Un hôtel particulier acheté vingt millions de dollars
Au centre du dossier se trouve un hôtel particulier situé au 9 East 71st Street, à Manhattan. Selon la poursuite, Epstein aurait acquis cette propriété de Wexner pour 20 millions de dollars en 1998, un prix largement inférieur à sa valeur marchande réelle à l’époque. Le bâtiment est ensuite devenu, entre 1998 et 2011, l’un des lieux les plus associés aux abus reprochés à Epstein.
Les procureurs fédéraux avaient déjà identifié cette adresse comme un site central dans les enquêtes précédentes contre Epstein. La nouvelle poursuite civile reprend cet élément et l’articule directement à la responsabilité de Wexner, en soutenant que la cession de la propriété dans des conditions aussi avantageuses constituait, en soi, une forme de soutien matériel au réseau.
Le Boeing 727, symbole contesté
La plainte évoque également l’avion privé d’Epstein, un Boeing 727 surnommé de façon informelle et devenu tristement célèbre dans la couverture médiatique du dossier. Selon les plaignantes, cet appareil aurait servi à transporter des victimes, et son financement remonterait à l’orbite de Wexner et de ses entreprises.
L’équipe de défense de Wexner conteste frontalement cette lecture des faits. Selon leur version, Epstein aurait acheté l’avion directement à L Brands, dans une transaction commerciale distincte, ce qui romprait le lien de complicité que la poursuite tente d’établir. Cette contradiction factuelle sera vraisemblablement l’un des points de friction les plus vifs si le dossier progresse vers un procès.
Deux objets, une maison et un avion, sont devenus les symboles matériels de tout un système d’abus. Ce n’est pas un hasard si les avocats des plaignantes les mettent au centre de leur argumentaire : contrairement à des virements bancaires abstraits, une maison et un avion se voient, se photographient, se racontent.
Deux cents millions de dollars sur vingt ans
Le chiffre qui structure toute l’accusation
Le montant de 200 millions de dollars, réparti sur environ deux décennies, constitue la pièce centrale de l’accusation. Selon les plaignantes, cette somme n’était pas une simple rémunération pour des services de gestion de patrimoine, mais un financement structurant qui a permis à Epstein de maintenir son train de vie, ses propriétés multiples et, in fine, son accès à des victimes.
Wexner et son équipe rejettent cette interprétation avec la même fermeté. Leur position, martelée depuis des années, est qu’Epstein a été rémunéré légitimement pour des services de conseil financier et de gestion de fortune, un travail pour lequel de telles sommes ne seraient pas exceptionnelles dans le monde de la gestion de patrimoine des ultra-riches.
Une version qui a déjà évolué avec le temps
Il faut noter que la version de Wexner lui-même a varié au fil des années. Lors de son témoignage devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants, en février 2026, il a déclaré avoir été « dupé » par Epstein, qu’il a qualifié de « manipulateur hors pair » et de « escroc de classe mondiale ». Il affirme qu’Epstein lui aurait détourné entre 100 et 200 millions de dollars, ce qui l’aurait conduit à rompre tout lien avec lui entre 2007 et 2008, selon le récit détaillé publié par Forbes.
Il y a quelque chose d’étrange dans ce double récit : d’un côté, Wexner qui se présente comme une victime financière d’Epstein, détournée de dizaines de millions ; de l’autre, onze femmes qui affirment que cet argent, justement, a permis leur propre exploitation. Les deux versions ne peuvent pas être vraies à la fois de la même façon, et un tribunal devra un jour trancher ce paradoxe.
La défense ferme de Leslie Wexner
Un rejet catégorique, mais nuancé sur les victimes
Par la voix de son porte-parole, Leslie Wexner a qualifié les nouvelles allégations de « sans fondement ». Son équipe insiste sur le fait que toute somme versée à Epstein correspondait à une rémunération légitime pour des services professionnels rendus dans le cadre de la gestion de sa fortune personnelle, évaluée à environ 9 milliards de dollars, ce qui fait de lui l’homme le plus riche de l’Ohio.
Fait notable, la défense de Wexner prend soin de séparer le rejet des accusations financières de toute négation de la souffrance des victimes. Ses représentants ont exprimé une « immense sympathie pour les victimes des crimes horribles de Jeffrey Epstein », tout en maintenant que Wexner lui-même n’a jamais eu connaissance ni participé, de quelque façon que ce soit, aux abus commis.
Aucune inculpation criminelle à ce jour
Il est essentiel de le rappeler avec précision : à ce stade, aucune accusation criminelle n’a été déposée contre Leslie Wexner. La procédure en cours est une poursuite civile, intentée par des particuliers, et non une action pénale portée par un procureur. Les défendeurs n’avaient, au moment des dernières informations disponibles, pas encore déposé de réponse formelle aux allégations devant le tribunal.
Cette distinction juridique compte. Une poursuite civile peut aboutir à un règlement financier, à un rejet, ou à un procès avec un verdict fondé sur la prépondérance des probabilités, un seuil de preuve nettement plus bas qu’au criminel. Elle n’implique pas, en soi, une reconnaissance de culpabilité pénale.
Je pense qu’il faut résister à la tentation de transformer une poursuite civile en verdict de culpabilité instantané. Ce n’est ni de la complaisance envers Wexner, ni un manque de solidarité envers les plaignantes. C’est simplement respecter la mécanique du système judiciaire, qui doit encore faire son travail.
Le rôle trouble du FBI dans le dossier Wexner
Un document interne qui refait surface
En février 2026, le représentant démocrate Ro Khanna a révélé l’existence d’un document interne du FBI qui aurait, à un moment donné, classé Leslie Wexner comme « co-conspirateur » potentiel dans l’enquête Epstein. Cette révélation a immédiatement relancé les interrogations sur l’ampleur réelle de l’implication de Wexner, bien au-delà de son rôle de simple client fortuné.
Ce document, à lui seul, ne constitue pas une preuve de culpabilité. Mais il illustre une réalité que les défenseurs de la transparence dénoncent depuis des années : des pans entiers de l’enquête fédérale sur Epstein sont restés, et demeurent encore aujourd’hui, largement inaccessibles au public.
Une comparution forcée devant le Congrès
Wexner a été assigné à comparaître par la commission de surveillance de la Chambre des représentants et a été interrogé sous serment dans l’Ohio, le 18 février 2026. Cette audition, obtenue après des mois de pression politique, a permis d’obtenir de sa part des explications sur la nature de sa relation avec Epstein, sur les sommes versées et sur les circonstances de leur rupture.
Le fait qu’un milliardaire de ce calibre ait dû être contraint, par assignation, à s’expliquer devant des élus, en dit long sur la réticence historique qui a entouré ce dossier depuis près de deux décennies. Ce n’est pas une coopération spontanée ; c’est une transparence arrachée.
C’est précisément ce genre de dossier qui exige une transparence totale, imposée si nécessaire par la contrainte légale. Un document du FBI qui qualifie quelqu’un de co-conspirateur potentiel ne devrait jamais dormir dans un tiroir pendant des années. Les victimes méritent mieux qu’un système qui traîne les pieds.
Le lien Wexner Foundation, une fondation sous la loupe
Epstein, administrateur pendant plus d’une décennie
La Wexner Foundation, organisme philanthropique fondé par Leslie Wexner, a compté Jeffrey Epstein parmi ses administrateurs, du début des années 1990 jusqu’au milieu des années 2000. Cette fonction n’était pas symbolique : elle plaçait Epstein au cœur même de la structure de gestion patrimoniale et philanthropique de l’une des fortunes les plus importantes des États-Unis.
C’est précisément cette proximité institutionnelle, prolongée sur plus de dix ans, qui alimente aujourd’hui les soupçons des plaignantes. Selon elles, un tel niveau d’intégration dans les affaires personnelles et fondationnelles de Wexner rend difficile à croire l’argument d’une relation strictement professionnelle et distante.
Une fondation aujourd’hui nommée comme défenderesse
Le fait que la Wexner Foundation elle-même soit nommée comme défenderesse dans la poursuite, aux côtés de Wexner et de la société immobilière Nine East 71st Street Corporation, élargit considérablement la portée juridique du dossier. Il ne s’agit plus seulement de la responsabilité personnelle d’un individu, mais potentiellement de celle d’une structure organisationnelle entière.
Cette stratégie juridique n’est pas anodine : elle vise probablement à maximiser les capacités financières disponibles en cas de jugement favorable aux plaignantes, tout en établissant un précédent sur la responsabilité des structures philanthropiques liées à des individus accusés de crimes graves.
Une fondation caritative qui devient codéfenderesse dans une affaire de trafic sexuel, ce n’est pas un détail administratif. C’est un signal que la justice civile américaine tente, ici, de remonter toute la chaîne institutionnelle et pas seulement de viser un individu isolé.
L'affaire Ohio State, un autre front judiciaire pour Wexner
Le dossier Richard Strauss refait surface
Parallèlement à la poursuite liée à Epstein, Leslie Wexner fait face à une autre procédure, distincte mais tout aussi lourde de sens : celle liée aux abus sexuels commis par le Dr Richard Strauss à l’Ohio State University. Wexner a siégé au conseil d’administration de cette université pendant les années où Strauss exerçait, et il a été sommé de témoigner dans le cadre de cette poursuite distincte.
Ce n’est évidemment pas la même affaire, ni les mêmes victimes, ni les mêmes faits. Mais la coïncidence temporelle de deux procédures judiciaires majeures visant la même personne, sur des dossiers d’abus sexuels institutionnels, alimente une perception publique déjà fragilisée par des années de révélations partielles.
Une réputation philanthropique mise à rude épreuve
Pendant des décennies, Leslie Wexner a cultivé une image de grand donateur et de bâtisseur d’institutions, notamment à travers ses dons massifs à l’Ohio State University et à diverses causes juives et communautaires. Cette réputation soigneusement construite se heurte aujourd’hui à deux fronts judiciaires simultanés qui, chacun à sa manière, questionnent sa vigilance et sa responsabilité face à des prédateurs présumés dans son entourage proche.
Que l’issue judiciaire soit favorable ou défavorable à Wexner, l’accumulation de ces dossiers a déjà, dans les faits, transformé durablement la perception publique de l’homme et de son héritage philanthropique.
Un homme peut être à la fois un grand donateur et avoir fermé les yeux, volontairement ou non, sur des comportements criminels dans son entourage. Ce n’est pas contradictoire, c’est humain, et c’est justement pour ça que la justice doit trancher dossier par dossier, sans se laisser distraire par la réputation.
Le contexte plus large du dossier Epstein en 2026
Une année charnière pour la transparence
L’année 2026 restera probablement marquée comme celle où le dossier Epstein a connu ses développements judiciaires et politiques les plus significatifs depuis la mort du financier en 2019. Entre les auditions au Congrès, les révélations sur d’anciens documents du FBI et désormais cette poursuite visant directement une fortune de plusieurs milliards, l’année a vu se multiplier les tentatives, souvent laborieuses, de faire toute la lumière sur ce réseau.
Cette accumulation de procédures traduit aussi une évolution du climat politique et judiciaire américain, plus disposé qu’auparavant à rouvrir des dossiers anciens grâce à des lois comme le Gender-Motivated Violence Act, spécifiquement conçues pour lever la prescription dans les cas de violence fondée sur le genre.
Une pression qui vient aussi du Congrès
Le rôle du représentant Ro Khanna et d’autres élus dans la divulgation de documents internes montre que la pression pour la transparence ne vient pas uniquement des tribunaux civils, mais aussi directement du pouvoir législatif. Cette convergence entre justice civile et surveillance parlementaire crée un effet d’accumulation qui rend beaucoup plus difficile, pour quiconque est nommé dans ce dossier, de se soustraire indéfiniment à un examen public rigoureux.
C’est cette combinaison de pressions, judiciaires et politiques, qui explique pourquoi des personnalités comme Wexner, protégées pendant des années par leur statut social et leur fortune, se retrouvent aujourd’hui contraintes de répondre publiquement, sous serment ou devant un tribunal civil.
On ne peut pas dissocier ce dossier du climat politique qui l’entoure. Ce n’est pas un hasard si les langues se délient précisément quand le rapport de force politique change. La transparence, malheureusement, arrive rarement par vertu spontanée ; elle arrive quand elle devient politiquement inévitable.
Ce que le procès civil peut réellement accomplir
Les limites structurelles d’une action civile
Il faut être honnête sur ce qu’une poursuite civile peut et ne peut pas accomplir. Même en cas de victoire complète des plaignantes, l’issue sera un jugement financier, potentiellement assorti de dommages punitifs, mais jamais une peine de prison pour Leslie Wexner sur la seule base de cette procédure. Seule une poursuite pénale, engagée par un procureur, pourrait aboutir à des sanctions criminelles.
Cela ne rend pas pour autant la démarche des plaignantes vaine. Une action civile permet d’obtenir, par la voie de la découverte judiciaire, l’accès à des documents, des courriels et des témoignages sous serment que les enquêtes pénales n’ont pas toujours réussi à extraire. C’est souvent par cette voie que des vérités enfouies finissent par émerger.
Le précédent des poursuites contre d’autres proches d’Epstein
Cette poursuite contre Wexner s’inscrit dans une lignée déjà entamée par d’autres actions civiles visant des personnalités associées à Epstein au fil des années. Chacune de ces procédures, indépendamment de son issue individuelle, contribue à cartographier plus précisément le réseau financier et social qui a permis à Epstein d’opérer pendant si longtemps sans être inquiété.
Le fait que ces poursuites continuent d’émerger, plus de sept ans après la mort d’Epstein, démontre que le travail de reconstitution complète de ce réseau est loin d’être terminé, et que de nouveaux noms pourraient encore émerger dans les mois à venir.
Je préfère une vérité qui arrive lentement, par petits morceaux de découverte judiciaire, plutôt qu’une accusation spectaculaire qui s’effondre faute de preuves. La justice civile, avec toutes ses limites, reste parfois le seul outil capable de forcer l’ouverture des dossiers que personne ne voulait ouvrir.
Les voix des plaignantes, trop souvent reléguées au second plan
Onze femmes, onze parcours distincts
Derrière les chiffres et les montants financiers, il y a onze femmes qui ont choisi de porter cette affaire devant un tribunal, exposant publiquement des éléments extrêmement douloureux de leur passé. Ce choix, dans un système judiciaire qui expose souvent les victimes à un contre-interrogatoire agressif, n’est jamais anodin.
Le cadre légal du Gender-Motivated Violence Act, qui a permis de rouvrir temporairement des délais de prescription expirés, a été spécifiquement pensé pour donner une chance à ce type de victimes de se faire entendre des années, parfois des décennies, après les faits allégués. Sans cette fenêtre légale, cette poursuite contre Wexner n’aurait probablement jamais pu être déposée.
Le poids symbolique de nommer les financiers
Nommer directement un financier présumé du réseau, plutôt que seulement des complices directs ou des intermédiaires, envoie un message clair : la responsabilité ne s’arrête pas à celui qui commet l’acte, mais peut s’étendre à ceux qui, en connaissance de cause ou par négligence grave, ont permis matériellement que le système perdure.
C’est cette logique de responsabilité élargie qui rend cette poursuite potentiellement plus significative, sur le plan symbolique, que de nombreuses autres procédures antérieures liées au dossier Epstein.
On parle souvent des montants, des avions, des maisons. On oublie trop vite qu’au bout de chaque document juridique, il y a des femmes qui ont dû revivre, en détail, ce qu’elles ont subi, simplement pour espérer une once de reconnaissance judiciaire.
Les zones d'ombre qui subsistent dans le dossier
Ce que la poursuite ne prouve pas encore
Il est crucial, dans un souci de rigueur factuelle, de rappeler que cette poursuite reste, à ce stade, une série d’allégations. Aucun tribunal n’a encore statué sur le fond. Les montants avancés, les circonstances précises du financement et le degré exact de connaissance qu’aurait eu Wexner des activités criminelles d’Epstein restent à établir devant la justice.
La version de Wexner, selon laquelle il aurait lui-même été victime d’un détournement massif de fonds par Epstein, n’a pas non plus été validée judiciairement de façon indépendante. Les deux récits, profondément contradictoires, devront être confrontés à des preuves documentaires concrètes lors de la phase de découverte.
L’absence persistante de transparence totale
Malgré les auditions au Congrès et les multiples procédures judiciaires en cours, une transparence complète sur l’ensemble du réseau financier d’Epstein reste, en 2026, encore hors de portée. Des documents demeurent classifiés, des témoins refusent de coopérer pleinement, et certains angles du dossier, notamment les flux financiers antérieurs à 1998, restent largement obscurs.
Cette absence de transparence totale constitue, en soi, une défaillance systémique qu’aucune poursuite individuelle, aussi importante soit-elle, ne peut à elle seule corriger.
Je ne prétendrai jamais détenir toute la vérité sur ce dossier, et personne ne le devrait. Ce que je sais, c’est que chaque nouvelle poursuite civile éclaire un peu plus un système qui a fonctionné dans l’ombre pendant des décennies, et que l’absence de rapport final exhaustif reste, en soi, un scandale distinct.
Les conséquences possibles pour Wexner et son héritage
Un impact réputationnel déjà mesurable
Indépendamment de l’issue judiciaire, l’impact réputationnel sur Leslie Wexner est déjà considérable. L’homme qui a bâti l’empire L Brands et transformé Victoria’s Secret en marque mondiale voit aujourd’hui son nom systématiquement associé, dans la couverture médiatique internationale, au scandale Epstein plutôt qu’à ses réussites entrepreneuriales.
Cette association, qu’elle soit ou non confirmée par un verdict de justice, a déjà des répercussions concrètes sur les institutions qu’il a soutenues financièrement, plusieurs d’entre elles ayant dû, ces dernières années, se distancier publiquement de son nom ou réévaluer certains partenariats.
Le calendrier judiciaire à surveiller
La suite de cette affaire dépendra largement du calendrier procédural des tribunaux new-yorkais. Les défendeurs devront formellement répondre aux allégations, une phase de découverte judiciaire s’ouvrira probablement, et des dates d’audience seront fixées dans les mois à venir. Aucun échéancier précis n’a encore été communiqué publiquement au moment de la rédaction de cette analyse.
Il reviendra aux observateurs de ce dossier, journalistes comme citoyens, de continuer à suivre chaque étape avec la même rigueur, sans céder ni au sensationnalisme ni à l’indifférence.
Ce dossier illustre parfaitement pourquoi il faut suivre la justice sur la durée et pas seulement au moment du dépôt de plainte, quand les projecteurs sont braqués. C’est dans les mois qui suivent, loin des gros titres, que se joue souvent la vraie bataille judiciaire.
Pourquoi ce dossier dépasse le seul cas Wexner
Un test pour la responsabilité des grandes fortunes
Au-delà du sort individuel de Leslie Wexner, cette poursuite constitue un véritable test pour la capacité du système judiciaire américain à tenir responsables des individus extrêmement fortunés, dont l’influence sociale et politique a longtemps agi comme un bouclier contre l’examen judiciaire approfondi.
Si cette poursuite aboutit, même partiellement, à des révélations documentaires significatives ou à une reconnaissance de responsabilité, elle pourrait établir un précédent important pour d’autres dossiers similaires, où des financiers ou des mécènes fortunés ont pu, sciemment ou non, permettre la persistance de réseaux criminels.
Une exigence de vérité qui ne doit jamais s’éteindre
Sept ans après la mort d’Epstein, l’exigence de vérité complète sur son réseau demeure entière. Chaque nouvelle poursuite, chaque document déclassifié, chaque audition au Congrès constitue une pièce supplémentaire d’un puzzle encore largement incomplet. Le public, et surtout les victimes, méritent que cette quête de vérité ne s’essouffle jamais, quel que soit le poids politique ou financier de ceux qui sont nommés.
C’est cette exigence, plus que n’importe quel verdict individuel, qui doit rester la boussole de toute couverture sérieuse de ce dossier.
Je le répète parce que ça mérite d’être répété : ce n’est pas de la fascination morbide que de suivre ce dossier de près, c’est un devoir minimal envers des victimes qui ont attendu bien trop longtemps une once de justice et de reconnaissance publique.
Le précédent pour les autres victimes non encore entendues
Un modèle juridique reproductible
La stratégie juridique employée dans cette poursuite, fondée sur le Gender-Motivated Violence Act et sur une identification précise des flux financiers présumés, pourrait servir de modèle à d’autres victimes du réseau Epstein qui n’ont pas encore déposé de plainte. La fenêtre légale ouverte jusqu’en mars 2027 laisse encore une marge de manœuvre pour de nouvelles procédures similaires.
Des avocats spécialisés dans ce type de dossiers observent déjà attentivement l’évolution de la poursuite contre Wexner, conscients que son issue, favorable ou non aux plaignantes, influencera directement la stratégie d’autres victimes potentielles envisageant une démarche judiciaire comparable contre d’autres figures associées à Epstein.
L’urgence d’agir avant la fermeture de la fenêtre légale
Le compte à rebours légal imposé par la fenêtre de prescription temporaire crée une pression supplémentaire sur toute victime encore hésitante. Passé mars 2027, ce recours exceptionnel pourrait ne plus être disponible, ce qui explique en partie pourquoi plusieurs poursuites liées à Epstein se multiplient précisément durant cette période.
Cette urgence légale, aussi douloureuse soit-elle pour des victimes qui doivent revivre leur trauma dans des délais imposés, reflète aussi une volonté législative claire de donner une dernière chance réelle à la justice civile avant que ces dossiers ne se referment définitivement.
Cette fenêtre légale qui se refermera en 2027 devrait, à elle seule, pousser toutes les institutions concernées à accélérer la divulgation des documents encore cachés. Le temps judiciaire ne devrait jamais dicter le rythme de la vérité, mais dans les faits, c’est trop souvent le cas.
Conclusion : entre allégations graves et prudence judiciaire nécessaire
Un dossier à suivre sans complaisance ni précipitation
La poursuite intentée contre Leslie Wexner par onze femmes représente l’une des évolutions les plus significatives du dossier Epstein depuis plusieurs années. Elle remonte directement à la source présumée du financement d’un réseau qui a détruit des vies pendant des décennies, tout en s’appuyant sur des allégations qui, à ce jour, restent à prouver devant un tribunal.
La responsabilité de quiconque suit ce dossier, journaliste ou citoyen, est de résister à deux tentations opposées : celle de condamner sans procès, et celle de minimiser des accusations aussi graves au nom d’une prudence excessive. La vérité, ici comme ailleurs, se construira par les faits, les documents et le travail acharné de la justice.
Ce que ce dossier exige de nous tous
Il exige de la patience, de la rigueur, et surtout, une vigilance constante face à toute tentative de refermer prématurément un chapitre qui reste, à bien des égards, encore largement ouvert. Onze femmes ont choisi de parler devant un tribunal. La moindre des choses est de continuer à écouter, et à exiger des réponses.
Je terminerai cette analyse avec une conviction simple : la vérité sur ce dossier ne surgira pas d’un seul procès ni d’une seule audition. Elle se construira, pièce par pièce, tant que des victimes continueront d’avoir le courage de parler et que des journalistes continueront d’exiger des réponses à ceux qui préféreraient le silence.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Bloomberg — Epstein Accusers Sue Wexner Claiming His Funding Enabled Crimes, 31 mars 2026
Forbes — Everything We Know About Les Wexner In The Epstein Files, 16 février 2026
Sources secondaires
Wikipedia — Relationship of Les Wexner and Jeffrey Epstein
The Lantern — Survivors of Epstein Are Suing Les Wexner, avril 2026
Axios Columbus — Les Wexner’s Jeffrey Epstein Ties, 18 février 2026
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