La version de 2021
Le programme précédent parlait d’alliance stratégique arménienne-russe. Il promettait de renforcer les relations alliées, rapporte CivilNet.
La Russie ouvrait la liste des directions extérieures.
L’OTSC avait sa propre sous-section. Le texte la décrivait comme un maillon clé du système de sécurité du pays.
Cinq ans plus tôt. Avant bien des choses.
Le nouveau texte se réclame de la « vraie Arménie ». Une quatrième République, bâtie sur les 29 743 kilomètres carrés reconnus en 1991, écrit JAMnews.
Un pays qui se redéfinit par sa superficie. Pas par ses alliances.
La version de 2026
Le nouveau texte intitule sa section « Transformation et approfondissement des relations de partenariat avec la Russie ».
Il parle de coopération multisectorielle. Mutuellement avantageuse.
Il situe cette coopération dans les nouvelles conditions de paix établie dans la région, à l’intérieur d’une politique étrangère équilibrée et équilibrante, écrit OC Media.
Les mots d’alliance ont sauté. Le partenariat stratégique aussi.
Reste le mot « transformation ». Un mot qui ne dit ni vers quoi ni jusqu’où.
Même dossier. Autre étiquette.
Un gouvernement qui change de vocabulaire ne change pas de voisin. La Russie est toujours au nord. Le Caucase ne se déplace pas.
Une étiquette tombe. Le dossier reste ouvert.
L'ordre des noms
Première, puis huitième
En 2021, la liste des priorités commençait par la Russie. Suivaient les États-Unis, la France, l’Union européenne, l’Iran, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Turquie.
En 2026, la liste commence par l’Azerbaïdjan.
Viennent ensuite la Turquie, l’Iran, la Géorgie, l’Union européenne.
La Russie arrive en huitième position, devant la Chine et l’Inde, relève CivilNet.
Sept places plus bas. Sans une phrase de rupture.
Un ordre de liste, ça ne coûte rien à écrire. Ça se lit très bien à Moscou.
Les absents
L’OTSC ne figure plus dans la liste des plateformes multilatérales du pays.
Le Haut-Karabakh non plus. Il occupait le cœur du texte de 2021.
L’Union économique eurasiatique, elle, garde sa direction propre.
Le nouveau programme met en avant la régionalisation avec les voisins immédiats, note CivilNet.
Voisins immédiats. Ceux qu’on ne choisit pas.
Il y a une logique froide là-dedans. L’Arménie parle d’abord de ceux qui touchent sa frontière. Elle parle en dernier de celui qui l’a longtemps gardée.
Le premier nom de la liste a changé de camp.
Soixante-trois contre vingt-quatre
Le vote de fin août
Le débat parlementaire s’ouvre le 24 août 2026.
Le lendemain, l’Assemblée nationale adopte le programme. 63 voix pour, 24 contre, rapporte Armenpress.
Trente-neuf voix d’écart.
Le gouvernement sort d’un scrutin législatif tenu le 7 juin. Il gouverne avec un mandat neuf.
Un programme de gouvernement n’est pas un traité. Il n’abroge rien. Il annonce.
Ce que le texte promet
Le programme vise 6 %. De croissance annuelle moyenne.
Il promet 125 000 emplois. Et des exportations doublées.
La production industrielle passerait de 3 300 milliards de drams en 2025 à 5 000 milliards, écrit Armenpress.
Mille mégawatts de panneaux solaires. Huit cents mégawatts de stockage.
Et de l’eau vingt-quatre heures sur vingt-quatre à Erevan, à Gyumri et à Vanadzor.
Gyumri, deuxième ville du pays.
Un document de gouvernement liste des tuyaux et des mégawatts. Il retire un mot dans le chapitre étranger.
Un plan compte des robinets et perd une épithète.
Le ministre dit le contraire
Plus qu’un partenaire
Le 31 août, la télévision publique arménienne diffuse une entrevue du ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, écrit Euromaidan Press.
L’entretien se fait à Gyumri. Pendant la réunion annuelle du ministère.
Mirzoyan dit que la Russie demeure, en droit comme en économie, « plus qu’un partenaire stratégique ».
Il ajoute que des traités font des deux pays des alliés.
Le programme retire le mot. Le ministre le remet, à la télévision d’État, dans la ville où campe l’armée russe.
L’abricot
Le ministre nomme ses griefs.
La couverture des médias russes. Les restrictions sur les produits arméniens : légumes, fleurs, eau minérale, alcool.
Il raconte que la récolte d’abricots n’était pas encore ramassée quand Moscou en interdit l’importation.
Un fruit interdit avant d’être cueilli. Le cultivateur, lui, avait déjà taillé, arrosé, embauché.
Le ministre demande d’assainir certains aspects de la relation. Et plus de respect pour le droit arménien de décider seul.
Le 27 août, le premier ministre Nikol Pachinian explique le retrait autrement, rapporte Euromaidan Press. Garder le vocabulaire du partenariat stratégique forcerait à demander pourquoi la Russie et l’OTSC n’ont pas rempli leurs obligations de sécurité en 2022.
Un fruit non cueilli, déjà refusé à la frontière.
La base
Le bail de 1995
À Gyumri, la 102e base militaire russe occupe le site d’une forteresse tsariste du XIXe siècle.
L’accord date du 16 mars 1995. Vingt-cinq ans, au départ.
En août 2010, les deux pays prolongent jusqu’en 2044.
Environ 5 000 militaires russes y stationnent, écrit JAMnews.
La ville compte entre cent mille et cent cinquante mille habitants, selon le Moscow Times, à quelques kilomètres de la frontière turque. Le journal cite un expert pour qui la base sert d’instrument politique plus que d’outil militaire, une partie du personnel étant repartie pour la guerre en Ukraine.
Aucun signal, dit Moscou
Le 29 juin 2026, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Galouzine parle à la chaîne RTVI.
Aucun signal n’est venu d’Erevan, dit-il. Et l’Arménie a officiellement écarté le démantèlement de la base du Chirak, rapporte Armenpress.
Mirzoyan répond, de son côté, que la question n’est pas à l’ordre du jour, du moins pour l’instant, écrit JAMnews.
La base compte dans l’économie locale depuis le tremblement de terre de 1988, note le même journal. Des vols quotidiens relient encore la ville à Moscou.
Un mot part du papier. Cinq mille hommes restent sur la colline.
Une base, ça se compte en baux, en soldes, en logements de fonction. Pas en adjectifs.
La colline ne lit pas les programmes de gouvernement.
Les postes rendus
Quatre départs
Les gardes-frontières russes s’en vont par étapes.
Le 31 juillet 2024, ils quittent l’aéroport Zvartnots d’Erevan. Trente-deux ans de service commun, rappelle RFE/RL, et quelques dizaines d’officiers du FSB à la cérémonie.
Le 1er janvier 2025, ils quittent le poste de Kartchevan, sur la frontière iranienne.
À la fin de février 2025, les troupes arméniennes tiennent seules Margara, sur la frontière turque.
Depuis le début de 2026, seuls des gardes arméniens servent au poste d’Akhourik, confirme un rapport du gouvernement arménien cité par News.am.
Ce qui reste sur la carte
Les soldats russes avaient déjà quitté la frontière avec l’Azerbaïdjan, selon l’entente conclue entre Poutine et Pachinian en mai 2024, rappelle RFE/RL.
Quatre postes rendus. Dix-huit mois.
La base de Gyumri n’a pas bougé. Pas d’un mètre.
Le ministère russe des Affaires étrangères avait prévenu que le départ de l’aéroport causerait des dommages irréparables à la relation, rapporte RFE/RL.
La relation continue quand même. Plus sèche.
Un poste-frontière, c’est un comptoir, un tampon, un homme qui regarde une photo. Le passeport change de main. Le pays, non.
On rend des comptoirs. On garde la colline.
L'organisation qu'on ne quitte pas
L’article 4, en 2022
En septembre 2022, l’Azerbaïdjan attaque le territoire arménien. Erevan invoque l’article 4 du traité de l’OTSC.
Attaque contre un. Attaque contre tous. C’est la lettre du texte.
L’alliance envoie une mission d’enquête. Pas de soldats, écrit Euromaidan Press.
En février 2024, l’Arménie gèle sa participation à tous les niveaux.
Elle cesse de payer. Elle boycotte les sommets. Et les exercices.
Novembre, à Moscou
Le 27 août 2026, le secrétaire général de l’OTSC, Talatbek Massadykov, écarte les spéculations sur une exclusion, rapporte Armenpress.
La décision appartient aux chefs d’État. Ils se réunissent à Moscou en novembre.
L’Arménie n’a pas versé sa cotisation depuis trois ans, dit le secrétaire général.
Pachinian, lui, se dit très heureux à l’idée d’une exclusion. Et il annonce que l’Arménie ne reprendra pas ses activités dans les cinq prochaines années.
Moscou avait prévenu plus tôt. Un gel ne renforce pas la sécurité de l’Arménie, disait la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, citée par OC Media.
Membre de droit. Absente de fait.
La chaise reste au nom du pays. Personne ne s’assoit dessus.
Le siège vide coûte moins cher qu’un départ signé.
Le commerce compte autrement
Vingt virgule cinq
De janvier à mai 2026, les échanges entre l’Arménie et la Russie tombent à 2,2 milliards de dollars. Un an plus tôt, 2,8 milliards.
Moins 20,5 %. Cinq cent soixante-dix millions envolés.
La part russe du commerce extérieur arménien passe de 35,1 % à 28 %, selon le Comité statistique arménien cité par OC Media.
Le commerce extérieur total, lui, bouge à peine : 7,865 milliards contre 7,870.
Un pays perd un client. Le chiffre d’affaires tient.
Les fleurs et le poisson
Le 6 août 2026, le vice-premier ministre russe Alexeï Overtchouk parle d’un recul d’environ deux tiers, rapporte l’agence Arka.
Il rappelle douze milliards de dollars en 2024, un record. Puis 7,66 milliards en 2025.
Les risques étaient annoncés depuis trois ou quatre ans, dit-il.
Depuis la fin de mai 2026, Moscou impose des restrictions phytosanitaires sur les fleurs, les boissons, les produits frais, les produits laitiers et le poisson.
Les exportations arméniennes vers la Russie reculent de 3 %. Les importations russes vers l’Arménie, de 30,6 %.
Ailleurs, le circuit des métaux précieux se vide. Les importations tombent de 377 à 136 millions de dollars au premier trimestre. Les réexportations vers les Émirats, de 346 à 41 millions.
Une caisse de fleurs bloquée à un poste douanier ne fait pas de manchette. Elle fait une facture.
Le tarif douanier ne s’écrit pas dans un plan quinquennal.
Bichkek
La rencontre du 1er septembre
Le jour même où le règlement letton entre en vigueur, Pachinian et Vladimir Poutine se rencontrent à Bichkek.
Le compte rendu vient d’Erevan. Du bureau du premier ministre.
Poutine chiffre. La Russie pèse environ 30 % du commerce arménien. Les échanges du premier semestre atteignent 2,5 milliards de dollars.
Il rappelle un produit intérieur brut passé de 10,6 milliards en 2015 à 29,2 milliards en 2025. Et des exportations vers l’union eurasiatique multipliées par dix.
Trente pour cent du commerce d’un pays, ça se voit d’abord dans une épicerie. Un ménage arménien achète russe sans l’avoir décidé.
Le mot dit à voix haute
Poutine dit tenir à des relations amicales fondées sur les principes du partenariat stratégique.
Le mot que le programme arménien vient de retirer, le président russe le prononce.
Il avertit ensuite. Une loi qui ouvre l’adhésion à une autre organisation économique revient, selon lui, à annoncer un retrait de la sienne.
Pachinian répond que l’Arménie n’a notifié aucun retrait. Et qu’il faudra choisir quand des solutions de rechange existeront.
Poutine suggère un référendum.
Deux hommes assis. Un mot manquant entre eux. Personne ne hausse le ton.
Rien n’est signé ce jour-là. Le compte rendu ne fixe aucune échéance.
La facture d’électricité d’un appartement d’Erevan, elle, arrive au début du mois.
Il redit tout haut ce que l’autre vient d’effacer.
Riga compte
Douze millions et demi
La Saeima vote les modifications le 23 juillet 2026. Elles s’accrochent à la loi d’aide aux civils ukrainiens.
L’interdiction court jusqu’au 1er juillet 2027. Le Cabinet fixe la liste des produits.
Chaque année, avant le 1er mars, le gouvernement doit évaluer l’effet de la mesure et faire rapport aux députés.
Le président de la commission de la défense, Raimonds Bergmanis, y voit un outil de plus pour réduire les liens économiques avec Moscou et Minsk.
Les biens visés valaient 12,5 millions d’euros en 2025, écrit Euronews. Soit 6,5 % de ce qui restait des importations venues des deux pays, et 0,05 % de tout ce que la Lettonie achète à l’étranger.
Ce que la loi laisse passer
Les importations lettonnes depuis la Russie et le Bélarus ont chuté de 91 % depuis 2022, écrit le ministère letton. De 2 129 millions d’euros à 193 millions.
Le reste tient sur une page.
Les marchandises russes peuvent encore traverser la Lettonie vers d’autres pays de l’Union, note Meduza. Elles peuvent aussi entrer par la Lituanie.
En août, Riga reprend la publication d’un registre mensuel. Le document nomme 171 entreprises qui commercent encore avec la Russie et le Bélarus, écrit Euromaidan Press.
Un rayon vide. Un registre ouvert. Voilà la mesure du geste.
Zéro virgule zéro cinq pour cent d’une frontière.
Le papier et le sol
Paraphé, pas signé
Le 8 août 2025, à Washington, Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliev signent une déclaration commune devant Donald Trump.
Leurs ministres paraphent le texte d’un accord de paix. Les deux pays demandent la fermeture du processus de Minsk de l’OSCE.
Un an plus tard, le texte reste paraphé. Pas signé.
Bakou conditionne sa signature à une modification de la Constitution arménienne, écrit le Central Asia-Caucasus Analyst.
La route TRIPP accorde aux États-Unis des droits de développement exclusifs pendant 99 ans sur une quarantaine de kilomètres de territoire arménien. Rail, route, tuyaux, fibre optique. Rien n’y est encore construit.
Le gaz et le combustible
La Russie fournit l’essentiel du gaz naturel arménien.
Tout le combustible nucléaire vient de Russie.
Environ 70 % de son électricité dépend d’un combustible importé, écrit Euromaidan Press.
Le parlement a voté en mars 2025 une loi ouvrant la marche vers l’Union européenne. Le pays reste membre de l’union eurasiatique.
Le programme range la route TRIPP sous son projet de Carrefour de la paix. Il vise aussi la libéralisation des visas européens.
Une doctrine se corrige en une soirée. Un réacteur, non.
Le chauffage ne dépend pas du vocabulaire.
Ce qu'un mot ne fait pas
La colonne des choses inchangées
Sur le papier : une étiquette retirée, un rang perdu, une liste sans OTSC.
Sur le sol : cinq mille militaires à Gyumri, un bail jusqu’en 2044, un gazoduc, un réacteur.
Entre les deux, un ministre qui dit que l’alliance tient toujours.
Un mot barré ne ferme pas une base. Il ne rouvre pas un marché non plus.
La Lettonie, elle, a chiffré son geste. Douze millions et demi d’euros. Zéro virgule zéro cinq pour cent.
La question
L’Arménie n’a rien chiffré. Elle a retiré une expression d’un document que peu de gens liront jusqu’au bout.
Alors combien de mots faut-il retirer d’un texte avant qu’un soldat plie une tente ?
Le programme court jusqu’en 2031. Le bail de la base court jusqu’en 2044.
Treize ans séparent les deux.
D’ici là, quelqu’un à Gyumri ouvrira un robinet le matin, sous la colline, et l’eau coulera ou ne coulera pas.
Le mot s’en va. Les cinq mille restent.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Sources Secondaires :
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