Wright et bin Salman, les deux signataires
L’accord a été signé par le secrétaire américain à l’Énergie Christopher Wright et le ministre saoudien de l’Énergie Abdulaziz bin Salman. Il ouvre la voie à la construction de réacteurs nucléaires civils par des entreprises américaines sur le sol saoudien.
Selon les informations rapportées, notamment par le Wall Street Journal, l’accord prévoit une étude conjointe de deux ans pour déterminer si l’Arabie saoudite pourra un jour enrichir de l’uranium elle-même, plutôt que d’importer son combustible nucléaire.
Ce délai de deux ans n’est pas anodin : il donne à l’administration Trump le temps de négocier la normalisation avant toute décision définitive.
Le refus saoudien du protocole additionnel, un détail qui pèse lourd
Des inspections moins strictes que pour l’Iran
L’Arabie saoudite a refusé d’accepter le protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui aurait pourtant imposé des inspections intrusives comparables à celles exigées de l’Iran par le passé.
Selon Foreign Policy, ce refus expose une différence de traitement frappante entre Riyad et Téhéran, à un moment où Washington bombarde justement l’Iran pour freiner son propre programme d’enrichissement nucléaire.
Je ne peux ignorer cette contradiction : exiger la rigueur d’un côté et l’accorder en souplesse de l’autre fragilise notre crédibilité collective.
Le précédent des Émirats arabes unis, la référence oubliée
L’accord de 2009, un modèle abandonné
En 2009, les États-Unis avaient signé avec les Émirats arabes unis un accord dit « 123 », fondé sur l’Atomic Energy Act de 1954, excluant explicitement l’enrichissement et le retraitement de l’uranium, avec obligation de conformité aux garanties de l’AIEA.
L’accord saoudien de 2026 s’écarte nettement de ce modèle qualifié à l’époque de référence pour toute coopération nucléaire régionale, un contraste souligné par plusieurs anciens diplomates américains, dont l’ex-ambassadeur Daniel C. Kurtzer.
Comparer ces deux textes, c’est mesurer, chiffres et clauses à l’appui, l’ampleur du recul de la doctrine américaine de non-prolifération.
La condition surprise de Trump, décortiquée en direct
« Il a toujours été entendu », affirme le président
Le 23 juillet, Trump a écrit sur Truth Social que l’accord « pertains only to non-military use » et qu’il n’y aurait « no enrichment of material », ajoutant qu’il était « totalement subordonné » à l’adhésion saoudienne aux accords d’Abraham.
Dans le Bureau ovale, avec Christopher Wright à ses côtés, Trump a déclaré selon The Hill : « Il a toujours été entendu, et Chris le savait, et l’Arabie saoudite le savait, que s’ils ne rejoignaient pas les accords d’Abraham, je ne ferais pas cet accord. »
Cette affirmation présidentielle contredit pourtant le texte signé la veille, qui ne mentionnait, selon plusieurs sources, ni Israël ni la normalisation.
Riyad, le silence qui en dit long
Ni oui, ni non, ni annulation
Selon The Hill, l’Arabie saoudite « ne montre aucun signe » d’acceptation de cette condition tardive. L’ambassade saoudienne à Washington a refusé de commenter le statut réel de l’accord ou une éventuelle adhésion aux accords d’Abraham.
Un responsable saoudien, Mohammed Alhamed, a précisé que les exigences de Trump « ne changent pas la substance de l’accord », ajoutant que si la reconnaissance d’Israël avait été une condition formelle, elle aurait été négociée avant la signature.
Ce silence calculé de Riyad ressemble moins à un refus qu’à une stratégie d’attente, patiente et résolument méthodique.
Ce que les diplomates américains en pensent vraiment
« Malpractice diplomatique », le mot qui frappe
Dans une tribune pour Foreign Policy, l’ancien ambassadeur Daniel C. Kurtzer et Aaron David Miller, du Carnegie Endowment, qualifient cet accord de « faute stratégique et diplomatique » qui minerait des décennies de politique américaine de contre-prolifération.
Leur critique porte sur l’absence de justification commerciale ou civile convaincante pour permettre à Riyad de contrôler son propre cycle du combustible, avec ou sans supervision américaine renforcée.
Quand deux diplomates chevronnés de administrations différentes convergent sur un même constat, le signal d’alarme mérite d’être pris très au sérieux.
Le poids de l'histoire, depuis l'Iran de 1957
« Atoms for Peace », la leçon qu’on refuse d’apprendre
En 1957, les États-Unis avaient offert à l’Iran, dans le cadre du programme « Atoms for Peace », un réacteur de recherche, de l’uranium hautement enrichi et une formation technique complète, selon Foreign Policy.
Lorsque la République islamique a pris le pouvoir en 1979, cette infrastructure était déjà en place, créant un problème de sécurité régionale et mondiale qui perdure encore, quarante-sept ans plus tard, jusque dans la crise actuelle avec Téhéran.
Ce parallèle historique glace le sang : nous risquons de reproduire, avec Riyad, l’erreur qui a créé le problème iranien lui-même.
Mohammed ben Salman, l'inconnue qui inquiète
Un règne qui pourrait durer des décennies
Le prince héritier Mohammed ben Salman, qui pourrait régner pendant des décennies, poursuit une politique étrangère dite « à 360 degrés », maintenant des liens actifs avec la Russie et la Chine malgré son rapprochement avec Washington.
Selon Foreign Policy, le leadership actuel à Riyad peut être considéré aujourd’hui comme un allié fiable des États-Unis, mais rien ne garantit que cette fiabilité perdurera sur plusieurs décennies de règne, une incertitude que l’accord actuel ne prend pas suffisamment en compte.
Je ne peux ignorer ce risque à long terme : offrir aujourd’hui une technologie sensible à un régime dont l’orientation future reste incertaine.
Netanyahou, entre soulagement et méfiance persistante
Un accueil favorable, mais des inquiétudes de fond
Netanyahou a accueilli favorablement la condition posée par Trump, affirmant qu’elle « crée la possibilité d’élargir le cercle de la paix » dans la région, selon des propos rapportés par plusieurs médias israéliens.
Mais selon le Times of Israel, Israël reste préoccupé par l’absence de garanties strictes contre l’enrichissement, la Wall Street Journal rapportant que l’accord pourrait permettre à des entreprises américaines de construire une installation d’enrichissement en Arabie saoudite.
Ce soulagement affiché par Netanyahou masque mal une inquiétude de fond que je partage pleinement sur le terrain nucléaire régional.
Le Congrès, prochaine étape et prochain obstacle
Quatre-vingt-dix jours de suspense
L’accord doit désormais passer devant le Congrès américain pour une période de révision de 90 jours, durant laquelle les élus pourront examiner, contester ou tenter de bloquer les termes de cette coopération nucléaire inédite.
Selon Foreign Policy, ni le Congrès ni le secrétaire d’État Marco Rubio ne devraient, selon toute vraisemblance, s’opposer frontalement à cet accord, malgré les critiques exprimées par plusieurs experts en non-prolifération.
Cette passivité annoncée du Congrès m’inquiète autant que le contenu même de l’accord nucléaire négocié avec Riyad.
Ce que Westinghouse et l'industrie américaine y gagnent
Un rôle central pour les entreprises américaines
Selon plusieurs sources, l’accord donne aux entreprises américaines, dont Westinghouse, co-détenue par les canadiennes Cameco et Brookfield Asset Management, un rôle central dans le développement de l’infrastructure nucléaire saoudienne, écartant la concurrence étrangère.
La Maison-Blanche présente cet aspect comme une victoire de la politique « America First », soulignant les retombées économiques attendues pour l’industrie nucléaire américaine et ses chaînes d’approvisionnement.
Je reconnais l’intérêt économique réel de cet accord, sans pour autant qu’il justifie de sacrifier nos garde-fous de sécurité nucléaire.
La position palestinienne, l'obstacle qui ne disparaît jamais
Riyad exige toujours un chemin vers un État palestinien
L’Arabie saoudite maintient depuis des années sa position : elle ne rejoindra les accords d’Abraham qu’en échange d’un chemin crédible vers un État palestinien, une exigence renforcée depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza qui a suivi.
Selon The Hill, le diplomate Michael Ratney estime que Riyad va probablement « prendre une pause, respirer profondément » plutôt que de rejeter frontalement la condition de Trump, en attendant une évolution favorable du dossier palestinien.
Ce blocage sur la question palestinienne demeure, selon moi, la clé de voûte de tout le dossier régional, bien au-delà du nucléaire.
Le calcul iranien face à ce chaos diplomatique
Une propagande toute prête pour Téhéran
Selon Foreign Policy, ce revirement américain offre à l’Iran un argument de propagande tout trouvé : démontrer que Washington ne tient pas parole, même envers ses partenaires les plus proches, affaiblissant ainsi la crédibilité des négociations en cours avec Téhéran.
Ce paradoxe stratégique n’a pas échappé aux experts cités par Foreign Policy, qui soulignent l’incohérence d’exiger de l’Iran une rigueur que Washington n’impose pas avec la même fermeté à l’Arabie saoudite.
Je crains que cette incohérence ne coûte cher à notre crédibilité collective dans toutes nos négociations futures avec Téhéran.
Un possible effet inattendu, presque salutaire
Quand la maladresse sauve involontairement la doctrine
Selon Kurtzer et Miller, en rendant de facto l’accord caduc par sa condition tardive, Trump aurait paradoxalement rendu un grand service à la politique américaine de non-prolifération, en ralentissant un processus jugé trop permissif dans sa forme initiale.
Ce possible effet inattendu ne doit cependant pas servir d’excuse à l’improvisation : la politique nucléaire régionale mérite une cohérence planifiée, non des corrections de trajectoire décidées après coup sur les réseaux sociaux.
Je refuse de me satisfaire d’un hasard heureux quand la rigueur méthodique aurait dû prévaloir depuis le premier jour.
Ce que ce dossier révèle de la diplomatie Trump
Gaza, l’Iran, la Russie-Ukraine, un même schéma répété
Selon Foreign Policy, ce fiasco s’inscrit dans une série plus large de décisions diplomatiques jugées incohérentes par plusieurs experts, du plan Gaza en vingt points à un mémorandum d’entente avec l’Iran jugé déséquilibré en faveur de Téhéran.
Cette accumulation de dossiers mal calibrés interroge sur la solidité de la méthode diplomatique employée, indépendamment des intentions initiales, souvent présentées comme des victoires historiques avant même leur mise en œuvre effective.
Je m’inquiète de ce schéma répétitif, où l’annonce spectaculaire précède systématiquement une exécution plus chaotique que prévu.
Conclusion : un dossier suspendu, pas encore résolu
Trois mois pour clarifier l’avenir régional
Au terme de ce parcours dans les coulisses de l’accord nucléaire saoudien, un constat s’impose : rien n’est encore tranché, ni l’enrichissement, ni la normalisation, ni même le passage devant le Congrès américain dans les prochains mois.
L’Occident doit suivre ce dossier avec une vigilance constante, car son issue déterminera si notre doctrine de non-prolifération reste crédible face à l’Iran, ou si elle se retrouve fragilisée par nos propres concessions accordées à d’autres partenaires régionaux.
Je conclus ce reportage convaincu que la vigilance collective, plus que l’indignation ponctuelle, doit désormais guider notre suivi de ce dossier.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Foreign Policy — Trump’s Saudi Nuclear Deal Is Diplomatic Malpractice
The Hill — Saudi Arabia stares down Trump whiplash on nuclear deal
Reuters — Trump says US-Saudi nuclear deal conditional on country joining Abraham Accords
Sources Secondaires :
The Atlantic — The Art of the Giveaway
ABC News — Trump’s hunt for leverage over Saudi Arabia fuels nuclear proliferation concerns
The Times of Israel — Trump eases some fears on Saudi nuclear deal but Israel has reason to worry
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.