Deux mille neuf cent soixante-dix-sept noms
Le 11 septembre 2001, quatre avions. Deux mille sept cent cinquante-trois morts au World Trade Center, dont trois cent quarante-trois pompiers et soixante policiers qui montaient pendant que les autres descendaient. Cent quatre-vingt-quatre au Pentagone. Quarante à Shanksville, dans un champ de Pennsylvanie, parce que des passagers ordinaires ont choisi de charger le poste de pilotage plutôt que de laisser l’appareil atteindre Washington. Deux mille neuf cent soixante-dix-sept morts au total, six mille deux cent quatre-vingt-onze blessés.
La plus jeune victime avait deux ans. La plus âgée, quatre-vingt-cinq. Quatre-vingt-dix nationalités figuraient parmi les victimes : soixante-sept Britanniques, quarante et un Indiens, vingt-huit Sud-Coréens, vingt-quatre Canadiens, vingt-quatre Japonais, quatre Français. Environ deux cents personnes se sont jetées dans le vide plutôt que de brûler. Et vingt-cinq ans plus tard, un peu plus de la moitié seulement des victimes du World Trade Center ont été formellement identifiées. Quatre nouveaux corps l’ont été en août 2025. Des familles attendent encore un nom sur un document officiel.
Quatre-vingt-dix pays dans deux tours. Ils n’ont pas frappé l’Amérique : ils ont frappé le monde qui y travaillait.
Le nuage qui tue encore
Le décompte ne s’est pas arrêté ce jour-là. Le programme de santé du World Trade Center couvre aujourd’hui plus de soixante-neuf types de cancers chez ceux qui ont respiré la poussière des effondrements. Plus de dix-sept milliards de dollars ont été versés en indemnisations, sur cent quatre-vingt-dix mille dossiers, avec sept cents nouvelles demandes chaque mois. Les programmes sont financés jusqu’en 2090. Certains experts redoutent que le bilan final dépasse largement celui du jour même.
Vingt-cinq ans après, les tours tuent encore, une maladie à la fois.
Ce que l'on ne dit jamais
Quatre-vingt-deux pour cent des victimes sont musulmanes
Voici le chiffre que nos bulletins de nouvelles ne diffusent pratiquement jamais, et qui devrait interrompre les deux camps simultanément. Une étude de la Fondation pour l’innovation politique a recensé quarante années de terrorisme islamiste : trente-trois mille sept cent soixante-neuf attentats, cent soixante-sept mille quatre-vingt-seize morts. Quatre-vingt-deux pour cent des victimes sont musulmanes, l’estimation haute dépassant quatre-vingt-onze pour cent. Le président du Niger a cité la même proportion devant l’Organisation de la coopération islamique, en ajoutant que le terrorisme trahit l’islam et en constitue le premier ennemi.
Depuis 2001, le nombre de victimes du terrorisme islamiste a été multiplié par vingt, et le nombre de pays touchés est passé de cinquante-quatre à soixante-seize. Les régions les plus meurtries demeurent l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, le Pakistan, le Nigeria et la Somalie. Des dizaines de milliers de morts, non pas chez nous, mais chez eux.
Le premier ennemi d’un extrémiste n’est jamais l’Occident. C’est le musulman d’à côté qui ne prie pas comme il le faudrait.
L’arithmétique que personne ne fait
Examinons maintenant l’autre versant, sans complaisance. Le monde compte environ deux milliards de musulmans, soit un quart de l’humanité. Prenons les chiffres les plus bas jamais mesurés, ceux des instituts les plus prudents, ceux que citent volontiers mes contradicteurs. Pew Research Center, 2015, opinion favorable envers l’État islamique : un pour cent au Liban, trois pour cent en Jordanie, six pour cent dans les territoires palestiniens. Fikra Forum, un an plus tôt : trois pour cent en Égypte, cinq pour cent en Arabie saoudite.
Ces proportions sont minuscules, et c’est en soi rassurant. Mais faisons le calcul : trois pour cent de deux milliards représentent soixante millions de personnes, davantage que la population du Canada entier, avec l’estimation la plus conservatrice disponible. Lorsqu’on me répond qu’il s’agit d’une minorité infime, j’acquiesce : c’est exactement cela. Une minorité infime de deux milliards de personnes forme une nation. La statistique dit « minorité »; l’arithmétique dit « pays ». Voilà ce que l’on saisit mal : un pourcentage ne se vit pas, un nombre absolu se vit.
Une précision s’impose avant que l’on s’étrangle : musulman n’est pas islamiste. Un musulman est un croyant. Un islamiste défend un projet politique visant à faire de la loi religieuse la loi de l’État. Ce sont deux réalités distinctes, et je ne les confonds pas.
Les objections, et pourquoi elles ne tiennent pas
« En Europe, dix-sept attentats sur trois cent vingt et un »
L’objection est exacte et je ne la conteste pas : selon la Global Terrorism Database, entre 2000 et 2013, sur trois cent vingt et un attentats commis en Europe de l’Ouest, dix-sept l’ont été par des extrémistes musulmans — moins que ceux attribués à l’extrême gauche et aux mouvances anarchistes.
Observons cependant la construction du raisonnement : le terrain et les dates ont été choisis. Ce périmètre exclut le reste de la planète. Il exclut le 11 septembre et ses deux mille neuf cent soixante-dix-sept morts. Il exclut l’Irak et l’Afghanistan, où les engins explosifs improvisés ont causé une part majeure des pertes de la coalition — et il faut nommer cette réalité : une charge dissimulée en bord de route contre une armée régulière n’est pas une bataille, c’est un guet-apens. Il exclut le Sahel, où des villages entiers sont effacés. Enfin, il compte un engin déposé dans une boîte aux lettres vide exactement comme le Bataclan.
Dix-sept attentats sur trois cent vingt et un — et ces dix-sept ont causé la grande majorité des morts. Le nombre d’attaques mesure une activité. Le nombre de cercueils mesure une menace.
« Vous effrayez la population avec de grands nombres »
C’est l’inverse. J’ai retenu les chiffres les plus bas des instituts les plus prudents, et je les ai multipliés correctement. Il s’agit d’arithmétique élémentaire. Si le résultat paraît extrême, le reproche s’adresse à la multiplication, non à celui qui l’effectue.
Ce n’est pas celui qui énonce un fait dérangeant qui pose problème. C’est le fait lui-même.
« Vous êtes islamophobe »
Alors précisons. Que vous soyez musulman, juif, chrétien ou bouddhiste ne me regarde pas. Tant que vous conservez votre foi pour vous et que vous ne cherchez pas à me l’imposer, nous n’avons aucun différend, et nous pouvons prendre un café ensemble quand vous voudrez — un café, encore un mot que je vous dois.
Mais nous avons sorti les soutanes de nos chambres à coucher dans les années soixante, et cela nous a coûté cher. Nous ne l’avons pas fait pour les remplacer par un imam, un rabbin, un pasteur télévangéliste ou quiconque déciderait à notre place. Pas de curé, pas de charia, aucune loi divine dans nos codes. Pour personne, sans exception, en commençant par les nôtres. Ce n’est pas de l’islamophobie : c’est de la laïcité, et elle s’applique à tous ou elle ne s’applique à personne.
Nous n’avons pas arraché une soutane pour nous agenouiller devant une autre.
La ligne, et elle est simple
Ce que je demande, et ce que je refuse
Ma ligne tient en peu de mots. Votre origine, votre couleur, votre dieu et votre alimentation ne me concernent pas. Si vous souhaitez vivre votre vie, élever vos enfants et payer votre loyer comme tout le monde, il y a de la place. Mais si vous me haïssez au point de vouloir détruire ma famille et ma vie, alors nous avons un problème, vous et moi — et je ne le tairai pas pour ménager les susceptibilités.
C’est la seule règle qui ait jamais fonctionné entre êtres humains.
Vingt-cinq ans, et la colère bien dirigée
Le véritable piège du 11 septembre n’était pas dans les avions. Il consistait à nous faire haïr un quart de l’humanité pour l’œuvre de dix-neuf hommes. Ils voulaient créer deux camps : eux et nous. Chaque fois que nous mettons deux milliards de personnes dans le même sac que les dix-neuf, nous achevons leur travail à leur place, gratuitement.
Il y a des morts à nommer aujourd’hui. Les deux mille neuf cent soixante-dix-sept de New York, du Pentagone et du champ de Shanksville. Les pompiers qui montaient. Et les cent soixante mille autres, tombés depuis dans des marchés de Bagdad, des mosquées de Kaboul et des écoles du Nigeria — les quatre-vingt-deux pour cent dont on ne parle jamais.
Vingt-cinq ans plus tard, la seule réponse juste à ce matin-là consiste à viser juste. Pas plus large. Pas plus mou. Juste.
Signé : Maxime Marquette, chroniqueurLe 11 septembre 2026
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Une information factuelle n’est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources utilisées sont listées sous Sources.
Les proportions de sympathie envers les organisations djihadistes proviennent d’enquêtes d’opinion et mesurent une opinion déclarée, non une intention d’agir. Leur multiplication par la population musulmane mondiale est une opération arithmétique explicite, assumée comme telle, et non une estimation du nombre de personnes dangereuses.
Nature de l’analyse
Ce texte défend une distinction centrale : celle entre les musulmans, croyants d’une religion de deux milliards de personnes, et les islamistes, tenants d’un projet politique visant à faire de la loi religieuse la loi de l’État. Cette distinction est le cœur de l’argument, non une précaution de style.
Sur l’histoire des sciences, l’auteur n’est pas historien. La contribution du monde arabo-musulman médiéval est rapportée en distinguant l’invention, la transmission et l’amélioration : le zéro est d’origine indienne et a été transmis par les mathématiciens de langue arabe, non inventé par eux. L’ampleur de la diffusion agricole dite « révolution agricole arabe » fait l’objet d’un débat historiographique rapporté dans le texte.
Aucun parti politique, aucune organisation religieuse et aucun groupe de pression n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.
Sources
Wikipédia, « Attentats du 11 septembre 2001 » (bilan de 2 977 morts, 6 291 blessés, 310 victimes étrangères, répartition par site et par nationalité)
Le Petit Journal New York, « Attentats du 11 septembre 2001 : la triste réalité des chiffres » (World Trade Center Health Program, 69 types de cancers, 17 milliards versés, programmes prolongés jusqu’en 2090)
Sud Radio, « Dominique Reynié : 82 % des victimes du terrorisme islamiste dans le monde sont des musulmans » (étude portant sur 40 ans, 33 769 attentats, 167 096 morts)
Gale Academic, « Terrorisme : 82 % des victimes dans le monde sont des musulmans, selon le président nigérien »
Statista, « Terrorisme islamiste : 20 ans de guerre » (bilan multiplié par vingt depuis 2001, 76 pays touchés contre 54 entre 1979 et 2000)
Slate, « Non, l’islam n’est pas une religion de violence » (sondages Pew 2015 et Fikra Forum 2014)
3millions7 / Global Terrorism Database, « 5 chiffres qui pourraient changer votre perception du terrorisme »
Wikipédia, « Terrorisme islamiste » (31 221 attentats et au moins 146 811 victimes depuis 2001 selon Die Welt am Sonntag)
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