Des milliards détournés via des prêts fictifs
Avant de devenir le gestionnaire de fortune officieux du clan Khamenei, Ali Ansari était propriétaire et directeur de la banque Ayandeh, déjà sanctionnée par les États-Unis, qui a fini par s’effondrer et être dissoute en octobre 2025. Selon le Trésor américain, cette banque a accumulé des milliards de dollars de dettes en accordant des prêts adossés à la Banque centrale d’Iran à ses propres entreprises et entités commerciales.
Cette pratique de prêts internes non remboursés a directement contribué, selon le communiqué officiel, à l’inflation déjà galopante qui affecte le quotidien des Iraniens ordinaires, pendant que Ansari utilisait cette même richesse détournée pour développer, en parallèle, un empire commercial international au bénéfice de Mojtaba Khamenei.
Une faillite qui n’a jamais été punie
Malgré l’ampleur documentée de ces détournements et les dommages économiques considérables causés à l’économie iranienne, Ali Ansari n’a jamais fait l’objet de poursuites internes en Iran, une impunité que le Trésor américain attribue directement à la protection dont il bénéficiait auprès des élites du régime et du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui ont couvert sa corruption plutôt que de la sanctionner.
Cette impunité totale, documentée officiellement par une agence gouvernementale américaine, constitue en elle-même une preuve indirecte mais significative de l’imbrication profonde entre l’appareil financier informel du régime et sa structure de pouvoir la plus élevée, jusqu’au bureau même du guide suprême iranien.
Je pense que cette absence totale de poursuites internes en dit plus long sur la nature systémique de la corruption iranienne que n’importe quelle accusation occidentale isolée. Ce n’est pas un scandale marginal, c’est le fonctionnement normal du régime.
Le montage financier de Smart Global Limited
Un empire immobilier construit à travers l’Europe
Selon le Trésor américain, Ali Ansari a accumulé des millions de dollars de participations à travers une société holding basée à Saint-Kitts-et-Nevis, Smart Global Limited, fondée en 2011 sous le nom initial de Ziba Leisure Limited. Par le biais de cette structure, l’argent détourné du peuple iranien a été investi dans des propriétés immobilières et commerciales en Allemagne, au Luxembourg, en Espagne, au Royaume-Uni, à Chypre et aux Émirats arabes unis.
Cette dispersion géographique délibérée à travers de multiples juridictions européennes et du Golfe illustre une stratégie classique de dissimulation d’actifs, conçue pour rendre plus difficile toute tentative de traçage ou de gel de ces fonds par les autorités occidentales, une technique que le Trésor américain semble néanmoins avoir réussi à percer avec un niveau de détail remarquable.
Des intérêts détenus au nom d’un homme, au bénéfice d’un autre
Bien que ces avoirs soient officiellement enregistrés au nom d’Ali Ansari, le communiqué du Trésor précise explicitement que plusieurs de ces intérêts financiers sont, en réalité, détenus pour le bénéfice financier de Mojtaba Khamenei, de sa famille et d’autres élites iraniennes du régime et du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Cette structure de propriété à double niveau, où le nom officiel diffère du bénéficiaire réel, constitue précisément le type de montage que les sanctions financières internationales visent à démasquer, et son exposition publique par le Trésor américain représente un coup significatif porté à la crédibilité financière du clan Khamenei à un moment de transition politique déjà fragile pour le régime.
Ce montage à deux niveaux, un nom sur le papier, un autre bénéficiaire dans l’ombre, est la signature classique de la corruption des régimes autoritaires. Je pense que chaque dévoilement de ce type doit être salué comme un outil de justice, même partiel.
Le rôle central des bureaux de change iraniens
Trois réseaux familiaux qui déplacent des milliards
Au-delà du cas Ansari, les nouvelles sanctions visent également trois bureaux de change iraniens majeurs : la société de Mohammad Darbani et associés, celle d’Ahmad Navai Lavasani et associés, ainsi que celle de Mohsen Khandan et associés. Ces structures, souvent organisées sous forme de sociétés en nom collectif familiales, déplacent l’équivalent de milliards de dollars chaque année pour le compte de banques iraniennes déjà sanctionnées.
Selon le Trésor américain, le bureau de change dirigé par Mohsen Khandan détenait, au début de l’année 2026, plus de 117 millions de dollars en devises étrangères au nom de banques iraniennes sanctionnées, un chiffre qui illustre l’ampleur considérable des flux financiers transitant par ces structures en apparence modestes mais stratégiquement essentielles pour le régime.
Des sociétés-écrans à Hong Kong et aux Émirats
Pour dissimuler davantage l’origine et la destination réelle de ces fonds, ces bureaux de change s’appuient sur des sociétés-écrans situées hors d’Iran, notamment CDM Trading Limited à Hong Kong et Naba Alzaki Raw Materials Trading aux Émirats arabes unis, deux entités désormais également sanctionnées par le Trésor américain pour leur rôle dans ce réseau financier occulte.
Cette architecture financière complexe, mêlant bureaux de change familiaux, sociétés-écrans internationales et holdings offshore, démontre le degré de sophistication atteint par le régime iranien pour contourner des décennies de sanctions économiques occidentales, tout en maintenant l’accès de ses élites dirigeantes aux marchés financiers internationaux malgré leur isolement officiel.
Je suis impressionné, dans le mauvais sens du terme, par la sophistication de ce réseau. Cela montre à quel point les sanctions occidentales, bien qu’utiles, doivent constamment s’adapter à une ingéniosité financière qui ne faiblit jamais du côté du régime.
Les banques iraniennes déjà sanctionnées derrière ce réseau
Une liste qui couvre l’essentiel du système bancaire iranien
Le communiqué du Trésor américain mentionne explicitement une longue liste de banques iraniennes déjà sous sanctions qui ont recours à ces bureaux de change pour leurs opérations en devises étrangères, dont la Bank Melli, la Bank Saderat, la Sina Bank, la Shahr Bank, l’Eghtesad Novin Bank, la Tourism Bank, la Bank Pasargad, la Bank Mellat, la Parsian Bank, l’Export Development Bank, la Bank Sepah, la Karafarin Bank, la Saman Bank et la Tejarat Bank.
Cette liste exhaustive démontre que le contournement des sanctions occidentales par le biais de bureaux de change intermédiaires ne constitue pas une exception isolée, mais bien une pratique systémique généralisée à l’ensemble du secteur bancaire iranien sanctionné, révélant l’ampleur du défi que représente l’application effective de ces sanctions sur le long terme.
Ce que cette ampleur révèle sur l’efficacité réelle des sanctions
Cette ampleur documentée pose une question légitime sur l’efficacité réelle des sanctions financières occidentales accumulées depuis des années contre le régime iranien : si un système bancaire entier parvient encore à déplacer des milliards de dollars par le biais de bureaux de change intermédiaires, la simple accumulation de nouvelles désignations individuelles suffira-t-elle à briser durablement ce réseau, ou faudra-t-il une approche plus systémique encore.
Cette question reste ouverte, et elle mérite d’être posée sans complaisance, même par un observateur globalement favorable à la ligne de fermeté économique occidentale envers Téhéran, car l’efficacité réelle d’une politique de sanctions se mesure sur la durée, pas seulement sur l’ampleur symbolique de chaque nouvelle annonce.
Je soutiens fermement cette politique de sanctions, mais je pense qu’il faut avoir l’honnêteté de questionner son efficacité réelle plutôt que de se satisfaire du seul effet d’annonce de chaque nouvelle vague de désignations.
La déclaration du secrétaire au Trésor Scott Bessent
Un guide suprême dépeint comme isolé et affaibli
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a accompagné cette annonce d’une déclaration particulièrement directe, affirmant que le soi-disant guide suprême se cache dans la réclusion tandis que son régime s’effondre, et que le Trésor américain continuera d’utiliser tous les outils à sa disposition pour l’isoler, lui et les autres élites du régime, du système financier mondial.
Cette formulation, inhabituellement personnelle et directe pour une communication officielle du Trésor américain, illustre une volonté délibérée de l’administration américaine de personnaliser la pression économique sur la figure même du pouvoir iranien, plutôt que de se limiter à une communication technique strictement centrée sur les mécanismes financiers visés.
Une promesse de préserver ces avoirs pour le peuple iranien
Le communiqué du Trésor américain précise également que ces avoirs gelés seront préservés pour le bénéfice futur du peuple iranien, une formulation qui vise à distinguer explicitement la cible réelle de cette politique de sanctions, les élites dirigeantes corrompues, de la population civile iranienne elle-même, présentée comme la victime collatérale de ce système de détournement massif.
Cette distinction rhétorique, aussi importante soit-elle sur le plan de la communication politique, ne change cependant rien à la réalité immédiate : c’est bien l’ensemble de l’économie iranienne, déjà fragilisée par des années de sanctions cumulées et par la guerre en cours depuis février 2026, qui continue de subir les conséquences économiques les plus lourdes de cette confrontation prolongée.
Je trouve cette rhétorique du Trésor américain honnête sur le fond : ce ne sont pas les Iraniens ordinaires qui sont visés, mais bien l’élite corrompue qui les a appauvris pendant des décennies pour financer son propre confort et sa survie politique.
Le cadre juridique invoqué pour ces désignations
Trois décrets présidentiels combinés
Ces nouvelles désignations reposent sur trois décrets présidentiels américains distincts : le décret 13902, qui vise les personnes opérant dans les secteurs financier et pétrolier iraniens, le décret 13876, centré spécifiquement sur le guide suprême iranien et ses affiliés, et l’autorité antiterroriste du décret 13224 tel qu’amendé, qui permet de cibler les personnes agissant pour le compte du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Cette combinaison de trois cadres juridiques distincts pour une seule vague de sanctions illustre la complexité du réseau visé, qui mélange simultanément des activités financières commerciales classiques, des liens directs avec la structure de pouvoir du guide suprême, et une implication documentée du Corps des gardiens de la révolution islamique, considéré comme une organisation terroriste par les autorités américaines.
Des conséquences juridiques immédiates et concrètes
Sur le plan pratique, ces désignations entraînent le gel immédiat de tous les avoirs et intérêts détenus par les personnes visées qui se trouvent aux États-Unis ou sous le contrôle de personnes américaines, ainsi que celui de toute entité détenue à 50 % ou plus par ces personnes désignées, avec des sanctions civiles ou pénales possibles en cas de violation de ces restrictions par des acteurs américains ou étrangers.
Cette portée extraterritoriale potentielle, qui peut affecter des institutions financières étrangères continuant à traiter avec les personnes désignées, constitue l’un des outils les plus puissants de la politique de sanctions américaine, capable d’isoler efficacement des acteurs financiers même lorsqu’ils opèrent principalement à travers des juridictions non américaines comme Dubaï ou Hong Kong.
Cette portée extraterritoriale des sanctions américaines reste, à mes yeux, l’un des leviers les plus efficaces de la puissance occidentale face aux régimes autoritaires. C’est une arme économique qui ne nécessite pas de troupes au sol.
Ce que ces sanctions révèlent sur la succession de Mojtaba Khamenei
Un successeur pressenti déjà financièrement compromis
Ces sanctions interviennent à un moment particulièrement sensible pour Mojtaba Khamenei, pressenti pour succéder à son père décédé au début du conflit en février 2026, et dont l’absence remarquée lors des funérailles d’État à Mashhad avait déjà alimenté les spéculations sur la fragilité de sa position au sein du régime iranien.
Le fait que le Trésor américain choisisse précisément ce moment pour exposer publiquement le réseau financier profitant directement à Mojtaba Khamenei ne relève probablement pas du hasard : cette exposition publique vise également à fragiliser sa légitimité naissante auprès d’une population iranienne déjà éprouvée par l’inflation et les sanctions économiques cumulées depuis des années.
Une arme de pression politique autant qu’économique
Cette dimension politique des sanctions, au-delà de leur objectif strictement financier, illustre une stratégie occidentale plus large visant à fragiliser la transition de pouvoir au sommet du régime iranien à un moment où celui-ci apparaît déjà vulnérable, entre pertes militaires cumulées, incertitude successorale et exposition publique de la corruption de ses dirigeants.
Cette convergence de pressions militaires, économiques et politiques simultanées constitue, à mon sens, une approche cohérente et justifiée face à un régime qui a démontré, à de multiples reprises depuis février 2026, sa capacité de nuisance régionale persistante malgré son affaiblissement structurel documenté.
Je pense que viser Mojtaba Khamenei financièrement, au moment précis de sa succession, constitue une pression légitime et intelligente, bien plus efficace qu’une simple condamnation verbale de sa légitimité politique naissante.
La réaction, ou l'absence de réaction, du régime iranien
Un silence officiel qui parle par lui-même
À ce stade, le régime iranien n’a pas produit de réponse officielle détaillée et substantielle à ces nouvelles désignations américaines, un silence qui contraste avec la rapidité habituelle de Téhéran à dénoncer publiquement les sanctions occidentales comme des actes d’agression économique illégitime contre la souveraineté iranienne.
Ce silence relatif pourrait s’expliquer par la nature particulièrement sensible des révélations concernées, qui touchent directement à l’enrichissement personnel du clan Khamenei plutôt qu’à des sanctions plus abstraites contre le programme nucléaire ou le programme balistique iranien, des sujets sur lesquels le régime dispose d’une rhétorique de défense beaucoup mieux rodée.
Une vulnérabilité rhétorique inhabituelle pour le régime
Cette difficulté apparente à formuler une défense publique cohérente face à des accusations de corruption personnelle, documentées avec un luxe de détails inhabituel par une agence gouvernementale occidentale, représente une vulnérabilité rhétorique rare pour un régime habituellement très efficace dans sa communication de défense face aux pressions internationales.
Cette vulnérabilité, si elle se confirme dans les jours suivants par l’absence prolongée d’une réponse officielle structurée, pourrait constituer un indicateur supplémentaire de la fragilité politique interne actuelle du régime iranien, déjà mise à l’épreuve par la guerre en cours et par l’incertitude entourant sa succession au sommet.
Ce silence iranien face à des accusations aussi précises et documentées en dit peut-être plus long que n’importe quel démenti officiel. Quand on n’a rien à répondre à des faits aussi détaillés, le silence devient lui-même un aveu.
L'impact concret sur les populations iraniennes ordinaires
Une inflation qui frappe déjà durement le quotidien
Le communiqué du Trésor américain souligne explicitement que les pratiques de détournement documentées chez Ali Ansari ont directement contribué à l’inflation déjà galopante qui affecte le quotidien des Iraniens ordinaires, un lien de causalité qui replace ces sanctions financières dans un contexte social plus large que la seule confrontation géopolitique entre Washington et Téhéran.
Cette dimension sociale du dossier mérite d’être soulignée avec autant de rigueur que sa dimension géopolitique : les citoyens iraniens ordinaires, déjà confrontés à des décennies de sanctions économiques occidentales cumulées, subissent également, selon les propres constats du Trésor américain, les conséquences directes de la corruption interne de leurs propres dirigeants.
Une double peine documentée par une source officielle américaine
Cette double peine, sanctions occidentales d’un côté et corruption interne massive de l’autre, illustre la complexité réelle de la situation économique du peuple iranien, pris entre une pression extérieure légitimement justifiée par le comportement du régime et une exploitation interne tout aussi réelle par ses propres élites dirigeantes.
Documenter cette complexité avec honnêteté, sans réduire la souffrance économique du peuple iranien à un simple effet collatéral acceptable des sanctions occidentales, reste une exigence journalistique essentielle, même pour un observateur qui soutient globalement la ligne de fermeté économique occidentale envers ce régime.
Je refuse de traiter la souffrance économique du peuple iranien comme un simple dommage collatéral acceptable. Cette souffrance a deux causes documentées, les sanctions occidentales et la corruption interne du régime, et les deux méritent d’être nommées sans complaisance.
La dimension régionale de cette guerre économique
Un signal envoyé à la Russie, à la Chine et à la Corée du Nord
Cette nouvelle vague de sanctions financières s’inscrit également dans un message plus large adressé aux autres membres de l’axe autoritaire mondial, la Russie, la Chine et la Corée du Nord, qui observent attentivement la capacité occidentale à documenter et à démanteler méthodiquement les réseaux financiers occultes de leurs propres élites dirigeantes.
Cette capacité de traçage financier internationale, démontrée une fois de plus par le niveau de détail exceptionnel de ce communiqué du Trésor américain, constitue un outil de dissuasion qui dépasse largement le seul dossier iranien : elle rappelle à chaque régime autoritaire hostile à l’Occident que ses propres réseaux financiers personnels restent, eux aussi, potentiellement vulnérables à une exposition publique similaire.
Une leçon de dissuasion économique pour l’ensemble de l’Occident
Cette dimension dissuasive renforce, à mon sens, la valeur stratégique de ce type d’action au-delà de son impact immédiat et mesurable sur les finances du clan Khamenei : elle envoie un signal clair à l’ensemble des régimes autoritaires que la corruption personnelle de leurs dirigeants demeure une cible légitime et accessible de la pression occidentale, indépendamment des succès militaires ou diplomatiques de ces régimes sur d’autres théâtres.
Cette conviction, que je partage pleinement, ne doit cependant pas occulter la nécessité de maintenir une pression constante et prolongée sur ces réseaux financiers, car l’histoire récente des sanctions occidentales démontre que ces structures de contournement s’adaptent rapidement et retrouvent souvent de nouveaux canaux dès qu’une vulnérabilité spécifique est exposée et fermée.
Je pense que cette dimension dissuasive dépasse largement le seul dossier iranien. C’est un avertissement direct à tous les régimes autoritaires que leurs propres réseaux financiers personnels ne sont jamais totalement à l’abri d’une exposition publique similaire.
Les limites persistantes de cette politique de sanctions
Une accumulation de désignations sans garantie de rupture totale
Malgré l’ampleur et la précision remarquables de cette nouvelle vague de sanctions, il convient de reconnaître honnêtement ses limites structurelles : l’accumulation de désignations individuelles, aussi documentées soient-elles, ne garantit pas automatiquement la rupture complète et durable du réseau financier visé, comme l’illustre la persistance de ce type de contournement malgré des années de sanctions occidentales cumulées contre le régime iranien.
Cette limite structurelle n’invalide cependant pas la valeur de cette politique de sanctions : chaque nouvelle désignation complique davantage les opérations financières du régime, augmente ses coûts de transaction et de dissimulation, et contribue cumulativement à isoler économiquement ses dirigeants, même en l’absence d’une rupture totale et immédiate de leurs capacités financières internationales.
Une politique qui exige de la patience autant que de la fermeté
Cette réalité impose une forme de patience stratégique dans l’évaluation de l’efficacité de ces sanctions : leur impact réel se mesure sur plusieurs années d’accumulation méthodique plutôt que sur le seul effet immédiat de chaque annonce individuelle, une nuance importante que la couverture médiatique de ce type de dossier a parfois tendance à négliger au profit d’un récit plus immédiatement spectaculaire.
Cette patience stratégique, combinée à une fermeté constante dans l’identification et la désignation de nouveaux réseaux financiers dès qu’ils sont découverts, demeure, selon moi, l’approche la plus réaliste et la plus soutenable pour maintenir une pression économique efficace sur le régime iranien dans la durée, au-delà des cycles d’escalade militaire ponctuels qui dominent l’actualité immédiate.
Je préfère une politique de sanctions patiente et méthodique à une attente irréaliste d’une rupture totale et immédiate. C’est l’accumulation, pas le coup unique, qui finit par isoler durablement un régime de ce type.
Ce que ce dossier révèle sur la nature du pouvoir iranien
Un régime qui prône l’austérité révolutionnaire en façade
Ce dossier de sanctions révèle, une fois de plus, le contraste frappant entre le discours officiel du régime iranien, fondé sur une rhétorique d’austérité révolutionnaire et de résistance à l’impérialisme occidental, et la réalité documentée d’un système d’enrichissement personnel massif profitant directement aux plus hautes sphères du pouvoir, jusqu’au bureau même du guide suprême.
Ce contraste entre discours et pratique n’est évidemment pas propre au seul régime iranien : il caractérise historiquement de nombreux régimes autoritaires qui combinent une rhétorique populiste ou révolutionnaire officielle avec des pratiques d’enrichissement personnel occultes de leurs élites dirigeantes, un schéma que l’on retrouve également, sous des formes différentes, en Russie, en Corée du Nord et ailleurs.
Une hypocrisie systémique documentée avec précision
Ce qui distingue ce dossier spécifique, c’est le niveau de précision documentaire atteint par le Trésor américain dans l’exposition de cette hypocrisie systémique : noms précis, montants chiffrés, juridictions identifiées, structures de propriété détaillées, autant d’éléments qui transforment une accusation générale de corruption en un dossier factuel difficilement contestable par le régime iranien lui-même.
Cette précision documentaire constitue, à mon sens, l’un des outils les plus puissants de la diplomatie occidentale contemporaine face aux régimes autoritaires : elle ne se contente pas de condamner moralement, elle démontre factuellement, avec des preuves vérifiables, ce qui rend la défense rhétorique du régime visé considérablement plus difficile à construire de manière crédible.
Cette précision factuelle du dossier américain me frappe particulièrement. Ce n’est pas une accusation morale vague, c’est un dossier chiffré et nommé qui rend le mensonge officiel iranien beaucoup plus difficile à soutenir publiquement.
Ce que les alliés occidentaux attendent de cette nouvelle vague de sanctions
Une coordination transatlantique encore inégale
Les alliés européens de Washington ont, jusqu’à présent, adopté une approche plus prudente et plus lente dans l’imposition de sanctions financières similaires contre le réseau personnel de Mojtaba Khamenei, une asymétrie transatlantique qui limite potentiellement l’efficacité globale de cette stratégie de pression économique si elle n’est pas rapidement harmonisee entre les principales puissances occidentales.
Cette asymétrie, documentée par plusieurs analystes suivant ce dossier depuis Bruxelles et Londres, illustre une tension récurrente entre la rapidité d’action américaine, souvent unilaterale, et la lenteur institutionnelle des mécanismes de sanctions européens, qui nécessitent généralement un consensus plus large entre les États membres avant toute designation individuelle contre des acteurs financiers étrangers.
Une pression qui gagnerait en efficacité avec une action commune
Cette lenteur européenne, si elle persiste, risque de laisser des marges de manœuvre financières significatives au reseau Ansari et à ses ramifications, notamment dans des juridictions comme le Luxembourg, l’Espagne ou Chypre, precisement les pays européens identifiés par le Tresor americain comme abritant une partie du portefeuille immobilier lie au clan Khamenei.
Une action commune et rapide entre Washington et ses alliés européens sur ces juridictions specifiques renforcerait considérablement l’efficacité de cette strategie de sanctions, en fermant simultanément les portes que le réseau financier iranien pourrait chercher à exploiter si seule la partie américaine agit avec la fermeté nécessaire face à ce dossier.
Je pense que l’Occident perd un temps précieux chaque fois que l’Europe tarde à suivre la fermeté américaine sur ce type de dossier. Cette lenteur institutionnelle profite directement aux réseaux financiers que ces sanctions visent à démanteler.
Conclusion : une pression économique qui s'ajoute à la pression militaire
Ce que ce décryptage établit avec certitude
Ce décryptage établit, sur la base du communiqué officiel du Trésor américain publié le 10 juillet 2026, que de nouvelles sanctions ont bien été imposées contre Ali Ansari, sa société holding Smart Global Limited, trois bureaux de change iraniens majeurs et leurs dirigeants respectifs, ainsi que deux sociétés-écrans internationales, l’ensemble étant décrit comme profitant directement à Mojtaba Khamenei et au Corps des gardiens de la révolution islamique.
Ce décryptage établit également que cette action s’inscrit dans un contexte plus large de reprise des hostilités dans le détroit d’Ormuz, et qu’elle vise explicitement à isoler financièrement le successeur pressenti du guide suprême iranien à un moment de transition politique particulièrement fragile pour le régime, entre pertes militaires cumulées et incertitude successorale documentée.
Une pression qui s’ajoute, mais ne remplace pas, la pression militaire
Cette pression économique méthodique, aussi importante soit-elle, ne remplace évidemment pas la pression militaire exercée en parallèle par les forces américaines et alliées sur le terrain iranien : elle la complète, en s’attaquant à une dimension différente mais tout aussi essentielle de la capacité de résistance du régime, ses ressources financières personnelles et institutionnelles.
C’est cette combinaison de pressions militaires et économiques simultanées qui, selon moi, offre la meilleure chance de contraindre durablement le régime iranien à modifier son comportement régional, plutôt que l’une ou l’autre de ces approches prise isolément, dans un conflit qui continue de s’étendre et de s’intensifier depuis février 2026.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
U.S. Treasury targets Khamenei-linked financial network — Iran Focus, 10 juillet 2026
Trump says US has agreed to continue Iran talks but ceasefire over — Al Jazeera, 10 juillet 2026
Sources secondaires
US conducts new strikes on Iran after Trump threats — USA Today, 8 juillet 2026
U.S., Iran trade dozens more strikes in dangerous cycle — The Washington Post, 9 juillet 2026
President Trump says ceasefire with Iran is over. What happens next — NPR, 11 juillet 2026
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