Les sites bombardés : l’uranium manquant
Voici ce que l’AIEA sait — et ce qu’elle ne sait pas. Elle sait que des quantités significatives d’uranium enrichi à différents niveaux (60 %, 20 %, 4,5 %) étaient présentes dans les installations iraniennes avant les frappes de juin 2025. Elle sait que certaines installations ont été partiellement ou totalement détruites. Elle ne sait pas ce qu’il est advenu des matières fissiles qui y étaient stockées : dispersées par les explosions, déplacées avant les frappes, ou intactes dans des sections épargnées ? La réponse à cette question n’est pas seulement technique — elle est existentielle pour la non-prolifération nucléaire mondiale.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi l’a dit clairement : l’accès aux sites endommagés sera examiné « dans le cadre d’un accord final » avec les États-Unis. Il a conditionné les inspections à la fin totale des sanctions américaines. Washington rejette ce lien — le président Trump a affirmé que l’Iran avait accepté « les inspections nucléaires au plus haut niveau ». Téhéran conteste cette lecture. Et pendant que les deux parties se disputent sur le texte du mémorandum, les sites restent fermés. Grossi dit que le travail technique a « commencé » — sans préciser quoi, et sans pouvoir dire quand il sera complété.
Le mémorandum du 17 juin et ses 60 jours d’ambiguïté
L’accord-cadre du 17 juin 2026 entre les États-Unis et l’Iran a ouvert une fenêtre de 60 jours pour négocier les points les plus complexes : programme de missiles, alliés régionaux, programme nucléaire, sanctions. C’est une fenêtre courte, dense, et chargée de tensions. Selon Al Jazeera, les États-Unis et l’Iran continuent de publier des déclarations contradictoires sur ce que contient exactement ce mémorandum. Trump dit que les inspections sont convenues. L’Iran dit qu’elles seront discutées. Cette ambiguïté sémantique n’est pas accidentelle : elle reflète la profondeur des désaccords sous-jacents.
Pour Grossi, l’urgence est claire. Il a dit qu’il n’était « pas essentiel » que les inspections commencent dans une semaine ou deux — mais qu’elles devaient commencer « aussi vite que possible ». La patience diplomatique a ses limites, et dans le domaine nucléaire, chaque jour sans accès est un jour pendant lequel des informations critiques peuvent se perdre, des matières peuvent être déplacées, des preuves peuvent disparaître. C’est la frustration silencieuse d’un homme dont l’institution dépend du consentement des États pour fonctionner — et dont l’État le plus critique refuse précisément ce consentement.
60 jours de négociation sur un accord nucléaire avec un pays qui vient de voir ses installations bombardées, pendant que les matières fissiles manquantes restent non comptabilisées. Si jamais il y avait un scénario pour justifier l’insomnie géopolitique, c’est celui-là.
Le contexte stratégique : pourquoi le nucléaire iranien reste la question centrale
La guerre des douze jours et ses conséquences non résolues
La « guerre des douze jours » de juin 2025 — les frappes américaines et israéliennes sur les installations nucléaires iranienne — a profondément reconfiguré le paysage de la non-prolifération. En un sens, les frappes ont été efficaces : elles ont endommagé les installations de Fordow et de Natanz, repoussant temporairement le programme nucléaire iranien. Mais elles ont aussi produit des effets pervers. Premièrement, elles ont suspendu la coopération de l’Iran avec l’AIEA, créant le vide documentaire dont on parle. Deuxièmement, elles ont renforcé dans l’opinion iranienne l’argument des partisans d’une nucléarisation totale : si avoir un programme civil n’empêche pas les bombardements, pourquoi ne pas franchir le seuil ?
Ce paradoxe — les frappes qui accélèrent la logique de nucléarisation plutôt que de la réduire — est au cœur de la crise. Grossi n’est pas diplomate, il ne formule pas ce paradoxe en ces termes. Mais il en vit les conséquences concrètes : des sites fermés, des matières non comptabilisées, et une coopération suspendue précisément au moment où elle est le plus nécessaire. Le ministère des Affaires étrangères iranien a rejeté les accusations de velléités nucléaires militaires comme « fabriquées par les États-Unis et Israël ». La ministre des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a affirmé que le programme iranien était « strictement civil ». Grossi ne peut pas vérifier. C’est le problème.
Moscou et Pékin : les alliés de Téhéran dans la négociation
Le 13 juin 2026, les ambassadeurs de la Russie et de la Chine à Téhéran ont tenu des consultations avec les autorités iraniennes sur le texte du mémorandum États-Unis-Iran. Le vice-ministre Gharibabadi a confirmé ces consultations et annoncé que le « partenariat stratégique entre l’Iran, la Chine et la Russie continuera avec force ». Cette déclaration n’est pas anodine dans le contexte nucléaire : elle signifie que toute pression sur l’Iran pour donner accès aux sites bombardés se heurtera à la résistance diplomatique de Moscou et Pékin au Conseil de sécurité.
La Chine et la Russie ont régulièrement bloqué ou dilué les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question nucléaire iranienne. Dans le contexte de 2026 — guerre en Ukraine, tensions en mer de Chine méridionale — leur intérêt à utiliser l’Iran comme levier géopolitique contre l’Occident est encore plus fort qu’auparavant. Ce triangle stratégique constitue le contexte dans lequel Grossi doit opérer. Il ne peut pas compter sur le Conseil de sécurité pour appuyer ses demandes d’accès. Il doit négocier directement avec Téhéran, avec l’appui limité qu’Washington consent à lui donner.
Moscou et Pékin consultés sur l’accord nucléaire iranien : cette image dit tout sur la structure du monde en 2026. La non-prolifération nucléaire n’est plus une norme universelle — c’est un terrain de jeu géopolitique. Et Grossi joue dans ce terrain avec les mains liées.
Ce que l'Iran exige avant d'ouvrir les portes
Les redlines iraniens : missiles, alliés, souveraineté
Selon des sources de haut rang iranien citées par l’agence de presse russe TASS, et rapportées le 25 juin 2026, l’Iran ne renoncera ni à son programme de missiles, ni ne permettra la chute de ses alliés régionaux — désignant implicitement le Hezbollah libanais et les Houthis yéménites. Ces deux points constituaient les redlines non négociables de Téhéran avant même le début des négociations formelles. L’accord du 17 juin les a laissés en suspens — reportés à la période de 60 jours de négociation sur les points complexes.
La logique iranienne est compréhensible, même si ses conséquences pour la région sont dangereuses. Les missiles sont présentés comme une nécessité de défense souveraine face à Israël et aux États-Unis. Les alliés régionaux — Hezbollah, Houthis — sont présentés comme des acteurs indépendants que Téhéran soutient sans les contrôler. Ces narratives sont en partie factuels, en partie instrumentaux. Mais elles constituent le cadre dans lequel l’Iran pense ses intérêts de sécurité — et ce cadre ne disparaîtra pas avec un accord nuclear, même bien négocié.
Grossi face au chantage de la finalité : accès conditionné aux sanctions
La position iranienne — accès aux sites bombardés uniquement dans le cadre d’un accord final, sanctions intégralement levées d’abord — est une forme de chantage institutionnel que Grossi ne peut pas accepter publiquement et ne peut pas contourner pratiquement. L’AIEA est un organe technique, pas un négociateur politique. Son rôle est de vérifier, pas de négocier des accords de paix. Mais la réalité de 2026, c’est que la frontière entre vérification technique et négociation politique a été effacée par la complexité de la crise.
Grossi a choisi de maintenir une posture d’optimisme prudent : les négociations techniques ont « commencé », il espère être sur les sites « bientôt ». Cette retenue est peut-être la bonne stratégie diplomatique — provoquer Téhéran publiquement ne faciliterait pas l’accès. Mais elle rend difficile pour l’opinion publique mondiale de comprendre l’urgence réelle de la situation. Et cette urgence est réelle : tant que les sites restent fermés et les matières non comptabilisées, personne ne peut affirmer avec certitude ce qui s’est passé en juin 2025 sous les décombres de Natanz.
Grossi optimisme prudent face à Téhéran. Je respecte sa retenue professionnelle. Mais quelque part, je voudrais qu’il dise à voix haute ce que tout le monde pense : tant que vous refusez les inspections, vous admettez implicitement qu’il y a quelque chose à cacher. L’ambiguïté entretenue, dans le domaine nucléaire, est elle-même une forme de danger.
L'enjeu global : la non-prolifération dans un monde fragmenté
Que se passe-t-il si l’Iran franchit le seuil nucléaire ?
Posons la question que les diplomates évitent : que se passe-t-il si, dans les décombres des sites bombardés, l’Iran a réussi à préserver ou à déplacer suffisamment de matières pour, un jour, franchir le seuil de la bombe ? Cette hypothèse n’est pas affirmée — aucune source fiable ne la confirme à ce stade. Mais l’absence de confirmation est précisément le problème. Sans accès aux sites, sans comptabilité des matières, sans inspections rigoureuses, l’hypothèse ne peut pas être exclue. Et dans un monde où le seuil nucléaire est franchi, la dynamique de prolifération régionale s’emballe : Arabie saoudite, Turquie, Égypte — des pays qui ont tous exprimé des ambitions nucléaires potentielles — reconsidèreraient leurs calculs.
C’est pourquoi ce que fait Grossi en ce moment — insister, négocier, documenter, exiger — n’est pas une question de bureaucratie internationale. C’est une ligne de défense directe contre la prolifération nucléaire au Moyen-Orient, une région déjà déchirée par des conflits multiples. Et cette ligne de défense tient pour l’instant sur la ténacité d’un diplomate argentin qui ne peut pas entrer là où il doit entrer.
Le précédent nord-coréen : ce que personne ne veut répéter
L’histoire de la Corée du Nord hante toutes les négociations nucléaires depuis 2006. La RPDC a utilisé exactement la même logique que l’Iran : négocier, accepter des cadres, suspendre la coopération technique, et finalement franchir le seuil. Aujourd’hui, la Corée du Nord possède des armes nucléaires opérationnelles — un fait accompli que la communauté internationale doit gérer sans pouvoir le résoudre. Grossi connaît ce précédent. Téhéran aussi. Et c’est peut-être pourquoi Washington a décidé de frapper — parce que les négociations seules, sans levier crédible, n’avaient pas empêché la Corée du Nord.
La différence avec la Corée du Nord, c’est que l’Iran est enchevêtré dans l’économie mondiale d’une manière que Pyongyang ne l’est pas. Les sanctions ont un effet réel sur l’Iran. Et c’est ce levier économique que Washington cherche à maintenir même en négociant — en refusant de lever toutes les sanctions d’un coup, en insistant sur les inspections comme condition préalable. Si Grossi peut négocier l’accès aux sites dans ce contexte, l’accord du 17 juin aura valu la peine. S’il ne le peut pas, la fenêtre se fermera — et les questions sur les matières manquantes resteront sans réponse pour longtemps.
Le précédent nord-coréen est le cauchemar que tout le monde porte mais que personne ne nomme directement dans les négociations avec l’Iran. Je le nomme parce que l’éviter ne le fait pas disparaître. Et parce que la différence entre l’Iran de 2026 et la Corée du Nord de 2006, c’est que nous avons encore une fenêtre. Étroite. Mais réelle.
Le Jafari et les missiles : la position militaire iranienne
Quand les généraux parlent plus fort que les diplomates
Pendant que Grossi négocie avec des vice-ministres et des diplomates, les généraux iraniens envoient leurs propres messages. L’IRGC a libéré, le 28 juin 2026, des vidéos montrant le tir de missiles balistiques la nuit précédente, portant un message en anglais et en persan disant que Trump insistait sur « une guerre perdue ». Ces missiles étaient des messages politiques autant que des armes. Ils disaient : notre programme militaire ne fait pas partie de la négociation. Vous pouvez parler de nucléaire tant que vous voulez — nous gardons nos missiles.
Cette posture des forces armées iraniennes complique considérablement le travail de Grossi. Le programme nucléaire civil déclaré de l’Iran est censé être distinct de son programme militaire. Mais les frappes de 2025 ont ciblé les deux — ou du moins, des installations qui pouvaient servir les deux. Et tant que les forces armées iraniennes affichent leurs capacités balistiques pendant les négociations nucléaires, le message envoyé est ambigu : l’Iran négocie sa transparence nucléaire tout en signalant qu’il conserve toute sa puissance militaire indépendamment. Cette ambiguité entretenue est précisément le problème que Grossi doit résoudre.
Le détroit d’Ormuz comme levier géopolitique
L’Iran a découvert en 2025-2026 la puissance de son contrôle sur le détroit d’Ormuz. Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi l’a appelé une « carte d’or ». Cette découverte change les calculs nucléaires : si l’Iran peut ébranler l’économie mondiale en fermant le détroit, sans utiliser la bombe, pourquoi prendre le risque politique de nucléariser formellement ? Cette question — ouverte, non résolue — est l’une des raisons pour lesquelles certains analystes estiment que l’Iran pourrait choisir le statut d’État du seuil plutôt que celui de puissance nucléaire déclarée. Mais pour Grossi, ce calcul ne change rien : l’AIEA doit vérifier, quelles que soient les intentions stratégiques de Téhéran.
La stratégie du détroit a aussi un coût pour l’Iran : elle a provoqué de nouvelles tensions avec les États-Unis, mis en danger l’accord du 17 juin, et montré que l’IRGC agit parfois en contradiction avec les positions diplomatiques du gouvernement civil. Cette division interne iranienne — entre partisans du dialogue et partisans du rapport de force — est précisément le contexte dans lequel Grossi doit trouver ses interlocuteurs. Il négocie avec qui, exactement ? Avec le ministère des Affaires étrangères ? Avec l’IRGC ? Avec le Guide suprême ? La réponse est : avec tous, indirectement, et personne n’a le dernier mot.
Les missiles IRGC tirés pendant les négociations nucléaires : c’est le résumé parfait de la stratégie iranienne. Négocier d’une main, brandir l’arsenal de l’autre. Ce double message est calculé. Il rend le travail de Grossi presque impossible — et pourtant il continue.
Ce que Grossi peut encore faire
Les outils de l’AIEA : limites et ressources
L’AIEA dispose d’outils formels pour exercer une pression sur les États qui refusent la coopération : les résolutions du Conseil des gouverneurs, les rapports au Conseil de sécurité de l’ONU, les déclarations publiques. Ces outils ont une valeur symbolique et politique considérable — mais leur efficacité pratique dépend du soutien des grandes puissances. Et comme nous l’avons vu, Moscou et Pékin bloquent au Conseil de sécurité. Les États-Unis appuient publiquement Grossi — mais Trump préfère négocier directement avec Téhéran, parfois en contournant les structures multilatérales.
Grossi doit donc opérer dans un espace très contraint. Il peut négocier directement avec les autorités iraniennes, comme il l’a fait avant les frappes de 2025. Il peut documenter publiquement les manquements de l’Iran à ses obligations de transparence, créant un dossier qui servira dans toute négociation future. Et il peut maintenir le principe : l’AIEA ne certifiera aucun accord nucléaire sans accès complet à tous les sites. Ce principe — simple, non négociable, techniquement fondé — est sa principale arme.
L’espoir d’une fenêtre : entre optimisme et lucidité
Il y a, dans la situation actuelle, un motif d’espoir fragile. L’Iran a signé un accord-cadre. Il n’a pas, jusqu’ici, franchi le seuil de la bombe — du moins pas selon ce que les services de renseignement occidentaux et l’AIEA peuvent établir. Et il maintient, même avec ambiguïté, un engagement de principe envers la non-prolifération. Grossi a dit que le travail technique a « commencé ». C’est peu — mais c’est quelque chose. Dans un monde où les signaux positifs sont rares dans le dossier nucléaire iranien, même un début mérite d’être noté.
Ce qui compte dans les prochaines semaines, c’est si l’Iran permettra à l’AIEA d’entrer dans les sites bombardés avant l’expiration de la fenêtre de 60 jours. Si oui, l’accord du 17 juin aura posé une base vérifiable. Si non, nous serons de retour à la case départ — avec un Iran plus renforcé dans ses positions, et un Occident moins crédible dans sa capacité à faire respecter ses exigences de transparence. Grossi le sait. Téhéran le sait. La différence est que l’un veut que la fenêtre s’ouvre, et l’autre n’en est pas sûr.
Grossi n’est pas un héros au sens romanesque du terme. Il est quelque chose de plus difficile : un fonctionnaire international qui croit encore que les institutions peuvent fonctionner, même quand les États refusent de coopérer. Cette conviction, dans notre monde fragmenté, est peut-être la forme de courage la plus rare.
Le triangle Moscou-Pékin-Téhéran face à l'AIEA
Une architecture de résistance cohérente
La position de l’Iran sur les inspections n’existe pas dans le vide. Elle est soutenue par une architecture diplomatique construite patiemment autour de Moscou et Pékin. Ces deux pays protègent l’Iran au Conseil de sécurité de l’ONU, fournissent des marchés alternatifs pour son pétrole, et lui assurent une couverture diplomatique internationale. Dans ce contexte, la pression de la communauté internationale sur Téhéran pour ouvrir ses sites est structurellement affaiblie : toute résolution onusienne exigeant l’accès peut être bloquée par le veto russe ou chinois.
Ce soutien de Moscou et Pékin est un calcul rationnel de leur part. L’Iran qui résiste aux inspections est un Iran qui maintient la pression sur l’Occident, qui détourne l’attention américaine de l’Ukraine et de Taïwan, et qui teste les limites du système de non-proliferation nucléaire que l’Occident a construit. Ces trois objectifs intéressent directement Moscou et Pékin. Et c’est pourquoi Grossi, en insistant sur les inspections, ne négocie pas seulement avec l’Iran — il négocie, indirectement, avec l’ensemble de ce triangle stratégique.
Ce que l’accord du 17 juin peut changer — et ce qu’il ne peut pas
L’accord du 17 juin 2026 a créé une ouverture. Si les négociations des 60 jours aboutissent à un accès réel pour l’AIEA aux sites bomardés, ce sera un succès de la diplomatie multilatérale contre vents et marées. Si elles n’aboutissent pas, l’accord aura servi à stabiliser provisoirement les marchés pétroliers sans régler le problème fondamental. Grossi sait qu’il ne peut pas forcer l’Iran. Il peut seulement créer les conditions où l’Iran choisit d’ouvrir — par intérêt bien compris, par pression internationale, ou par conviction.
Dans les prochaines semaines, chaque déclaration de Téhéran, chaque mouvement de l’IRGC, chaque position de la délégation iranienne dans les négociations techniques sera scrutée pour des indices de cette ouverture ou de cette fermeture. C’est le portait d’un homme — Grossi — qui ne peut faire qu’une chose : rester à la porte et continuer de frapper. Et attendre que quelqu’un, à l’intérieur, décide d’ouvrir.
Moscou et Pékin ont investi dans l’ambiguité nucléaire iranienne. C’est leur arme, pas celle de Téhéran. L’Iran est un instrument dans leur stratégie globale de résistance à l’ordre occidental. Grossi le sait. Et il continue quand même de frapper à la porte.
Conclusion : des ruines de Natanz à la table des négociations — et retour
Ce que signifie vérifier dans un monde qui cache
La situation de Rafael Grossi en juin 2026 est celle d’une institution confrontée à ses propres limites dans un monde qui a décidé que la géopolitique prime sur la transparence nucléaire. L’AIEA ne peut agir qu’avec le consentement des États. Et quand un État dit « non » — ou « plus tard » — elle ne peut que documenter, insister, et attendre. C’est frustrant. C’est institutionnellement honnête. Et c’est infiniment préférable à l’alternative : une agence qui renonce à demander parce que personne ne l’écoute.
Tant que les sites de Fordow et de Natanz restent fermés, l’incertitude nucléaire iranienne demeure. Et l’incertitude nucléaire, dans un monde où la Corée du Nord possède déjà la bombe et où la Russie agite ses arsenaux, est le risque existentiel que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer. Grossi tire la sonnette d’alarme. Reste à savoir si quelqu’un l’entend.
Le portrait inachevé d’un homme en attente
Rafael Grossi est en attente. Il attend que les portes s’ouvrent. Il attend que les garanties se matérialisent. Il attend que les 60 jours de négociation produisent quelque chose de vérifiable. Dans ce portrait, il y a quelque chose de presque tragique : un homme dont toute la carrière est consacrée à vérifier, qui ne peut pas vérifier. Dont toute l’autorité repose sur l’accès, et à qui l’accès est refusé. Il continuera de demander. Il continuera de documenter. Il continuera de dire que « les intentions ne suffisent pas ». Et nous verrons si Téhéran finit par l’écouter.
Ce portrait ne s’achève pas en beauté, ni en victoire. Il s’achève en suspens — comme tant de questions fondamentales du monde en 2026. L’uranium manquant de Natanz reste manquant. Les sites bombardés restent fermés. Et un inspecteur argentin continue d’insister, patiemment, obstinément, contre une porte qui refuse de s’ouvrir.. Cette obstination — institutionnelle, méthodique, sans relâche — est peut-être la seule chose qui sépare le monde de la prochaine catastrophe nucléaire.
Un inspecteur argentin face aux ruines de Natanz, sans accès, sans réponses, sans certitude — mais avec la conviction que vérifier est plus important que se taire. C’est le portrait que je voulais faire. Et c’est celui que notre époque mérite qu’on fasse.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — IAEA demands ‘strong verification’ of Iran’s nuclear programme — 26 juin 2026
Institute for the Study of War — Iran Update Special Report — 27 juin 2026
Sources secondaires
News-Pravda — Iran will not give up its missile program — 25 juin 2026
Al-Ahram — Iran, Russia, and China discuss draft US-Iran accord — 13 juin 2026
Al Jazeera — IRGC doubles down as Iran-US MoU jeopardised by Hormuz strikes — 28 juin 2026
The Guardian — International coverage (Iran nuclear, July 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.