Le 24 septembre, 18 h
L’attaque commence le jeudi 24 septembre à 18 h, heure de Kyiv. C’est l’Air Force ukrainienne qui la date. Son bilan tombe le lendemain, à 7 h 33.
Ils sont partis d’Orel. Ils sont partis de Koursk. Ils sont partis de Millerovo. Ils sont partis de Primorsko-Akhtarsk. Ils sont partis de Chatalovo.
D’autres ont décollé de Donetsk occupé, et de Hvardiïske, en Crimée occupée.
Cinq points de départ en Russie. Deux en territoire ukrainien occupé. La géographie d’une décision, pas d’un accident.
Une carte entière. Tournée vers les villes d’Ukraine. Toute une nuit.
295 moins 267
Selon l’Air Force, la nuit compte 295 drones d’attaque de type Shahed, des Gerbera, des Banderol et des leurres de type Parodia. Parmi les Shahed, 52 sont à réaction.
À 7 h 30, la défense en a abattu ou brouillé 267. Aviation, missiles sol-air, guerre électronique, unités de drones, groupes de tir mobiles. Le bilan les nomme tous. Il note des impacts sur 16 sites. Des débris sur quatre autres.
Puis une dernière phrase. L’attaque continue. Plusieurs drones sont encore dans le ciel.
Vingt-huit engins manquent au compte des abattus. Où sont-ils ?
Le bilan ne le dit pas.
À 7 h 30, la nuit n’était pas finie.
Moscou dit usine
Le communiqué du 25 septembre
Le même vendredi, le ministère russe de la Défense donne sa version de la nuit. Reuters la rapporte.
Le ministère revendique un site d’assemblage et de stockage de drones dans la région de Kyiv. Le ministère revendique des centres logistiques dans la région d’Odessa. Le ministère revendique des installations portuaires à Reni. Le ministère revendique un cargo chargé, selon lui, de biens militaires et à double usage.
Reuters précise qu’elle n’a pas pu vérifier. Elle rappelle aussi que la Russie nie viser délibérément des civils.
La liste ne contient aucune tour d’habitation à Petchersk. Aucune.
Ce que la police a mesuré
La police nationale, citée par le Kyiv Independent, situe l’impact entre le dixième et le onzième étage. Un immeuble résidentiel. Pas un entrepôt.
Moscou dit usine. La police dit dixième étage.
Je suis du côté des familles des tours de Kyiv. Contre la décision du commandement russe de lancer 295 drones sur l’Ukraine dans la nuit du 24 au 25 septembre. Parce qu’un Shahed à réaction, selon l’Air Force, a frappé vers 8 h une tour de seize étages. Et qu’un garçon de 14 ans en est mort.
Moscou nie l’intention. Soit. Une frappe n’a pas besoin d’intention pour avoir un signataire. On lance 52 engins à réaction sur des villes. Chaque étage entre dans le calcul.
Ce n’est pas un verdict sur un peuple. C’est un verdict sur une nuit que le ministère russe de la Défense revendique lui-même. Avec d’autres mots.
Un communiqué peut oublier un étage entier.
Un moteur fait pour la vitesse
Au-dessus de la capitale
Après son bilan de 7 h 30, l’Air Force continue d’écrire. Un message pour Kyiv. Drone à réaction au-dessus de la ville. Restez dans les abris.
Un autre message. Un drone à réaction passe par Kotsiubynske. Direction : le centre.
Selon l’Air Force, citée par le Kyiv Post, c’est un Shahed à réaction qui a visé la capitale, signalé au-dessus d’elle vers 8 h.
Le Shahed classique tourne à l’hélice. Celui-là pousse au turboréacteur.
Reuters le résume ainsi. Depuis des semaines, Kyiv reçoit des drones plus rapides, qui volent plus haut. On les intercepte plus mal.
Une minute, six secondes
Le premier modèle russe de ce type, le Geran-3, volait entre 300 et 370 km/h, selon Euronews. Les suivants montent jusqu’à 600 km/h, selon Euromaidan Press.
À ces vitesses, écrit Euromaidan Press le 22 septembre, le temps de réaction d’un groupe de tir mobile tombe d’environ une minute à six secondes. Six secondes. Le temps de lever la tête.
Un groupe de tir mobile, c’est une équipe au sol. Une arme sur un véhicule. Des oreilles tendues vers le bruit du moteur. La défense qui entend avant de voir.
Autrement dit, le turboréacteur n’ajoute pas seulement de la vitesse. Tout indique qu’il retire du temps à ceux qui tirent.
Et pourtant, cette nuit, la défense a tenu. 267 sur 295, au bilan de 7 h 30.
Ce moteur ne sert pas à voler. Il sert à voler la minute.
Trois étages pour un seul trou
Sept, neuf, dix, onze
À 8 h 19, le maire Vitali Klitschko écrit. Un drone a frappé un immeuble de Petchersk, entre le septième et le dixième étage.
Le Service d’urgence de l’État à Kyiv écrit autre chose, dans un message relayé par l’administration militaire de la ville. Entre le neuvième et le dixième. Un incendie. Des destructions.
La police nationale, selon le Kyiv Independent, dit entre le dixième et le onzième.
Trois institutions. Trois fourchettes. Un seul trou dans la façade.
Ce que la fourchette avoue
Personne ne ment. On compte depuis la rue, dans la fumée. Puis on monte. Le chiffre se précise.
Dans une tour, on vit en étages. Combien entre soi et le toit. Combien entre soi et la rue. Combien de marches, la nuit, avec un enfant contre soi.
Ce vendredi, à Petchersk, l’étage a cessé d’être une distance. Il est devenu une adresse d’impact. Une coordonnée.
Seize étages, et trois façons d’écrire le même trou.
L'explosion sourde
Deux voisins au Kyiv Independent
Une résidente a parlé au Kyiv Independent. Selon elle, il n’y a pas eu d’alerte. Seulement une explosion sourde.
Elle raconte qu’ils dormaient. Qu’ils se sont réveillés d’un coup. Qu’elle a pris le chien. Qu’ils ont couru dans le corridor.
Un voisin dit qu’il n’a même pas pensé que c’était leur immeuble. Pas de secousse, selon lui. Une forte détonation. Rien d’autre.
Une explosion sourde, puis le réveil. Dans cet ordre-là.
Le corridor
Le corridor, c’est la règle des deux murs. On se met là où aucune fenêtre ne donne sur le dehors. Tout Kyiv la connaît.
Et pourtant, ce matin-là, l’Air Force avait écrit qu’un drone à réaction survolait la ville. Selon le Kyiv Independent, la capitale a connu sept alertes aériennes dans la journée. La première vers 4 h 50.
L’alerte existe. L’oreille, elle, n’a reçu que la fin.
Le verre qui craque sous une semelle. Le chien qui tire sur sa laisse. La poignée qu’on touche du dos de la main avant d’ouvrir.
L’alerte sonne pour une ville. L’explosion, pour un palier.
Notre retard
Deux essais sur soixante-sept
Il faut écrire ceci. C’est vrai, et ça dérange notre camp.
Le Shahed à réaction n’a surpris personne. En août, le porte-parole de l’Air Force, Iouri Ihnat, disait que l’usage des drones à réaction avait été multiplié par cinq environ en juillet par rapport à juin, rapporte Euromaidan Press.
Le renseignement militaire ukrainien estime que la Russie produit jusqu’à 500 Geran-4 et Geran-5 par mois, selon la même publication. Cinq cents. Chaque mois.
En face, le président Zelensky dit que 67 entreprises travaillent sur des intercepteurs. Deux ont terminé leurs essais au combat.
Deux.
Ce que le retard n’a pas fait
Un intercepteur à réaction ukrainien, l’Alexa Spatium, est entré en service le 21 août 2026, selon Euronews. Il y a un mois et quatre jours. C’est hier, à l’échelle d’une usine.
L’Ukraine et ses partenaires ont vu la vitesse monter tout l’été. Ils ont couru derrière. Ils courent encore.
C’est vrai. Et cela ne change pas ceci : un intercepteur en retard n’a jamais lancé un drone sur une tour d’habitation.
Le retard est à nous. Le drone ne l’est pas.
Neuf heures quatre
Trois blessés, un grave
À 9 h 04, le maire publie un premier compte pour la capitale. 3 blessés, tous hospitalisés. Un dans un état grave.
Le message ne contient pas encore de mort.
Le Service d’urgence écrit que ses secouristes ont sauvé 7 personnes dans l’immeuble. Ils les ont conduites à l’air libre. L’incendie est éteint.
Une autre adresse à 9 h 51
À 9 h 51, le maire signale un autre impact. Un immeuble non résidentiel de cinq étages, dans le district de Chevtchenko. Des blessés, d’après les premières informations.
La matinée n’attend pas Petchersk. Elle ajoute des adresses.
Entre 9 h 04 et le message suivant, il y a quatre-vingt-quatre minutes. Pour une famille au pied d’une tour, quatre-vingt-quatre minutes, c’est…
Le premier compte n’avait pas encore de mort.
Dix heures vingt-huit
La ligne du maire
À 10 h 28, Vitali Klitschko écrit de nouveau.
Neuf blessés dans la capitale. Sept à Petchersk. Huit hospitalisés.
Puis une ligne, sans adjectif : un garçon de 14 ans est mort dans l’attaque ennemie.
Puis des condoléances à la famille et aux proches de l’enfant.
C’est tout.
Le maire d’une capitale en guerre n’a pas le temps d’un adjectif. Il a des blessés à compter, et une ligne à écrire.
J’ai relu la ligne trois fois. Je cherchais une erreur de traduction. Un chiffre mal placé. N’importe quoi. Il n’y en avait pas.
Quatorze ans
Quatorze ans, c’est l’âge où l’on ferme la porte de sa chambre.
Quatorze ans, c’est l’âge des écouteurs et des messages envoyés trop tard le soir.
Quatorze ans, c’est un corps qui grandit plus vite que ses chandails.
Quatorze ans, c’est encore l’âge où quelqu’un vient vous réveiller le matin.
Quatorze ans, c’est l’âge où l’on croit avoir le temps.
Lui, on ne sait rien de ce qu’il aimait. On sait l’âge. C’est la seule mesure qui reste.
Quatorze ans ne se comptent pas en étages.
Sans logique militaire
Le président, à 10 h 32
Quatre minutes plus tard, l’administration militaire de Kyiv relaie le message du président Volodymyr Zelensky.
Un garçon de 14 ans mort. Sept blessés. L’incendie éteint. Il parle d’une frappe « absolument sauvage », « dépourvue de logique militaire ».
Il ne nomme pas l’enfant non plus.
Depuis le début de la journée, écrit-il, 8 régions ont été attaquées. Un mort à Odessa, dans une frappe répétée sur un terminal postal. Une clinique touchée à Zaporijjia, avec des gens à l’intérieur. Des blessés dans les régions de Soumy et de Mykolaïv.
Les clés, selon Kyiv
Puis il se tourne vers les capitales. D’ici l’hiver, dit-il, la Russie ne fera qu’aggraver l’escalade si personne ne la presse.
Pour que la diplomatie fonctionne, les sanctions américaines doivent être appliquées. Les sanctions européennes, renforcées. Les partenaires, écrit-il, ont les clés de la paix. Par la force.
Ce n’est pas une plainte. C’est une adresse. Avec des destinataires.
Une tour frappée à Kyiv, et un courrier pour les capitales.
Cinquante et un pays, la veille
Le 23 septembre, à l’ONU
Le mercredi 23 septembre, avant une réunion du Conseil de sécurité, 51 États membres de l’ONU publient une déclaration commune pour un cessez-le-feu, selon United24 Media. Le Canada la signe. L’Ukraine aussi, avec les pays de l’Union européenne, l’Australie, le Japon et la Corée du Sud.
La déclaration rappelle que l’Ukraine avait accepté un cessez-le-feu complet et sans condition en mars 2025. Elle demande à la Russie d’en faire autant.
Les deux nuits suivantes, Kyiv est frappée. La seconde compte 295 drones, selon l’Air Force.
Le Canada a signé. Le courrier du président lui est donc adressé aussi.
Mars 2025, septembre 2026
Mars 2025 : Kyiv dit oui à un cessez-le-feu complet.
Septembre 2026 : un garçon de 14 ans meurt dans une tour de Petchersk.
Entre les deux, dix-huit mois. Et une déclaration qui demande encore à Moscou d’en faire autant. La nuit du 24 au 25, la réponse est venue par les airs.
La paix avait une signature. Le ciel a répondu à sa place.
Le compte de la journée
Un garçon de 9 ans
Le chiffre monte à 14 blessés à 10 h 50, selon l’administration militaire de Kyiv. Parmi eux, un garçon de 9 ans.
Le chiffre monte à 17 à 12 h 27, selon le maire. Huit personnes sont dans les hôpitaux de la ville. Dont un enfant de 9 ans.
Le chiffre monte à 20 à 12 h 44.
Ces comptes couvrent toute la capitale. Pas seulement la tour de Petchersk.
Cinq morts à Kyiv
Dans l’après-midi, un autre drone frappe un immeuble de bureaux à Solomianskyï. C’est une autre adresse. Elle mérite son propre texte.
Plus tard, le maire fait l’addition du 25 septembre. 31 blessés dans la capitale, dont 15 hospitalisés, parmi lesquels deux enfants. 5 morts, dont un enfant.
Un enfant. Le même, depuis 10 h 28.
Chaque mise à jour efface la précédente. Aucune n’efface celle de 10 h 28.
Le total grandit. Sa ligne à lui ne bouge plus.
Le rez-de-chaussée
Des tentes au pied des tours
L’administration du district de Petchersk publie un avis aux résidents. L’administration militaire de Kyiv le relaie.
Des tentes sont dressées sur le lieu de l’attaque, près des immeubles endommagés. On y reçoit des conseils. De l’information sur l’aide disponible. La marche à suivre.
Une bibliothèque, rue Verkhohliad
Pour ceux dont le logement a été touché, un bureau d’aide fonctionne au 8, rue Andriï-Verkhohliad. Dans une bibliothèque, la Knyholioub.
On peut y déposer une demande d’aide matérielle. On peut y demander conseil sur l’indemnisation des biens endommagés. On peut y apprendre quels programmes de l’État existent.
La Croix-Rouge et des organismes de bienfaisance sont sur place, écrit l’administration.
Un vendredi ordinaire, une bibliothèque prête des livres. Celui-là, elle reçoit des dossiers.
Qui remplit le formulaire pour une chambre d’adolescent ?
La tour vivait en hauteur. Ce vendredi, toute sa vie tient au niveau de la rue. Sous une tente. Entre deux rayons de livres.
La tour se comptait en étages. Elle se compte en formulaires.
La minute qu'on doit à Petchersk
267, et une tour
Le commandement russe a lancé 295 drones. Son ministère revendique un site de drones, des centres logistiques, un port. Pas la tour.
La défense ukrainienne en a arrêté 267 avant 7 h 30. C’est beaucoup. Ce n’était pas assez pour un étage.
Et pourtant, la minute perdue n’est pas une loi de la nature. Elle a un prix. Il s’écrit en intercepteurs, en usines, en sanctions que Kyiv réclame à voix haute.
La vitesse se paie toujours. En intercepteurs, ou en étages.
Une minute à racheter
Qu’acceptons-nous de payer, nous, pour rendre à une tour de Kyiv la minute que la vitesse lui a prise ?
Ce soir, les tentes restent au pied de l’immeuble. Aucune tour ne figure dans le communiqué russe.
Le communiqué dira usine. La place, elle, restera vide.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. La règle de méthode est constante : une information factuelle n’est publiée que si une source vérifiable la porte, et les sources effectivement utilisées par cet article sont listées sous Sources, jamais ici.
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Quand un article cite des données statistiques, économiques ou géopolitiques, elles proviennent d’institutions productrices de données (organisations intergouvernementales, banques centrales, instituts statistiques nationaux), et l’institution exacte est nommée sous Sources.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
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Sources :
Sources Primaires :
Vitali Klitschko, maire de Kyiv — neuf blessés et garçon de 14 ans mort, 25 septembre 2026
Forces aériennes ukrainiennes — 295 drones dont 52 à réaction, bilan du 25 septembre 2026
Sources Secondaires :
Kyiv Independent — tour de 16 étages à Petchersk et témoignages de résidents, 25 septembre 2026
Kyiv Post — Shahed à réaction au-dessus de Kyiv vers 8 h, 25 septembre 2026
Euromaidan Press — drones à réaction et retard des intercepteurs, 22 septembre 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.