Les perquisitions au bureau de Serhii Kropyva
Tard le 4 septembre. Des détectives du NABU perquisitionnent le bureau de Serhii Kropyva, chef adjoint du département de coopération internationale du parquet général. Un homme décrit, selon le Kyiv Independent, comme un proche du procureur général.
La même nuit, d’autres bureaux. Celui de Kravtchenko lui-même, celui de sa première adjointe Maria Vdovychenko, celui d’Oleh Kiper, gouverneur de l’oblast d’Odessa. Aucun des trois n’est inculpé. Vdovychenko démissionne le 8 septembre quand même.
Le Kyiv Independent écrit que le bureau a forcé les portes du parquet. Une agence anticorruption qui entre de force chez le procureur général. C’est l’image d’ouverture de cette affaire, et elle dit déjà l’état des institutions.
Le NABU n’a pas frappé à la porte du parquet. Il l’a ouverte. Cette différence de geste est toute la différence entre une coopération et un rapport de force.
Ce que le parquet a d’abord nié
Le parquet général a d’abord nié que des perquisitions aient eu lieu dans le bureau personnel de Kravtchenko. Il l’a admis le lendemain, selon le Kyiv Independent.
Le politologue Ihor Reiterovich, cité par le même journal, parle d’un échec de communication complet, amateur et profondément peu professionnel. Les explications, dit-il, n’ont fait que soulever d’autres questions.
Et pourtant, la séquence est simple. Nier, puis admettre. En vingt-quatre heures. Pour un bureau dont le métier est la preuve.
Un parquet qui nie une perquisition avant de la reconnaître a perdu, en un jour, ce qui lui reste de crédit : le monopole de la vérité procédurale.
Ce que le NABU dit avoir trouvé
Le communiqué du 5 septembre, tel qu’il est écrit
Le communiqué du NABU est sobre. Une organisation criminelle présumée, dont les membres recevaient systématiquement des pots-de-vin de centres d’appels frauduleux et blanchissaient des millions. Organisée, selon l’enquête, par un chef de département du parquet général, à partir de la mi-2025, avec des procureurs en poste et des gens de son entourage informel.
Le mécanisme allégué. Des paiements réguliers pour ne pas gêner les activités de centres d’appels qui escroquaient à grande échelle des Ukrainiens et des étrangers.
Les sommes, selon le NABU. Plus de 20 millions de hryvnias dépensés en immobilier, bijoux et biens de valeur. Plus de 12 millions blanchis par réenregistrement au nom de tiers, dont de l’immobilier dans un complexe prisé près des Carpates. Plus de 10 millions déposés sur les comptes de proches, maquillés en revenus d’affaires.
Cinq membres identifiés. Enquête en cours. Articles 255 et 209 du Code pénal : organisation criminelle et blanchiment. Et cette phrase, obligatoire. Nul n’est coupable tant qu’un tribunal ne l’a pas dit.
Le NABU écrit comme un greffier, pas comme un accusateur. Trois montants, deux articles, une présomption d’innocence. C’est ce ton-là qui rend son communiqué difficile à balayer.
Kropyva devant la Haute Cour anticorruption
Kropyva est accusé, selon le Kyiv Independent, d’organisation criminelle et de blanchiment d’environ 90 millions de hryvnias, soit deux millions de dollars. Le même journal, dans un autre article, écrit 89 millions. J’indique les deux.
La Haute Cour anticorruption l’a placé en détention provisoire jusqu’au 2 novembre, avec une caution alternative de 120 millions de hryvnias. Ukrinform date la décision du 6 septembre; le Kyiv Independent, du 7. Deux sources, un jour d’écart, une même mesure.
Une autre suspecte, Yelyzaveta Ivakhnenko, a été placée sous caution de 20 millions. Les enquêteurs pensent qu’elle aidait à blanchir des fonds pour le groupe, qui aurait enregistré de l’immobilier à son nom et à celui de sa famille.
Cent vingt millions de hryvnias de caution pour un chef adjoint de département, c’est le prix qu’une cour met sur le risque de fuite. Ce prix dit ce qu’elle pense de la taille du dossier.
Le mot patron dans les enregistrements
Andriiovytch, ancien chef du fisc
Kravtchenko n’est pas nommé par le NABU. Mais les enregistrements publiés dans le cadre de l’enquête, écrit le Kyiv Independent, parlent d’un patron qui protégerait le groupe. Un homme dont le patronyme, Andriiovytch, et l’ancien poste de chef du Service national des impôts correspondent à Kravtchenko.
Ruslan Andriiovytch Kravtchenko a dirigé le fisc de décembre 2024 à juin 2025. Le journal le rappelle.
Détail décisif : un message Telegram antérieur du parquet général lui-même confirme que les enquêteurs entendent le mot patron comme désignant Kravtchenko. Le parquet a validé la lecture avant de la contester.
Un procureur anticorruption a aussi décrit Kropyva, en audience, comme un proche de confiance du procureur général.
Le NABU n’a pas eu besoin d’écrire le nom. Le parquet l’a écrit à sa place, dans un message Telegram, avant de comprendre ce qu’il venait de reconnaître.
Une maison à Kozyn, absente de la déclaration
Selon les enregistrements du NABU cités par le Kyiv Independent, Kropyva aurait organisé des travaux dans la maison de Kravtchenko à Kozyn, une zone résidentielle huppée au sud de Kyiv. Kravtchenko dit avoir choisi la maison l’hiver dernier et y vivre depuis mai.
La maison ne figure pas dans sa dernière déclaration de patrimoine. Il dit qu’il la déclarera dans celle de 2026. Il aurait dû déclarer la location si les dépenses dépassaient 166 400 hryvnias, environ 3 750 dollars. Le journal ne sait pas si c’est le cas.
Un ancien haut responsable du parquet, anonyme, a dit au Kyiv Independent qu’une corruption aussi étendue ne peut pas se produire dans le dos d’un procureur général. Soit il y met fin, soit il la dirige. C’est une opinion d’ancien. Je la rapporte comme telle.
Une maison qu’on habite depuis mai et qu’on déclarera l’an prochain, c’est le genre de détail qui ne prouve rien et qui explique tout. Les enquêtes anticorruption se gagnent sur les factures de rénovation.
Trois jours de silence, puis un démenti
Le 6 septembre, sur Telegram
Kravtchenko est resté injoignable jusqu’au 6 septembre, selon le Kyiv Independent. Ce jour-là, sur Telegram, il nie toute implication dans la protection de centres d’appels illégaux, toute instruction en ce sens, tout usage de ses pouvoirs à cette fin.
Il annonce que l’employé impliqué est suspendu, et qu’une décision de licenciement est en préparation. Il ordonne un test au polygraphe pour tout le personnel travaillant sur les dossiers de centres d’appels. Aucune fonction ne protégera personne, dit-il.
Il ajoute que ses bureaux ont été entièrement accessibles aux enquêteurs, sans obstacle, et qu’il n’a rien à cacher.
Un polygraphe pour les subordonnés, un démenti pour soi. Le dispositif est révélateur : on teste les autres avec une machine et on se défend avec un message.
Ce que le parquet a demandé en retour
Le même parquet, selon Ukrinform, a demandé une évaluation juridique des perquisitions nocturnes du NABU dans les bureaux de sa direction, et de l’accès des détectives à des pièces d’autres procédures.
C’est le début du retournement. Dès le 6 septembre, l’institution perquisitionnée conteste la manière de la perquisition. Huit jours plus tard, elle inculpera le perquisitionneur.
Le motif est déjà là : l’accès à des pièces. Kravtchenko dira le 14 que le but du NABU était d’obtenir des documents sur les chefs des agences et leur personnel. La ligne de défense s’écrit avant la démission.
La contre-attaque d’un pouvoir perquisitionné commence toujours par la procédure. C’est le seul terrain où l’on peut parler de soi sans parler des faits.
Le 7 septembre au soir, une démission après une réunion
Zelensky, Arakhamia, Kryvonos, Klymenko dans la même pièce
Le 7 septembre, le président Volodymyr Zelensky reçoit Kravtchenko, David Arakhamia, chef du groupe parlementaire Serviteur du peuple, et les chefs du NABU et du parquet anticorruption spécialisé, Semen Kryvonos et Oleksandr Klymenko. Le Kyiv Independent décrit la réunion. Le soir même, Kravtchenko démissionne.
Ukrainska Pravda, citée par le journal, rapporte qu’Arakhamia faisait pression contre la démission. Arakhamia a refusé de commenter.
Dans le parti présidentiel, la patience était finie. Un député anonyme raconte qu’on discutait de collecter des signatures pour exiger le départ. Parce que ça ne pouvait plus continuer.
Une démission obtenue dans une pièce où siègent ceux qui enquêtent et ceux qui protègent, c’est une capitulation négociée. Le mot est dur; la scène le justifie.
Couper avant que ça n’éclabousse
Yaroslav Yurchyshyn, député de l’opposition libérale Holos, résume au Kyiv Independent. Kravtchenko avait accumulé tant de bagages négatifs qu’il fallait le lâcher avant que le retour de flamme n’atteigne Zelensky.
Un autre député du parti présidentiel confie qu’il n’était pas sûr que le Parlement soutiendrait la démission. Certains voyaient en lui une dernière ligne de défense, celle qui empêche, par exemple, que des députés soient inculpés.
Le procureur général comme rempart des élus. Ce n’est pas une accusation de l’opposition. C’est un aveu du camp majoritaire.
Quand des députés de la majorité disent que le procureur général les protège des poursuites, le scandale n’est plus celui d’un homme. C’est celui d’une fonction détournée en assurance.
Juillet 2025, quand le procureur menait l'assaut
Soixante-dix perquisitions au NABU et deux détectives en prison
Il faut remonter. Nommé en juin 2025, Kravtchenko était vu comme un loyaliste ferme de Zelensky, écrit le Kyiv Independent. En juillet 2025, il joue un rôle crucial dans l’attaque des autorités contre le NABU et le parquet anticorruption.
Ce mois-là, Zelensky tente de supprimer l’indépendance des agences en les subordonnant au procureur général. L’indépendance sera rétablie, note le journal, après des manifestations et une pression occidentale.
Le même mois, le parquet de Kravtchenko, le SBU et le Bureau d’enquête de l’État mènent au moins 70 perquisitions au NABU. Deux détectives sont arrêtés et accusés de haute trahison et d’aide à la Russie. Les critiques y voient une vendetta pour les dossiers du NABU contre des proches du président dans l’affaire Energoatom.
Ils seront libérés en décembre, le mois suivant la démission d’Andriy Yermak, chef de cabinet de Zelensky, après une perquisition du NABU chez lui.
L’homme qui perquisitionne aujourd’hui le parquet est celui que le parquet perquisitionnait il y a quatorze mois. Cette symétrie n’est pas une vengeance; c’est un cycle que personne n’a brisé.
Ce que juillet 2025 dit de septembre 2026
Le Kyiv Independent le rappelle, et la ligne éditoriale de ce média oblige à le dire. La tentative de juillet 2025 était celle du président. Elle a échoué, elle a été corrigée, elle est documentée. Un acte précis, pas un procès de personne.
Ce précédent explique la lecture du NABU et du parquet spécialisé aujourd’hui. Ils voient dans les poursuites contre Kryvonos une continuation de l’attaque systématique contre leur indépendance. Le mot continuation renvoie à juillet.
Sans juillet 2025, l’accusation du 14 septembre serait un incident. Avec juillet 2025, c’est un chapitre.
On ne comprend pas la contre-attaque de Kravtchenko sans se souvenir qu’il a déjà attaqué une fois, avec la bénédiction du sommet. Il refait ce qu’il sait faire; seul le sommet a changé de côté.
La dernière ligne de défense
Cinq députés inculpés en décembre, un assistant perquisitionné
Pourquoi des élus tenaient-ils à ce procureur ? Le Kyiv Independent donne le contexte. En décembre, le NABU inculpe cinq députés du parti d’Arakhamia pour des votes achetés en espèces. Le même mois, le bureau perquisitionne les locaux d’un assistant d’Arakhamia, selon une source policière.
En août, interrogé sur une éventuelle enquête visant Arakhamia, le chef du parquet spécialisé, Klymenko, répond que les agences sont limitées dans leurs enquêtes sur les députés, parce qu’elles doivent obtenir l’accord du procureur général.
L’accord du procureur général. C’est le verrou. Celui qui le tient protège, ou non, une classe politique.
Un verrou légal entre les enquêteurs et les députés, tenu par un homme nommé par le président, c’est la définition d’une justice à géométrie variable. Le scandale n’a fait que montrer la clé.
Le pouvoir grandi d’Arakhamia après le départ de Yermak
Après la chute de Yermak en novembre, écrit le journal, Arakhamia a vu son influence bondir, au point que certains le considèrent comme le deuxième homme du pays. Sa position est devenue plus fragile en décembre, avec les cinq députés inculpés.
Il aurait, selon Ukrainska Pravda, fait pression pour garder Kravtchenko. Un chef de groupe qui défend le procureur qui doit autoriser les poursuites contre ses propres députés.
Je ne vais pas plus loin que les sources. Elles en disent assez.
Il n’y a pas besoin de théorie du complot quand la structure suffit. Un verrou, un homme qui le tient, un groupe qui a intérêt à ce qu’il le garde : le reste suit.
Un ordre de mission signé par lui-même
Paris, une conférence sur les enfants ukrainiens, et un départ à 2 h 30
Le 13 septembre, Kravtchenko signe un ordre de mission. Pour lui-même, selon une source de la présidence citée par le Kyiv Independent. Destination : Paris, une audition du réseau parlementaire de l’Assemblée du Conseil de l’Europe sur les enfants ukrainiens, le 16 septembre. Cinq jours de déplacement à partir du 13.
Il quitte l’Ukraine à 2 h 30 le 14, dans une voiture officielle, selon Ukrainska Pravda. Le parquet dit d’abord ne rien savoir du voyage, puis confirme Paris.
Un porte-parole de l’Assemblée répond au Kyiv Independent. Ni le procureur général ni aucun membre de son bureau ne participera à la réunion. À cent pour cent, il ne se présentera pas, ni comme orateur ni comme participant.
Un ordre de mission pour une conférence où l’on n’est pas attendu, signé par soi-même la veille d’un départ nocturne. Chaque mot de cette phrase est vérifié. Aucun n’est rassurant.
Briefer les partenaires, dit-il
Kravtchenko affirme se rendre à l’étranger pour informer les partenaires de l’état réel du système anticorruption ukrainien et des signes d’influence incontrôlée dans les agences. C’est sa version, rapportée par le Kyiv Independent.
La question de savoir où il se trouve vraiment reste ouverte, écrit le journal. Je la laisse ouverte.
Un procureur suspendu qui va expliquer aux Européens que ses enquêteurs sont incontrôlables, le jour où la Commission européenne salue ces mêmes enquêteurs. Le calendrier a de ces ironies qu’on n’invente pas.
Aller à Paris pour dénoncer le NABU pendant que Bruxelles le félicite, c’est se tromper d’audience, ou espérer une autre audience que celle qu’on annonce.
Le 14 septembre, l'accusation retournée
Deux épisodes, quatre chefs, contre le chef du NABU
Le 14 septembre, Kravtchenko annonce avoir approuvé des poursuites contre Semen Kryvonos, directeur du NABU. Il publie les documents. Selon le Kyiv Independent, il le soupçonne de falsification de documents officiels en vue d’un avantage illicite particulièrement important.
Deux épisodes, quatre chefs. Le premier : des documents de paternité prétendument falsifiés, utilisés en justice pour éviter une sanction dans une affaire vieille de près de vingt ans. Le second : un montage foncier de 2014, un terrain de 72 000 dollars dont la valeur estimée aurait été ramenée de 345 000 à 150 000 hryvnias, découvert avant d’aboutir, selon le parquet.
Il dit aussi avoir approuvé des poursuites contre un proche de Klymenko, sans le nommer. Klymenko répond qu’aucun membre de sa famille n’est inculpé.
Et il appelle Kryvonos et Klymenko à démissionner.
Un dossier de 2014 et une paternité d’il y a vingt ans, sortis le jour où l’on part. Le contenu peut être vrai ou faux; le moment, lui, n’a qu’une seule lecture.
Ce que Kravtchenko dit du président
Kravtchenko affirme, selon le Kyiv Independent, que Zelensky avait cherché à l’empêcher d’approuver ces poursuites. C’est une accusation contre le président, formulée par un homme que le président vient de suspendre.
Il soutient que l’opération du NABU visait à obtenir des documents sur les chefs des agences, à écarter le procureur général et à arrêter les enquêtes le concernant. Ukrinform ajoute qu’il évoque des dizaines de procédures pour crimes graves visant des employés du NABU et du parquet spécialisé.
Des dizaines. Annoncées le jour du départ. Aucune détaillée dans les sources.
Accuser le président de vous avoir freiné, c’est avouer qu’on a agi contre lui. Kravtchenko, en une phrase, a confirmé la seule chose que tout le monde savait : la loyauté a expiré.
Ce que vaut une accusation non notifiée
Kryvonos n’a rien reçu, et la loi dit ce que ça change
Quelques heures plus tard, en conférence de presse, Kryvonos nie avoir été formellement inculpé. Il n’a vu aucune accusation, n’en a reçu aucune notification. Il qualifie les accusations de fabriquées. C’est le Kyiv Independent qui rapporte.
Le journal précise le droit. En Ukraine, une notification de soupçon doit être formellement signifiée au suspect pour être juridiquement valable. Sans signification, un document publié sur Telegram est un document publié sur Telegram.
Le NABU et le parquet spécialisé, dans une déclaration commune citée par Ukrinform et le Kyiv Independent, y voient la continuation d’une attaque systématique contre l’indépendance des agences anticorruption.
Une accusation publiée mais non signifiée est une arme de communication, pas de procédure. Elle blesse la réputation sans engager le droit. C’est précisément sa fonction.
Ce qu’on ne sait pas de ce dossier
On ne sait pas si les pièces publiées par Kravtchenko ont une valeur probante. On ne sait pas si un tribunal en sera saisi. On ne sait pas qui, au parquet, portera ces poursuites après sa suspension.
On ne sait pas non plus ce que vaut la paternité contestée, ni le terrain de 2014. Les sources rapportent les allégations; elles ne les vérifient pas. Moi non plus.
Ce vide n’est pas une faiblesse de l’enquête. C’est son état réel au 14 septembre.
Dire ce qu’on ignore protège de deux erreurs : croire Kravtchenko parce qu’il publie, ou croire Kryvonos parce qu’il enquête. La preuve n’appartient encore à personne.
Un décret sous loi martiale
Le décret 905/2026 et le vote du 15 septembre
Le même 14 septembre, Zelensky signe le décret 905/2026, publié sur le site de la présidence et cité par Ukrinform. En vertu de la partie deux de l’article 11 de la loi sur le régime juridique de la loi martiale, il suspend Ruslan Andriiovytch Kravtchenko de ses fonctions de procureur général.
Il saisit la Verkhovna Rada pour le révoquer. Le vote est prévu le 15 septembre. Le comité parlementaire chargé des forces de l’ordre a recommandé, le 14, la révocation.
Sur Telegram, selon Ukrinform, le président écrit que ce procureur général n’a qu’une seule voie, la révocation. Que c’est exactement ce qu’il lui a dit. Que l’Ukraine a vu toutes les raisons. Et que s’il considère cela comme une pression politique, qu’il le nomme comme tel.
Suspendre par décret de loi martiale un procureur qui accuse vos enquêteurs, c’est prendre parti. Et pourtant, pour une fois, prendre parti pour les enquêteurs est la seule position compatible avec l’Europe.
Ce que le mot pression veut dire dans la bouche du président
Qu’il l’appelle pression politique. La phrase est presque un défi. Elle assume que la décision est politique, au sens où elle vient du pouvoir. Elle refuse qu’elle soit illégitime.
C’est la position d’un chef d’État qui, en juillet 2025, avait tenté le contraire. Le même homme, quatorze mois plus tard, défend l’indépendance qu’il avait voulu réduire.
On peut y voir une conversion, ou une contrainte. Les sources ne permettent pas de trancher. Elles permettent de constater que, cette fois, le sommet ne couvre pas le procureur.
Peu importe si Zelensky a changé d’avis ou de calcul. Ce qui compte pour l’Ukraine, c’est que le procureur qui attaque le NABU n’a plus le président derrière lui. Le reste est de la psychologie.
Bruxelles regarde
Le porte-parole de la Commission, lundi, à la même heure
Le 14 septembre, à Bruxelles, le porte-parole de la Commission européenne Guillaume Mercier répond aux questions, selon Ukrinform. La Commission ne commente pas les cas individuels. Mais elle tient très haut le travail des institutions anticorruption ukrainiennes et souligne l’importance de leur indépendance sur le chemin de l’intégration.
Tolérance zéro pour la corruption, dit-il. La lutte contre la corruption est centrale pour tout pays qui veut rejoindre l’Union. Les organes anticorruption indépendants sont une pierre angulaire de l’État de droit en Ukraine.
Et cette phrase, que Kyiv devrait encadrer. Le fait que des procédures anticorruption visant de hauts responsables aient lieu montre que les institutions fonctionnent.
Bruxelles ne juge pas Kravtchenko. Elle juge le système qui l’a rattrapé, et elle le trouve vivant. C’est la meilleure note que l’Ukraine ait reçue cette semaine, et elle vient d’un scandale.
Le processus de sélection des procureurs, dans le cluster Fondamentaux
Mercier ajoute que l’Union continuera d’évaluer les réformes de l’État de droit, dont l’amélioration du processus de sélection des procureurs. Le cadre : le cluster Fondamentaux des négociations d’adhésion, et la liste de dix réformes prioritaires convenues avec la Commission. Bruxelles attend que ce travail continue de façon cohérente et efficace.
La sélection des procureurs. C’est précisément ce que les militants anticorruption réclament pour le successeur de Kravtchenko.
La Commission n’a pas nommé le poste. Elle a nommé la réforme. Tout le monde à Kyiv a compris de quel poste il s’agissait.
L’Europe ne dicte pas un nom. Elle dicte une méthode. C’est plus contraignant qu’un nom, parce qu’une méthode survit à celui qu’on nomme.
Le poste qu'on n'a jamais mis au concours
Ce que demande le Centre d’action anticorruption
Tetiana Shevchuk, juriste au Centre d’action anticorruption, le dit au Kyiv Independent. On tourne en rond. Le problème du parquet général, c’est le procureur général, qui échange sa loyauté politique envers le président contre le contrôle de l’appareil répressif et les bénéfices financiers qu’il en tire. La seule solution, selon elle : un concours transparent pour le poste.
Elle liste ce que le scandale a révélé. Absence de vérification et de sélection sérieuses des procureurs, absence d’indépendance dans le traitement des dossiers, micro-gestion verticale, absence de contrôle interne efficace. Tout ce que la réforme devait garantir.
Un député du parti présidentiel lui donne raison. Un processus compétitif est la meilleure solution, systémique et institutionnelle, et à chaque scandale les chances augmentent.
Quand la majorité et les militants disent la même chose sur la méthode, il ne manque que la volonté. Et la volonté, dans cette affaire, a un nom de rue : Bankova.
Ionushas, le nom qui revient depuis 2020
Qui pour remplacer ? Le Kyiv Independent cite des médias. La candidature de Serhii Ionushas, chef de la commission parlementaire des forces de l’ordre, est envisagée pour le poste depuis 2020. Un député confie qu’il pourrait bien le vouloir. Mais que c’est compliqué, parce qu’il faudrait lui trouver un successeur à sa commission.
Un nom qui revient depuis six ans. Un concours qu’on n’a jamais organisé. Entre les deux, un scandale par procureur.
La question reste ouverte au 14 septembre. Elle le restera tant qu’on choisira un loyaliste plutôt qu’une procédure.
Remplacer un loyaliste par un loyaliste, c’est changer le locataire sans changer la serrure. Le NABU reviendra forcer la porte, et tout le monde le sait déjà.
Ce que Zelensky a fait, et ce qu'il n'a pas fait
Le crédit et la dette d’un président en guerre
Cette ligne éditoriale tient Zelensky pour le dirigeant d’une résistance. Elle l’oblige aussi à critiquer ses actes précis. Voici les deux colonnes, sans hostilité et sans complaisance.
Au crédit : la réunion du 7 septembre avec les chefs des agences, la démission obtenue, le décret du 14, l’appel à la révocation immédiate, la phrase sur la pression politique assumée. Un président qui, cette fois, ne couvre pas.
À la dette. Juillet 2025, la tentative documentée de subordonner les agences au procureur, corrigée sous pression. La nomination d’un loyaliste en juin 2025. L’absence, toujours, d’un concours pour le poste. Le politologue Volodymyr Fesenko dit au Kyiv Independent que Zelensky ne faisait plus confiance à Kravtchenko depuis l’an dernier. La confiance perdue n’est pas une réforme.
Défendre l’Ukraine et critiquer son président sur un acte précis ne sont pas contradictoires. C’est même la seule façon de défendre l’Ukraine qui ne ressemble pas à de la propagande.
La prochaine nomination comme test
Tout se jouera sur un nom, ou sur une méthode. Si le successeur sort d’un concours transparent avec des experts internationaux, comme le demandent Shevchuk et d’autres, l’affaire Kravtchenko aura servi. Si un loyaliste est nommé, elle aura seulement changé de figurant.
La Commission européenne a dit ce qu’elle regardera. Le président a dit ce qu’il refusait. Il reste à voir ce qu’il choisira.
Le test est daté : après le vote du 15 septembre.
Le vrai verdict sur Zelensky dans cette affaire n’est pas encore rendu. Il tient dans la première ligne du prochain décret de nomination, et dans la procédure qui l’aura précédé.
Ce que Moscou lit dans cette affaire
Le récit qu’on peut fabriquer, et celui que les faits soutiennent
Il faut anticiper l’usage. Un procureur suspendu qui accuse le président et les enquêteurs, une capitale qui se déchire. Voilà un matériau parfait pour qui veut dire que l’Ukraine est ingouvernable.
Les faits disent autre chose, et Mercier l’a formulé. Des procédures contre de hauts responsables ont lieu, donc les institutions fonctionnent. Un pays où le NABU force la porte du parquet général n’est pas un pays sans contre-pouvoirs. C’est un pays où ils se battent.
Je n’ai lu aucune réaction russe dans mes sources. Je ne l’invente pas. Je note seulement que la meilleure réponse à ce récit-là n’est pas un démenti. C’est un concours.
Le récit de l’ingouvernabilité se réfute par une procédure, pas par un communiqué. Chaque scandale traité par des institutions est une défaite de ce récit; chaque scandale étouffé en est une victoire.
La différence qui reste à prouver
À Moscou, un procureur général n’accuse pas le président. À Kyiv, il vient de le faire, publiquement, et le président lui a répondu par un décret et un vote parlementaire. C’est bruyant, c’est laid, c’est démocratique.
Et pourtant, le bruit n’est pas la preuve. La preuve viendra de ce que devient le poste. Tant que la chaise du procureur général se donne, elle se reprend.
La différence avec Moscou est réelle. Elle n’est pas encore acquise.
L’Ukraine se distingue de la Russie par le fait que ses scandales sortent. Elle s’en distinguera davantage le jour où ils cesseront de se répéter.
Conclusion : Delenda
Ce qui est établi au 14 septembre 2026
Établi. Des perquisitions du NABU au parquet général le 4 septembre. Un communiqué décrivant une organisation présumée de protection de centres d’appels frauduleux et de blanchiment, cinq membres identifiés. Kropyva en détention, caution de 120 millions. Des enregistrements où un patron correspond à Kravtchenko, lecture confirmée par le parquet lui-même. Une maison à Kozyn non déclarée.
Établi aussi. Une démission le 7 septembre après une réunion présidentielle. Un ordre de mission signé par lui-même pour une conférence où il n’est pas attendu, un départ à 2 h 30 le 14. Des poursuites annoncées contre le chef du NABU, non signifiées selon lui.
Un décret de suspension, un vote le 15. Une Commission européenne qui salue les agences et nomme la réforme de la sélection des procureurs.
Non établi. La culpabilité de quiconque. La valeur des pièces contre Kryvonos. Le lieu où se trouve Kravtchenko. Le nom du prochain procureur général, et la méthode de son choix.
Ce qui manque au dossier n’est pas une preuve contre un homme. C’est une procédure pour une chaise. Tant qu’elle manquera, chaque Carthage en préparera une autre.
Ce que le lecteur emporte de dix jours à Kyiv
Un procureur est tombé. Il a accusé en tombant. Le président ne l’a pas retenu. L’Europe a regardé, et elle a vu des institutions qui fonctionnent.
C’est beaucoup pour un pays en guerre. Ce n’est pas assez pour un pays qui veut entrer dans l’Union. L’écart entre les deux tient dans un concours qu’on n’a jamais organisé.
Carthage doit être détruite, disait la formule. Ici, Carthage n’est pas un homme. C’est l’habitude de nommer un loyaliste là où il faudrait choisir un procureur.
Le NABU a forcé une porte. Le président l’a laissée ouverte. Il reste à savoir qui, demain, aura la clé de la suivante, et si cette clé sera enfin tirée au concours plutôt que remise en main propre.
Kravtchenko part en accusant ceux qui l’ont fait tomber, radiographie d’un bras de fer à Kyiv
Si le prochain procureur général est encore choisi pour sa loyauté plutôt que par concours, combien de temps avant que le NABU ne doive, à nouveau, forcer la porte ?
Signé Maxime Marquette, Chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, analyste et expert. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse et à une lecture critique des événements, sans présence sur le terrain ni témoignage personnel inventé.
Ma perspective est ouvertement occidentale et favorable à la défense de l’Ukraine. Je la revendique plutôt que de la dissimuler derrière une neutralité de façade, afin que le lecteur puisse en tenir compte et juger par lui-même.
Méthodologie et sources
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Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives constituent une synthèse critique et contextuelle fondée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts vérifiables.
Mon rôle est d’interpréter les faits, de les contextualiser et de leur donner un sens cohérent dans le cadre des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques contemporaines.
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