Le livre qui a fait mal
L’usure ne tombe pas du ciel. Elle a des dates. Des noms. Des lignes déjà publiées.
L’ex-députée Catherine Dorion publie un livre. Il frappe son ancien parti, de l’intérieur, rappelle La Presse Canadienne. Elle et Émilise Lessard-Therrien critiquent, chacune à sa façon, le leadership de Gabriel Nadeau-Dubois.
Lessard-Therrien est élue co-porte-parole en novembre 2023. Elle démissionne en avril 2024. À peine des mois plus tard. Un mandat qui n’a pas tenu une année complète.
Deux ans, trois noms, une seule direction : vers la sortie.
Une phrase à l’Assemblée
Puis vient Haroun Bouazzi. Député solidaire de Maurice-Richard. Il dit voir « tous les jours » à l’Assemblée nationale la construction de ce qu’il appelle « cet Autre ». Une culture qui, selon lui, « serait dangereuse ou inférieure ».
La phrase reste. Elle circule. Elle colle au parti entier. Pas seulement à celui qui l’a prononcée.
Ce n’est pas une chute isolée. C’est un empilement. Brique après brique, sur deux ans.
On n’use pas un homme avec une seule crise.
Une place vide au Parlement
1,5 %, contre 9 % en 2022
Les chiffres arrivent après les mots. Ils ne pardonnent rien à personne.
Dans la partielle d’Arthabaska, la candidate solidaire Pascale Fortin récolte 1,5 % des voix. En 2022, dans la même circonscription, elle avait obtenu 9 %. Assez pour devancer les libéraux, rapporte La Presse Canadienne.
Un score qui recule de six fois n’est pas une glissade. C’est un effondrement. Il se lit comme tel, dans une salle de stratégie.
Cinquième sur cinq
Selon l’agrégateur Qc125, cité par La Presse Canadienne, Québec solidaire tombe en cinquième place. Avec 10 % des intentions de vote. Un scrutin, ce jour-là, aurait pu coûter la moitié de sa députation.
Et pourtant, personne au parti ne parle publiquement de disparaître.
Douze députés siègent encore à Québec. Un caucus qui tient. Dans un parti qui compte de moins en moins fort.
Un cinquième rang, ça se corrige. Un caucus divisé, plus difficile.
Un cinquième rang n’est pas une condamnation. C’est un avertissement.
Quatre noms sur un bulletin
Cinq cents signatures, dix mille dollars
La course pour succéder à Gabriel Nadeau-Dubois s’ouvre le 15 août 2025.
Quatre candidats restent sur la ligne de départ, selon Élections Québec, cité par La Presse Canadienne. Les députés Sol Zanetti et Etienne Grandmont. L’ancien directeur régional de santé publique Yv Bonnier Viger. Le militant Geru Schneider.
Chacun doit réunir 500 signatures. Verser un dépôt de 10 000 $, avant le 14 septembre. Le plafond de dépenses : 60 000 $.
Celle qui n’avait pas à se présenter
Les statuts du parti ont changé. N’importe quel membre peut désormais briguer un poste de porte-parole. Pas seulement un homme.
Mais un seul des deux sièges reste réservé à une femme. Ce siège est déjà occupé. Ruba Ghazal n’a rien à gagner dans cette course. Rien à y perdre non plus.
Le poste masculin, lui, demeure vacant depuis mars. Le député de Saint-Henri–Sainte-Anne, Guillaume Cliche-Rivard, l’occupe par intérim.
Un poste, quatre candidats, et une femme qui regarde de loin.
Une place vacante attire toujours plus de monde qu’une place déjà gagnée.
Le caucus voulait un autre
Cinq députés, un candidat
Etienne Grandmont n’entre pas seul dans la course. Cinq collègues élus l’appuient publiquement, rapporte Le Soleil. Vincent Marissal. Christine Labrie. Alexandre Leduc. Andrés Fontecilla. Et Manon Massé elle-même.
C’est le poids de près de la moitié du caucus. Mis dans une seule balance.
Sol Zanetti, lui, récolte des appuis venus d’ailleurs. Émilise Lessard-Therrien. Catherine Dorion. Des figures externes au caucus. Mais pas sans influence chez les militants.
La base a tranché autrement
Le vote se tient en ligne. Une première pour Québec solidaire. Du 4 au 8 novembre 2025. Tous les membres peuvent voter, pas seulement les 400 personnes présentes au congrès.
Le caucus voulait Grandmont. La base a voté Zanetti.
Ce n’est pas rien. Un parti où l’establishment parlementaire perd son pari devant ses propres membres.
Un parti peut avoir un caucus et une base qui ne pensent plus pareil.
Un caucus propose. Les membres disposent.
50,41 %, pas un point de plus
Le chiffre exact
Sol Zanetti l’emporte dès le premier tour. Avec 50,41 % des voix exprimées, précise Radio-Canada.
Etienne Grandmont suit, à 37,96 %. Yv Bonnier Viger ferme la marche, à 9,24 %.
0,92 % des votants s’abstiennent. 1,47 % préfèrent laisser le poste vacant.
Soixante pour cent ont répondu
Le taux de participation atteint 60 % des membres admissibles, selon Le Soleil.
Un clic, quelque part. Dans une cuisine, un salon. Plutôt qu’une file devant une urne. Le silence d’un vote en ligne remplace le bruit d’un congrès.
« C’est un peu irréel », admet Sol Zanetti. En ouverture de son discours. Encore visiblement ébranlé.
Cinquante virgule quarante et un, ce n’est pas cinquante et un. La nuance compte, dans une course à un seul tour.
Un chiffre à la centième près ne laisse pas de place au doute.
Ce que Zanetti a dit en entrant
Un miracle qu’il n’a pas inventé
Sol Zanetti entre dans la salle. Aux côtés de Ruba Ghazal. Sous les applaudissements des délégués, rapporte Radio-Canada.
Il remercie d’abord Gabriel Nadeau-Dubois. Pour ce qu’il présente comme le miracle politique de 2018. Et pour avoir fait passer, dit-il, l’intérêt du parti avant tout.
Un adversaire de la course qui commence par saluer l’homme qu’il remplace. Ce n’est pas si fréquent.
« Bien inconscient de ne pas avoir peur »
Il dénonce, sans les nommer, les lois interdisant les signes religieux. Et les réductions des seuils d’immigration. Il tend la main aux peuples autochtones. Il défend un « souverainisme accueillant ».
Puis il avoue : « Je serais bien inconscient de ne pas avoir un peu peur. »
Une phrase de vulnérabilité. Glissée dans un discours de victoire. Peu de porte-parole l’écrivent dans leur premier texte officiel.
Une victoire qui commence par un remerciement, pas par une attaque.
Une victoire qui avoue sa peur reste une victoire.
Le lendemain, une porte de plus
La voie libre
Le 20 mars, une porte se ferme. Le 9 novembre, une autre s’ouvre.
Samedi soir, Sol Zanetti vient d’être élu. Dimanche matin, il annonce qu’il laisse la voie libre. À Ruba Ghazal. Pour le poste de candidate à la première ministre, rapporte La Presse Canadienne.
Les membres confirment ce choix en congrès, dimanche, à Québec. Ghazal ira au débat des chefs. De l’élection du 5 octobre 2026.
Ce n’est pas un vote. Ce n’est pas non plus un hasard. C’est un geste. Posé par un homme qui vient tout juste de gagner.
Les trains orange
Dans son discours de clôture, Ghazal martèle son ambition. Un pays « féministe, inclusif, soutenu par une économie verte ».
Elle file ensuite la métaphore. Le Parti québécois roule, dit-elle, dans un autobus trop petit. À Québec solidaire, on va « louer des trains orange ». Avec de la place pour « tout le monde ».
Gabriel Nadeau-Dubois est descendu du sien en mars. Épuisé. Elle, dix mois plus tard, en affrète un nouveau. Et elle en ouvre les portes.
Peu de porte-parole cèdent une candidature le lendemain d’y avoir eux-mêmes accédé.
On peut fuir un train. On peut aussi en affréter un autre.
Ce que le Parti québécois a répondu
« Il n’y aura pas de bébelle »
Paul St-Pierre Plamondon réplique le jour même. En point de presse, à Montréal, selon La Presse Canadienne.
« Il n’y aura jamais de fusion ni d’entente entre QS et le PQ », tranche-t-il. Puis, plus sec encore : « Il n’y aura pas de bébelle. »
Une phrase brève. Une porte fermée, celle-là, tout de suite.
Un accueil qu’elle dit introuvable ailleurs
Elle dit voir se bâtir, dans le discours de Paul St-Pierre Plamondon sur l’immigration, « un camp du Oui qui exclut ».
Cette ouverture aux gens venus d’ailleurs, ajoute-t-elle, « je ne la vois pas au PQ ».
St-Pierre Plamondon, lui, reconnaît l’engagement de longue date de Zanetti. Pour l’indépendance. Il se demande, tout de même, si les attaques partisanes servent le climat social.
Deux souverainismes. Une même case électorale à se disputer. Ni l’un ni l’autre ne recule.
Les deux partis visent le même bassin d’électeurs indépendantistes, celui qui doute encore.
Un parti qui n’attaque personne n’a rien à défendre.
Chicoutimi, le prochain test
Un château fort qui a changé de couleur
Dès le lendemain de sa victoire, Sol Zanetti fait face à son premier test réel. Une partielle, à Chicoutimi. La circonscription est vacante depuis septembre. Depuis le départ de la ministre caquiste Andrée Laforest, battue à la mairie de Saguenay.
Le Parti québécois y a régné sans interruption, de 1973 à 2018. La Coalition avenir Québec, depuis.
Ce n’est pas un terrain solidaire. Ce ne l’a jamais été.
« Je vais être lucide »
Ruba Ghazal ne maquille rien. Devant la candidate locale, Jeanne Palardy. Elle dit que ce sera un test. Chicoutimi, ajoute-t-elle, « n’est pas un terrain habituellement fertile pour Québec solidaire ».
« Je veux dire, je vais être lucide », tranche-t-elle.
Une porte-parole qui admet, d’avance, qu’elle risque de perdre. Ce n’est pas une stratégie de communication. C’est un aveu.
Une candidate qui admet le terrain difficile avant le vote change rarement le résultat, mais elle change le ton.
La lucidité ne gagne pas une partielle. Elle prépare la suivante.
Dix mois plus tard, un sondage
Mille personnes, quatre jours
Le 15 septembre 2026, à quelques heures du premier débat des chefs, La Presse publie un sondage Synopsis-La Presse.
Entre le 10 et le 13 septembre, la firme Synopsis interroge 1000 Québécois. Par panels en ligne. Les données sont pondérées selon l’âge, le sexe, la langue maternelle, la scolarité et la région.
La question posée n’est pas pour qui les gens voteraient. C’est comment leur opinion a changé. Depuis le début de la campagne.
Onze points, dans le bon sens
Chez 25 % des répondants, l’opinion de Ruba Ghazal s’est améliorée. Chez 14 %, elle s’est détériorée. Au net, un différentiel de 11 points. Le meilleur des cinq chefs sondés.
« C’est spectaculaire », dit Youri Rivest, associé chez Synopsis.
Christine Fréchette et Charles Milliard affichent chacun un différentiel positif de 4 points. Paul St-Pierre Plamondon, lui, ne bouge à peu près pas.
Aucun de ces chiffres ne mesure une intention de vote. Ils mesurent une impression, rien de plus.
Un différentiel ne fait pas un gouvernement. Il fait une tendance.
Pourquoi elle surprend, et ce que ça tait
Épargnée par le rang
Youri Rivest propose une explication simple. Cinquième dans les intentions de vote, Ghazal n’intéresse pas les attaques des autres chefs. Elle a pu consacrer sa campagne à ses engagements. Plutôt qu’à se défendre.
Selon lui, le climat électoral de 2026 « est un peu anxiogène ». Marqué par la guerre commerciale avec les États-Unis. Ghazal, elle, arrive avec « une tonalité dans la communication qui est positive ».
« Elle a réussi à capter l’attention des Québécois de la bonne façon », tranche Rivest. Être ignoré, en campagne, peut devenir un avantage. Personne ne vise une cible qu’on ne croit pas capable de gagner.
Treizième enjeu sur quatorze
Et pourtant, la souveraineté, thème central du discours de Ghazal et de Zanetti au congrès de novembre, tombe au 13e rang sur 14 enjeux. Dans ce même sondage. Six pour cent des répondants la nomment prioritaire.
Même chez les électeurs péquistes, elle n’arrive qu’au septième rang. À 19 %.
Ce que les Québécois nomment vraiment : la santé, à 52 %. L’inflation et le coût de la vie, à 45 %. Le logement, à 31 %. La guerre commerciale, à 30 %.
Un chef peut surprendre sur un thème que presque personne ne classe en priorité. C’est ce qui arrive à Québec solidaire. Dix mois après un congrès qui misait sur l’indépendance.
Un sondage capte une humeur de septembre. Il ne capte pas encore l’isoloir d’octobre.
Surprendre n’est pas convaincre. C’est ouvrir une porte de plus.
Rester quand les autres sont partis
Ce qu’un sondage ne vote pas
Ce n’est pas un accident.
Ce n’est pas non plus une victoire déjà acquise.
Ce n’est pas le caucus qui a choisi Sol Zanetti. Ce n’est pas Sol Zanetti seul qui a choisi Ruba Ghazal. Ce n’est pas un sondage, enfin, qui choisira la première ministre. Le 5 octobre.
Un parti ne se refait pas une image en un seul week-end de novembre.
Dans un même parti, en huit mois, une porte s’est fermée sur un homme usé. Une autre s’est ouverte sur une femme épargnée par son propre rang. Les deux mouvements n’ont ni le même bruit ni la même vitesse. Une seule cause, pourtant : un parti qui ne pouvait plus continuer comme avant.
La question qui reste
Je ne sais pas si onze points, dans un sondage de mi-campagne, survivent à un débat des chefs. À trois semaines de campagne. À une élection qui, historiquement, n’a jamais beaucoup favorisé Québec solidaire hors de ses bastions urbains.
Douze députés. Dix pour cent d’appuis, à l’automne 2025. Une indépendance que presque personne ne classe en priorité. Voilà ce que Ruba Ghazal doit transformer en gains, d’ici le 5 octobre 2026.
Alors la vraie question n’est pas de savoir si elle surprend en septembre. C’est de savoir si un parti peut encore convaincre au-delà de ceux qui l’aiment déjà. Un parti qui a vu démissionner une porte-parole élue en 2023. Partir un porte-parole usé en 2025. Gronder sa base pendant deux ans.
Gabriel Nadeau-Dubois a fui une porte, en mars. Ruba Ghazal en a ouvert une autre, en septembre, dans un sondage. Reste à savoir laquelle des deux le Québec regardera vraiment. Le jour du vote.
Elle reste là où il est parti.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources :
Sources Primaires :
Radio-Canada, élection de Sol Zanetti comme co-porte-parole, 8 novembre 2025
La Presse Canadienne, Ghazal candidate au poste de première ministre, 9 novembre 2025
La Presse, sondage Synopsis-La Presse sur la campagne, 15 septembre 2026
Sources Secondaires :
La Presse Canadienne, lancement de la course à la succession, 15 août 2025
Radio-Canada, entrevue avec Gabriel Nadeau-Dubois, 16 octobre 2023
Le Soleil, résultats détaillés du vote de novembre, 8 novembre 2025
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