Un ralentissement de l’embauche qui précède déjà la vague
Monsieur Briggs, vous savez mieux que quiconque que les chiffres de l’emploi américain de juin 2026 racontent déjà une histoire préoccupante. Seulement 57 000 emplois créés, un chiffre nettement inférieur aux attentes du marché, alors que plusieurs grandes entreprises technologiques ont explicitement lié leurs vagues de licenciements à l’adoption de l’intelligence artificielle au cours des derniers mois.
Ce ralentissement n’est pas une coïncidence isolée. Il s’inscrit dans une tendance documentée depuis plusieurs mois par des cabinets spécialisés en suivi des licenciements, qui constatent que l’IA est devenue la raison la plus fréquemment citée par les employeurs américains pour justifier des réductions d’effectifs, mois après mois depuis le début de l’année 2026.
Le décalage entre le discours rassurant et la réalité vécue
Votre message officiel reste optimiste à long terme: vous répétez que l’histoire économique montre que la destruction d’emplois par une nouvelle technologie s’accompagne toujours, avec le temps, de la création de nouveaux emplois. C’est un argument classique, respectable, et probablement en partie vrai. Mais entre le moment où un travailleur perd son emploi et celui où un nouveau poste apparaît ailleurs dans l’économie, il y a une vie à traverser, des factures à payer, une famille à nourrir.
Vous parlez d’un choc comparable à celui de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Sauf que ce choc-là s’est étalé sur une décennie entière, avec des drames humains bien réels que les statistiques macroéconomiques n’ont jamais vraiment capturés dans leur froideur méthodologique.
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Je crois que c’est précisément ce décalage entre le temps long des statisticiens et le temps court des factures à payer qui rend votre discours si difficile à avaler pour un travailleur du secteur tech qui vient de recevoir sa lettre de licenciement.
La responsabilité de Wall Street dans cette accélération
Les marchés applaudissent, les travailleurs trinquent
Il faut le dire sans détour: chaque annonce de licenciements liés à l’intelligence artificielle est généralement saluée par les marchés financiers comme un signe de discipline budgétaire et d’efficacité opérationnelle. Les actions de plusieurs grandes entreprises technologiques ont grimpé après l’annonce de réductions d’effectifs justifiées par l’adoption de l’IA, une dynamique que votre propre institution, Goldman Sachs, contribue à alimenter par ses recommandations d’investissement.
Cette mécanique crée une incitation perverse: plus une entreprise licencie au nom de l’intelligence artificielle, plus elle est récompensée par les marchés, indépendamment de l’impact réel de la technologie sur sa productivité effective. Certains analystes évoquent même un phénomène de habillage IA, où des licenciements motivés par des considérations financières classiques sont présentés comme des décisions technologiques pour plaire aux investisseurs.
Une banque qui profite des deux côtés de l’équation
Goldman Sachs conseille les entreprises qui automatisent, finance les levées de fonds des géants de l’intelligence artificielle, et publie dans le même temps des rapports sur les conséquences sociales de cette même automatisation. Il y a là une position pour le moins confortable, Monsieur Briggs, celle d’observer et de profiter simultanément d’une même transformation.
Je ne dis pas que c’est illégitime en soi. C’est le modèle même de la banque d’affaires. Mais cela mérite d’être nommé clairement, plutôt que dissimulé derrière le vocabulaire neutre et rassurant des projections économiques de long terme.
Je pense que Wall Street a un intérêt direct à minimiser la douleur sociale de cette transition, puisque chaque vague de licenciements liée à l’IA fait grimper les cours de bourse qu’elle recommande à ses clients fortunés.
Ce que l'Occident doit comprendre de cette course technologique
La compétition mondiale ne laisse pas de place à l’attentisme
Je ne suis pas naïf, Monsieur Briggs. Je sais que l’Occident ne peut pas simplement freiner sa course à l’intelligence artificielle par prudence sociale, alors que la Chine investit massivement dans ses propres capacités technologiques pour dominer ce secteur stratégique des prochaines décennies. Ralentir unilatéralement reviendrait à céder un avantage stratégique majeur à des rivaux qui n’ont, eux, aucun scrupule social à afficher.
Cette réalité géopolitique rend le débat plus complexe qu’un simple choix entre progrès et protection des travailleurs. L’Occident doit mener cette course technologique, sous peine de se voir dépassé par des puissances qui ne partagent ni ses valeurs démocratiques ni son souci, même imparfait, de la protection sociale de ses citoyens.
Mener la course sans abandonner ceux qui trébuchent
Mais mener cette course ne devrait pas signifier abandonner les travailleurs déplacés à leur sort. Les gouvernements occidentaux, les entreprises et des institutions comme la vôtre ont une responsabilité collective: investir massivement dans la reconversion professionnelle, dans les filets de sécurité sociale, dans l’accompagnement concret des travailleurs dont les postes disparaissent au nom de l’efficacité algorithmique.
C’est cet équilibre entre ambition technologique et responsabilité sociale que votre rapport, aussi rigoureux soit-il sur le plan statistique, ne développe pas suffisamment à mon sens.
Je reste convaincu que l’Occident doit gagner cette course à l’intelligence artificielle face à la Chine, mais gagner cette course sans se soucier des travailleurs sacrifiés en chemin serait une victoire à la Pyrrhus dont personne ne devrait se satisfaire.
Le poids réel des chiffres sur les familles américaines
Quinze millions, ce n’est pas une abstraction statistique
Quinze millions de travailleurs, Monsieur Briggs, ce n’est pas un chiffre abstrait sur une diapositive de présentation. C’est l’équivalent de la population entière de plusieurs États américains combinés. Ce sont des ingénieurs, des graphistes, des consultants, des analystes qui devront, selon vos propres mots, quitter leurs postes actuels et trouver un nouvel emploi ailleurs dans l’économie.
Vous insistez sur le caractère temporaire de cette disruption, comparant la situation aux grandes transitions technologiques passées. Mais chaque génération de travailleurs déplacés vit sa propre transition comme une rupture personnelle, pas comme une statistique historique rassurante inscrite dans un rapport de recherche économique.
Les jeunes travailleurs, premières victimes silencieuses
Plusieurs études parallèles à la vôtre notent que les postes de premier échelon, ceux occupés traditionnellement par les jeunes diplômés entrant sur le marché du travail, comptent parmi les plus exposés à cette automatisation intelligente. C’est une génération entière qui pourrait voir son entrée dans la vie active retardée, compliquée, voire compromise par cette transformation accélérée du marché de l’emploi américain.
Cette réalité mérite une attention particulière de la part des décideurs économiques, plutôt qu’une simple ligne dans un rapport optimiste sur les bénéfices de long terme de la productivité générée par l’intelligence artificielle.
Je pense sincèrement aux jeunes diplômés qui sortent de l’université aujourd’hui pour découvrir que les postes d’entrée qu’occupaient leurs aînés il y a cinq ans ont simplement disparu. Ce n’est pas une statistique, c’est un projet de vie entier qu’il faut réinventer sous la contrainte.
Ce que je propose, humblement, à votre institution
Une transparence accrue sur les vrais moteurs des licenciements
Monsieur Briggs, je vous propose respectueusement que Goldman Sachs pousse plus loin l’exercice de transparence déjà entamé avec son suivi de l’adoption de l’intelligence artificielle. Distinguer clairement, entreprise par entreprise, ce qui relève réellement de l’automatisation technologique et ce qui relève de décisions financières classiques maquillées en choix technologiques permettrait au public de mieux comprendre l’ampleur réelle de cette transformation.
Cette clarté serait utile non seulement aux travailleurs concernés, mais aussi aux décideurs politiques qui doivent calibrer leurs réponses réglementaires en fonction de la réalité du phénomène, plutôt que sur la base d’annonces parfois exagérées à des fins de communication financière.
Un investissement dans la reconversion à la hauteur des profits générés
Je vous invite également, Monsieur Briggs, à plaider en interne pour que les institutions financières qui profitent de cette vague d’automatisation contribuent proportionnellement au financement des programmes de reconversion professionnelle. Il serait cohérent que ceux qui bénéficient le plus de cette transformation participent activement à en atténuer les effets les plus douloureux pour les travailleurs déplacés.
Ce ne serait pas un acte de charité, mais un investissement dans la stabilité sociale à long terme d’une économie occidentale qui a besoin de cohésion pour continuer à innover sans se fracturer politiquement et socialement.
Je crois que les grandes institutions financières ont une responsabilité qui dépasse le simple calcul actuariel. Contribuer à la reconversion des travailleurs déplacés serait un signe de maturité économique que l’Occident ne peut plus se permettre d’ignorer.
Le contexte politique américain autour de cette transformation
Un débat qui traverse les lignes partisanes traditionnelles
Ce dossier de l’automatisation par l’intelligence artificielle traverse les clivages politiques habituels aux États-Unis. Autant les élus républicains que démocrates s’inquiètent, chacun à leur manière, de l’impact de cette transformation sur leurs électorats respectifs, particulièrement dans les régions industrielles et technologiques les plus exposées à ces bouleversements du marché du travail.
Cette convergence inhabituelle des préoccupations pourrait, en théorie, ouvrir la voie à des solutions législatives bipartisanes, même si le contexte politique américain actuel, marqué par de profondes divisions sur de nombreux autres dossiers, rend cette perspective incertaine à court terme.
Les limites de la régulation actuelle face à la vitesse du changement
Aucune loi fédérale n’oblige aujourd’hui les employeurs américains à préciser si l’intelligence artificielle a joué un rôle dans une décision de licenciement donnée. Cette absence de cadre réglementaire clair complique considérablement le travail des chercheurs et des décideurs qui tentent de mesurer l’ampleur réelle du phénomène, au-delà des estimations parfois contradictoires publiées par différents cabinets d’analyse économique.
Cette zone grise réglementaire profite paradoxalement aux entreprises qui souhaitent, pour des raisons diverses, soit exagérer soit minimiser le rôle de l’intelligence artificielle dans leurs décisions de gestion des effectifs.
Je pense que cette absence de transparence réglementaire arrange beaucoup de monde à Washington comme dans la Silicon Valley, et c’est précisément ce genre de zone grise confortable que les citoyens devraient exiger de voir éclaircie.
Une comparaison historique qui mérite d'être nuancée
La révolution industrielle n’a pas épargné une génération entière
Vous évoquez souvent, Monsieur Briggs, les grandes transitions technologiques passées pour rassurer sur l’issue finale de cette transformation actuelle. Mais il faut se rappeler que la révolution industrielle, tout comme l’avènement de l’informatique dans les années 1990, n’ont pas épargné les générations qui les ont vécues de plein fouet. Les bénéfices de long terme, aussi réels soient-ils, n’ont jamais compensé intégralement les souffrances individuelles vécues pendant la transition elle-même.
Cette nuance historique mérite d’être intégrée plus honnêtement dans le discours public sur l’intelligence artificielle, plutôt que réduite à une formule rassurante répétée mécaniquement dans chaque rapport économique optimiste sur le sujet.
Ce que l’histoire nous enseigne vraiment sur ces transitions
L’histoire économique enseigne surtout que les transitions technologiques réussies sont celles où les pouvoirs publics ont accompagné activement les travailleurs déplacés, plutôt que de laisser le marché seul absorber le choc social. C’est cette leçon historique, plus que la simple promesse de création future d’emplois, qui devrait guider les politiques publiques occidentales face à cette nouvelle vague d’automatisation intelligente.
Sans cet accompagnement actif, le risque est réel de voir se creuser davantage les inégalités déjà profondes qui traversent la société américaine, avec des conséquences politiques et sociales potentiellement durables pour la cohésion démocratique du pays.
Je pense que l’histoire nous a déjà donné la leçon, encore et encore: sans accompagnement actif des pouvoirs publics, chaque révolution technologique laisse des perdants sur le bord de la route pendant des décennies.
L'exemple concret des secteurs déjà touchés
Le design graphique, un métier bouleversé en silence
Prenez le secteur du design graphique, que vous citez vous-même, Monsieur Briggs, parmi les plus exposés. Des milliers de professionnels qui maîtrisaient des logiciels complexes depuis des années voient aujourd’hui des outils génératifs produire en quelques secondes ce qui leur prenait des heures. Ce n’est pas une hypothèse de laboratoire, c’est une réalité vécue par des agences entières qui réduisent leurs effectifs créatifs sans grand tapage médiatique.
Cette discrétion média mérite d’être soulignée: contrairement aux grandes vagues de licenciements dans la tech, largement couvertes par la presse économique, ces disparitions progressives de postes créatifs passent souvent sous le radar de l’opinion publique, alors qu’elles touchent des dizaines de milliers de travailleurs à travers le pays.
Le conseil, un secteur qui se réinvente sous la contrainte
Le secteur du conseil, autre domaine que vous identifiez comme fortement exposé, connaît une transformation similaire. Les grands cabinets réduisent le nombre d’analystes juniors qu’ils embauchent chaque année, remplaçant une partie de ce travail d’analyse par des outils d’intelligence artificielle capables de produire des rapports préliminaires en une fraction du temps auparavant nécessaire.
Cette évolution modifie en profondeur les perspectives de carrière de toute une génération de jeunes diplômés qui avaient choisi cette voie professionnelle en pensant y trouver un tremplin stable vers des postes de responsabilité future.
Je trouve troublant que ces transformations sectorielles concrètes restent si peu documentées dans le débat public, alors qu’elles affectent déjà des milliers de carrières réelles, ici et maintenant, pas dans une projection à dix ans.
La dimension politique de cette transformation économique
Un enjeu électoral qui monte en puissance
À l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2026, la question de l’automatisation par l’intelligence artificielle commence à s’inviter dans le débat politique américain, aux côtés des préoccupations plus traditionnelles sur l’inflation et l’emploi. Les élus des deux partis sentent monter l’inquiétude de leurs électeurs face à cette transformation rapide du marché du travail.
Cette pression politique pourrait, dans les mois à venir, pousser le Congrès américain à examiner des propositions législatives visant à encadrer davantage la transparence des entreprises sur le rôle de l’intelligence artificielle dans leurs décisions de gestion des effectifs, même si l’issue de ces débats reste très incertaine à ce stade.
Le rôle des états fédérés en l’absence de loi fédérale claire
En l’absence d’une régulation fédérale robuste, plusieurs états américains, dont la Californie, ont commencé à explorer des mesures locales pour encadrer l’impact de l’automatisation sur l’emploi. Ces initiatives, bien qu’encore limitées, illustrent une prise de conscience croissante chez les décideurs locaux face à un phénomène que le gouvernement fédéral peine encore à encadrer clairement.
Cette fragmentation réglementaire, état par état, crée cependant une incertitude supplémentaire pour les entreprises comme pour les travailleurs, qui doivent naviguer dans un paysage légal inégal selon leur lieu de résidence ou d’activité professionnelle.
Je pense que cette fragmentation réglementaire, état par état, reflète surtout l’incapacité de Washington à agir avec la rapidité que cette transformation technologique exigerait pourtant d’urgence.
Ce que d'autres experts pensent de vos projections
Des voix plus alarmistes que la vôtre
Monsieur Briggs, vos estimations, aussi importantes soient-elles, restent en réalité parmi les plus modérées du débat actuel. D’autres dirigeants de l’industrie technologique évoquent des scenarios bien plus sombres, avec des taux de chômage liés à l’intelligence artificielle qui pourraient, selon eux, atteindre des niveaux comparables à ceux des pires crises économiques du siècle dernier.
Cet écart considérable entre vos projections et celles de certains dirigeants technologiques illustre à quel point l’incertitude scientifique demeure grande sur l’ampleur réelle de cette transformation, ce qui devrait, à mon sens, inciter à plus de prudence collective plutôt qu’à des certitudes affichées de part et d’autre du débat.
Des voix plus optimistes qui méritent aussi d’être entendues
À l’inverse, certains chercheurs soulignent que les données actuelles du marché du travail ne montrent pas encore de signe clair d’un effondrement massif de l’emploi lié à l’intelligence artificielle, notant même une reprise des embauches dans certains secteurs technologiques pourtant considérés comme les plus exposés à cette automatisation.
Cette diversité d’opinions parmi les experts renforce mon sentiment que nous naviguons collectivement dans un brouillard statistique où la prudence et l’humilité devraient primer sur les certitudes trop rapidement affichées, dans un sens comme dans l’autre.
Je préfère, personnellement, une incertitude assumée à une fausse certitude confortable. Et sur ce dossier de l’IA et de l’emploi, je pense que personne, pas même vous Monsieur Briggs, ne détient toute la vérité aujourd’hui.
Ce que cela signifie pour la compétitivité occidentale globale
Une transformation qui dépasse les frontières américaines
Monsieur Briggs, votre rapport se concentre sur les États-Unis, mais cette transformation touche l’ensemble du monde occidental, de l’Europe au Canada, en passant par le Royaume-Uni. Chaque économie avancée devra composer avec des défis similaires, dans des contextes sociaux et politiques différents mais tout aussi sensibles à la question de l’emploi et de la protection des travailleurs.
Cette dimension internationale renforce l’urgence d’une coordination occidentale sur ce dossier, plutôt qu’une approche fragmentée pays par pays qui risquerait de créer des distorsions de compétitivité entre alliés qui devraient au contraire faire front commun face à la concurrence chinoise dans ce secteur stratégique.
La Chine observe, elle aussi, ces débats occidentaux
Il ne faut pas oublier que la Chine, notre principal rival stratégique dans cette course technologique, observe attentivement comment l’Occident gère les conséquences sociales de sa propre transformation par l’intelligence artificielle. Un Occident qui gère mal cette transition socialement s’expose à un affaiblissement politique interne que ses rivaux autoritaires ne manqueront pas d’exploiter à leur avantage.
C’est un argument supplémentaire, Monsieur Briggs, pour que des institutions comme la vôtre prennent au sérieux la dimension sociale de cette transformation: non seulement par souci humain, mais aussi par calcul stratégique face à des rivaux qui guettent la moindre fracture dans la cohésion sociale occidentale.
Je pense que l’Occident doit comprendre que sa force face à la Chine ne repose pas seulement sur ses capacités technologiques, mais aussi sur sa capacité à protéger ses propres citoyens pendant cette transition. Une société fracturée est une société vulnérable.
Le rôle des entreprises technologiques elles-mêmes
Des géants qui pourraient faire plus
Les grandes entreprises technologiques américaines, dont plusieurs ont annoncé des vagues de licenciements liées à l’intelligence artificielle ces derniers mois, disposent de ressources financières considérables. Elles pourraient, si elles le souhaitaient vraiment, investir bien davantage dans des programmes de reconversion pour leurs propres employés déplacés, plutôt que de se contenter de indemnités de départ standards suivies d’un communiqué de presse bien tourné.
Certaines entreprises ont commencé à expérimenter ce genre de programmes internes de requalification, mais ces initiatives restent encore trop marginales pour compenser l’ampleur des suppressions de postes annoncées à travers le secteur technologique dans son ensemble.
Une occasion manquée de leadership social
Je crois, Monsieur Briggs, que les entreprises qui maîtrisent le mieux cette transformation technologique ont aussi une occasion unique de démontrer un leadership social exemplaire, en investissant massivement dans l’avenir professionnel de leurs employés déplacés plutôt que de se contenter du minimum légal requis par la réglementation actuelle du travail.
Cette occasion de leadership, pour l’instant largement manquée par l’industrie technologique dans son ensemble, pourrait pourtant renforcer durablement la confiance du public envers ces entreprises, à un moment où cette confiance s’effrite considérablement auprès de larges segments de la population américaine.
Je pense que les géants technologiques ratent une occasion historique de montrer qu’ils peuvent innover sans sacrifier leur responsabilité sociale. L’histoire retiendra ceux qui auront su faire les deux à la fois.
Le prix psychologique d'une incertitude permanente
Vivre dans l’attente d’un remplacement annoncé
Monsieur Briggs, au-delà des chiffres, il y a une dimension psychologique que vos rapports n’abordent presque jamais: celle de millions de travailleurs qui vivent désormais dans l’incertitude permanente de savoir si leur poste sera le prochain sur la liste des suppressions liées à l’intelligence artificielle. Cette anxiété chronique a un coût réel sur la santé mentale et la productivité même des travailleurs encore en poste.
Des études en psychologie du travail commencent à documenter cette nouvelle forme de stress professionnel, spécifiquement liée à la crainte de l’automatisation, un phénomène qui touche désormais des catégories de travailleurs qui se croyaient auparavant à l’abri de ce genre d’inquiétude, notamment les professions dites intellectuelles et créatives.
Ce silence sur la santé mentale des travailleurs
Ce silence sur la dimension psychologique de la transformation par l’intelligence artificielle me semble être l’un des angles morts les plus significatifs du débat économique actuel. On mesure les emplois détruits et créés, mais on mesure rarement l’anxiété collective générée par cette incertitude permanente sur l’avenir professionnel de toute une société.
Intégrer cette dimension humaine dans vos futurs rapports, Monsieur Briggs, donnerait à votre institution une crédibilité supplémentaire auprès d’un public qui, à juste titre, se méfie de plus en plus des discours strictement statistiques sur cette transformation majeure de la société américaine.
Je pense que l’angoisse silencieuse de millions de travailleurs face à l’automatisation mériterait autant d’attention dans vos rapports que les projections de productivité. Les chiffres ne dorment pas mal la nuit, les gens si.
Conclusion : une main tendue, pas un procès
Ce que j’attends vraiment de cette lettre
Monsieur Briggs, cette lettre n’est pas un procès contre vous ni contre Goldman Sachs. C’est une invitation à sortir, ne serait-ce que pour un instant, du langage feutré des rapports économiques pour reconnaître pleinement le poids humain de vos projections. Vos quinze millions de travailleurs ont des noms, des visages, des familles, et ils méritent mieux qu’une ligne rassurante sur la création future d’emplois qui, un jour, viendra les remplacer.
Une invitation à l’action, pas seulement à l’analyse
J’espère que cette lettre trouvera un écho, non pas dans un nouveau rapport statistique, mais dans des actions concrètes: davantage de transparence, davantage d’investissement dans la reconversion, davantage de considération pour ceux qui vivront cette transition dans leur chair plutôt que sur un graphique. C’est le minimum que l’on doit à une génération de travailleurs pris dans l’engrenage d’une révolution qu’ils n’ont pas choisie.
Je termine cette lettre avec une conviction simple: la technologie doit servir l’humain, jamais l’inverse. Et tant que ce principe ne sera pas au cœur de vos rapports, Monsieur Briggs, ma méfiance restera entière.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
The News — AI will cost 15m US jobs, Goldman economist, juillet 2026
Goldman Sachs Exchanges — How will AI impact the labor market, 3 juillet 2026
Sources secondaires
Newsweek — AI squeeze jobs figures
Yahoo Finance — AI jobs debate just got more complicated
Business Insider — Goldman Sachs economist predicts AI displacing 15 million jobs, 3 juillet 2026
USA Today — June 2026 jobs report shows hiring below expectations, 2 juillet 2026
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