Des fonctions, pas un cerveau
Il faut résister à la tentation de rassembler sous un même mot tout ce qui porte une caméra, un moteur et quelques lignes d’algorithme. L’Ukraine déploie surtout des fonctions spécialisées : reconnaissance d’objets, tri de vidéos, navigation résistante au brouillage, verrouillage terminal, calcul d’itinéraire et coordination de données. Une fonction autonome ne transforme pas automatiquement toute la plateforme en système pleinement autonome. Le degré de contrôle varie selon la mission, l’étape du vol et la possibilité réelle d’intervenir.
Avengers, intégré à l’écosystème DELTA, analyse des flux de drones et de caméras pour signaler de l’équipement russe. Le ministère ukrainien de la Défense affirmait déjà en 2024 que la plateforme détectait automatiquement 12 000 véhicules ou pièces d’équipement par semaine. Elle réduit la fatigue de l’opérateur et accélère la décision. Détecter n’est mais pas décider de tuer. C’est un maillon de la chaîne, même si un maillon qui filtre l’information finit par influencer ce que l’humain voit, ignore et priorise.
Un vocabulaire en retard sur les machines
L’étude du CSIS souligne une confusion importante : en Ukraine, « autonome », « sans pilote » et « doté de fonctions autonomes » sont parfois employés comme s’ils étaient interchangeables. Pourtant, un robot terrestre télécommandé n’est pas une arme qui choisit seule sa cible. Un drone qui suit des points de passage n’est pas nécessairement une arme létale autonome. Et un guidage terminal automatisé n’équivaut pas toujours à une sélection indépendante de la personne ou de l’objet frappé.
Nommer correctement la machine, c’est déjà reprendre une part du contrôle.
Pourquoi Kyiv accélère
Le brouillage commande l’innovation
La Russie et l’Ukraine saturent le front de guerre électronique. Une liaison vidéo peut disparaître. Le GPS peut mentir ou devenir inutilisable. Un délai de transmission de quelques secondes suffit à faire manquer une cible mobile. Dans cet environnement, l’autonomie n’est pas d’abord une fantaisie industrielle. Elle est une réponse à la rupture du fil entre le pilote et l’appareil.
Reuters a rapporté en 2025 un contrat du Pentagone de 50 millions de dollars pour fournir à l’Ukraine 33 000 kits Auterion capables, selon l’entreprise, d’identifier et d’engager une cible jusqu’à un kilomètre. Le gain recherché est simple : rendre le brouillage moins capable de sauver la cible après son acquisition.
La démographie commande aussi
L’Ukraine ne dispose pas d’un réservoir humain infini. Chaque ravitaillement effectué par une plateforme terrestre, chaque évacuation qui n’expose pas une nouvelle équipe, chaque observation confiée à un logiciel répond à cette réalité. Le ministère de la Défense a créé des unités spécialisées en systèmes terrestres sans équipage après des essais menés depuis l’été 2024. Les usages officiels vont de la logistique et du génie à l’évacuation des blessés et à la frappe.
L’autonomie naît moins d’un rêve que d’un fil coupé.
Le convoyeur de la guerre
Du front au jeu de données
La guerre produit une matière première dont les entreprises civiles rêvent rarement à cette échelle : des millions d’images annotables prises dans des conditions réelles. Ukrinform rapporte que le laboratoire Avengers donne aux développeurs agréés accès à 5 millions de vidéos annotées d’opérations. Chaque char repéré, chaque silhouette mal classée, chaque cible perdue sous camouflage peut servir à réentraîner un modèle.
La boucle est brutale. Le front génère les données. Les données améliorent le logiciel. Le logiciel revient au front. La mission suivante produit de nouvelles erreurs et de nouvelles corrections. Le général de brigade Andrii Lebedenko décrit un « convoyeur continu » reliant le problème identifié par une unité, la formulation d’une exigence, le développement, les essais et le déploiement.
L’urgence réduit les distances
Dans une guerre existentielle, l’intervalle entre le laboratoire et l’emploi opérationnel se comprime. Elle peut également raccourcir le temps disponible pour tester les cas rares : mauvaise lumière, météo, camouflage inédit, véhicule civil ressemblant à une cible militaire, soldat hors de combat.
Un modèle apprend vite. Le droit, lui, exige qu’on sache ce qu’il n’a pas appris.
La cible n’est pas une catégorie
Reconnaître n’est pas comprendre
ZIR AI est présenté comme capable de reconnaître sept catégories, dont l’infanterie, les chars, l’artillerie, la défense aérienne, les camions, les véhicules blindés et les véhicules civils. Cette liste impressionne jusqu’à ce qu’on pose la question décisive : que signifie « reconnaître » dans un environnement où une camionnette civile peut être réquisitionnée, où des combattants peuvent se rendre et où des uniformes similaires peuvent être portés des deux côtés?
Un système de vision associe des pixels à un profil appris. Il ne possède ni intention ni compréhension morale. Il peut produire une classification utile. Il peut aussi se tromper avec assurance. La BBC a documenté le cas d’un fabricant ukrainien de tourelles télécommandées qui n’avait pas activé le tir automatique : son système pouvait détecter et suivre une personne, mais pas distinguer de façon assez sûre un Ukrainien d’un Russe lorsque les uniformes se ressemblaient.
La reddition ne ressemble pas toujours à une reddition
Le droit protège les civils et les combattants hors de combat. Or ces statuts ne se lisent pas toujours dans une forme. Une arme, une posture, un déplacement, une blessure, un geste de reddition : le sens dépend du contexte. Une moyenne élevée peut masquer les erreurs graves dans les cas où le jugement humain demeure indispensable.
La cible juridique n’est jamais seulement un rectangle tracé autour d’un objet. Elle suppose une qualification : objectif militaire ou bien civil, combattant actif ou personne protégée, attaque permise ou risque excessif. Transformer ce raisonnement en simple détection visuelle serait confondre la netteté d’une image avec la certitude du droit.
Une caméra peut mieux voir. Elle ne porte pas, pour autant, le poids du verbe devoir.
Le droit ne disparaît pas sous le brouillage
Trois obligations qui restent humaines
Les armes autonomes ne vivent pas dans un vide juridique. Le droit international humanitaire continue de s’appliquer. Ceux qui planifient, décident et exécutent une attaque doivent distinguer objectifs militaires et biens civils, combattants et civils; ils doivent évaluer si les pertes civiles prévisibles seraient excessives par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu; ils doivent prendre les précautions possibles et suspendre une attaque si la cible n’est plus licite.
Aucun algorithme ne devient responsable au sens moral ou pénal parce qu’il a calculé la trajectoire. Le commandement, le concepteur, l’autorité d’acquisition et l’opérateur peuvent occuper des places différentes dans la chaîne, mais la responsabilité humaine ne peut pas être déposée dans la machine comme un fichier de configuration. Dire « l’IA a choisi » décrit peut-être un processus technique. Cela ne clôt jamais la question juridique.
L’examen avant l’emploi
L’article 36 du Protocole additionnel I oblige un État partie, lorsqu’il étudie, met au point, acquiert ou adopte une nouvelle arme, un nouveau moyen ou une nouvelle méthode de guerre, à déterminer si son emploi serait interdit dans certaines ou toutes les circonstances par le droit applicable. Pour un système évolutif, cette exigence ne devrait pas devenir une formalité accomplie une fois pour toutes avant la première version.
Un modèle réentraîné, un nouveau capteur, une catégorie de cible ajoutée ou un mode sans communication peuvent modifier les effets prévisibles. La revue doit suivre la capacité réelle. Tester la plateforme sans tester chaque fonction critique, c’est certifier une enveloppe et ignorer ce qu’on a glissé dedans.
La vitesse du déploiement n’abroge aucune règle.
Le contrôle humain ne tient pas dans un bouton
Avant, pendant, après
On entend souvent que « l’humain reste dans la boucle ». La formule rassure, mais elle est trop vague. Un humain peut approuver une mission sans connaître la cible précise qui entrera ensuite dans le champ du capteur. Il peut avoir un bouton d’annulation, mais aucune liaison au moment critique. Il peut recevoir une alerte si tard qu’une intervention devient théorique.
Un contrôle humain substantiel exige davantage : comprendre les limites du système, choisir un contexte d’emploi approprié, connaître les catégories de cibles autorisées, fixer une zone et une durée, recevoir assez d’information pour juger, disposer d’un temps réel d’intervention et pouvoir interrompre la force. Le pouvoir d’appuyer n’est pas le contrôle si l’humain ne comprend ni ce qui sera trouvé ni pourquoi ce sera frappé.
La seconde finale ne suffit pas
À l’inverse, exiger que l’opérateur pilote chaque centimètre peut être impossible sous brouillage et inutile pour certaines tâches. L’enjeu n’est pas de sanctifier le joystick. Il est de placer le jugement humain là où il peut encore changer l’issue : définition de la mission, choix des profils, validation de la cible, restrictions géographiques, supervision et capacité d’arrêt.
Le CICR recommande d’interdire les systèmes imprévisibles et ceux conçus ou utilisés pour appliquer la force contre des personnes. Pour les autres, il propose des limites sur les cibles, la durée, la zone, l’échelle et les situations d’emploi, avec supervision et désactivation en temps utile. Ce n’est pas une hostilité à l’innovation. C’est une manière de préserver la différence entre automatiser une trajectoire et déléguer une décision de vie ou de mort.
Un bouton rouge inaccessible reste une décoration.
L’éthique de l’asymétrie
Sauver l’opérateur, exposer l’inconnu
Les systèmes sans équipage réduisent l’exposition des soldats ukrainiens. C’est un bien concret. Un véhicule terrestre peut entrer dans une zone battue pour ravitailler une position ou ramener un blessé. Un intercepteur automatisé peut alléger la charge d’une défense aérienne confrontée à des vagues de drones russes. Refuser cette valeur parce que la technologie dérange serait une morale confortable pratiquée loin du front.
La machine n’est ni brave ni cruelle
Il faut aussi refuser l’anthropomorphisme. Un robot n’a pas peur. Il n’est pas courageux. Il ne cherche pas vengeance. Il exécute une architecture conçue, entraînée, réglée et déployée par des humains. Le qualifier de « tueur » peut être utile comme raccourci politique, mais il risque de déplacer la faute vers un objet qui ne peut ni répondre de ses actes ni apprendre une norme morale par remords.
La cruauté éventuelle appartient aux choix humains qui autorisent un système inadapté, dans un contexte inadapté, contre une catégorie de cible qu’il ne peut pas distinguer. La retenue aussi appartient aux humains : ceux qui limitent une fonction, refusent le tir automatique, documentent un échec ou maintiennent une capacité d’annulation.
La machine n’a pas de conscience. Cela augmente la nôtre.
L’agresseur apprend aussi
Une course imposée par Moscou
L’Ukraine n’a pas choisi ce laboratoire. La Russie a lancé l’invasion à grande échelle, occupe une partie du territoire ukrainien et adapte continuellement ses moyens de frappe. Ses Shahed, ses drones FPV, ses dispositifs de brouillage et ses réseaux de détection imposent à Kyiv une cadence où attendre peut coûter des vies, des positions et des infrastructures.
Ukrinform rapporte que la Russie travaille elle aussi sur de petits drones capables d’opérer sans communications ni navigation et qu’elle intègre radars, guerre électronique, détection, intercepteurs et drones d’attaque. Le système Rubicon est présenté par un responsable ukrainien comme une chaîne où une cible est détectée, l’information traitée et un drone approprié envoyé. Le degré exact d’autonomie n’est mais pas établi par cette description.
Pas de symétrie morale, une symétrie technique
Nommer les risques ukrainiens ne crée pas une équivalence entre l’agresseur et l’agressé. Kyiv cherche à défendre sa population et son territoire contre une invasion russe. Cette distinction est fondamentale. Elle ne transforme mais pas un capteur en juge infaillible ni un allié en exception au droit.
La dynamique technique, elle, est réciproque : chaque parade stimule une contre-parade. Le brouillage pousse à l’autonomie. L’autonomie réduit l’effet du brouillage. Les leurres entraînent de nouveaux modèles. Les nouveaux modèles encouragent des leurres plus subtils. Si chaque camp réduit l’intervention humaine pour conserver quelques secondes d’avantage, la vitesse devient elle-même une doctrine.
L’agresseur porte la guerre. Personne n’est dispensé d’en limiter les armes.
L’interception n’est pas le ciblage d’une personne
Automatiser pour protéger une ville
Le cas des intercepteurs de Shahed montre pourquoi toute discussion sérieuse doit distinguer les usages. Ukrinform rapporte qu’un système ukrainien testé en juin 2026 automatisait jusqu’à 95 % du cycle d’interception après la désignation de la cible et l’ordre humain : navigation vers la zone, acquisition, suivi et destruction. L’opérateur conservait une possibilité d’intervention ou d’annulation.
Une cible aérienne entrante, reconnue comme munition ennemie dans un espace défini, pose un problème différent de celui d’un algorithme chargé de rechercher des personnes dans une ville. Le CICR lui-même recommande de réglementer les systèmes non interdits selon le type de cible, la zone, la durée et la présence possible de civils. Plus l’environnement est borné et la cible matériellement identifiable, plus un contrôle humain crédible peut être organisé.
Le risque ne tombe jamais à zéro
Un intercepteur peut manquer, dévier, tomber ou mal classifier. Les règles de précaution demeurent. Mais interdire indistinctement toute automatisation pourrait aussi laisser davantage de drones russes atteindre des immeubles, des centrales et des familles. L’éthique ne consiste pas à choisir entre une technologie pure et une technologie sale. Elle consiste à comparer des risques réels sous une menace réelle.
La bonne ligne n’est pas « autonomie ou non ». C’est : quelle autonomie, contre quelle cible, dans quel espace, avec quelle preuve, quelle possibilité d’arrêt et quelle responsabilité?
Une défense automatisée reste une défense sous responsabilité humaine.
Ce que les alliés doivent exiger
Financer avec des conditions
Les partenaires de l’Ukraine financent des drones, des logiciels, des intercepteurs et des capacités de production. Ils ne peuvent pas traiter la gouvernance comme un supplément livré plus tard. Un contrat de défense devrait préciser les fonctions permises, les limites de cible, les conditions de supervision, les essais adversariaux, la conservation des journaux et le processus de mise à jour.
Les 33 000 kits financés par le Pentagone montrent l’échelle possible. À cette échelle, une petite faiblesse répétée devient un problème stratégique. Les alliés doivent donc soutenir Kyiv sans lui imposer une lenteur suicidaire, mais sans confondre urgence et exemption. L’aide la plus solide est celle qui augmente à la fois la capacité de défense et la capacité de rendre des comptes.
Partager aussi les échecs
Le processus onusien de la Convention sur certaines armes classiques poursuit en 2026 ses travaux sur les systèmes létaux autonomes. Neuf années de discussions ont produit des convergences, mais pas encore la règle universelle contraignante réclamée par le CICR. Pendant que les diplomates négocient les mots, les capacités se déplacent déjà vers le front.
Le droit en retard devient une excuse prête à servir.
La règle internationale manque encore
Un vote massif, un vide persistant
En décembre 2024, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté sa résolution sur les systèmes d’armes létaux autonomes par 166 voix contre 3, avec 15 abstentions. Ce vote révèle l’ampleur de la préoccupation. Il ne crée pas à lui seul une interdiction globale ni un régime détaillé de responsabilité.
Le Groupe d’experts gouvernementaux devait se réunir pendant 10 jours en 2026, du 2 au 6 mars puis du 31 août au 4 septembre. La seconde session commence quelques jours après la publication de l’article d’Ukrinform. Le calendrier diplomatique rencontre donc le calendrier technologique presque à la porte du laboratoire.
Deux interdictions, des limites pour le reste
La position du CICR offre une architecture claire : interdire les systèmes dont les effets ne peuvent pas être suffisamment compris, prévus et expliqués; interdire ceux conçus ou utilisés pour appliquer la force contre des personnes; encadrer les autres par des restrictions opérationnelles et une interaction humain-machine permettant supervision, intervention et désactivation.
Cette approche n’interdit pas nécessairement un intercepteur visant une munition aérienne. Elle trace plutôt une barrière autour de l’imprévisibilité et du ciblage autonome des humains. Elle protège l’innovation utile contre le scénario où tout ce qui fonctionne techniquement devient automatiquement acceptable.
Une limite claire vaut mieux qu’une promesse générale de prudence.
Le fait qui dérange notre camp
L’absence de définition ukrainienne
L’Ukraine défend sa survie nationale. Elle est aussi devenue l’un des lieux où les fonctions militaires autonomes évoluent le plus vite. Le CSIS relevait qu’elle ne disposait pas encore d’une définition législative ou politique formelle de l’autonomie ou des systèmes d’armes autonomes. Cette lacune rend plus difficile la comparaison des annonces, l’établissement de seuils et la surveillance démocratique.
Dire que la décision finale « devrait » rester humaine ne suffit pas. Quelle décision? À quel moment? Avec quelle information? Quelle liaison? Quel délai d’annulation? Un opérateur qui choisit une zone mais pas la cible précise reste-t-il dans la boucle au sens exigé? Sans définitions publiques, la promesse de contrôle humain peut changer de sens d’un système à l’autre.
Le courage de fixer des limites
Le fait qui dérange est celui-ci : une démocratie agressée peut prendre de bonnes décisions stratégiques et créer malgré elle un précédent dangereux. Une fonction acceptable contre un radar isolé pourrait ensuite être vendue, copiée ou adaptée contre des personnes dans un environnement civil. Les logiciels voyagent plus facilement que les doctrines responsables.
Soutenir l’Ukraine oblige donc à demander davantage de clarté, pas moins. Des règles d’engagement publiables dans leurs principes. Des revues juridiques indépendantes. Des catégories interdites. Une capacité d’audit. Des enquêtes lorsqu’un système échoue. La transparence compatible avec la sécurité n’aide pas Moscou; elle empêche Moscou et d’autres régimes d’invoquer le précédent ukrainien sans ses contraintes.
Une démocratie se reconnaît aussi aux pouvoirs qu’elle refuse de déléguer.
Une doctrine pour rester humain
Cinq verrous avant la force
Une doctrine responsable peut tenir dans cinq exigences concrètes. Premièrement, aucune sélection autonome de personnes. Deuxièmement, des cibles matérielles définies et vérifiables. Troisièmement, des limites de temps, de zone et d’échelle adaptées à chaque mission. Quatrièmement, une intervention humaine possible avant l’effet irréversible. Cinquièmement, une traçabilité suffisante pour reconstruire ce qui s’est passé.
La retenue comme avantage occidental
Les démocraties craignent parfois que leurs règles les ralentissent face à des régimes autoritaires. C’est possible à court terme. Mais une force qui ne peut pas expliquer ses frappes, corriger ses modèles ni attribuer ses décisions finit par perdre la confiance de ses soldats, de ses alliés et des populations qu’elle prétend protéger.
L’Occident ne gagnera pas la guerre robotique en devenant moins responsable que ses adversaires. Il la gagnera s’il rend la vitesse compatible avec le droit, l’audit et le jugement. L’Ukraine peut devenir non seulement le lieu où ces systèmes ont mûri sous le feu, mais aussi celui où une démocratie a refusé de confondre nécessité militaire et permission illimitée.
Notre avantage ne doit pas être l’absence de frein. Il doit être la maîtrise.
La décision finale
Le seuil est déjà sous nos pieds
Plus de 70 systèmes fondés sur l’intelligence artificielle et la vision artificielle seraient déjà employés par des unités ukrainiennes pour engager des cibles, selon les données rapportées par Ukrinform. Certains assistent. Certains filtrent. Certains naviguent. Certains prennent en charge la phase terminale. Les placer tous dans la même boîte serait faux. Prétendre que la question appartient encore au futur le serait aussi.
Le seuil n’est pas l’arrivée d’un androïde. C’est l’accumulation de petites délégations jusqu’au moment où personne ne peut dire honnêtement qui a choisi la cible précise. L’humain peut lancer, autoriser, paramétrer et surveiller. Si le système détermine ensuite seul qui ou quoi subira la force, nous sommes entrés dans le cœur du débat sur l’autonomie létale.
Ce que nous devons refuser
Nous pouvons soutenir sans réserve le droit de l’Ukraine à se défendre. Nous pouvons financer ses intercepteurs, ses robots d’évacuation, sa navigation résistante au brouillage et ses outils de renseignement. Nous pouvons reconnaître que l’automatisation sauve déjà des vies ukrainiennes.
Nous devons en même temps refuser trois mensonges : qu’une machine devient responsable parce qu’elle agit seule; qu’un humain garde le contrôle simplement parce qu’il a lancé la mission; et que l’urgence dispense d’écrire des limites. Le droit doit suivre la fonction létale jusque dans le logiciel, jusque dans la mise à jour, jusque dans la seconde où la liaison disparaît.
La décision finale doit rester humaine. La responsabilité, elle, l’a toujours été.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Assemblée générale de l’ONU, résolution A/RES/79/62
Défense ukrainienne, plateforme Avengers
Défense ukrainienne, unités de systèmes terrestres
Sources Secondaires :
ONU, Groupe d’experts sur les armes létales autonomes, 2026
CICR, position sur les systèmes d’armes autonomes
Ukrinform, One Step Away from Terminators
Reuters, 33 000 kits de guidage pour l’Ukraine
BBC News, la course aux armes dotées d’IA
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