On se chicane su’ la mauvaise question depuis trente ans
Asteure que la table est mise, ramenons le débat où il devrait être, parce que ça fait trente ans qu’on se pogne su’ la mauvaise affaire, pis les deux bords y perdent leur temps. La question a jamais été : « faut-il avoir peur de la madame au foulard? » Non. Jamais. Un instant, jamais. La vraie question, c’est : d’où vient la règle, qui l’a écrite, pis qui ramasse le profit? Vous, vous êtes une personne. La règle, c’est une machine. Pis une machine, ça se démonte su’a table de cuisine, morceau par morceau, sans que personne se sente attaqué.
Trois affaires que tout le monde mêle
Séparons ça comme on sépare le grain de la paille. Un : votre foi. Ce qui se passe entre vous pis votre Créateur, c’est pas de mes maudites affaires, pis j’y toucherai jamais. Deux : le texte. Ça, ça se discute, comme on a discuté la Bible, comme on a passé nos évangiles au tordeur pendant trois cents ans jusqu’à c’qu’y en reste juste le jus. Trois : le système d’hommes bâti par-dessus le texte. Pis là, madame, je vais être sans pitié, parce que c’est là qu’est le coupable.
Ouvrons le livre ensemble
Y’a pas un mot su’es cheveux. Pas un.
Le mot hijab, dans le Coran, ça veut dire un rideau. Une séparation. Pas un foulard. Le verset qu’on nous garroche à’ face à tout bout de champ dit de rabattre le khimar su’a poitrine. La poitrine, madame. Pas les cheveux. Y’a pas un mot su’es cheveux dans tout le livre. Pas un maudit mot. La couverture des cheveux, c’est une déduction. Une conclusion tirée par des juristes, entre hommes, des siècles après la mort du prophète, assis dans une pièce sans une seule femme dedans.
« Baissez les yeux, messieurs. » C’est écrit là.
Pis v’là le boutte que personne cite jamais, jamais, jamais. Le verset juste avant celui-là s’adresse AUX HOMMES en premier. Pis y leur ordonne quoi? De baisser le regard. Baissez les yeux, mes gaillards. C’est écrit là, noir su’ blanc, avant toute le reste. Le texte met la responsabilité su’ l’œil du gars, pis la tradition l’a virée de bord pour la mettre su’ l’linge de la fille. Ça, c’est pas Dieu qui a fait ça. C’est des hommes. Comme icitte. Comme partout. Y’ont trouvé plus simple de barrer la jument que d’apprendre à l’étalon à se tenir.
Le patriarcat, ça parle toutes les langues
Ma grand-mère mangeait deboutte
Pis c’est pareil pour le reste. La femme qui marche trois pas en arrière avec les p’tits pendant que deux hommes jasent, j’en vois à Montréal. Pis j’en ai vu dans mon propre rang, en 1955, quand ma grand-mère mangeait deboutte à côté du poêle pendant que les hommes étaient assis à table à se faire servir. C’est écrit nulle part dans votre livre, ça. Nulle part dans le mien non plus. Cherchez-le, vous le trouverez pas. C’est du patriarcat de village, du bon vieux fumier d’étable, pis y parle toutes les langues de la Terre : y’a été catholique en Sicile, orthodoxe en Grèce, juif à Jérusalem pis québécois à Sainte-Martine. Le patriarcat, c’est œcuménique. Y prie tous les dieux avec le même appétit pis la même bedaine. Fac quand je cogne là-dessus, je cogne pas su’ votre monde : je cogne su’ le mien en premier, pis j’ai commencé y’a longtemps.
Vos deux ans, madame
Votre meilleur argument est pas celui que vous pensez
Vous dites que vous avez vécu deux ans sans voile, que vous avez réfléchi, pis que vous l’avez remis par conviction. Je vous crois. Pis je vais vous dire de quoi : ces deux ans-là, c’est l’affaire la plus puissante de tout votre texte, mais pas pour la raison que vous croyez. C’est puissant parce que des millions de femmes l’auront jamais, c’t’essai-là. Jamais une seule journée.
À Téhéran, une mèche de cheveux, ça coûte la vie
Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée à Téhéran en septembre 2022 par la police des mœurs pour un voile mal attaché. Morte en détention. Le pays a levé, pis la réponse a été plus de 500 manifestants tués pis près de 20 000 arrêtés. Icitte, vous pouvez l’ôter, y penser, le remettre, changer d’idée trois fois pis personne va vous toucher un cheveu. Là-bas, on meurt pour une mèche qui dépasse. Fac votre liberté à vous, madame, c’est pas un argument contre le débat : c’est la preuve vivante que le débat porte pas su’ vous. Ce qu’on défend icitte, c’est exactement le droit que vous avez exercé pendant deux ans. Pis la voisine d’à côté qui, elle, l’exercerait ben gros si son frère y surveillait pas la porte, c’est pour elle que je parle fort. Vous, vous avez votre réponse. Elle, personne y a jamais demandé son avis une seule fois dans sa vie.
Pis mon camp aussi a fait de la marde
Une table où y’a juste un qui mange, c’est pas une table
Je vais vous accorder ce que mon bord aime pas s’entendre dire. Au nom de la laïcité aussi, on a fait des saloperies. Le 8 janvier 1936, le shah d’Iran a décrété l’interdiction du voile pis a envoyé sa police l’arracher dans’ rue, au bâton s’il le fallait. Résultat : pendant cinq ans, des femmes religieuses sont restées barrées chez eux plutôt que de sortir la tête nue. Humiliées de force au nom de leur libération. La France, elle, a fait de la laïcité un outil de colonisation, dévoilant des Algériennes en spectacle su’a place publique pour prouver sa grandeur. Une loi qui arrache un voile est aussi barbare que celle qui l’impose : dans les deux cas, c’est un État qui décide de ce qu’y a su’a tête d’une femme. Pis chez nous, disons-le itou : depuis la loi 21, une majorité de membres des communautés musulmane pis sikhe rapportent que leur sentiment de sécurité pis d’appartenance au Québec a baissé. C’est documenté, c’est pas une lubie. Une loi peut se défendre ET coûter cher à du vrai monde. Un peuple honnête regarde les deux. Je regarde les deux.
Tolérer, ça a jamais voulu dire fermer sa gueule
Y’a trois étages, pis on les mêle tout le temps
Premier étage, la critique. Illimitée. Sans limite, sans permission, sans excuse. Toutes les religions, la mienne en tête de file. C’est notre sport national depuis 1960 pis on l’a pratiqué su’ nos propres évêques sans leur passer la main dans le dos. Deuxième étage, la liberté légale. Une femme majeure porte ce qu’elle veut su’a tête, point final, pis j’ai pas plus envie d’une police du linge dans nos rues que d’un curé dans ma chambre. Troisième étage, la contrainte. La p’tite fille de sept ans qu’on voile, le mariage arrangé, le frère qui surveille, la sœur qu’on menace. Là, tolérance zéro, pis c’est pu une opinion : c’est le Code criminel. Une société qui tolère toute finit par se faire avaler par ceux qui tolèrent rien. La liberté a jamais donné le droit d’ôter celle du voisin. Ça, c’est pas de la tolérance. C’est de la démission avec un ruban dessus.
Ce que j'espère du souper
On est sortis d’une théocratie y’a 66 ans à peine
J’accepte votre invitation, madame, pis je vais poser mes vraies questions comme vous le demandez. Mais laissez-moé vous dire d’où j’arrive. Nous autres, dans ce pays-citte, on est sortis d’une théocratie y’a soixante-six ans. Soixante-six. Y’a du monde encore en vie aujourd’hui qui a connu le curé qui comptait les naissances, les orphelinats, les filles enfermées chez les sœurs pis les hommes qui votaient comme le sermon le disait. Pis on s’en est sortis nous-mêmes, par en dedans, avec nos poètes, nos syndicalistes pis nos femmes en avant. Personne est venu nous décrocher nos crucifix : on les a arrachés de nos propres mains, un par un.
Elles sont vos Falardeau à vous
Fac quand je vois des femmes se battre là-bas pour le droit de choisir, je reconnais nos mères dedans. Elles sont vos Falardeau à vous. Pis la seule question qui compte pour vrai, au boutte du compte, c’est de quel bord on se tient quand ça brasse chez vous. Nous autres, en 1960, on aurait aimé ça en tabarnak que le monde soit de notre bord.
C’est à lui que j’en veux
Derrière chaque voile, y’a une personne. Vous avez raison, madame. Pis derrière chaque règle, y’a un homme qui l’a écrite. C’est à lui que j’en veux. Pas à vous. Pis si vous voulez qu’on en jase pour vrai, la théière est su’l poêle.
Signé : Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n’est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.
Familles de sources primaires retenues par la publication, quand le dossier en comporte : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues.
Familles de sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles.
Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d’institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l’institution exacte est nommée sous Sources.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n’est promise d’avance; lorsqu’un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.
Précisions propres à cet article
Ce texte répond à une lettre publique d’une femme musulmane qui invitait au dialogue. Son autrice n’est pas nommée, ni identifiée, ni citée intégralement, par respect pour sa personne : ce qui est discuté ici, ce sont des idées et un système de règles, jamais un individu.
Sur l’interprétation des versets coraniques, l’auteur n’est ni théologien ni arabisant. Les éléments rapportés proviennent de lectures savantes citées en sources. Les quatre grandes écoles juridiques sunnites ont majoritairement conclu à l’obligation de couvrir les cheveux; cette conclusion relève de la jurisprudence, non d’une formulation explicite du texte. Le débat existe à l’intérieur même de la pensée musulmane.
La contestation de la Loi sur la laïcité de l’État a été entendue par la Cour suprême du Canada en mars 2026. Au moment de publier, la décision n’était pas rendue.
Aucun parti politique, aucune organisation religieuse et aucun groupe de pression n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.
Sources
Asma Lamrabet, « Le voile dit islamique : une relecture des concepts » (analyse des termes khimar, jilbab et hijab dans le Coran)
Mosquée de Méru, « Que dit le Coran sur le voile? Textes et interprétations » (versets 24:31, 33:53 et 33:59, et débat exégétique)
Al Jazeera, « Mahsa Amini: Woman dies after arrest by Iran’s morality police » (16 septembre 2022)
Amnistie internationale, « Iran : dissolution de la police des mœurs, un leurre des autorités » (décembre 2022)
Parlement européen, « Résolution sur la mort de Mahsa Jina Amini et la répression des manifestants pour les droits des femmes en Iran » (6 octobre 2022)
Wikipédia, « Kashf-e hijab » (décret de dévoilement forcé de Reza Chah, 8 janvier 1936, et ses effets sur les femmes iraniennes)
Wikipédia, « Loi sur la laïcité de l’État » (incluant l’étude de l’Association d’études canadiennes, 2022, sur le sentiment de sécurité et d’appartenance des communautés musulmane et sikhe)
Le Devoir, « La Cour suprême va entendre la contestation de la loi 21 sur la laïcité de l’État fin mars » (5 décembre 2025)
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