplomatie chinoise est pragmatique, pas altruiste.
L'Iran et le seuil nucléaire : ce que les données disponibles disent vraiment
La définition technique du seuil nucléaire
Pour comprendre ce que l’enquête sur la vérification révèle, il faut clarifier ce que signifie le seuil nucléaire dans le contexte iranien. Les experts nucléaires distinguent plusieurs niveaux : la capacité de breakout (le temps nécessaire pour enrichir suffisamment d’uranium pour une bombe si la décision en est prise), la capacité de sneakout (une installation secrète capable de produire du matériau fissile sans détection), et la weaponization (la capacité de miniaturiser et de monter une bombe sur un vecteur). L’AIEA peut vérifier certains aspects du premier niveau ; les deux autres sont beaucoup plus difficiles à auditer.
Les estimations disponibles en juin 2026 — compilées par l’AIEA, les services de renseignement américains et les analystes de l’ISW — suggèrent que l’Iran a accumulé suffisamment d’uranium enrichi à 60 % pour produire potentiellement trois à quatre armes nucléaires s’il enrichissait cet uranium jusqu’à 90 % (qualité militaire). Le temps de breakout est estimé à moins d’une semaine avec les centrifugeuses existantes — un seuil d’alerte que l’AIEA juge inacceptablement court pour permettre une réponse diplomatique efficace. C’est ce delta — entre la déclaration d’un accord et la réalité technique sur le terrain — que la vérification doit combler.
Les difficultés pratiques de l’accès des inspecteurs
Sur le terrain, la vérification nucléaire se heurte à des obstacles pratiques considérables. Les sites souterrains comme Fordow — creusé dans la montagne à plus de 80 mètres de profondeur pour résister aux frappes aériennes — ont été délibérément conçus pour être difficiles d’accès et à détruire. Les routes d’accès peuvent être bloquées sur préavis court, les inspecteurs peuvent être retardés dans leurs visas et autorisations, les caméras de surveillance peuvent être couvertes. Ces tactiques avaient été utilisées par l’Iran depuis 2019 pour compliquer les inspections. L’AIEA a documenté ces restrictions dans ses rapports successifs — ce qui explique l’insistance du directeur Grossi sur la nécessité d’une vérification « très forte » cette fois-ci.
Pour que la vérification soit crédible, elle doit inclure des accès permanents aux sites déclarés, des prélèvements environnementaux réguliers sur des sites non déclarés (qui permettent de détecter des activités nucléaires même non avouées), et des entretiens sans restriction avec les scientifiques nucléaires iraniens. Ces trois éléments sont précisément ceux sur lesquels l’Iran a résisté historiquement. La vérification robuste que réclame l’AIEA est fondamentalement incompatible avec le niveau de secret que le régime iranien veut maintenir — et cette contradiction est au cœur du défi des 60 prochains jours.
Je ne suis pas physicien nucléaire, et je ne prétends pas l’être. Mais je comprends assez des données disponibles pour dire que le temps de breakout inférieur à une semaine est une réalité qui devrait alarmer tout le monde. Ce n’est pas de l’alarmisme — c’est ce que les inspecteurs eux-mêmes documentent. Si cet accord ne réduit pas drastiquement ce délai à travers une vérification rigoureuse, il ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit.
Ce que l'accord US-Iran révèle sur les failles de l'ordre de non-prolifération
Le NPT à l’épreuve : une architecture en crise
L’enquête sur l’accord US-Iran renvoie à une question plus large : pourquoi l’architecture internationale de non-prolifération nucléaire — centrée sur le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et l’AIEA — n’a-t-elle pas empêché l’Iran d’atteindre le seuil nucléaire ? La réponse est inconfortable : le TNP est un instrument de bonne volonté qui fonctionne quand les États veulent le respecter et s’effondre quand ils ne le veulent pas. L’Iran a adhéré au TNP, a signé des protocoles additionnels, et a quand même progressé vers la capacité nucléaire en exploitant chaque ambiguïté juridique et chaque délai politique. La Corée du Nord s’est simplement retirée du traité en 2003 et a développé ouvertement ses armes. Le TNP n’a ni l’autorité ni les instruments de contrainte pour forcer la conformité d’un État déterminé.
Cette réalité soulève une question inconfortable pour l’ordre international : si le TNP est insuffisant, quels sont les instruments complémentaires disponibles ? La pression économique — les sanctions — a eu des effets réels sur l’Iran mais n’a pas suffi à le stopper. La menace militaire — les frappes israéliennes sur des sites nucléaires — est une option maintenue mais qui créerait une escalade régionale dont les conséquences seraient imprévisibles. La diplomatie — les accords type JCPOA et l’accord de juin 2026 — peut ralentir mais pas forcément arrêter la progression. Il n’y a pas de solution propre et définitive au problème de la prolifération nucléaire — seulement des gestions imparfaites d’un risque permanent.
Les leçons pour les prochaines crises de prolifération
L’enquête sur l’accord US-Iran offre des leçons pour les prochaines crises de prolifération — dont la Corée du Nord, qui dispose déjà d’armes nucléaires et qui s’est engagée selon des analyses récentes dans un programme d’amélioration de ses missiles KN-23 et de ses capacités d’attaque. Première leçon : la pression économique doit être maintenue jusqu’à ce qu’une vérification robuste soit en place, pas suspendue sur la base de promesses. Deuxième leçon : les accords de non-prolifération ont besoin de mécanismes de contrainte plus automatiques et moins politisés — des déclencheurs qui s’activent en cas de violation sans nécessiter un consensus politique difficile à obtenir. Troisième leçon : la coalition des démocraties doit rester unie sur ces dossiers, résistant aux tentations de deals bilatéraux qui court-circuitent les partenaires.
Aucune de ces leçons n’est nouvelle — elles avaient été tirées après le retrait américain du JCPOA en 2018 et la progression nord-coréenne. Ce qui est nouveau, c’est l’urgence : avec un Iran à moins d’une semaine de la bombe et une Corée du Nord qui améliore ses capacités de frappe avec l’aide technologique russe, la fenêtre pour des régimes de non-prolifération efficaces se rétrécit. Les 60 prochains jours sur l’accord US-Iran ne sont pas seulement un test pour l’Iran — ils sont un test pour le régime international de non-prolifération lui-même.
La non-prolifération nucléaire est l’un de ces sujets où je me sens à la fois compétent pour analyser les enjeux et profondément humilié par la complexité des solutions. Je n’ai pas de réponse magique. Je sais que les alternatives au TNP imparfait — l’anarchie nucléaire, la prolifération généralisée — sont pires. Et je sais que préserver un régime imparfait nécessite un engagement diplomatique constant que nos démocraties, distraites par mille crises simultanées, ont du mal à maintenir.
Conclusion : l'AIEA au cœur du verdict final
Ce que cette enquête révèle
Cette enquête révèle une tension fondamentale dans l’accord US-Iran : l’accord existe politiquement, il a des effets économiques tangibles (Hormuz rouvert, avoirs dégelés, pétrole iranien disponible), et il a temporairement suspendu des hostilités actives. Mais sur la question nucléaire — qui est censée être son cœur — il repose sur des déclarations contradictoires, une « guerre de mots » que l’AIEA elle-même reconnaît, et une vérification qui n’a pas encore commencé sur les questions les plus critiques.
Grossi et l’AIEA sont au cœur de ce verdict final. Si l’agence obtient l’accès qu’elle réclame et peut effectuer une vérification robuste, l’accord peut devenir solide. Si elle ne l’obtient pas, l’accord restera un pari sur des intentions non vérifiées — le type de pari que l’histoire de la non-prolifération nous a appris à ne jamais faire. Le monde attend. Le chronomètre du 21 août tourne. Et les 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % sont quelque part en Iran, sans adresse connue.
Ce que les citoyens des démocraties doivent savoir
Il faut que les citoyens des démocraties comprennent l’enjeu de ce dossier. Ce n’est pas une question technique réservée aux spécialistes de la non-prolifération. C’est une question de sécurité collective dont l’issue affectera la stabilité du Moyen-Orient, la crédibilité des alliances occidentales, et le régime mondial de non-prolifération nucléaire. Les dirigeants qui négocient cet accord avec l’Iran doivent rendre des comptes à leurs électeurs sur la robustesse des garanties obtenues — pas seulement annoncer des accords que personne ne peut évaluer.
Au terme de cette enquête, je reste avec plus de questions que de réponses — ce qui est peut-être le signe d’un bon journalisme d’investigation. L’accord US-Iran sur le nucléaire est une promesse faite avec des instruments imparfaits, dans un contexte de méfiance profonde, par des acteurs aux intérêts contradictoires. Il peut réussir — si les parties le veulent vraiment. Il peut échouer — si l’un des innombrables spoilers joue sa carte au mauvais moment. Ce qui est sûr, c’est que l’enjeu est existentiel, et que le monde ne peut pas se permettre de regarder ailleurs.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — IAEA demands strong verification of Iran’s nuclear programme, 26 juin 2026
FDD — Analysis of IAEA Iran Verification and NPT Safeguards Reports, 9 juin 2026
JNS — IAEA board passes resolution demanding Iran nuclear reporting, 11 juin 2026
Sources secondaires
Times of Israel — Katz vows no IDF withdrawal from south Lebanon, 24 juin 2026
GBH — Israeli ambassador: Israel is not going to withdraw from south Lebanon, 16 juin 2026
The Guardian — Israel defence minister refuses to pull out of southern Lebanon, 24 juin 2026
NPR — How Israel’s refusal to withdraw from Lebanon affects the US-Iran ceasefire deal, 20 juin 2026
Times of Israel — Liveblog June 26 2026: Israel, Lebanon sign framework deal, 26 juin 2026
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