Remontons la chaîne. Le Gun Control Act de 1968 interdit les armes à plusieurs catégories de personnes : condamnés à plus d’un an de prison, personnes internées, auteurs de violences conjugales, étrangers en situation irrégulière, entre autres. La même loi prévoit sa soupape à l’article 18 U.S.C. 925(c) : toute personne frappée d’une incapacité peut demander au procureur général de la lever, si son dossier montre qu’elle n’agira pas dangereusement et que la mesure ne contredit pas l’intérêt public.
Puis le Congrès a coupé les vivres. Chaque loi de finances depuis 1992 interdit à l’ATF de dépenser un dollar pour instruire ces demandes individuelles. Trente-quatre budgets de suite. La soupape existait sur le papier, personne ne pouvait l’actionner. Un juge fédéral ne pouvait rien y faire : sans décision administrative, pas de recours.
L’administration Trump a trouvé la clé latérale. Le gel visait les fonds de l’ATF, pas le ministère entier. Le 20 mars 2025, une règle intérimaire (90 FR 13080, ordre 6212-2025) retire la délégation de l’ATF. Le 22 juillet 2025, une proposition complète (90 FR 34394, ordre 6336-2025) dessine la procédure, soumise à commentaires jusqu’au 20 octobre 2025. La règle finale d’août 2026 boucle la séquence.
Des levées accordées avant même la procédure
Entre-temps, des noms sont passés. Le 31 mars 2025, le procureur général accordait des levées individuelles publiées au registre fédéral le 29 avril (90 FR 17835) — l’acteur Mel Gibson figurait sur la liste, aux côtés de neuf autres personnes. Une avocate du ministère, Elizabeth Oyer, a affirmé avoir été licenciée pour avoir refusé d’endosser ce dossier précis ; NBC News a documenté l’affaire en mars 2025. Quatre autres bénéficiaires ont suivi le 30 mars 2026, publiés le 29 mai. La procédure d’aujourd’hui donne un cadre à ce qui se faisait au cas par cas, sans grille publique.
30 dollars, des empreintes et trois répondants : le parcours complet
Concrètement, que dépose un demandeur ? Une redevance de 30 dollars, révisable tous les deux ans, avec dispense possible pour indigence. Des empreintes digitales, par scan ou sur deux fiches FBI FD-1222, pour un coût estimé à 50 dollars via la poste. Les pièces judiciaires complètes : acte d’accusation, accord de plaidoyer, jugement, certificat d’exécution de la peine. Les casiers de chaque État de résidence ou d’arrestation depuis la majorité ou sur les 25 dernières années. Les états de service militaires quand ils existent.
Tout se dépose en ligne. Les empreintes voyagent par la poste. Le reste est affaire de patience.
S’ajoutent trois affidavits. Selon ces déclarations sous peine de parjure, trois répondants sans lien de parenté, connaissant le demandeur depuis au moins trois ans et eux-mêmes non frappés d’interdiction, ne rapportent ni crime sur les cinq dernières années, ni usage de stupéfiants, ni abus d’alcool, ni menace de violence, ni tentative de s’enlever la vie. Le demandeur signe la même liste, plus une déclaration : aucune appartenance, sur les dix dernières années, à un groupe de trois personnes ou plus visant la commission d’infractions.
Un dossier incomplet revient avec 30 jours pour être corrigé. Passé le délai, il est réputé abandonné. Aucune échéance de décision n’est fixée côté ministère — j’y reviens plus bas, parce que ce point mérite débat.
Le chef de la police locale informé, sans veto
Changement notable par rapport à la proposition de 2025 : la charge d’informer le chef de la police du lieu de résidence passe du demandeur au ministère, code postal par code postal. L’avis du policier est sollicité, jamais contraignant. Pas de veto local sur une décision fédérale. En cas de refus, le recours existe : le tribunal fédéral de district du domicile, comme l’écrit l’article 925(c) lui-même. Chaque levée accordée sera publiée au registre fédéral, motifs à l’appui.
Vingt et un comportements ferment la porte, sauf circonstances extraordinaires
Le cœur politique tient dans le § 107.50. Présomption de refus permanente pour toute condamnation criminelle liée à 21 comportements énumérés : mort d’autrui, crimes sexuels graves au sens du chapitre 109A, traite d’êtres humains, enlèvement, violence conjugale, cambriolage, vol avec arme, extorsion, carjacking, incendie criminel, racket avec prédicat violent, infraction de gang, mutilation, agression, coups, harcèlement obsessionnel, évasion, terrorisme, subornation de témoin. S’y ajoute tout crime où une arme a été brandie ou déchargée, ou un explosif employé. Tentative, entente et complicité comptent autant que l’acte.
La sortie de secours s’appelle circonstances extraordinaires. Le ministère refuse de la définir. Il cite des facteurs : l’âge au moment des faits, le remords, une très longue période sans infraction, une situation de légitime défense. Chaque mot de cette non-définition nourrira du contentieux.
Dix ans, cinq ans : les fenêtres temporelles
Le compteur sait repartir de zéro. Une nouvelle arrestation qualifiée pendant la fenêtre décennale relance les dix ans, sauf décision judiciaire constatant l’absence de faute ou classement au fond. Même logique pour la déjudiciarisation : un programme suivi en lieu et place d’une condamnation compte comme une condamnation pour ces présomptions, au cas par cas — le case-by-case revendiqué du préambule. Qui sort d’un traitement sous contrainte n’entre pas dans la file des candidats.
Dix ans de présomption pour le trafic de stupéfiants, les menaces de violence, les infractions aux explosifs, les infractions fédérales aux armes, l’arme à l’école, la maltraitance animale et le délit de violence conjugale — avec remise à zéro du compteur en cas de nouvelle arrestation qualifiée. Cinq ans pour tout autre crime grave et pour les délits d’agression ou de menace. La version finale a d’ailleurs adouci la copie de juillet 2025 : explosifs, menaces, infractions non violentes aux armes et maltraitance animale sont passés du régime permanent à la fenêtre de dix ans.
Cinq ans, dix ans, jamais : trois vitesses.
Les statuts qui bloquent d’office
Restent les blocages de statut : fugitif, personne sous ordonnance de protection, étranger visé par le 922(g)(5) — présomption dite réfutable —, usager actuel de stupéfiants. Une exclusion remarquée : le cannabis sort de la définition du stupéfiant pour les besoins de ces présomptions. Trente-sept États disposant d’un programme de levée pour les incapacités psychiatriques, le demandeur du 922(g)(4) doit d’abord épuiser cette voie locale avant de frapper à la porte fédérale. Toute levée obtenue par mensonge est nulle, void ab initio.
20 millions d'adultes concernés, 330 000 dossiers attendus la première année
L’arithmétique du guichet
L’étude d’impact pose l’échelle. Au moins 20 millions d’adultes vivent sous incapacité fédérale. Le fichier NICS comptait, au 31 mai 2026, plus de 31 millions d’entrées actives à motif fédéral, sur 34,7 millions au total. Environ 330 000 demandes sont attendues la première année — le calcul détaillé donne 331 515, bâti sur les 110 505 refus NICS de 2024, un taux de refus de 1,1 % et trois années de demande accumulée. Moins de 195 dossiers annuels viendraient des titulaires de licences d’armurier.
Trois lignes suffisent à refaire le calcul. 110 505 refus en 2024. Un taux de 1,1 % sur les vérifications. Trois années de demande accumulée, faute de guichet. Multipliez : l’équivalent d’une ville moyenne américaine devant une seule porte.
La facture, poste par poste
La facture suit. 74,30 millions de dollars par an au total : 59,8 millions à la charge des demandeurs — 75 minutes de démarches, 30 dollars de redevance, 50 dollars d’empreintes, 12 dollars de pièces judiciaires, 13,13 dollars de casiers — et 14,5 millions pour l’administration. Montant porté à 14 840 100 dollars après la hausse de la redevance d’empreintes du FBI, de 12 à 13 dollars, au 1er octobre 2026.
Aucune horloge au mur du guichet.
Un chiffre me retient : 330 000 dossiers, zéro délai de décision garanti. La promesse d’examen individuel se jugera à la vitesse du guichet, pas à la beauté du texte.
15 559 commentaires, 91 % de soutien, et des reculs ciblés
La consultation publique a produit 15 559 commentaires cumulés sur la règle intérimaire et la proposition : 91 % de soutien, soit 14 140 contributions, contre 1 293 oppositions, 126 hors sujet, 4 476 textes substantiels uniques et 11 037 lettres types. L’organisation Everytown for Gun Safety a déposé l’un des commentaires d’opposition les plus fouillés dès juin 2025 — je le signale comme position militante, sans en faire une source de fait.
La répartition des contributions raconte la mobilisation : 11 037 lettres types contre 4 476 textes uniques, un rapport de un à 2,5 qui signe les campagnes d’envoi organisées des deux camps. Le préambule répond point par point sur ses trente-neuf pages de registre — la partie la plus lisible du dossier, et la plus utile pour les futurs plaideurs.
Refus nets, concessions ciblées
Qu’a cédé le ministère ? Pas la ligne. Refusés : la restauration automatique, le système à points, le dépistage obligatoire de stupéfiants, les délais contraignants et l’appel administratif interne. Lâchés, des détails réels : la notification policière transférée au ministère, les quatre catégories descendues du permanent au décennal, le cannabis exclu, la levée limitée à une décision globale plutôt qu’arme par arme. L’intelligence artificielle ne servira qu’à des tâches préliminaires à faible impact, sous contrôle humain — c’est écrit dans le préambule.
La levée fédérale ne rouvre aucune porte d'État
Attention à la lecture trop rapide. La décision favorable lève les incapacités fédérales visées par la demande. Rien d’autre. Une interdiction de l’État de résidence survit intégralement. Une incapacité nouvelle, postérieure à la levée, referme tout. La levée ne donne aucun droit à une licence d’armurier : un titulaire frappé d’incapacité en cours d’exploitation dispose de 30 jours pour déposer sa demande et peut continuer son activité pendant l’instruction, mais l’ATF garde la main sur la licence elle-même.
Les armuriers ont un régime taillé pour eux. Le titulaire — ou la responsible person de la société — frappé d’une incapacité en cours de licence dépose sa demande dans les 30 jours, poursuit son activité pendant l’instruction, et ferme boutique 30 jours après un refus notifié. Si la licence expire entre-temps, le renouvellement suit son circuit ordinaire. Deux guichets, deux décisions, aucun automatisme entre les deux.
Fédéral d’un côté, États de l’autre : deux serrures, une seule clé remise.
Le Washington Times a bien résumé l’architecture des attentes : cinq ans de purge complète pour les infractions les moins graves, dix ans au moins pour les plus lourdes, et une présomption contre les crimes violents et sexuels. La rédaction du texte confirme cette lecture, ligne à ligne.
Trois paliers de lancement jusqu’en janvier 2027
La page officielle du programme Federal Firearm Rights Restoration annonce un déploiement par vagues : candidats invités le 25 septembre 2026, ouverture publique pour 5 000 dossiers le 4 novembre 2026, puis 500 candidats supplémentaires et activation de la redevance le 4 janvier 2027. Le texte réglementaire, lui, fixe la sollicitation des demandes au 21 septembre. Quatre jours d’écart et deux logiques de guichet : je le signale, aucun des deux documents ne l’explique.
Mon regard de chroniqueur : une procédure vaut mieux qu'un gel de trente-quatre ans
La ligne tient en deux verbes.
Je crédite ce qui doit l’être. Un droit constitutionnel assorti d’une voie de sortie écrite par le Congrès, puis gelée sans débat de fond pendant trente-quatre ans, ce n’était pas un état de droit satisfaisant. Rendre la soupape opérante, avec des présomptions dures contre les profils dangereux et une publication motivée de chaque levée, respecte mieux la loi de 1968 que le statu quo. Des points réels ont été amendés après consultation. C’est le travail réglementaire tel qu’il devrait fonctionner.
J’impute avec la même franchise. Les levées nominatives de mars 2025, accordées avant toute grille publique et entourées du licenciement contesté d’une avocate du ministère, restent une tache sur la genèse du programme. L’absence de tout délai de décision expose 330 000 demandeurs à l’arbitraire du calendrier. Et la présomption maintenue contre des étrangers en séjour régulier fera juger la cohérence constitutionnelle de l’ensemble par les tribunaux. Un texte qui invoque le Deuxième Amendement ne peut pas trier ses bénéficiaires sans s’expliquer davantage.
Conclusion : trois dates diront si la promesse tient
Le 21 septembre 2026, la règle prend effet. Le 4 novembre, 5 000 dossiers réels entreront dans la machine. Début 2027, les premières décisions motivées devront paraître au registre fédéral. Voilà les trois rendez-vous vérifiables ; tout le reste est plaidoirie.
Le registre fédéral publiera chaque levée avec ses motifs. Les refus, eux, iront devant les tribunaux de district. Deux flux se compteront mois après mois, et l’écart entre la promesse d’examen individuel et la pratique du guichet se lira dans une simple colonne de chiffres.
Un verrou de trente-quatre ans, trente-neuf pages pour l’ouvrir.
Je lirai la première levée publiée, motifs compris, et je vous dirai si l’examen individuel promis ressemble à un examen ou à un tampon. Qui la lira avec moi ?
Signé Maxime Marquette, Chroniqueur
Sources
Sources primaires
Federal Register, 20 août 2026 — règle finale du DOJ, 91 FR 54055-54093 (doc. 2026-16981)
Ministère de la Justice — annonce du 17 août 2026 par le procureur général Todd Blanche
Federal Register, 20 mars 2025 — règle intérimaire retirant la délégation de l’ATF (90 FR 13080)
Federal Register, 22 juillet 2025 — proposition de règle (90 FR 34394)
Service de recherche du Congrès — fiche IF13273 sur la règle 925(c)
Sources secondaires
Washington Times, 17 août 2026 — fenêtres d’attente de cinq et dix ans
Associated Press, 17 août 2026 — dépêche sur la finalisation de la règle
NBC News, mars 2025 — le licenciement d’Elizabeth Oyer et le dossier Mel Gibson
CBS News Detroit, mars 2026 — les demandeurs non violents en attente de la règle finale
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