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CHRONIQUE : Zybyne n’est pas tombé — la propagande russe vend des villages qu’elle ne possède pas
Crédit: Adobe Stock

Andriy, 34 ans, opérateur de drone du 16e Corps

Je ne connais pas son vrai prénom. Les règles de sécurité opérationnelle l’interdisent. Mais je sais qu’il existe. Je sais qu’à 14h47 ce lundi, quelqu’un a repéré les groupes d’assaut russes progressant vers Zybyne. Je sais qu’un opérateur de drone a armé sa machine, a calculé la trajectoire, a lâché la charge. Huit hommes sont morts dans la boue avril pour rien. Quatre autres agonisent quelque part entre Vovchansk et Belgorod.

Andriy a peut-être 34 ans. Peut-être une femme à Kharkiv. Peut-être un enfant né après février 2022, un enfant qui n’a jamais connu son père autrement qu’en uniforme. À la fin de son quart, Andriy va rentrer dans un abri souterrain. Il va manger une soupe tiède. Il va regarder son téléphone. Et il va voir, sur les réseaux russes, que « les forces libératrices ont pris Zybyne ».

Dimitri, 19 ans, 127e régiment motorisé

Dimitri n’existe pas non plus. Ou plutôt : Dimitri existe en huit exemplaires ce matin. Huit jeunes Russes recrutés dans les oblasts de Kostroma, de Perm, de Oulianovsk. Huit kontraktniki à qui on a promis 210 000 roubles par mois2 400 dollars — pour signer six mois de front. Huit familles à qui on enverra un cercueil scellé et une médaille Pour le Courage dans deux semaines.

Aucune de ces familles ne saura que leur fils est mort pour un village qui n’a jamais été pris. Les communiqués ne mentionnent pas Zybyne. Les communiqués ne mentionnent jamais les défaites. La mère de Dimitri recevra une lettre qui parle de « devoir sacré », de « patrie », de « héros ». Elle pleurera. Elle croira. C’est tout le système.

J’ai du mal à haïr ces garçons russes. Je les méprise. Je veux qu’ils perdent. Je veux que leur armée soit brisée jusqu’à l’os. Mais quand je lis « dix-neuf ans », je pense à mon propre fils s’il avait cet âge, et je sais qu’un gamin de dix-neuf ans ne choisit pas vraiment. Il est choisi. Par la pauvreté, par la propagande, par un père qui bat, par un recruteur qui ment sur les conditions. Ma rage, ma vraie rage, elle est plus haut. Elle est à Moscou, dans les palais dorés où des hommes en costume décident qu’il est acceptable d’envoyer des Dimitri se faire déchirer pour un village qui ne changera rien à rien.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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