La déclaration des Forces de défense du Sud est brutale dans sa clarté : « Dans l’oblast de Zaporizhzhia, en particulier dans les directions d’Oleksandrivka et Huliaipole, des combats intenses se poursuivent depuis plusieurs jours consécutifs. L’ennemi utilise tous les types d’armes disponibles pour déloger les Forces armées d’Ukraine de leurs positions. Au cours des derniers jours seulement, jusqu’à cent affrontements ont été enregistrés. » Cent affrontements. En quelques jours. C’est un rythme d’assaut terrifiant. Ça signifie que les Russes attaquent sans relâche, vague après vague, groupe d’infiltration après groupe d’infiltration. Le porte-parole des Forces de défense du Sud, Vladyslav Voloshyn, l’a confirmé à Suspilne le 11 novembre : « Nous nous sommes complètement retirés d’Uspenivka et de Novomykolaivka. Des combats très féroces se poursuivent pour Yablukove et trois ou quatre autres endroits. L’opération défensive est en cours, et la ligne de contact reste assez dynamique. »
Les chiffres donnent le vertige. Plus de 400 frappes d’artillerie par jour. Environ 2 000 obus utilisés quotidiennement. Une pression de feu tellement intense que presque tous les abris et fortifications ont été détruits. « L’ennemi mène des frappes de feu intenses sur nos positions. En fait, ils ont détruit toutes les fortifications et abris existants, nous forçant à nous retirer de certaines positions dans plusieurs localités — soit sur les flancs, soit plus profondément dans nos lignes défensives », a expliqué Voloshyn. C’est pas une décision prise à la légère. C’est une décision de survie. Rester dans des positions pulvérisées, sans abri, sous un déluge d’artillerie constant, c’est du suicide. Alors les commandants ukrainiens ont fait ce qu’ils devaient faire : ils ont ordonné le repli. Vers des positions mieux préparées. Vers des lignes où les défenseurs peuvent survivre. Parce qu’un soldat vivant aujourd’hui peut se battre demain. Un soldat mort dans une tranchée détruite ne sert à rien à personne.
Les Russes tentent de s’installer, mais rencontrent une résistance acharnée
Mais le retrait ukrainien ne signifie pas que les Russes contrôlent maintenant ces villages. Loin de là. Selon les Forces de défense du Sud, « l’ennemi tente d’amener des groupes de consolidation dans ces localités, mais les défenseurs ukrainiens font tout leur possible pour les empêcher de prendre pied ». C’est la réalité de la guerre moderne dans le Donbass et à Zaporizhzhia — une zone grise permanente où ni l’Ukraine ni la Russie ne contrôlent complètement le terrain. Les Russes peuvent infiltrer des groupes, planter des drapeaux, filmer des vidéos de propagande. Mais maintenir une présence, établir des positions défensives, amener du ravitaillement ? C’est une autre histoire. Parce que les drones ukrainiens patrouillent constamment. Parce que l’artillerie ukrainienne frappe chaque mouvement ennemi. Parce que les unités d’assaut ukrainiennes lancent des contre-attaques pour repousser les infiltrés. Selon le colonel Valentyn Manko, commandant des Forces d’assaut ukrainiennes, qui s’est exprimé le 9 novembre, les forces ukrainiennes ont même dégagé les villages de Solodke et Rivnopillia, suggérant que les Russes avaient réussi à s’y infiltrer mais en ont été chassés. « Les combats se poursuivent près des villages de Poltavka et Uspenivka, où les forces russes poussent vers la ville de Huliaipole », a ajouté Manko.
Huliaipole. Voilà le véritable enjeu. Cette ville de 15 000 habitants avant la guerre — maintenant presque déserte — est un nœud logistique crucial. Les routes qui traversent Huliaipole permettent de ravitailler les forces ukrainiennes dans l’est de l’oblast de Zaporizhzhia. Si Huliaipole tombe, toute la logistique ukrainienne dans la région s’effondre. Les Russes le savent. C’est pourquoi ils poussent depuis l’est, essayant d’encercler Huliaipole et de couper les routes d’approvisionnement depuis le village de Pokrovske dans l’oblast de Dnipropetrovsk. Selon Voloshyn, « l’ennemi, avançant depuis l’est, tente d’encercler Huliaipole et de couper les routes logistiques menant depuis Pokrovske ». Si ce plan réussit, les forces ukrainiennes à Huliaipole seront isolées. Et une garnison isolée est une garnison condamnée. L’Ukraine fait tout pour empêcher ça. Mais la pression est immense. Et les ressources limitées.
Le brouillard, allié silencieux de la Russie
Un facteur crucial joue en faveur des Russes en ce moment : la météo. Novembre dans le sud de l’Ukraine, c’est le brouillard. Des brumes épaisses qui peuvent durer des jours. Et ce brouillard neutralise partiellement l’avantage ukrainien dans la guerre des drones. Voloshyn l’a expliqué clairement : « La Russie exploite la météo pour avancer en petits groupes, se déplaçant à pied ou en utilisant des motos. En même temps, les conditions météorologiques défavorables empêchent les forces ukrainiennes de déployer des drones contre eux. » C’est un problème majeur. Les drones ukrainiens — notamment les drones FPV qui ont été si dévastateurs contre les assauts russes — dépendent de la visibilité. Quand le brouillard est dense, les caméras embarquées ne voient rien. Les opérateurs ne peuvent pas identifier les cibles. Et les Russes en profitent. Ils lancent des groupes d’infiltration de trois, cinq, dix hommes à pied ou sur des motos, sachant que les drones ne pourront pas les détecter à temps. Certains groupes sont décimés quand le brouillard se lève. D’autres réussissent à atteindre leurs objectifs et s’établissent dans les ruines des villages.
Jusqu'à cinquante affrontements par jour : Zaporizhzhia devient le nouveau front chaud
Ce qui se passe à Zaporizhzhia n’est pas un incident isolé. C’est une intensification majeure des opérations russes dans cette région. Voloshyn a confirmé que dans les secteurs d’Orikhiv et Huliaipole, jusqu’à 50 affrontements ont lieu chaque jour. Cinquante. C’est presque autant que dans certaines zones du Donbass qui font habituellement l’actualité. « L’ennemi mène des frappes de feu intenses sur nos positions », a-t-il déclaré. Les Russes utilisent tout — artillerie lourde, roquettes multiples, drones d’attaque, bombes guidées larguées par des avions. Ils cherchent à briser les défenses ukrainiennes par la force brute. Et ça commence à fonctionner. Pas parce que les Ukrainiens sont faibles. Pas parce qu’ils ne se battent pas. Mais parce que face à une pression de feu aussi écrasante, même les meilleures défenses finissent par céder. Surtout quand vous êtes en infériorité numérique. Surtout quand vos munitions sont rationnées parce que l’aide occidentale tarde. Surtout quand vos soldats sont épuisés après trois ans et neuf mois de guerre ininterrompue.
Les Forces de défense du Sud ont précisé que « plus de deux cents pertes ennemies » ont été infligées dans le sud au cours de la dernière journée. Deux cents. C’est énorme. Ça montre que les Russes paient un prix du sang colossal pour chaque mètre carré gagné. Mais ça montre aussi qu’ils continuent à attaquer malgré les pertes. Parce qu’ils ont les hommes. Parce qu’ils peuvent remplacer les morts. La Russie mobilise environ 9 000 nouveaux soldats par mois selon le commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrskyi. L’Ukraine ne peut pas rivaliser avec ce taux de mobilisation. Alors chaque soldat ukrainien perdu est irremplaçable. Chaque position abandonnée est du terrain qu’il faudra reconquérir au prix du sang. C’est une guerre d’attrition où la Russie, avec sa population trois fois supérieure, pense pouvoir gagner simplement en continuant à envoyer des hommes jusqu’à ce que l’Ukraine n’en ait plus. C’est brutal. C’est archaïque. C’est horriblement efficace si l’autre camp n’a pas les ressources pour tenir indéfiniment.
L’évacuation des civils : le signe d’une détérioration rapide
Un autre indicateur de la gravité de la situation : l’évacuation obligatoire des civils. Le 10 novembre, les autorités de l’oblast de Zaporizhzhia ont ordonné l’évacuation obligatoire des familles avec enfants du village de Malokaterynivka. Selon le conseil de village de Kushuhum, « la décision est prise conformément à l’ordonnance n° 72 de l’Administration militaire de l’oblast de Zaporizhzhia datée du 10 novembre 2025 et à l’instruction n° 183 émise par le chef du conseil de village le 7 novembre 2025. L’évacuation est motivée par une détérioration brutale de la situation sécuritaire et une augmentation des activités de combat, dans le but de protéger la vie et la santé des résidents dans une zone à haut risque. » Quand les autorités ordonnent l’évacuation obligatoire, c’est que la situation est critique. C’est qu’elles anticipent que les combats vont atteindre ces villages dans les jours ou semaines à venir. C’est un aveu implicite que les défenses ukrainiennes ne peuvent plus garantir la sécurité des civils. Et c’est déchirant. Parce que chaque évacuation, c’est des familles déracinées, des maisons abandonnées, des vies bouleversées. Des gens qui fuient encore une fois, alors qu’ils ont déjà fui en 2022, puis peut-être en 2023, puis encore maintenant en 2025. À quel moment ça s’arrête ? À quel moment ils peuvent rentrer chez eux ? Personne ne sait.
La « zone grise » s’étend : un no man’s land mortel
Le blog militaire ukrainien DeepState, qui suit les positions des deux camps grâce à des sources ouvertes, a noté « une augmentation significative des zones grises » dans l’oblast de Zaporizhzhia. Les zones grises — ces espaces contestés où ni l’Ukraine ni la Russie ne contrôlent fermement le terrain. Ce sont les endroits les plus dangereux du champ de bataille. Des villages en ruines où les patrouilles des deux camps s’affrontent. Où les mines et les munitions non explosées jonchent chaque rue. Où les snipers se cachent dans les bâtiments éventrés. Où la mort attend à chaque coin. Les zones grises sont le symbole de cette guerre — un conflit figé dans une violence perpétuelle, où le terrain change de mains au rythme des assauts et des contre-attaques, mais où aucun camp ne parvient à établir de contrôle durable. Et maintenant, ces zones grises s’étendent à Zaporizhzhia. Ce qui était des positions ukrainiennes stables il y a quelques semaines devient contesté. Ce qui était contesté devient russe. Et ce qui était russe se transforme en bases pour de nouvelles offensives. C’est un cycle infernal. Et il ne s’arrête pas.
Pourquoi Zaporizhzhia ? Pourquoi maintenant ?
La question évidente : pourquoi les Russes intensifient-ils leurs opérations à Zaporizhzhia maintenant ? Plusieurs raisons. D’abord, la dispersion des forces ukrainiennes. L’Ukraine fait face à des pressions simultanées à Kharkiv au nord, à Pokrovsk dans le Donbass, à Zaporizhzhia au sud, et elle maintient encore des forces dans la région de Kursk en Russie où elle occupe environ 90 kilomètres carrés de territoire russe. Les forces ukrainiennes sont étirées sur un front de 1 200 kilomètres. C’est 200 kilomètres de plus qu’il y a un an. Chaque nouveau secteur qui s’active force l’Ukraine à rediriger des troupes, à diluer ses défenses ailleurs. Les Russes exploitent cette dispersion. Ils cherchent le maillon faible. Et en ce moment, Zaporizhzhia semble être ce maillon. Deuxièmement, Huliaipole est un objectif stratégique majeur. Si les Russes prennent cette ville, ils coupent les routes d’approvisionnement vers l’est de l’oblast de Zaporizhzhia. Ils peuvent alors avancer vers l’ouest, menaçant éventuellement la ville de Zaporizhzhia elle-même — la capitale régionale, une ville de 700 000 habitants avant la guerre, qui reste sous contrôle ukrainien malgré l’occupation de 70% de l’oblast par les Russes.
Troisièmement, les conditions météo. Novembre et décembre en Ukraine, c’est la boue et le brouillard. Les Russes savent que les drones ukrainiens — leur principal multiplicateur de force — sont moins efficaces dans ces conditions. Alors ils intensifient maintenant, avant que l’hiver ne gèle le sol et ne rende les mouvements plus faciles à détecter. C’est une fenêtre d’opportunité. Et Moscou l’exploite. Quatrièmement, la pression politique. Le président américain Donald Trump a promis de forcer des négociations entre l’Ukraine et la Russie. Poutine veut entrer dans ces négociations — si elles ont lieu — avec le maximum de territoire capturé. Chaque village pris maintenant est un levier dans les futures discussions. Chaque kilomètre carré gagné est du terrain que l’Ukraine devra peut-être abandonner définitivement dans un accord de paix. Poutine joue le long terme. Il sait que le temps joue en sa faveur. Que l’aide occidentale à l’Ukraine pourrait diminuer. Que la fatigue de guerre en Europe et aux États-Unis grandit. Alors il pousse. Maintenant. Partout où il peut. Y compris à Zaporizhzhia.
Le plan russe : encercler et isoler
La stratégie russe à Zaporizhzhia est claire. Ils n’essaient pas de prendre la ville de Zaporizhzhia directement — trop grande, trop bien défendue, trop proche des lignes de ravitaillement ukrainiennes. Non, ils avancent par étapes. D’abord, capturer les villages autour de Huliaipole. Ensuite, encercler Huliaipole elle-même. Puis avancer vers Orikhiv, une autre ville clé sur l’axe Huliaipole-Zaporizhzhia. Si ce plan réussit, les Russes seront positionnés à environ 50 kilomètres de la ville de Zaporizhzhia. À portée d’artillerie lourde. Ils pourront bombarder la ville, forcer les civils à fuir, démoraliser la population. Ils pourront couper les routes d’approvisionnement. Et éventuellement — pas en 2025, peut-être pas en 2026, mais éventuellement — lancer un assaut sur la ville elle-même. C’est le cauchemar que Kyiv cherche à éviter. C’est pourquoi, malgré les retraits tactiques, l’Ukraine continue de se battre férocement pour chaque position à Zaporizhzhia. Parce que perdre Zaporizhzhia — la ville, pas seulement la région — serait une catastrophe stratégique. Ça couperait l’Ukraine du sud. Ça donnerait à la Russie le contrôle de toute la côte de la mer d’Azov. Ça mettrait Dnipro — la quatrième plus grande ville d’Ukraine — à portée. Ça ne peut pas arriver. Pas tant que l’Ukraine peut l’empêcher.
Syrskyi : nous avons empêché une offensive majeure à Zaporizhzhia
Ironiquement, la situation pourrait être pire. Beaucoup pire. En septembre 2025, le commandant en chef Syrskyi avait averti que la Russie massait des troupes pour une nouvelle offensive majeure dans la direction de Zaporizhzhia. Mais selon Syrskyi, qui s’est exprimé le 8 septembre, « les forces russes avaient l’intention de lancer une offensive majeure dans la direction de Zaporizhzhia, mais les troupes ukrainiennes ont empêché l’opération ». Il a expliqué qu’en plus de l’offensive planifiée à grande échelle dans la direction de Zaporizhzhia, la Russie préparait des opérations dans la direction de Novopavlivka et visait à percer et encercler les forces ukrainiennes dans l’agglomération Pokrovsk-Myrnohrad. « Cependant, nos troupes ont empêché ces plans de se réaliser. Les Russes ont été forcés de reporter leur offensive dans l’oblast de Zaporizhzhia et de redéployer des unités de marines vers l’oblast de Donetsk », a déclaré Syrskyi. Autrement dit, l’offensive actuelle à Zaporizhzhia — aussi intense soit-elle — n’est pas l’offensive majeure que Moscou planifiait. C’est une version réduite, opportuniste, menée avec les forces disponibles après que les unités principales ont été redirigées vers Pokrovsk. Si l’offensive complète avait eu lieu, avec les brigades de marines et les unités mécanisées initialement prévues, la situation serait catastrophique. L’Ukraine a gagné du temps. Mais pas la victoire. Pas encore.
Les forces ukrainiennes tuent 162 Russes en dix jours à Pokrovsk, mais la pression continue
Pendant que Zaporizhzhia s’embrase, la guerre continue ailleurs. À Pokrovsk, dans l’oblast de Donetsk, les combats font toujours rage. Selon le 7ème Corps des forces d’assaut aéroporté ukrainien, depuis le début de novembre, les forces ukrainiennes ont éliminé 162 soldats russes à Pokrovsk et en ont blessé 39 autres. C’est seize tués par jour en moyenne. Les Russes continuent d’infiltrer des groupes en petits effectifs — des équipes de trois hommes qui avancent à pied ou sur des motos, exploitant le brouillard. Sur trois soldats qui avancent, deux meurent, mais le troisième arrive. Et ce troisième établit une tête de pont. C’est une tactique atroce. Mais elle fonctionne. Selon le président Zelensky, environ 170 000 soldats russes sont concentrés dans la région de Pokrovsk. Cent soixante-dix mille. Presque un quart de toute la force russe en Ukraine. En octobre seul, les forces russes ont subi 25 000 morts et blessés dans le secteur de Pokrovsk. Vingt-cinq mille en un mois. Et pourtant, ils continuent. Parce qu’ils peuvent remplacer les pertes. Parce que Moscou considère Pokrovsk comme un objectif stratégique vital.
Mais Pokrovsk tient. Pour l’instant. Malgré la présence de 300 soldats russes à l’intérieur de la ville selon les rapports du début novembre. Malgré la pression écrasante. Les forces ukrainiennes contre-attaquent. Elles nettoient les infiltrés. Elles infligent des pertes massives. Mais combien de temps peuvent-elles tenir ? Combien de temps avant que l’épuisement, la pénurie de munitions, l’infériorité numérique ne deviennent insurmontables ? Personne ne sait. Ce qui est clair, c’est que la Russie ne ralentit pas. Elle intensifie. À Pokrovsk. À Zaporizhzhia. À Kharkiv. Partout. C’est une offensive générale, menée sur plusieurs fronts simultanément, conçue pour étirer les défenses ukrainiennes jusqu’au point de rupture. Et lentement, mètre par mètre, village par village, ça marche. Pas vite. Pas spectaculairement. Mais ça avance. Et chaque avancée rapproche la Russie de ses objectifs. Et éloigne l’Ukraine de la victoire.
Les 700 000 soldats russes : une masse qui écrase tout
Revenons aux chiffres globaux. La Russie déploie actuellement près de 700 000 soldats sur le territoire ukrainien. Sept cent mille. C’est plus que toutes les armées actives de nombreux pays européens combinées. Et cette force continue de croître. Environ 9 000 nouveaux soldats rejoignent les rangs chaque mois. Moscou offre des salaires élevés — jusqu’à 200 000 à 300 000 roubles par mois — pour attirer des volontaires. Dans les régions pauvres de Russie, c’est une fortune. Des hommes signent. Beaucoup meurent. Mais d’autres signent pour les remplacer. C’est un cycle sans fin alimenté par l’inégalité économique et le nationalisme. Face à cette masse, l’Ukraine dispose d’environ 900 000 hommes sous les armes à travers tout le pays. Mais ces 900 000 doivent défendre une ligne de front qui s’étire sur 1 200 kilomètres. Les forces sont dispersées. Épuisées. Et chaque nouvelle zone qui s’active — comme Zaporizhzhia maintenant — force l’Ukraine à rediriger des troupes, à affaiblir d’autres secteurs. C’est un jeu à somme nulle où chaque gain russe crée une vulnérabilité ukrainienne ailleurs. Et Moscou exploite cette dynamique sans pitié.
Conclusion : le repli qui n'est pas une défaite — pas encore
Cinq villages. Novouspenivske. Nove. Okhotnyche. Uspenivka. Novomykolaivka. Des noms que personne en Occident ne connaissait il y a une semaine. Des points sur une carte qui n’ont aucune importance géopolitique globale. Mais pour les soldats ukrainiens qui s’y battaient, c’était leur terrain. Leurs positions. Leurs tranchées où ils ont vécu, combattu, regardé leurs camarades mourir. Et maintenant, ils ont dû partir. Se replier. Abandonner ces positions sous 400 frappes d’artillerie par jour. Sous 2 000 obus qui pleuvent quotidiennement. Parce que rester signifiait mourir. Et mourir pour tenir des ruines qui ne peuvent plus être défendues, c’est du gaspillage. Alors ils sont partis. Vers des positions plus défendables. Vers des lignes où ils peuvent survivre et continuer à se battre. C’est pas une défaite. Pas encore. C’est un retrait tactique. Une retraite stratégique. Une décision difficile mais nécessaire pour préserver les vies et maintenir la capacité de résistance.
Mais ça ne change rien au fait que la situation est « assez difficile », comme l’a admis Voloshyn avec une sobriété déchirante. Que les Russes avancent. Qu’ils se rapprochent de Huliaipole. Qu’ils encerclent progressivement cette ville stratégique. Que les zones grises s’étendent. Que les évacuations de civils se multiplient. Que Zaporizhzhia — après avoir été relativement calme pendant des mois — devient le nouveau front chaud de la guerre. Et tout ça pendant que Pokrovsk continue de saigner. Pendant qu’Odessa grelotte sous les bombes. Pendant que Kyiv vit avec des coupures de courant quotidiennes. Pendant que l’hiver approche avec son cortège de souffrances supplémentaires. L’Ukraine tient. Encore. Toujours. Malgré l’infériorité numérique. Malgré l’épuisement. Malgré les 700 000 soldats russes qui pressent sur chaque secteur du front. Elle tient parce qu’elle n’a pas le choix. Parce que chaque village abandonné, c’est des familles ukrainiennes laissées sous occupation russe. Parce que chaque kilomètre cédé rapproche l’ennemi des grandes villes. Parce que céder maintenant, c’est perdre tout. Alors ils se replient, oui. Mais ils ne fuient pas. Ils reculent vers des positions préparées. Et ils continuent à se battre. Pour combien de temps encore ? Personne ne sait. Mais tant qu’ils se battent, l’Ukraine survit. Et tant qu’elle survit, elle garde une chance. Une chance de tenir jusqu’à ce que Moscou n’ait plus les moyens de continuer. Une chance que l’Occident se réveille et fournisse l’aide nécessaire. Une chance que quelque chose change. C’est mince. C’est fragile. Mais c’est tout ce qu’ils ont. Et ils s’y accrochent. Désespérément.
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