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BILLET : L’Europe est en train de perdre une guerre qui n’a même pas encore commencé
Crédit: Adobe Stock

Comment l’Europe a tué ses propres usines d’armes

En 1991, l’Europe comptait plus de 80 sites majeurs de production de munitions. En 2024, il en reste une poignée. La France a fermé ses dernières lignes de production d’obus de 155 mm dans les années 2000. L’Allemagne a réduit les capacités de Rheinmetall à un filet. L’Italie a laissé Leonardo se concentrer sur l’export. Le raisonnement était limpide et suicidaire : puisque la guerre froide est finie, pourquoi fabriquer des armes ? C’est comme jeter ses extincteurs parce que la maison n’a pas brûlé depuis vingt ans.

MBDA, le consortium européen de missiles, a aujourd’hui des carnets de commandes saturés jusqu’en 2027. Diehl Defence, fabricant du système IRIS-T livré à l’Ukraine, a annoncé pouvoir doubler sa production — mais pas avant 2026. Saab, en Suède, a besoin de dix-huit mois pour ouvrir une nouvelle ligne de production de lance-roquettes Carl Gustaf. Dix-huit mois. En dix-huit mois, la Russie produit quatre millions et demi d’obus. L’écart n’est plus un retard. C’est un gouffre.

Nous avons transformé nos arsenaux en musées, nos usines en centres commerciaux, nos budgets de défense en dividendes de paix. Et maintenant, nous envoyons des délégations à Kyiv pour expliquer que les missiles arrivent. Bientôt. Peut-être. Si le comité valide le budget au troisième trimestre.

Le paradoxe des milliards annoncés et des étagères vides

L’Union européenne a promis 2 milliards d’euros pour accélérer la production de munitions via le programme ASAP (Act in Support of Ammunition Production), adopté en juillet 2023. Sur le papier, le chiffre impressionne. Dans les usines, il ne change presque rien. Parce que le problème n’est pas l’argent — c’est le temps. Construire une chaîne de production de missiles prend entre trois et cinq ans. Former les techniciens prend deux ans. Sécuriser les chaînes d’approvisionnement en composants critiques — poudre propulsive, circuits de guidage, alliages spéciaux — prend encore plus longtemps quand les fournisseurs sont en Chine ou en Inde.

Et pourtant, Thierry Breton, alors commissaire européen au Marché intérieur, avait prévenu dès février 2023 : l’objectif d’un million d’obus de 155 mm pour l’Ukraine ne serait pas atteint dans les délais. Il avait raison. Le million n’est jamais arrivé à temps. Les délais ont glissé. Les promesses ont survécu aux réunions de presse, mais pas à la réalité des chaînes industrielles. L’Europe sait commander des études sur la guerre. Elle ne sait plus fabriquer ce qui la gagne.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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