À 20 h 22, il ne restait plus un soldat américain en Irak.
Le drone a frappé.
Lundi, trois drones Hadid-110 avaient déjà visé ce camp, a dit un haut responsable du PDKI à Rudaw. Il les attribue aux Gardiens de la révolution.
Les frappes ont visé les bases du parti : plus de 164 missiles et drones, compte le PDKI. Les frappes ont visé les résidences du président et du premier ministre kurdes, relève Rudaw. Les frappes ont visé des sites d’énergie et des institutions kurdes, ajoute Hejar Berenji, représentant du PDKI aux États-Unis.
Il reconnaît le prétexte. La présence de la coalition en a servi, dit-il. Elle n’était « pas la raison principale ».
Les drones ne visaient pas que les Américains.
Une défense aérienne sans remplaçante
Le ministère des Affaires des peshmergas a fait ses comptes le 28 septembre.
Plus de mille drones et missiles balistiques ont frappé la région depuis le début de la guerre, écrit-il, et certains sont tombés sur des quartiers civils. Ils ont fait des blessés, des dégâts et des morts.
Le départ américain ne s’accompagnera d’aucun système de défense aérienne de remplacement, poursuit le ministère. Il le juge « profondément préoccupant ».
Les responsables kurdes redoutent surtout le retrait des systèmes de défense aérienne américains, écrit l’AP.
Des Patriot et des C-RAM
Ces systèmes ont un nom.
Début septembre, le conseiller irakien à la sécurité Qasim al-Araji annonçait leur départ, rapporte The New Arab. Le site cite des Patriot et des C-RAM. Ils ont joué un rôle clé contre les drones et les missiles iraniens.
Le 2 septembre encore, des avions de la coalition ont abattu dix drones piégés au-dessus de la province d’Erbil, rapporte 964.
Le calendrier de 2024
La date du départ n’est pas de Donald Trump.
Le calendrier du retrait a glissé plusieurs fois, dit à Middle East Eye un officier anonyme de la coalition. Le calendrier du retrait a fini par être fixé au 30 septembre. C’était sous l’administration Biden.
Sean Parnell, porte-parole du Pentagone, dit cette fin de mission « conforme » à la déclaration conjointe irako-américaine de septembre 2024.
Ce cadre est « standard et légitime », juge même le lieutenant-général Bakhtiar Sadiq. Il est secrétaire général du ministère des peshmergas.
Bagdad s’en félicite. Il y voit le signe de sa force croissante et de sa souveraineté, écrit l’AP. L’État islamique, lui, est réduit à des cellules dormantes éparses.
Le choix revendiqué par Trump
Donald Trump a salué le départ sur Truth Social, le 30 septembre.
Il y voit « la fin d’une excursion en enfer très coûteuse ». Il avait « le choix de rester ou de partir », écrit-il. Il a choisi de rentrer.
Le même message refait l’histoire.
L’opération Inherent Resolve y serait née en 2003, sous George W. Bush. Elle date de 2014. Bagdad l’avait sollicitée, rappelle l’AP.
Ali al-Zaidi y aurait gagné une élection « dans un raz-de-marée ». Selon l’AP, il n’était pas candidat. Le bloc dominant du Parlement l’a désigné.
« Il n’y a plus de califat », conclut Trump.
Gérer seules les menaces
L’amiral Brad Cooper commande les forces américaines au Moyen-Orient.
Son communiqué du 30 septembre parle des forces irakiennes, peshmergas compris. Elles possèdent désormais, écrit-il, « la capacité, le leadership et l’indépendance opérationnelle » de gérer seules les menaces.
Sean Parnell attend d’elles qu’elles mènent l’effort pour sécuriser l’Irak et contenir l’État islamique.
Le ciel du Kurdistan fait partie de l’espace aérien irakien, rappelle le ministère des peshmergas. Le ciel du Kurdistan relève donc d’abord de Bagdad.
Le système de Khor Mor
Erbil a tenté de s’équiper.
En novembre 2025, un système antidrones britannique est arrivé au champ gazier de Khor Mor. Il n’a pas pu servir.
Aziz Ahmad est chef de cabinet adjoint de Masrour Barzani. Selon lui, cité par 964, Londres refusait les certificats d’utilisateur final émis par Erbil. Bagdad a refusé d’en délivrer un.
Kataeb Hezbollah fête « l'expulsion »
Les groupes armés alignés sur Téhéran ont célébré le départ, écrit l’AP.
Abu Mujahid al-Assaf est responsable de la sécurité des Kataeb Hezbollah. Il salue « l’expulsion des forces d’occupation, vaincues ».
Puis il menace. Il avertit le gouvernement d’Ali al-Zaidi. Tout gouvernement qui ne travaille pas pour le bien du peuple sera « renversé par tous les moyens ».
La Résistance islamique en Irak fédère des milices soutenues par Téhéran. Elle ne se dit liée « par aucun calendrier ni accord » du gouvernement.
Le Pentagone nomme ces milices. Elles « sapent la souveraineté irakienne », écrit Sean Parnell. Y faire face incombe désormais d’abord à Bagdad.
Les armes attendront juin 2027
Le désarmement des milices devait accompagner le départ. Bagdad l’avait lié à l’échéance du 30 septembre, rappelle l’AP.
Le départ a eu lieu. Le désarmement, non.
Selon l’AP, quelques milices de second rang ont accepté de rendre leurs armes. Les groupes puissants proches de Téhéran ont refusé, ou posé leurs conditions.
Ali al-Zaidi a reculé. Le désarmement des milices attendra juin 2027. Il l’a dit au New York Times, rapporte l’AP.
Les forces de la coalition et leurs systèmes défensifs partent avant la fin de ce processus, note Hejar Berenji.
Près de neuf mois séparent les deux échéances.
L'Afghanistan à l'envers
Trump a choisi sa comparaison.
En Afghanistan, écrit-il, beaucoup de matériel militaire et « tout le reste » avaient été laissés derrière. Treize militaires y sont morts.
À Erbil, écrit-il encore, le départ des forces et de l’équipement s’est fait « en ordre ».
En ordre, les bases et les quartiers généraux ont été remis aux Irakiens.
En ordre, les quelque 1 500 soldats de la coalition ont quitté la base d’Erbil.
En ordre, les systèmes de défense aérienne américains ont suivi.
En Afghanistan, Trump reproche ce qui est resté; à Erbil, il se félicite de ce qui part, et ce qui part, c’est le bouclier.
L’équipement parti en ordre gardait aussi le ciel d’Erbil.
Une promesse taillée pour l'État islamique
Sean Parnell promet de la formation ciblée et du renseignement.
Brad Cooper promet que les forces américaines restées dans la région seront prêtes face à « toute menace de l’État islamique ».
Aucun des deux textes ne nomme un drone. Aucun ne nomme un missile.
Les forces de la coalition se replient vers le Koweït et la Jordanie, note Bakhtiar Sadiq. « S’ils restent dans la région, pourquoi ne peuvent-ils pas rester en Irak ? », demande-t-il.
Je juge le départ sur ce partage. Washington surveille l’État islamique. Bagdad hérite des drones.
Bagdad attend des systèmes sans date
Bagdad assure pouvoir tenir seul.
Le lieutenant-général Khalid al-Tamimi commande l’aviation irakienne. Selon Middle East Eye, il la dit capable d’opérer sans soutien américain.
Bakhtiar Sadiq nuance. L’Irak a une aviation, dit-il, mais pas toutes les capacités dont il a besoin.
L’Irak dit attendre des systèmes de défense aérienne de Corée du Sud, de Turquie et des États-Unis, écrit 964. Aucune date n’est annoncée.
Le financement coupé
Fin septembre, la coalition a cessé de financer les peshmergas, précise le site. C’était quelques jours après l’unification des forces kurdes, proclamée par Erbil.
L'exception des aéronefs « hostiles »
Ahmad al-Hamidawi dirige les Kataeb Hezbollah. Il a appelé ses combattants à cesser leurs activités militaires, écrit l’AP.
Les Kataeb Hezbollah gardent une exception. Les Kataeb Hezbollah se réservent « le ciblage des aéronefs hostiles violant l’espace aérien du pays ».
Le ciel kurde en fait partie.
Ces milices ont tiré sur les soldats américains pendant la guerre, rappelle l’AP.
L’AP décrit au Kurdistan la crainte de nouvelles attaques de groupes liés à Téhéran, « peut-être enhardis » par le départ américain.
Noreldin Waisy, porte-parole du premier ministre Masrour Barzani, voit dans ces groupes armés une menace croissante pour le Kurdistan.
Le danger après la mission
« D’autres attaques sont attendues », prévient Hejar Berenji. Leur date et leur intensité ne peuvent pas être établies à l’avance, ajoute-t-il.
Il pose deux questions pratiques : qui contrôle les missiles et les drones, et quelle protection fonctionne réellement pour les civils et les infrastructures critiques.
Fin de mission ne veut pas dire fin du danger, résume-t-il.
Les cellules de l’État islamique
Le 27 septembre, deux adolescents kurdes sont morts à Pirde, dans la province de Kirkouk. Des cellules de l’État islamique y affrontaient les forces antiterroristes irakiennes, écrit Middle East Eye. Leur mort a déclenché des manifestations kurdes.
Canel a 19 ans. Il étudie à l’Université américaine d’Irak, à Souleimaniye. « En tant que Kurde, je suis vraiment inquiet », a-t-il dit à Middle East Eye.
Erbil demande une place
Le ministère des peshmergas remercie d’abord Washington et la coalition, avec une « sincère gratitude ».
Erbil demande à Bagdad de protéger son espace aérien « quand c’est nécessaire ».
Erbil demande à figurer dans tout futur accord de sécurité ou de défense avec l’Irak. Le Kurdistan doit en être une partie « intégrante et clairement définie », dit Noreldin Waisy.
Erbil demande à la coalition des armes, des munitions, du renseignement et des moyens antidrones, énumère Bakhtiar Sadiq. Il réclame encore du temps. Il avance deux ans, peut-être.
Masoud Barzani tente de rassurer. Le chef du Parti démocratique du Kurdistan promet que le départ ne laissera pas la région « vulnérable ». Il invoque une « forte coordination » avec Bagdad.
La Journée de la souveraineté
Ali al-Zaidi a fait du 1er octobre la Journée de la souveraineté, rapporte Middle East Eye.
Le calendrier de 2024 a été tenu au jour près.
Je ne reproche pas ce calendrier à Donald Trump. Je lui reproche l’inventaire. La défense aérienne est partie avec les soldats, sans remplaçante.
Monsieur le président, vous aviez le choix : qui interceptera désormais les drones au-dessus d’Erbil ?
Abattre un drone au-dessus d’Erbil était un geste de la coalition. Ce geste a quitté l’Irak avec elle.
L’enfer n’est pas parti d’Erbil avec les soldats.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
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Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
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Sources :
Sources Primaires :
Middle East Eye — à Erbil, les Kurdes face au départ de la coalition, 1er octobre 2026
Sources Secondaires :
PBS NewsHour (AP) — l’armée américaine achève son retrait d’Irak, 30 septembre 2026
Rudaw — un drone frappe le camp Azadi du PDKI près de Koya, 30 septembre 2026
964 — le ministère des peshmergas et le Kurdistan sans défense aérienne, 28 septembre 2026
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