Le prix du dimanche
Ce dimanche-là, l’essence coûtait 4,31 $ le gallon. Selon l’American Automobile Association.
Un mois plus tôt, 4,07 $. Un an plus tôt, 3,19 $. Trois chiffres. Une seule courbe.
Le mercredi précédent, 9 septembre 2026, le prix avait grimpé à 4,22 $. En une seule nuit.
Un mois, un an
Avant la guerre, le gallon se vendait 2,98 $. C’était le 27 février 2026.
De 2,98 $ à 4,31 $, la hausse dépasse 44 %.
Le baril mondial avait franchi les 100 $ le mercredi. Pour la première fois depuis juillet.
Le compteur tourne pendant la partie.
Après les élections, pas après la victoire
Avant les midterms, dit-il dimanche
À Doonbeg, Trump a nuancé son échéancier. « Ça pourrait finir avant les midterms, mais ce sera après. »
Une phrase prudente. Une porte qui reste ouverte. Des deux côtés du calendrier électoral américain.
Immédiatement après, disait-il mercredi
Quatre jours plus tôt, le ton était différent. En route vers la convention républicaine de Dallas.
« La guerre va se terminer immédiatement après l’élection », avait-il tranché.
« Ils ne pourront pas tenir plus longtemps », avait-il ajouté. Au sujet du régime iranien.
Une date ferme le mercredi. Une date qui glisse le dimanche suivant. Le mot change. Pas le fond.
Un calendrier de guerre écrit avec un calendrier électoral.
Le camp de ce texte
Ce que je défends
Ce texte est du côté des 18 militaires américains morts en sept mois de guerre.
Pas du côté d’une paix qui peut attendre un mardi de novembre.
Il est contre Donald Trump, dans sa fonction de commandant en chef.
Contre l’idée qu’une guerre se termine au rythme d’un calendrier électoral, pas d’un objectif militaire.
Je ne sais pas si le pétrole ira jusqu’à Téhéran. Je sais compter jusqu’à 18.
L’adversaire, nommé
L’adversaire n’est pas l’Amérique. C’est une phrase.
Prononcée à Doonbeg le 13 septembre. Répétée en route vers Dallas le 9.
La guerre finira quand ça arrangera une élection. Pas avant.
Ce n’est pas une victoire qu’on attend. C’est une date.
Ce n’est pas un cessez-le-feu qu’on négocie. C’est un calendrier électoral.
Ce n’est pas un adversaire qu’on vainc. C’est un gisement qu’on évalue.
Ce n’est pas la paix qu’on promet. C’est un prix à la pompe.
Ce n’est pas 18 soldats qu’on pleure. C’est un sondage qu’on surveille.
Le camp, ici, compte les mois, pas les votes.
Un régime qui tiendrait pour nous nuire
Désespérés, dit Trump
Le 9 septembre 2026, Trump se rendait à la convention républicaine de Dallas. Il a visé Téhéran directement.
« Ils sont désespérés », a-t-il dit.
Le régime, selon lui, espérait un Congrès plus faible après le scrutin. Un Congrès qui le laisserait garder son programme nucléaire.
La foule a répondu non
Le soir même, à la tribune de la convention, il a posé une question à la foule.
Est-ce que l’Iran devrait avoir l’arme nucléaire ?
La réponse a été unanime. Et négative. Sans surprise.
Un régime accusé de gagner du temps pour nuire à un vote. Un président qui, lui, gagnait un après-midi de golf. Quatre jours plus tard.
L’accusation n’est étayée par aucune preuve rendue publique. C’est une lecture de Trump, pas un fait établi. Le texte la traite comme telle. Rien de plus.
Un régime accusé d’attendre, un président qui, lui, patientait au golf.
Garder le pétrole, comme au Venezuela
Le même modèle qu’au Venezuela
Le modèle existe déjà. Washington a conclu une entente, en août 2026, pour acheter 20 % du pétrole d’une compagnie vénézuélienne.
Cette compagnie, North American Blue Energy Partners, est le deuxième producteur privé du pays.
Le projet doit durer 25 ans. Il doit développer 17 gisements. La cible : plus de 1,5 million de barils par jour, selon la présidente par intérim du Venezuela, citée par la télévision d’État en août.
Payé plusieurs fois, dit-il
« L’argent du Venezuela a payé la guerre plusieurs fois », a affirmé Trump à Doonbeg. Un modèle à reproduire, selon lui, en Iran.
En mars, il avait une confidence pour le Financial Times. Prendre le pétrole iranien était « sa chose préférée ».
Au sujet de ses critiques : « Ce sont des gens stupides. »
Il a aussi prévenu qu’il ne signerait pas n’importe quoi. « Je ne conclurai pas une entente qui ne vaut rien. »
« L’Iran nous appelle sans arrêt », a-t-il ajouté, pour négocier.
L’agence iranienne Mehr a rejeté ces affirmations. En bloc. Les qualifiant d’absurdes.
Trump, selon elle, voudrait justifier ses propres difficultés économiques intérieures. Chacun sa version.
Un plan pétrolier déjà en marche, ailleurs.
18 morts, pas de tableau
Le septième mois
La guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran dure depuis sept mois.
Elle a commencé le 28 février 2026. Washington et Israël ont lancé une attaque de grande envergure contre l’Iran.
Téhéran a répondu le jour même. En militarisant le détroit d’Ormuz.
Depuis, 18 militaires américains sont morts.
Un mariage frappé, en septembre
Le premier septembre, une frappe américaine a visé des sites militaires iraniens. En représailles, selon le commandement central.
Des attaques avaient visé des navires commerciaux et du personnel américain.
Une de ces frappes a atteint un mariage, dans le sud de l’Iran. Au moins cinq morts. Plus de 60 blessés, selon des responsables iraniens.
L’armée américaine a ouvert une enquête interne. Une de plus.
On compte les cents à la pompe. On compte moins les noms.
Le détroit qui ne cède pas
Un cinquième du pétrole mondial
Avant la guerre, un cinquième du commerce pétrolier mondial passait par le détroit d’Ormuz.
Téhéran l’a transformé en arme de négociation. Les pourparlers avec Washington sont aujourd’hui au point mort.
10 navires, cinq pétroliers
Le 9 septembre, l’Iran a attaqué 10 navires. Dont deux américains, près du détroit.
Avant ça, les États-Unis avaient détruit cinq pétroliers iraniens.
Quelques jours plus tôt, un tir de missiles iraniens visait un porte-avions et un destroyer américains. En réponse, trois autres pétroliers ont été détruits.
Un pipeline saoudien a aussi été visé. Trump en attribue la responsabilité probable à l’Iran.
Les négociants pétroliers s’attendaient déjà à une nouvelle hausse le lundi. Encore une fois.
Le premier avril, dans une allocution télévisée, Trump avait affirmé une chose. Les États-Unis n’importent pas de pétrole transitant par le détroit, disait-il. Il demandait à ses alliés de prendre les devants pour rouvrir la route.
Le mois dernier, son administration a aussi prolongé une dérogation à la loi Jones. De 90 jours. Pour laisser des navires étrangers transporter du pétrole entre ports américains.
Le détroit tient. Le prix du gallon aussi.
Le mot que Vance refusait
Pas de délais artificiels
Le vice-président JD Vance a évité un mot, la semaine précédente : « une guerre ».
Il a aussi refusé de fixer des « délais artificiels » pour sa fin.
Demandez donc à l’Iran
« Il faudrait poser la question aux Iraniens », a-t-il dit. On lui demandait une date.
« C’est comme demander quand l’Iran arrêtera de tirer sur des navires », a-t-il ajouté. Il a avoué ne pas connaître la réponse.
Le 17 août 2026, Trump l’a contredit publiquement. Sèchement.
Le mémorandum signé avec l’Iran en juin venait d’expirer. Sans accord. Le jour même. Il prévoyait un délai de 60 jours pour une entente de paix.
Le but numéro un, a-t-il tranché, restera toujours le même : empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire. Pas de faire baisser le prix de l’essence.
Ne pas nommer la guerre ne l’arrête pas.
La realpolitik, sa meilleure défense
L’argument qu’on ne peut pas mépriser
L’objection la plus forte tient en une idée simple. Aucune grande puissance ne fait la guerre par charité.
Extraire une ressource pour financer un effort de guerre n’a rien de neuf. Le dire tout haut vaut mieux que le camoufler.
Victoria Coates, de la Heritage Foundation, l’a formulé ainsi au sujet de l’Iran. Washington n’a pas besoin de ce pétrole, dit-elle.
Mais en prendre le contrôle ouvrirait la porte à des entreprises. Des entreprises capables de reconstruire l’industrie, comme au Venezuela.
Une partie du brut vénézuélien pourrait même renflouer les réserves stratégiques américaines. Déjà entamées par la guerre. L’argument se tient, sur papier. Sur le terrain, moins.
Ce que l’histoire en dirait
Et pourtant, l’argument tient à une condition. Que la guerre poursuive un objectif militaire clair. Pas un calendrier de vote.
Si l’arme nucléaire est la seule ligne rouge, comme le répète Trump, le pétrole n’est qu’un bonus. Assumé publiquement, plutôt qu’un objectif qu’on cache.
Une thèse qui se défend, jusqu’à un certain chiffre.
Ce que la realpolitik ne paie pas
Un chiffre, pas un objectif
Et pourtant, 18 morts ne sont pas encore attachés à un objectif militaire précis. Seulement à une date de vote.
Les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis sont tombées sous les 300 millions de barils, début août. En baisse de plus de 100 millions depuis le début de l’année.
Trois chiffres de lassitude
Seulement 31 % des Américains appuyaient les frappes contre l’Iran, fin août. 63 % s’y opposaient. Selon un sondage Reuters/Ipsos.
83 % s’attendent à un engagement militaire prolongé. 61 % estiment que la guerre a rendu leur vie plus chère. Selon un sondage Politico du même mois.
Le diesel, lui, a atteint un sommet record. 5,94 $ le gallon, le 9 septembre. Un record de plus.
Le calcul tient, sauf pour qui compte les mois.
Ce que Téhéran a sur les mains
Une arme, pas seulement un couloir
La concession est nécessaire. Le régime iranien n’est pas une victime immobile dans ce dossier.
C’est Téhéran qui a militarisé le détroit d’Ormuz, dès le premier jour. Qui en a fait un levier de pression sur Washington. Plutôt qu’un simple couloir commercial.
Ce choix a aussi un prix. Payé par les marins et les compagnies pétrolières du monde entier. Pas seulement par les deux belligérants.
Un régime qui joue, lui aussi, l’élection
Des évaluations du renseignement américain, rapportées début septembre, indiquent une chose. Téhéran est prêt à poursuivre le combat pendant des mois. Malgré la pression économique.
Des analystes cités dans ces évaluations vont plus loin. Téhéran pourrait espérer infliger un coût politique à l’administration américaine, pour gagner un rapport de force.
Un calcul à peine plus honnête que celui qu’on reproche à Washington. Les deux mentent un peu.
Des pays du Golfe multiplient, en parallèle, les contacts diplomatiques avec Téhéran. Une piste qui contourne Washington. Sans lui.
« Ça ne me dérange pas. C’est leur affaire », a réagi Trump, questionné à ce sujet à Doonbeg.
Les deux camps comptent les jours qui restent avant novembre.
Le prix qu'il refuse de porter
Une bagatelle, disait-il
Le 27 février 2026, la veille de la guerre, Trump était à Corpus Christi, au Texas.
Il promettait de réduire les coûts de l’énergie. Ça ferait baisser le prix de tout, disait-il.
Le 8 mars, il a trouvé une formule. « Un petit prix à payer pour la sécurité et la paix. »
Le 12 mai, nouvelle formule. La situation financière des Américains ne comptait « pas même un tout petit peu », disait-il, dans ses calculs sur l’Iran.
« Je ne pense à personne », a-t-il dit, ce jour-là. « On ne peut pas laisser l’Iran avoir l’arme nucléaire. »
Le 3 août, autre cible : les pétrolières.
Il reprochait à Exxon et à Chevron d’avoir fait trop d’argent pendant la guerre. « Ils ont fait trop d’argent, beaucoup trop d’argent », a-t-il dit.
La semaine dernière encore, il minimisait le conflit. Sans grande importance, disait-il.
J’adore l’inflation, disait-il en juin
Le 10 juin, un rapport gouvernemental tombait. Inflation annuelle de 4,2 %. La plus haute en trois ans.
Tirée en bonne partie par l’énergie. Toujours la même énergie.
« J’adore l’inflation », a répondu Trump, à qui on demandait un commentaire.
Les prix baisseraient, a-t-il ajouté, une fois la guerre gagnée.
Un petit prix, répété depuis sept mois.
Ceux qui paient, ceux qui décident
L’Iran s’effondre, mais pas le régime
En Iran, la monnaie a plongé à des creux records.
L’inflation, le chômage, les pénuries de biens essentiels : tout s’est aggravé. Sous l’effet des sanctions et de la guerre.
Téhéran ne publie plus de chiffres officiels récents. Cette absence, en soi, est une donnée. Un régime qui cacherait ses statistiques n’a généralement pas de bonnes nouvelles à annoncer.
Le régime, lui, tient encore. Selon les mêmes évaluations du renseignement américain. Pour l’instant.
Jusqu’à la fin du mandat, disent ses conseillers
Le vice-président Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio auraient discuté avec Trump d’une possibilité. Que la guerre se poursuive jusqu’à la fin de son mandat.
Un pompiste américain, un civil iranien, un militaire. Aucun des trois ne décide de ces dates. Jamais.
Ceux qui décident ne sont pas ceux qui paient.
Un dernier trou avant novembre
Ce qu’une élection ne prouve pas
Doonbeg reste un terrain de golf. L’Iran reste une guerre. Les deux ont partagé la même phrase. Le même dimanche.
Autrement dit : un président peut tenir les deux idées en même temps. Le loisir et le pétrole. Sans que l’une n’excuse l’autre.
Le compteur, encore
Combien de dollars au gallon faudra-t-il encore avant qu’une date d’élection cesse de décider d’une date de paix ?
Le baril ne répondra pas. Le calendrier électoral, lui, n’attend pas de vainqueur militaire.
D’ici là, le compteur à la pompe va continuer de tourner. Personne ne l’arrête pour une saison de golf.
À Doonbeg, un autre tournoi commencera l’an prochain. La guerre, elle, n’a pas de date de retour confirmée. Pas encore.
Partir ou rester, le pétrole aura décidé avant l’électeur.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Al Arabiya (Reuters), Trump évoque garder le pétrole iranien, 13 septembre 2026
Associated Press, le prix du pétrole et les midterms, 9 septembre 2026
Middle East Monitor (Anadolu), la fin de la guerre après les midterms, 13 septembre 2026
Sources Secondaires :
The Hill, la comparaison entre l’Iran et le Venezuela, 13 septembre 2026
Time, la guerre en Iran et les élections de mi-mandat, 10 septembre 2026
ABC News, la chronologie des déclarations sur le prix du pétrole, 11 septembre 2026
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