Décembre
Il y a un document de planification daté de décembre. Il est au dossier. Raw Story le cite.
Quelqu’un y écrit que Karen Evans, alors la haute responsable de la FEMA, l’a chargé de développer une stratégie pour couper l’effectif de 50 %.
Lisez l’ordre des mots. Couper de 50 %. Développer une stratégie. Dans cet ordre. La cible existe déjà. On cherche ensuite le chemin qui y mène.
La juge le dit à sa manière : Evans a soumis le chiffre d’abord et a travaillé à rebours pour le justifier.
Ce que les gens de la FEMA disaient
Pendant ce temps, les superviseurs de l’agence et son propre chef du capital humain recommandaient autre chose. Garder les effectifs stables. Ou les augmenter.
Les gens qui font le travail disaient : pas assez de monde. Le ministère au-dessus disait : moitié moins.
La FEMA a fini par projeter 11 383 employés pour l’exercice suivant, à peu près la moitié des niveaux antérieurs. Sans aucune base pour choisir ce nombre, dit la juge.
Onze mille trois cent quatre-vingt-trois. Une précision de comptable au bout d’un raisonnement qui n’en avait pas.
Une décision à rebours ne devient pas droite en chemin.
La loi de Katrina
2005, 2006
Il faut remonter à la Nouvelle-Orléans sous l’eau.
Après Katrina, en 2005, le Congrès a tiré une leçon précise : le DHS, ministère géant né après le 11 septembre, avait gêné la réponse de la FEMA à l’ouragan, avec des conséquences catastrophiques. Ce sont les mots des sénateurs qui ont écrit à Kristi Noem le 16 janvier dernier.
D’où la loi de 2006, le Post-Katrina Emergency Management Reform Act. Son article, 6 U.S.C. § 316, dit que le secrétaire du DHS ne peut pas réduire substantiellement ou significativement les autorités, les responsabilités ou les fonctions de la FEMA.
Reuters cite la même phrase. La juge s’y appuie.
Une loi écrite dans la boue
Cette loi n’est pas une abstraction de juristes. Elle a été écrite après qu’on a compté les morts d’une ville.
Le Congrès a dit : plus jamais un ministère qui paralyse les secours. Il a mis ça dans un article de loi. Vingt ans plus tard, un ministère a paralysé les secours, en interprétant les renouvellements de contrats comme des embauches interdites.
La juge écrit qu’aucune preuve au dossier ne reflète une prise de décision raisonnée pour ce revirement, ni pour les conditions que le DHS a ensuite imposées au pouvoir de renouvellement de la FEMA.
Aucune preuve. Raisonnée. Revirement. Trois mots, et toute l’affaire tient dedans.
Katrina avait écrit la loi. Ils l’ont lue à l’envers.
Les réservistes
Les CORE
Les gens coupés ont un nom. Les CORE. Cadre of On-Call Response/Recovery. Des réservistes sur appel, embauchés pour deux à quatre ans, dont les contrats sont traditionnellement renouvelés, parce que c’est ainsi que l’agence gonfle et dégonfle selon les catastrophes.
Ils forment environ 40 % de l’effectif. Ils sont envoyés partout au pays et restent dans les communautés des années après le sinistre. Il n’est pas rare, disent d’anciens employés à l’AP, d’y faire carrière et d’y prendre sa retraite.
Ce sont eux, les premiers sur le terrain. Et c’est sur eux que le plan tapait en premier.
Le soir du Nouvel An
Le 9 janvier, des élus de la Chambre écrivaient à Noem et Evans. Au moins 65 CORE renvoyés le soir du Nouvel An, selon les reportages qu’ils citent. Un projet de couper 1 000 postes CORE dans le mois. Une réduction du corps de 41 %.
Ils rappelaient que dans des régions comme le Texas et la Louisiane, près de 80 % des gens déployés en soutien sont des CORE. Et que les communautés du Texas avaient déjà vu les conséquences du sous-effectif pendant les inondations meurtrières du 4 juillet.
Les élus l’affirment. Je vous le rapporte comme leur affirmation. Mais le chiffre de 40 % est confirmé par la juge, par les sénateurs, par les journalistes. Il n’est pas contesté.
Quarante pour cent de l’agence, renvoyés par courriel.
Le 22 janvier, la tempête
La pause
Voici le détail qui, à lui seul, aurait dû suffire.
La FEMA a suspendu sa vague de non-renouvellements le 22 janvier. Pourquoi ce jour-là ? Parce qu’une grave tempête hivernale approchait, sur plusieurs États. On avait besoin des gens qu’on était en train de renvoyer.
La juge note ce que ça veut dire. Une tempête à une autre date aurait fait perdre leur emploi à d’autres personnes. Ceux dont le contrat expirait avant le 22 sont partis. Ceux dont le contrat expirait après sont restés. La météo a tranché.
Cent cinquante-neuf
Au moment de la pause, 159 CORE n’avaient pas été renouvelés, selon la déclaration sous serment d’Evans. D’autres avaient vu leur contrat prolongé de 90 jours à la fois.
Quatre-vingt-dix jours. Pour des gens qui doivent partir demain matin en Louisiane si la digue cède.
La juge appelle ça une prise de décision arbitraire. Je cherche un mot plus doux et je ne le trouve pas.
Une tempête a décidé qui gardait sa job.
Les messages qui n'existent plus
Signal, minuterie
Il y a une seconde décision, rendue à part, et elle est peut-être plus grave que la première.
Des dirigeants du DHS et de la FEMA ont discuté des coupes sur Signal, sur leurs téléphones personnels. Avec des minuteries d’autodestruction. Réglées par eux-mêmes. Les messages ont été effacés.
La juge conclut qu’Evans a agi avec l’intention de priver les plaignants de ces messages. Ce sont ses mots, rapportés par Raw Story.
Le Washington Sun ajoute les noms : les anciens dirigeants du DHS Joseph Guy et Kara Voorhies, et Karen Evans, qui vient de revenir au département pour diriger un groupe de travail sur la fraude. Les trois auraient utilisé l’autodestruction.
La présomption
Quand on détruit des preuves, le droit a une réponse. Le tribunal présumera désormais que les messages perdus auraient été défavorables au gouvernement, parce qu’ils auraient été une preuve supplémentaire de la conduite illégale.
Autrement dit : tout ce que vous avez effacé compte contre vous. C’est la règle. Elle existe précisément pour les gens qui règlent une minuterie.
Un groupe de travail sur la fraude, dirigé par la personne dont la juge dit qu’elle a voulu priver des plaignants de preuves. Je ne commente pas. Je place les deux faits côte à côte.
On n’efface pas une digue.
Qui décidait
Le gel des embauches
Le mécanisme est presque comique. Le DHS était exempté du gel des embauches décrété par le président. Mais il a quand même décidé que renouveler un contrat CORE comptait comme une nouvelle embauche, donc interdite. Une exemption qu’on s’applique à l’envers.
Et la juge écrit que révoquer le pouvoir de renouvellement de la FEMA a entravé sa capacité à remplir ses fonctions. Ce qui est exactement ce que la loi de 2006 interdit.
Noem, Mullin, et le mot moot
Entre-temps, l’histoire a bougé. Kristi Noem a été démise de la direction du DHS. Son successeur, Markwayne Mullin, a fait marche arrière : environ 180 CORE renvoyés en janvier se sont vu offrir de nouvelles nominations, des employés suspendus ont été réintégrés.
Le ministère de la Justice a alors plaidé que l’affaire n’avait plus d’objet. Moot, en anglais. Les plaignants ont répondu avec la déclaration d’une présidente de section syndicale : lors d’une réunion du 19 mai, la direction de la FEMA a dit que le DHS contrôlait encore les décisions sur les CORE et qu’elle travaillait avec le département pour fixer les périodes de renouvellement.
La juge n’a pas retenu le mot moot. Elle a jugé.
On change de ministre, pas de laisse.
Ce qu'elle a jugé, et ce qu'elle n'a pas encore jugé
Partiel
Soyons précis, parce que le titre pourrait laisser croire à une affaire close.
C’est un jugement sommaire partiel. Il établit l’illégalité. Il ne fixe ni remède ni pénalité. Ceux-là viendront dans une décision séparée le mois prochain. Les parties doivent se concerter sur l’étendue du redressement et rendre compte d’ici le 9 octobre.
En juin, la même juge avait refusé de bloquer immédiatement les coupes, parce que la FEMA semblait avoir reculé. Vendredi, elle écrit que la FEMA semble aller de l’avant. Entre les deux, une projection à 11 383.
Ce que l’administration répond
L’administration soutient que la FEMA dispose d’une grande latitude pour fixer ses effectifs. Trump a déjà suggéré que l’agence devrait être abolie et que les États devraient s’occuper eux-mêmes de leur préparation. Il a créé l’an dernier un conseil pour examiner l’agence.
Evans, dans sa déclaration, niait tout projet d’élimination en bloc des CORE et affirmait que les non-renouvellements ne menaçaient pas le mandat légal de l’agence.
Samedi, ni la FEMA, ni le DHS, ni l’AFGE, le plus grand syndicat de fonctionnaires fédéraux et plaignant dans l’affaire, n’avaient répondu aux demandes de Reuters. Le Washington Sun n’a pas eu de réponse du DHS non plus.
L’illégalité est jugée. La facture ne l’est pas.
La méthode
Ce qui faisait agir Noem
Ici, je vous donne ma lecture, et elle vaut ce que vaut une lecture.
Cette affaire porte la marque de Kristi Noem, la secrétaire sous laquelle tout ça s’est décidé, avant qu’elle soit démise. Noem, telle qu’elle est apparue publiquement pendant son mandat, agit d’abord pour être vue : vue en train de couper, vue en train d’exécuter la volonté du président, vue en train de mériter sa place dans une cour où la place se mérite chaque jour.
Ce n’est pas la logique du gestionnaire. C’est celle de la performance. Le chiffre de 50 % n’est pas une conclusion. C’est un geste. Il dit au patron : regardez comme je vais loin.
Le réflexe d’effacer
Et l’autodestruction sur Signal, c’est l’envers du même tempérament. Celui qui agit pour être vu ne veut pas être lu. Il veut la scène, pas les archives.
Un pouvoir qui décide d’abord et justifie ensuite finit toujours par avoir des messages à effacer. Parce que la justification, quand elle vient après, ne tient jamais dans un document qu’on peut montrer à une juge.
La juge a lu ce qui restait. Ce qui restait suffisait.
Celui qui agit pour être vu ne veut pas être lu.
Ce que ça coûte
Deux mille quatre cent quarante-six
Avant même les CORE, la FEMA avait perdu 2 446 employés au premier semestre 2025, près de 10 % de son effectif, selon un audit du vérificateur général cité par les sénateurs. Surtout des départs volontaires, poussés par le programme de démission différée et le DOGE.
Puis les non-renouvellements. Puis la pause. Puis les réembauches partielles. Un personnel, dit la représentante syndicale, laissé en limbes, avec un moral en conséquence.
Un porte-parole de la FEMA parlait en mai de stabiliser les effectifs pour la saison des ouragans et la Coupe du monde de la FIFA. Stabiliser. Le mot qu’on emploie quand on a d’abord déstabilisé.
Le vrai coût
Le vrai coût, personne ne le chiffrera dans un jugement. Il se mesure en heures d’attente après une inondation. En centres de relèvement qui n’ouvrent pas. En dossiers d’aide qui traînent parce que la personne qui les traitait a reçu un courriel le 31 décembre.
Les élus du Texas disent l’avoir vu en juillet. Je ne peux pas le vérifier. Je peux dire qu’une agence à moitié vidée ne répond pas à plein.
On ne stabilise que ce qu’on a d’abord ébranlé.
Ce qu'on ne sait pas
Les inconnues
On ne sait pas quels remèdes la juge fixera le mois prochain, ni s’il y aura des pénalités pour les preuves détruites.
On ne sait pas si l’administration fera appel. Aucune indication dans ce que j’ai lu.
On ne sait pas combien d’employés la FEMA compte aujourd’hui, réellement. Les sources donnent le point de départ, 23 000, et les projections. Pas l’état présent.
On ne sait pas si le DHS, sous Mullin, rendra à la FEMA le pouvoir de renouveler ses propres contrats sans passer par le département.
Ce qui est acquis
Un chiffre sans base. Une justification écrite après la cible. Une pause décidée par la météo. Des messages effacés par ceux qui les avaient écrits. Une loi de 2006 violée, selon une juge fédérale.
Ce n’est pas rien. Ce n’est pas tout. Et c’est déjà plus que ce que les gens renvoyés le 31 décembre ont reçu comme explication.
Ce qui est jugé tient. Ce qui manque compte.
Katrina avait écrit la loi
Le refrain
Vingt-trois mille, onze mille cinq cents. Le 9 octobre, on saura ce que les parties proposent.
Décembre : une stratégie pour couper de moitié.
Le 22 janvier : une tempête, une pause.
Des minuteries sur Signal.
Le 11 septembre : illégal.
La question
Alors, si un ministère peut vider de moitié l’agence des catastrophes sur un chiffre sorti de nulle part, laisser une tempête choisir qui reste, et effacer ses messages avant que quelqu’un les lise, qu’est-ce qu’il reste de la leçon de la Nouvelle-Orléans, sinon un article de loi qu’une juge de San Francisco a dû relire à haute voix vingt ans plus tard ?
Le Congrès avait écrit la réponse en 2006. Il a fallu une juge pour la faire appliquer. Et il faudra un mois de plus pour savoir ce que ça coûte à ceux qui l’ont ignorée.
Katrina avait écrit la loi. Une juge l’a relue.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
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Nature de l’analyse
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Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Cet article décrit un état documenté à sa date de publication, et non une prédiction : une évolution ultérieure peut en déplacer les perspectives. Aucune mise à jour n’est promise d’avance; lorsqu’un article est corrigé ou complété, la modification est datée dans le texte.
Sources :
Sources Primaires :
Sources Secondaires :
Raw Story, la juge fustige un plan sorti de nulle part, 11 septembre 2026
Federal News Network, la FEMA offre de reprendre les employés renvoyés en janvier, 4 mai 2026
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