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BILLET — 22,1 millions de décès selon l’OMS, sept documents face aux certitudes
Crédit: Depositphotos - Coronavirus outbreak and coronaviruses influenza background as dangerous flu strain cases as a pandemic medical health risk concept with disease cells as a 3D render

Six ans plus tard, ce n’est pas le virus qui est resté

Les objets ont survécu à la peur

Les plexiglas ont jauni au fond des entrepôts. Les flèches collées sur les planchers se sont décollées toutes seules. Les masques dorment dans un tiroir, entre les vieux reçus et les piles mortes, dans cette catégorie d’objets qu’on ne jette pas et qu’on ne regarde plus. Les commerces ont rouvert. Les écoles ont rouvert. Les salles d’attente ont rouvert. Tout a rouvert.

Quelque chose n’a jamais rouvert: nous.

Ce n’est pas une phrase de consolation. C’est un constat que je pose comme chroniqueur et que j’assume comme interprétation, pas comme mesure. Personne n’a compté la fracture. Aucun organisme ne publie le nombre de conversations qui se sont arrêtées. Ce que l’on peut vérifier, en revanche, c’est ce que les institutions ont écrit pendant que nous nous déchirions.

Sept documents, aucun vainqueur

J’ai relu sept documents publics. Une agence des Nations unies. Une agence fédérale canadienne. Une vérificatrice générale. Un protecteur du citoyen. Un groupe scientifique international. Une étude évaluée par les pairs. Un communiqué d’entreprises. Sept textes qui ne demandent l’adhésion de personne et qui, mis bout à bout, obligent chacun des deux camps à reculer.

Aucun d’eux ne dit que tout allait bien. Aucun d’eux ne dit que rien n’était vrai. Chacun contient une phrase que quelqu’un préférerait ne pas lire.

Ils étaient là pendant que nous criions. Datés. Signés. Téléchargeables. La fracture ne vient pas de ce que nous ignorions: elle vient, en bonne partie, de ce que nous n’avons pas ouvert.

Un mot qui ne vient pas de moi

En novembre 2021, une institution québécoise de surveillance de l’État a écrit que les CHSLD avaient été maintenus dans l’angle mort des priorités de planification. Le mot n’est pas de moi. Il vient du Protecteur du citoyen, dans un rapport officiel, à propos de la première vague.

Six ans plus tard, ce mot décrit autre chose que des lits. Il décrit une manière de regarder: parfaitement attentive d’un côté, aveugle exactement là où il aurait fallu tourner la tête.

Un angle mort n’est pas de l’ignorance. C’est de l’attention mal dirigée. C’est ce qui rend la chose si difficile à pardonner, et si facile à répéter.

22,1 millions: le chiffre que l’OMS a publié en mai 2026

Ce que dit exactement le communiqué

Le 13 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé diffusait le communiqué accompagnant son rapport World Health Statistics 2026. On y lit que la pandémie a été associée, entre 2020 et 2023, à environ 22,1 millions de décès excédentaires, décès indirects compris.

Chaque mot compte. Associée, et non causée un par un. Excédentaires, c’est-à-dire l’écart entre la mortalité observée et la mortalité attendue. Directs et indirects: le virus, mais aussi ce qui s’est cassé autour de lui. Et environ: dans ce communiqué, l’organisation ne publie aucun intervalle d’incertitude. C’est une estimation d’une agence internationale, pas un décompte de morgue, et je ne la présenterai jamais autrement.

L’OMS ajoute une chose que peu de gens ont retenue: ce total est plus de trois fois supérieur au nombre de décès liés à la COVID-19 officiellement déclarés.

Trois fois. Autrement dit, le bilan officiel que nous trouvions déjà insupportable était le plus petit des bilans possibles.

Une décennie d’espérance de vie effacée

La même page dit encore que la pandémie a réduit à néant une décennie de progrès en matière d’espérance de vie, et que le relèvement demeure incomplet et inégal d’une Région à une autre.

Dix ans de gains sanitaires. Effacés. Pas ralentis, pas mis en pause: effacés, selon la formulation de l’organisation elle-même. C’est le genre de phrase qu’on lit trop vite parce qu’elle est trop grande pour tenir dans une journée normale.

Le relèvement est décrit comme inégal: certaines Régions ont récupéré, d’autres non. Une pandémie qui se termine dans les conversations ne se termine pas au même rythme dans les tableaux.

Une décennie de progrès, c’est le travail d’une génération entière de soignants. Il a suffi de quatre ans pour l’annuler.

« Mort de » ou « mort avec »: la bonne question qui ne sauve pas la thèse du « canular »

Le doute méthodologique est légitime

Demander si une personne est morte de la COVID ou avec la COVID n’est pas une provocation. C’est une question de codage médical, elle se pose réellement, dossier par dossier, et personne de sérieux ne devrait s’en offusquer.

Sauf que l’estimation de l’OMS ne repose pas sur ce codage. Elle repose sur la mortalité excédentaire: on compte les morts, tous les morts, et on compare avec ce que les années normales laissaient prévoir. Cette méthode contourne précisément la querelle des certificats.

Ce que le doute ne peut pas déplacer

Un doute méthodologique peut faire bouger un chiffre. Il peut le corriger, le nuancer, le contester dans une revue. Il ne peut pas transformer un excédent de plusieurs millions de morts en illusion statistique répartie sur quatre années et sur toutes les Régions du monde.

On peut discuter des marges. On ne peut pas discuter du sens. Et quand le total estimé dépasse de plus de trois fois le total déclaré, le reproche habituel — « ils ont gonflé les chiffres » — se retourne exactement dans l’autre sens.

La question sérieuse était ailleurs

La vraie discussion n’a jamais porté sur l’existence du danger. Elle portait sur son ampleur exacte, sur la meilleure réponse possible, sur la durée acceptable de chaque mesure et sur le prix payé par ceux qui n’étaient pas malades. Ces quatre questions étaient ouvertes. Nous en avons débattu comme s’il n’y en avait qu’une seule, binaire, et comme si y répondre déterminait la valeur morale de celui qui parlait.

Une opinion peut contester une méthode. Elle ne peut pas rétrécir un cimetière.

Ce que le vaccin n’a jamais promis

La phrase officielle est plus modeste que le souvenir qu’on en a

Sur sa page consacrée à la sécurité des vaccins, mise à jour le 13 juin 2025, l’Agence de la santé publique du Canada écrit que les vaccins contre la COVID-19 réduisent le risque de maladie grave, de décès et de syndrome post-COVID-19.

Relisez-la. Il n’y a pas le mot immunité. Il n’y a pas le mot barrière. Il n’y a aucune promesse d’invulnérabilité. Il y a un verbe de réduction du risque, appliqué à trois issues précises.

La promesse absolue n’était pas dans le document

Elle était dans la manière dont on en a parlé. Dans les raccourcis, les slogans, l’impatience collective d’en finir. Une réduction de risque a été vendue, en pratique, comme une garantie. Puis des personnes vaccinées ont attrapé le virus, et la garantie a cassé.

Ce n’est pas la science qui a menti à ce moment-là. C’est sa traduction publique qui a été trop confiante. La différence est technique. Ses conséquences, elles, ont été politiques, et nous les payons encore.

Reprocher au vaccin d’avoir « seulement » réduit les formes graves

Le reproche revient souvent: il n’aurait « que » diminué la gravité. Le mot « que » mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il désigne exactement la ligne qui sépare une convalescence à la maison d’un séjour aux soins intensifs. Réduire un risque de décès n’est pas un lot de consolation. C’est ce que la médecine fait dans presque toutes les spécialités, sans qu’on exige d’elle la perfection.

On a promis un mur. Le document, lui, parlait d’un système d’alarme. Un système d’alarme n’empêche pas l’entrée: il change ce qui se passe ensuite.

19,8 millions ou 2,5 millions? Quand les scientifiques ne s’entendent pas eux-mêmes

Deux modèles, deux périodes, deux méthodes

Le 25 juillet 2025, JAMA Health Forum publiait une étude estimant que la vaccination a évité plus de 2,5 millions de décès dans le monde entre 2020 et 2024, avec une fourchette de sensibilité de 1,4 à 4,0 millions, et environ 14,8 millions d’années de vie sauvées.

Cette même étude rappelle que l’estimation la plus citée jusque-là, publiée en 2022, chiffrait à 14,4 millions les décès COVID évités et à 19,8 millions les décès excédentaires évités — pour la seule première année de vaccination.

Les auteurs de 2025 écrivent que leurs propres résultats suggèrent, pour cette période précoce, des décès évités plus de dix fois inférieurs.

Dix fois. Publié. En clair. Dans une revue de l’Association médicale américaine. Ce n’est pas une fuite: c’est la science qui se contredit devant témoins.

Un désaccord publié n’est pas une dissimulation

Ces deux chiffres ne couvrent ni la même période, ni la même définition de décès, ni les mêmes hypothèses d’efficacité vaccinale, de létalité et de proportion de population infectée. Ce sont des modèlesUn modèle n’est pas un mensonge: c’est une reconstitution avec ses règles déclarées.

Ceux qui brandissent l’écart comme preuve d’une tromperie oublient qu’il a été rendu public par les chercheurs eux-mêmes, dans une revue à comité de lecture. Ceux qui refusent de le regarder trahissent la méthode qu’ils prétendent défendre.

Une doctrine, elle, ne change jamais d’avis

La science n’a pas de pape. Elle a des révisions, des désaccords signés, des chiffres remplacés par d’autres chiffres. C’est exactement ce qui la distingue d’une doctrine. Et c’est exactement ce que nous avons été incapables d’expliquer en pleine crise, parce qu’une conférence de presse quotidienne se marie très mal avec la phrase « nous ne savons pas encore ».

L’angle mort statistique: 89,6 % du bénéfice est allé aux 60 ans et plus

Le gradient d’âge, écrit noir sur blanc

La même étude parue dans JAMA Health Forum établit une répartition que presque personne n’a citée: 89,6 % des vies sauvées l’ont été chez les 60 ans et plus. Les 0 à 19 ans représentent 0,01 % du total. Les 20 à 29 ans0,07 %.

Les auteurs parlent d’un bénéfice au fort gradient d’âge. Ils calculent aussi, sur 13,64 milliards de doses administrées dans le monde, un décès évité pour environ 5 400 doses.

Ce paragraphe dérange tout le monde. C’est précisément pour ça qu’il doit rester.

Ce chiffre ne permet pas de conclure à l’inutilité

Il ne dit pas que la vaccination des jeunes était inutile: les auteurs eux-mêmes précisent que le bilan net dans ces groupes exige d’autres considérations que le seul décompte des décès évités. Il ne dit pas non plus que la campagne était une erreur.

Il dit une chose plus simple et plus dure: le bénéfice n’était pas réparti également, et nous avons mené le débat comme s’il l’était. Nous avons demandé à un adolescent de se justifier avec exactement les mêmes arguments qu’un homme de 78 ans immunodéprimé.

Un chiffre qui humilie les deux discours

Il gêne ceux qui affirmaient que la vaccination protégeait tout le monde de la même façon. Il gêne aussi ceux qui affirmaient qu’elle ne protégeait personne, puisqu’il chiffre un bénéfice massif chez les aînés. Aucun des deux camps ne peut le citer sans se blesser un peu, et c’est probablement le test le plus fiable de son honnêteté.

Zéro virgule zéro un pour cent. Ce n’est pas rien. Mais ce n’était pas la conversation que nous avons eue.

Oui, il y a eu des effets indésirables rares — et c’est l’État qui l’écrit

Myocardite et péricardite

Ce n’est pas une rumeur de sous-sol. C’est l’Agence de la santé publique du Canada, sur son propre site, qui reconnaît des cas rares de myocardite et de péricardite après la vaccination. L’agence précise qu’ils semblent survenir plus souvent chez les adolescents et les jeunes adulteschez les hommesaprès la deuxième dose, et généralement dans les 7 jours suivant la vaccination.

Elle ajoute que, dans la majorité des cas, les symptômes disparaissent rapidement après l’obtention de soins médicaux.

Tout cela était public. Écrit par l’État. Sur une page ouverte à tous. Pendant que chaque camp accusait l’autre de cacher la vérité.

Caillots, Guillain-Barré, allergies

La même page reconnaît des caillots sanguins accompagnés d’un faible taux de plaquettes après les vaccins à vecteur viral Vaxzevria, Covishield et Jcovden — des effets très rares, mais sérieux. Elle mentionne un faible nombre de cas de syndrome de Guillain-Barré après ces mêmes vaccins, la plupart des personnes s’en remettant complètement, ainsi que des réactions allergiques rares mais rapportées et gérables.

Ces vaccins à vecteur viral ne sont plus recommandés ni approuvés au Canada.

Ce que je n’écrirai pas

Aucun taux. Aucune fréquence. Aucun rapport du type « un cas pour tant de doses ». La page officielle n’en publie pas, et fabriquer un ordre de grandeur serait exactement le geste que je reproche aux deux camps depuis six ans. Une reconnaissance sans chiffre reste une reconnaissance; un chiffre inventé reste une invention, même quand il sert une cause qu’on croit juste.

Les personnes blessées n’appartiennent à aucun camp

Une douleur n’est pas un argument de campagne

Il existe des personnes qui ont subi un effet indésirable reconnu. Leur existence est inscrite dans les documents officiels, pas seulement dans des vidéos. Elles n’ont pas à devenir la preuve vivante d’une thèse, ni d’un côté ni de l’autre.

Quand une personne raconte ce qui lui est arrivé et que la première chose entendue est le camp qu’elle sert, on a cessé de faire de la santé publique. On fait du recrutement.

Un ordre de grandeur ne console jamais personne

Les auteurs de l’étude de 2025 estiment que les décès liés aux effets indésirables reconnus sont probablement inférieurs d’environ deux ordres de grandeur au bénéfice global. C’est une estimation prudente, présentée comme telle par eux.

Cette phrase est utile pour décider d’une politique publique. Elle n’est d’aucun secours pour une personne qui se trouve du mauvais côté d’une statistique. Les deux vérités tiennent ensemble, et refuser l’une des deux revient à mentir par sélection.

« Dans la majorité des cas, les symptômes disparaissent rapidement. » Dans la majorité. Ce membre de phrase contient tous ceux pour qui ce ne fut pas le cas.

Ce que ces sept documents ne disent nulle part

Une absence documentée n’est pas une preuve

Aucun des documents retenus pour ce billet — l’OMS, l’Agence de la santé publique du Canada, la vérificatrice générale, le Protecteur du citoyen, le groupe consultatif scientifique de l’OMS, l’étude parue dans JAMA Health Forum, le communiqué du promoteur d’un essai clinique — ne décrit une entité clinique appelée « turbo-cancer ».

Je dis exactement cela, et rien de plus. Je ne dis pas que la science a démontré son inexistence. Je dis que ces sept documents-là n’en parlent pas, et qu’un billet honnête ne peut pas affirmer davantage que ce qu’il a lu.

C’est la phrase la moins spectaculaire de tout ce texte. C’est aussi la seule que je peux défendre ligne par ligne.

Ce qu’il faudrait pour établir une causalité

Pour relier une intervention médicale à une hausse de cancers, il faudrait comparer des groupes réellement comparables, tenir compte de l’âge, des habitudes, de l’hérédité, des dépistages retardés, puis publier la méthode et accepter qu’elle soit démolie par d’autres équipes. Une coïncidence dans le temps ne remplace aucune de ces étapes.

C’est fastidieux. C’est lent. C’est la seule chose qui ait jamais permis de distinguer un traitement d’un poison.

L’angle mort de ce qui n’est pas écrit

Il existe une tentation symétrique et elle est puissante: transformer un silence en aveu. Si un document ne mentionne pas une chose, c’est qu’on la cache. Ce raisonnement est imbattable, parce que rien ne peut le contredire — l’absence de preuve y devient une preuve. Le problème, c’est qu’il fonctionne aussi bien pour n’importe quelle affirmation, y compris celles qui s’excluent mutuellement.

Trop de certitude, trop tôt: le prix payé par la confiance

L’incertitude était dans les documents, pas dans les points de presse

Les documents que je viens de citer sont pleins de prudence. Des fourchettes. Des « environ ». Des limites méthodologiques déclarées. Des travaux qualifiés d’inachevés par l’organisation même qui les commande.

Cette prudence-là est rarement parvenue jusqu’au public. On a livré des consignes fermes tirées de savoirs mouvants, et chaque ajustement ultérieur a été reçu non pas comme une correction, mais comme un aveu.

Confondre confiance et obéissance

Ce qui suit est une opinion que je signe. Une partie des autorités a demandé la confiance en la traitant comme un synonyme d’obéissance. Dire « faites-nous confiance » sans dire « voici ce que nous ignorons », c’est demander un chèque en blanc à des adultes.

L’autre versant est tout aussi coûteux. Une partie du soupçon a confondu questions légitimes et réponses inventées. Poser une bonne question ne donne pas le droit de fabriquer soi-même la réponse qui manque.

Ces deux erreurs se nourrissent. Chacune fournit à l’autre sa meilleure preuve. L’assurance excessive crée le soupçon; le soupçon inventif justifie l’assurance excessive. On appelle ça une boucle, et une boucle ne se casse pas en criant plus fort.

« Les travaux restent inachevés. » Une institution capable d’écrire cette phrase méritait mieux que le procès qu’on lui a fait. Et elle aurait dû la dire beaucoup plus tôt, beaucoup plus fort.

L’infirmière n’a signé aucun décret

Les 27 recommandations ont une adresse

Le rapport du Protecteur du citoyen sur les CHSLD formule 27 recommandations. Elles ne visent ni les préposés, ni les infirmières, ni les pharmaciens. Elles s’adressent principalement au ministère responsable du réseau.

Le rapport de la vérificatrice générale sur les prestations, lui, examine des ministères et des agences, pas des guichets.

C’est une donnée simple, et elle règle une bonne partie de la question morale: quand une institution de surveillance de l’État cherche les responsables, elle monte les étages. Elle ne descend pas dans les corridors.

La colère s’est trompée d’étage

Il est plus facile d’atteindre quelqu’un devant soi qu’une décision prise ailleurs. C’est humain. Ce n’est pas juste.

On pouvait juger un couvre-feu excessif et respecter la personne qui administre un vaccin. On pouvait contester un passeport sanitaire et remercier celle qui pose un pansement. Cette nuance existait et ne coûtait rien. Elle ne se partageait simplement pas bien: elle n’a pas de slogan, elle ne tient pas sur une pancarte, et elle ne donne à personne le plaisir d’avoir tout compris avant les autres.

Vingt-sept recommandations. Aucune n’exige des excuses d’une préposée aux bénéficiaires.

4,6 milliards versés en trop — et une pauvreté qui a reculé quand même

Les deux phrases du même rapport

Le 6 décembre 2022, la vérificatrice générale du Canada déposait au Parlement son rapport sur les prestations liées à la COVID-19. On y lit que des paiements totalisant 4,6 milliards de dollars ont été versés en trop à des bénéficiaires inadmissibles aux prestations destinées aux particuliers, et qu’au moins 27,4 milliards de paiements — versés à des particuliers et à des employeurs, subvention salariale comprise — devraient faire l’objet d’une enquête approfondie. Environ 2,3 milliards avaient alors été recouvrés.

Le même rapport écrit aussi que ces programmes ont permis d’offrir rapidement une aide financière et qu’ils ont ainsi empêché une augmentation de la pauvreté et atténué les inégalités de revenu.

Les deux phrases sont dans le même document, issues du même audit. Chaque camp en a cité une et déchiré l’autre.

Un audit n’est pas un procès

Il s’agit d’un audit de performance, pas d’une enquête criminelle. Il ne qualifie personne de fraudeur. Il constate des versements à des personnes inadmissibles et des contrôles insuffisants au moment le plus chaotique. Confondre « versé en trop » et « volé » est aussi malhonnête que de faire disparaître les 4,6 milliards sous le tapis parce qu’ils gênent.

Trois jours

La Prestation canadienne d’urgence et la prestation d’urgence pour étudiants ont totalisé environ 74,8 milliards de dollars versés à 8,5 millions de bénéficiaires au 31 mars 2022. Le délai moyen entre la demande et le paiement, pour le volet administré par l’Agence du revenu, était de 3 jours.

Trois jours. L’État le plus lent du monde ordinaire, celui qui met des mois à répondre à une lettre, a viré de l’argent en trois jours. Non par tendresse: par peur d’un effondrement en chaîne. Il reste que la machine en était capable.

Nous avons appris, en trois jours, que la lenteur habituelle n’est pas une fatalité technique. C’est un choix administratif.

3 901 sur 5 658: l’angle mort avait une adresse

Le chiffre de la première vague

En date du 28 juin 2020, selon les données de l’Institut national de santé publique reprises par le Protecteur du citoyen3 901 des 5 658 personnes décédées de la COVID-19 au Québec — 69 % — vivaient en CHSLD ou étaient hébergées dans une unité de soins de longue durée en centre hospitalier.

Ce chiffre ne couvre que la première vague. Ce n’est pas le bilan total du Québec. C’est pire: c’est ce que nous savions déjà à l’été 2020.

Trois mille neuf cent un. Le chiffre n’a besoin d’aucune mise en scène. Il a besoin d’être relu lentement.

Les mots exacts du rapport

Le Protecteur du citoyen décrit une préparation qualifiée d’« hospitalocentriste ». Il relève une pénurie de personnel, une méconnaissance en prévention et contrôle des infections, l’absence de gestionnaire sur place, le manque d’équipement de protection individuelle, des technologies de l’information désuètes, des transferts d’hôpitaux vers les CHSLD, une confusion dans le recrutement et l’affectation des renforts.

Il parle d’un portrait faussé induit par le manque de données en temps réel. Il écrit que le statu quo est impensable.

Ce sont des mots d’institution. Ils sont plus froids que les miens et ils frappent plus fort.

Les proches écartés

Le rapport constate aussi que l’interdiction des visites a privé ces milieux de l’aide compétente de personnes qui connaissaient leurs proches respectifs et le milieu de vie.

Ce n’est pas de la sentimentalité. C’est un constat opérationnel: on a retiré du système des gens capables de reconnaître un changement d’état chez quelqu’un, au moment précis où ce système manquait d’yeux.

Le titre du rapport contient trois verbes: cibler, agir, se souvenir. Le troisième est le seul que nous ayons réussi à saboter tout seuls.

« Toutes les hypothèses doivent être envisagées »: l’OMS refuse de fermer le dossier

Ce que le groupe scientifique conclut

Le 27 juin 2025, le groupe consultatif scientifique de l’OMS sur les origines des nouveaux agents pathogènes — 27 expertes et experts indépendants — publiait son évaluation. Sa conclusion: le poids des preuves disponibles va dans le sens d’une transmission zoonotique, soit directement par des chauves-souris, soit par un hôte intermédiaire.

Ce n’est pas une égalité entre thèses. C’est une pondération. Les hypothèses ne se valent pas toutes, et prétendre le contraire serait déjà une manipulation.

Ce qui n’a pas été transmis

Le même communiqué précise qu’une grande partie des informations nécessaires pour étudier à fond toutes les hypothèses n’a pas été communiquée. L’OMS avait demandé des centaines de séquences génétiques de personnes atteintes au début de la pandémie, des informations plus détaillées sur les animaux vendus sur les marchés de Wuhan, ainsi que des renseignements sur les travaux et les conditions de biosécurité des laboratoires de Wuhan. Ces éléments n’ont pas été partagés.

Le directeur général de l’organisation déclare: « Dans l’état actuel des choses, toutes les hypothèses doivent être envisagées, y compris une transmission zoonotique et une fuite d’un laboratoire. » Et le communiqué conclut que les travaux destinés à comprendre les origines du SARS-CoV-2 restent inachevés.

Le doute institutionnel n’est pas un verdict

Une absence de données n’établit ni dissimulation ni intention. Elle établit une absence. C’est déjà considérable, et c’est tout ce qu’on a le droit d’en dire. Le soupçon peut ouvrir une enquête; il n’a jamais eu le pouvoir d’en écrire les conclusions à l’avance.

L’institution que l’on accusait de tout verrouiller est celle qui refuse de refermer le dossier. Le soupçon, lui, avait déjà rendu son verdict.

La technologie qu’on a insultée apprend maintenant à traquer le mélanome

Le communiqué du promoteur, phrase par phrase

Le 20 janvier 2026, deux entreprises pharmaceutiques ont annoncé conjointement les données à cinq ans d’un essai de phase 2b. Une thérapie néoantigénique individualisée à ARNm, associée à une immunothérapie anti-PD-1, aurait réduit de 49 % le risque de récidive ou de décès chez des personnes atteintes d’un mélanome de stade III ou IV à haut risque après résection complète. Le rapport de risque déclaré est de 0,510, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,294 à 0,887.

L’essai portait sur 157 patients. Le critère principal est la survie sans récidive. Le produit est expérimental et non approuvé. La technologie consiste à concevoir, à partir de la signature mutationnelle de la tumeur d’une personne, une instruction codant jusqu’à 34 cibles, puis à la présenter à son système immunitaire.

Ce que 157 patients ne prouvent pas encore

Cette information provient d’un communiqué d’entreprises, avec l’intérêt commercial que cela suppose. Aucun bénéfice de survie globale n’est démontré à ce stade. Le résultat ne s’étend à aucun autre cancer. Et rien de tout cela ne signifie qu’un vaccin contre la COVID-19 protège du cancer: ce n’est pas la même chose.

Ce qui est vrai, en revanche, tient en une ligne: la plateforme technologique que certains décrivaient comme une expérience inutile est aujourd’hui étudiée en oncologie, avec un résultat mesuré, annoncé par son promoteur, et encore à confirmer par des essais plus larges.

L’ironie n’est pas une preuve non plus

Je résiste à la tentation d’en faire une morale. Un renversement narratif est agréable à écrire et ne démontre rien. Ce dossier comptera si les phases suivantes tiennent; il deviendra un souvenir gênant sinon. Voilà la seule promesse que ces 157 patients autorisent.

Il faudra dire la phrase entière, pas seulement la moitié qui nous arrange

La phrase entière

Le virus a tué à une échelle que l’OMS estime encore aujourd’hui. La vaccination a réduit des risques graves, mais l’ampleur du bénéfice est débattue entre chercheurs et il était concentré chez les personnes âgées. Des effets indésirables rares existent et sont reconnus par l’État canadien. Des milliards ont été versés en trop, et la pauvreté a reculé. Le Québec a laissé ses CHSLD dans un angle mort et l’a lui-même écrit. L’origine du virus demeure un dossier inachevé.

Six propositions. Aucune ne suffit seule. Aucune n’annule les autres. Chacune, prise isolément, fabrique un camp.

Ni reddition, ni absolution

Nous ne guérirons pas en exigeant des excuses d’un camp. Nous ne guérirons pas davantage en demandant à des soignants d’avouer un crime imaginaire. Je ne crois pas que la fracture disparaisse d’elle-même; certaines blessures sont devenues des identités, et personne ne renonce à son identité parce qu’un communiqué le lui demande poliment.

Il reste pourtant une consigne, et elle ne vient pas de moi: cibler les causes, agir, se souvenir. Trois verbes dans le titre d’un rapport officiel. Le troisième n’a jamais été un ornement.

Tourner la tête avant de changer de voie

Un angle mort n’est pas une excuse. C’est une instruction de conduite. Nous avons roulé quatre ans sans regarder par-dessus notre épaule, chacun persuadé que le danger venait uniquement de l’autre voie.

Les documents, eux, sont toujours là. Publics, datés, signés, patients. Ils n’appartiennent à aucun camp et ils attendent les deux au même endroit.

La prochaine urgence ne demandera pas qui avait raison. Elle demandera qui avait lu.

Signé Maxime Marquette, chroniqueur

Maxime Marquette, chroniqueur.

BILLET — 22,1 millions de décès selon l’OMS, sept documents face aux certitudes

Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Ce texte est un billet d’opinion. Il contient des faits attribués et datés, et des interprétations assumées par son auteur, notamment la thèse de la fracture persistante, la lecture des erreurs de communication publique et la hiérarchie des responsabilités. Aucune personne n’y est visée par un jugement nominatif. Aucun conseil médical individuel n’y est donné. L’auteur n’était présent dans aucun des lieux évoqués et ne rapporte aucun témoignage privé.

Méthodologie et sources

Sept sources ont été retenues: cinq documents primaires et officiels (Organisation mondiale de la Santé, Agence de la santé publique du Canada, Bureau du vérificateur général du Canada, Protecteur du citoyen du Québec, groupe consultatif scientifique de l’OMS), un travail original évalué par les pairs (JAMA Health Forum) et un communiqué conjoint de promoteurs d’essai clinique (Merck et Moderna), dont le conflit d’intérêts commercial est déclaré. L’estimation de 2022 sur les décès évités est restituée telle que rapportée par l’étude de 2025. Date d’arrêt des informations: 1er août 2026.

Nature de l’analyse

Ce billet ne prétend pas établir l’origine du SARS-CoV-2, ni trancher le nombre exact de vies sauvées par la vaccination, ni chiffrer les décès attribuables à un effet indésirable au Canada. Les estimations de mortalité et de vies sauvées sont des modélisations assorties de limites déclarées par leurs auteurs. Aucun taux d’effet indésirable n’est avancé, faute de donnée publiée dans la source officielle retenue. Le résultat oncologique cité provient d’une communication d’entreprises et porte sur un produit non approuvé. Enfin, aucune mesure de la polarisation familiale ou sociale n’existe dans ce dossier: cette dimension relève de l’observation éditoriale et non d’une donnée.

Sources

Sources primaires et officielles

  • Organisation mondiale de la Santé, « Des progrès sanitaires mondiaux gravement menacés », communiqué accompagnant World Health Statistics 2026, 13 mai 2026. Consulter le communiqué
  • Agence de la santé publique du Canada, « COVID-19: Sécurité des vaccins et effets secondaires liés à la vaccination », mise à jour du 13 juin 2025. Consulter la page officielle
  • Bureau du vérificateur général du Canada, Rapport 10 — Prestations spécifiques liées à la COVID-19, déposé au Parlement le 6 décembre 2022. Consulter le rapport
  • Protecteur du citoyen (Québec), La COVID-19 dans les CHSLD durant la première vague de la pandémie — Cibler les causes de la crise, agir, se souvenir, 23 novembre 2021. Consulter le rapport spécial
  • Organisation mondiale de la Santé, « Un groupe consultatif scientifique de l’OMS publie un rapport sur les origines de la COVID-19 », 27 juin 2025. Consulter le communiqué

Sources secondaires et analyses

  • Ioannidis JPA, Pezzullo AM, Cristiano A, Boccia S, « Global Estimates of Lives and Life-Years Saved by COVID-19 Vaccination During 2020-2024 », JAMA Health Forum, 2025;6(7):e252223, 25 juillet 2025. Consulter l’étude
  • Moderna et Merck, communiqué conjoint sur les données à cinq ans de l’essai de phase 2b KEYNOTE-942 / mRNA-4157-P201, 20 janvier 2026. Consulter le communiqué

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