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Chronique : Poutine peut frapper l’OTAN demain, le scénario que personne ne veut voir
Crédit: Adobe Stock

Sollfrank n’est pas un alarmiste. Ce n’est pas un commentateur politique cherchant l’attention. C’est un officier militaire de haut rang responsable de la stratégie de défense allemande. Quand il parle, les capitales européennes écoutent. Et ce qu’il a dit à Reuters le 7 novembre devrait faire trembler les chancelleries. « Si vous regardez les capacités actuelles de la Russie et sa puissance de combat, la Russie pourrait lancer une petite attaque contre le territoire de l’OTAN dès demain« , a-t-il déclaré. Il a précisé : « Petite, rapide, régionalement limitée — rien de grand car la Russie est trop engagée en Ukraine pour ça. » Petite. Rapide. Limitée. Ce sont les mots-clés. Sollfrank ne prédit pas une invasion massive de la Pologne avec des colonnes de tanks fonçant vers Berlin. Non. Il parle d’une incursion transfrontalière limitée. Peut-être dans les États baltes — Estonie, Lettonie, Lituanie — sous le prétexte de protéger les minorités russes. Peut-être dans le corridor de Suwalki, cette bande de terre de 65 kilomètres entre la Pologne et la Lituanie qui relie les États baltes au reste de l’OTAN. Une opération éclair. Des « petits hommes verts » sans insignes qui s’emparent d’un village. Un référendum truqué. Et soudain, Moscou proclame qu’elle a « libéré » un territoire russe.

Le calcul stratégique derrière une telle opération serait simple et dévastateur : tester la résolution de l’OTAN. Poutine parie que l’alliance, face à une incursion limitée, hésitera. Que les pays membres débattront pendant des jours sur la nature exacte de la réponse. Que certains — peut-être l’Allemagne, peut-être la France — plaideront pour la retenue, pour éviter l’escalade, pour privilégier la diplomatie. Et dans cette hésitation, dans cette division, l’Article 5 — le cœur même de l’OTAN — sera discrédité. Si l’alliance ne répond pas militairement à une agression claire contre un membre, elle cesse d’exister en tant qu’alliance de défense collective. Elle devient un tigre de papier. Et Poutine aura gagné sans même avoir à conquérir des territoires. Il aura brisé la cohésion occidentale. Il aura prouvé que l’Occident ne se battra pas. Et une fois cette vérité établie, plus rien ne l’arrêtera. Sollfrank le sait. C’est pourquoi il parle. C’est pourquoi il avertit. Parce que le temps pour se préparer n’est pas de cinq ans. C’est maintenant. Aujourd’hui. Avant demain n’arrive.

2029 : l’offensive à grande échelle si le réarmement russe continue

Mais attendez, ça devient pire. Sollfrank a également confirmé ce que le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte et plusieurs services de renseignement ont averti ces derniers mois : si la Russie maintient son rythme de réarmement actuel, elle pourrait lancer une offensive à grande échelle contre l’alliance des 32 nations d’ici 2029. Deux mille vingt-neuf. Dans quatre ans. Une offensive complète. Pas une incursion limitée. Une guerre conventionnelle majeure. « L’ennemi mène des frappes de feu intenses sur nos positions », selon les mots utilisés pour décrire ce qui se passe actuellement en Ukraine. Imaginez la même intensité — 4 000 bombardements par jour, 4 000 drones kamikazes, des dizaines de bombes guidées — mais cette fois dirigée contre des pays de l’OTAN. Contre la Pologne. Contre les États baltes. Contre la Roumanie peut-être. Le général a souligné que malgré les défis en Ukraine, l’armée de l’air russe maintient des capacités de combat importantes. Les forces nucléaires et de missiles n’ont pas été diminuées. La flotte de la mer Noire a subi des pertes importantes, mais les autres flottes restent intactes. « Les forces terrestres subissent des pertes, mais la Russie vise à augmenter sa force totale de troupes à 1,5 million de soldats« , a noté Sollfrank. Un million et demi. C’est presque le double de la force actuelle d’environ 700 000 soldats que Moscou déploie en Ukraine actuellement. « De plus, la Russie possède suffisamment de chars de combat principaux pour rendre une attaque limitée réalisable dès demain. »

Sollfrank a pris ses fonctions en 2024 à la tête du commandement des opérations conjointes, qui représente un pivot notable des opérations expéditionnaires — comme celles en Afghanistan ou au Mali — vers la défense du territoire de l’OTAN. Avant son rôle actuel, il dirigeait le commandement logistique de l’OTAN JSEC basé à Ulm, dans le sud de l’Allemagne. Il comprend intimement la logistique militaire. Il sait ce qu’il faut pour soutenir une armée en campagne. Et quand un homme avec son expertise dit que la Russie a les capacités pour attaquer maintenant, il faut le prendre au sérieux. Il a également souligné que la décision pour Moscou de lancer une attaque contre l’OTAN dépendrait de trois éléments clés : la capacité militaire de la Russie, ses performances militaires historiques, et son leadership. « Ces trois aspects me conduisent à conclure qu’une attaque russe est concevable. Qu’elle se produise ou non dépend largement de nos propres actions », a-t-il souligné, faisant référence aux stratégies de dissuasion de l’OTAN. Autrement dit, si l’OTAN montre de la faiblesse, Poutine attaquera. Si l’OTAN montre de la force, de l’unité, de la détermination, il hésitera peut-être. C’est aussi simple — et aussi terrifiant — que ça.

L’Allemagne se réarme : 260 000 soldats et 160 milliards d’euros d’ici 2029

Face à cette menace, l’Allemagne réagit. Plus tôt cette année, Berlin a ajusté ses limites constitutionnelles d’endettement pour atteindre le nouvel objectif de dépenses militaires de l’OTAN de 3,5% du PIB national d’ici 2029. Ça portera les dépenses de défense à environ 160 milliards d’euros (187 milliards de dollars) en 2029, contre près de 100 milliards d’euros en 2025. C’est une augmentation de 60% en quatre ans. De plus, l’Allemagne prévoit d’augmenter son personnel militaire de 60 000, portant la force totale à environ 260 000 soldats. C’est un réarmement massif pour un pays qui, il y a encore cinq ans, avait pratiquement démantelé son armée et se reposait entièrement sur le parapluie de sécurité américain. Le changement est sismique. Mais est-ce suffisant ? Est-ce assez rapide ? Sollfrank lui-même semble avoir des doutes. Il a souligné que l’objectif de la Russie est de provoquer l’OTAN et d’évaluer ses réactions pour « instiller l’insécurité, inciter la peur, infliger des dommages, mener l’espionnage, et évaluer » la résilience de l’alliance. Les incursions de drones, les violations d’espace aérien, les actes de sabotage — tout cela fait partie d’une stratégie plus large. « Les Russes appellent cela une guerre non linéaire. Dans leur doctrine, cela représente la guerre avant d’engager des armes conventionnelles. Leurs menaces d’employer des armes nucléaires constituent une stratégie d’intimidation », a expliqué Sollfrank. C’est de la guerre hybride. De la guerre dans la zone grise entre paix et conflit ouvert. Et l’OTAN n’a pas encore trouvé comment y répondre efficacement.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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