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ANALYSE : 18 heures pour verrouiller un détroit — les Houthis prennent Périm
Crédit: Depositphotos

L’offensive de la côte

Une côte entière en une nuit

Jeudi, les Houthis prenaient le port de Mokha et l’île de Zuqar, au nord de Bab el-Mandeb, après des frappes de missiles et un débarquement par la mer. Vendredi, ils atteignaient l’île de Périm — appelée aussi Mayun — au milieu même du détroit, après le retrait des forces gouvernementales yéménites soutenues par Riyad. Dans la foulée, ils prenaient la ville côtière de Dhubab, qui fait face à l’île, puis le village de Murad.

Selon un responsable cité par Euronews, l’opération a duré environ dix-huit heures. Au terme de celles-ci, toute la côte yéménite de la mer Rouge était sous leur contrôle.

Dix-huit heures pour prendre ce que des années de guerre n’avaient pas déplacé.

Ce qu’est Périm

Périm est un caillou volcanique nu au milieu du détroit. Sa valeur n’a rien à voir avec sa superficie : l’île divise le chenal en deux voies de navigation. Qui la tient observe, mesure et, potentiellement, contrôle le passage.

Bab el-Mandeb mesure environ 28 kilomètres à son point le plus large, entre le Yémen d’un côté, Djibouti et l’Érythrée de l’autre. C’est le quatrième goulot d’étranglement maritime de la planète.

Une île sans eau douce ni population vient de devenir l’un des points les plus importants du commerce mondial.

Ce qui passe par là
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Ce qui passe par là

Huit millions de barils par jour

Les chiffres de l’Energy Information Administration américaine donnent la mesure. Les flux pétroliers par Bab el-Mandeb s’établissaient en moyenne à 5,6 millions de barils par jour au premier trimestre de 2026, puis sont montés à 8,1 millions au deuxième trimestre — environ 8 % de l’approvisionnement mondial.

Cette hausse n’est pas un hasard : c’est exactement le report causé par la fermeture d’Ormuz. Plus le détroit oriental s’est bouché, plus le détroit méridional est devenu vital. Environ 12 % des marchandises mondiales transitent par ce passage.

On a transféré le risque d’un goulot vers l’autre. Les deux viennent de se refermer.

Le pétrole saoudien étranglé

L’effet sur Riyad est déjà chiffré. Richard Bronze, cofondateur d’Energy Aspects, estime que les expéditions saoudiennes par cette voie culminaient à environ trois millions de barils par jour avant de tomber à quelque 400 000 barils par jour en août, sous la pression houthie.

Le même jour que la prise de Périm, le pipeline Est-Ouest saoudien était frappé par des drones venus d’Irak et mis à l’arrêt. Le brut qui aurait dû sortir par Yanbu n’y arrive plus, et celui qui y arrivait devait de toute façon franchir le détroit désormais tenu.

Deux coups le même jour, à deux mille kilomètres d’écart, sur la même artère.

Le message des Houthis
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Le message des Houthis

« Sûr pour tous, sauf pour les Saoudiens »

La communication du mouvement mérite d’être lue de près, parce qu’elle est habile. Dans un communiqué, les forces armées houthies se sont vantées de leurs gains côtiers sans mentionner l’île, ni Mokha, ni le détroit. Elles ont promis une escalade pour chaque escalade dans la confrontation avec l’Arabie saoudite, tout en déclarant que la navigation maritime est sûre pour toutes les compagnies à l’exception des navires saoudiens.

Un membre du bureau politique houthi, Hazem al-Assad, a assuré vendredi qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter pour le commerce international, et que la liberté de navigation en mer Rouge et à Bab el-Mandeb était sûre et ordonnée.

On rassure le monde entier en désignant une seule victime. C’est la manière la plus efficace de rester seul contre un.

La méthode du blocus sélectif

Il faut comprendre la finesse du procédé. Un blocus général du détroit provoquerait une riposte internationale immédiate, y compris de puissances qui ne veulent pas s’en mêler. Un blocus visant un seul pays laisse la Chine, l’Inde, l’Europe et les compagnies de transport dans une position où il leur en coûterait plus cher d’intervenir que de s’adapter.

Les Houthis ont d’ailleurs déclaré un blocus contre la navigation saoudienne dès juillet et attaquent depuis les infrastructures pétrolières à l’intérieur du royaume.

Étrangler un pays sans fermer la route : c’est la trouvaille stratégique de cette guerre.

Le coût humain
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Le coût humain

Cinq cents morts, quarante-six mille déplacés

Derrière la carte, il y a des gens. L’agence des Nations unies pour les migrations a indiqué vendredi que l’offensive houthie avait coûté plus de cinq cents vies et déplacé environ 46 000 personnes.

L’agence AFP rapporte le témoignage d’un homme de 46 ans qui a fui Mokha au milieu de la nuit. L’Arabie saoudite a frappé l’aéroport de la ville portuaire prise jeudi, selon un diffuseur houthi, sans faire état de dommages ni de morts.

Cinq cents morts pour déplacer une frontière sur une carte que la plupart des gens ne savent pas lire.

Une guerre civile qui n’a jamais fini

Il faut rappeler le cadre, parce que la couverture internationale l’oublie régulièrement. Ces combats s’inscrivent dans la reprise des hostilités d’une guerre civile yéménite commencée avec la prise de Sanaa par le mouvement en 2014. Les Houthis ont récemment attaqué des zones tenues par le gouvernement dans les provinces de Hodeïda et de Taïz avant de progresser le long du littoral.

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a averti le Conseil de sécurité que la communauté internationale fait face à une phase nouvelle et plus dangereuse du conflit.

Le Yémen était la pire crise humanitaire du monde avant d’être un problème de pétrole. Il l’est toujours.

Ce que ça signifie pour la suite
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Ce que ça signifie pour la suite

Le marché a compris

La réaction financière a été immédiate et brutale. Les deux références mondiales ont grimpé de plus de 7 % : le Brent à 108 dollars, le WTI à 103 — des niveaux absents depuis mai. Le diesel américain a franchi les six dollars le gallon pour la première fois.

S&P Global a révisé ses prévisions le 10 septembre : l’entreprise ne prévoit plus la fin complète des combats d’ici la fin de 2027, ni le retour à la normale du détroit d’Ormuz d’ici là. La perspective n’est plus une crise ponctuelle, mais un régime durable de prix élevés.

Les marchés ont cessé de parier sur un retour à la normale. Ils commencent à en calculer l’absence.

La question de la riposte

L’Arabie saoudite a demandé une assistance militaire américaine. Washington s’est pour l’instant limité au renseignement et à l’appui au ciblage, sans intervention directe. Le gouvernement yéménite reconnu internationalement a lancé des contre-attaques aériennes, mais il vient de perdre en dix-huit heures un littoral qu’il tenait depuis des années.

La question ouverte n’est pas de savoir si quelqu’un ripostera, mais qui accepte de le faire — et à quel prix, dans une région où les deux principaux goulots pétroliers de la planète sont désormais tenus par des acteurs alignés sur Téhéran.

Celui qui tient les deux portes n’a plus besoin de gagner la guerre. Il lui suffit d’attendre.

Signé : Maxime Marquette, chroniqueurLe 12 septembre 2026

Encadré de transparence du chroniqueur
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Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon travail consiste à décortiquer les dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques et à proposer une lecture critique des événements. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du reportage; je prétends à la lucidité analytique.

Méthodologie et sources

Les faits proviennent de Reuters, NPR, CNN, Times of Israel, CGTN, Quartz et Euronews, ainsi que des données de l’Energy Information Administration américaine et de l’Organisation internationale pour les migrations.

Plusieurs éléments de terrain reposent sur des sources anonymes. La prise de Périm a été confirmée à Reuters par quatre sources gouvernementales yéménites, et à l’Associated Press par un responsable militaire du gouvernement reconnu ainsi que par un responsable houthi, tous s’exprimant sous le couvert de l’anonymat faute d’autorisation de parler à la presse. Les Houthis eux-mêmes n’ont pas mentionné l’île dans leur communiqué officiel. Les bilans humains émanent de l’ONU et n’ont pas été vérifiés de façon indépendante sur le terrain.

Nature de l’analyse

L’interprétation du blocus sélectif comme choix stratégique délibéré, et la mise en relation entre la fermeture d’Ormuz et la hausse des flux par Bab el-Mandeb, relèvent du jugement de l’auteur, appuyé sur des données publiques.

Aucun gouvernement, parti politique ou organisation n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.

ANALYSE : 18 heures pour verrouiller un détroit — les Houthis prennent Périm

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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