La sénatrice du Maine a choisi une phrase, et cette phrase est un couteau
Elle s’appelle Susan Collins. Elle a 73 ans. Elle est républicaine, élue du Maine depuis 1997, et elle préside la Senate Appropriations Committee — le comité qui décide combien d’argent public va au Pentagone, donc à cette guerre. Devant les journalistes, cette semaine, elle a prononcé ces mots : « Je l’ai dit clairement depuis le début. Je considère le déclencheur des 60 jours comme contraignant. Le président doit demander l’autorisation du Congrès pour poursuivre les hostilités au-delà, sauf changement dramatique. »
Ce n’est pas une déclaration. C’est une prise de position publique, enregistrée, datée, de la part de la républicaine qui tient le robinet budgétaire de l’armée américaine. Collins annonce qu’elle votera avec les démocrates une résolution ordonnant la fin de la guerre. Elle n’est pas seule : John Curtis, sénateur républicain de l’Utah, a co-signé une initiative identique. Il suffit de quelques défections républicaines au Sénat et à la Chambre pour qu’une résolution atterrisse sur le bureau de Trump.
On m’a appris, jeune, que les républicains modérés étaient une espèce en voie de disparition. Collins prouve qu’il en reste. Elle ne hurle pas. Elle ne tweete pas. Elle prononce une phrase juridique précise, devant une caméra, et elle place sa signature derrière. C’est ça, le courage dans une démocratie fatiguée : pas le cri, pas la posture — une phrase qu’on assume quand les autres regardent leurs chaussures.
James Lankford, lui, a choisi la phrase qu’on prononce quand on n’ose pas
Face à Collins, il y a James Lankford, sénateur républicain de l’Oklahoma. Interrogé sur ce qu’il fera le 1er mai, Lankford a répondu qu’il était « trop tôt pour spéculer ». Huit jours avant l’échéance légale d’une guerre en cours. Trop tôt pour spéculer. La formule est devenue, à Washington, un code universel pour : je n’ai pas le courage de répondre maintenant, et j’espère que vous m’aurez oublié le 1er mai.
Entre Collins qui s’engage et Lankford qui esquive, il y a l’ensemble du Parti républicain du Sénat. John Thune, le leader de la majorité, n’a rien dit de public. La Chambre attend. Les chefs attendent que Trump leur dise quoi penser, et Trump leur a déjà dit : on ne se laisse pas bousculer. Et pourtant, le texte de 1973 ne demande pas leur avis. Il s’applique, point.
Le détroit d'Hormuz, bouclé — et ce que ça fait au reste du monde
Un chauffeur de taxi à Manille ne sait pas ce qu’est la War Powers Resolution
Le détroit d’Hormuz, c’est 21 millions de barils de pétrole par jour en temps normal. C’est un tiers du commerce maritime mondial d’hydrocarbures. Quand Trump annonce sur Truth Social qu’il est « Sealed up Tight », il ne décrit pas une manœuvre tactique — il décrit un étranglement de l’économie mondiale. Les marchés énergétiques, selon l’analyse de Jason Bordoff publiée dans Foreign Policy, sont bouleversés. Le mot est faible. Le baril flambe, les commodities suivent, et les pays importateurs paient.
À Manille, un chauffeur de tricycle appelé Ronaldo, 44 ans, trois enfants, n’a jamais entendu parler de la résolution de 1973. Il sait seulement que le litre d’essence a grimpé de 18 pesos en quatre semaines. Il travaille deux heures de plus chaque soir pour compenser. Sa fille de 9 ans, Mika, ne fait plus ses devoirs à la lumière électrique parce qu’il économise sur tout. Voilà ce que la guerre non autorisée de Donald Trump produit, à dix mille kilomètres de Washington : une enfant qui fait ses additions à la bougie.
Je pense à cette petite fille de Manille parce que personne à Washington n’y pensera. Les chroniques parleront de la Constitution, des prérogatives de l’exécutif, des précédents juridiques. Personne ne mentionnera Mika. Et pourtant, c’est elle qui paye la facture d’un débat constitutionnel américain qu’elle ne pourra jamais suivre.
Le cessez-le-feu qui n’en est pas un
Le 8 avril 2026, un cessez-le-feu a été annoncé. Depuis, Trump a donné l’ordre à la Navy de tuer. Il a scellé le détroit. Il a maintenu un blocus sur les ports iraniens. Ghalibaf, depuis Téhéran, a été précis : « La trêve ne peut pas être considérée comme en vigueur. » Il a raison. Un cessez-le-feu pendant lequel un camp ordonne publiquement à sa marine de tirer n’est pas un cessez-le-feu. C’est un mot posé sur une continuation.
Mais ce mot va suffire aux avocats de Trump pour tenter de paralyser le compteur des 60 jours. L’argument qu’ils vont servir au Congrès et aux tribunaux tient en une phrase : il n’y a plus d’hostilités actives, donc la War Powers Resolution ne s’applique plus. Sauf que les ordres de tir, eux, sont publics. Signés. Datés. Sur Truth Social. Par le président lui-même.
Ce que la Constitution dit — et ce que les Pères fondateurs redoutaient
Madison, 1793 : la pire des tentations exécutives
James Madison, quatrième président des États-Unis, l’avait écrit en 1793 dans une lettre à Thomas Jefferson : « De toutes les ennemis de la liberté publique, la guerre est peut-être la plus redoutée, parce qu’elle englobe et développe le germe de toutes les autres. » Il ajoutait que le pouvoir de déclarer la guerre devait, dans toute république bien conçue, appartenir au législatif — pas à l’exécutif. L’article I, section 8 de la Constitution américaine est la traduction juridique de cette crainte : seul le Congrès déclare la guerre.
Deux siècles plus tard, aucun conflit américain majeur depuis 1945 n’a été déclaré par le Congrès. Corée, Vietnam, Grenade, Panama, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, et maintenant Iran. La War Powers Resolution de 1973 fut la dernière tentative sérieuse de ramener la guerre sous contrôle démocratique. Elle a été ignorée par chaque président qui l’a affrontée. Nixon l’a vetoée — le Congrès a passé outre. Reagan, Clinton, Bush, Obama, Trump l’ont piétinée chacun à leur manière. Mais jamais, jamais aussi ouvertement qu’aujourd’hui.
Il y a quelque chose de vertigineux à réaliser que la démocratie américaine fonctionne parce qu’on croit qu’elle fonctionne. La loi de 1973 n’a aucun mécanisme d’application automatique. Elle repose sur l’idée que le président la respectera parce que c’est la loi. Retirez cette croyance, et il reste une feuille de papier.
La Cour suprême ne viendra pas
Beaucoup attendent que la Cour suprême tranche. Elle ne tranchera pas. Depuis les années 1980, la doctrine des political questions — les questions politiques — permet aux juges de refuser de statuer sur les conflits entre le Congrès et la présidence en matière de guerre. Les tribunaux fédéraux ont systématiquement refusé de juger ces affaires au fond. Résultat : la seule sanction réelle contre un président qui viole la War Powers Resolution est politique. Un vote du Congrès. Un impeachment. Rien d’autre.
Et pourtant, l’impeachment est verrouillé par la majorité républicaine à la Chambre. Il reste donc le vote des résolutions — celles que Collins et Curtis préparent. Si elles passent, Trump leur opposera probablement son veto. Il faudra une majorité des deux tiers dans les deux chambres pour l’outrepasser. Ce chiffre, aujourd’hui, n’existe pas. L’arithmétique du courage manque de quelques voix.
L'Iran de l'après-Khamenei, un pays qu'on a cessé de regarder
Téhéran, 9 avril 2026 : des portraits dans les rues
Le 9 avril 2026, à Téhéran, des manifestants portaient les portraits de l’ayatollah Ali Khamenei, assassiné, et de son fils Mojtaba Khamenei, son successeur désigné. L’image a été prise par les photographes de presse occidentaux et elle a circulé douze heures avant d’être ensevelie sous d’autres actualités. Un pays de 89 millions d’habitants vient de perdre son Guide suprême dans des conditions qu’aucun média n’a pu établir avec certitude. Et les chancelleries occidentales ont continué à parler de prix du pétrole.
Mojtaba Khamenei, 56 ans, clerc chiite de second rang, a été propulsé au sommet d’un appareil d’État en guerre. Les analyses sérieuses sur sa trajectoire tiennent sur une page et demie. C’est ça, la réalité d’une guerre qu’on mène contre un pays qu’on ne connaît pas : on bombarde des provinces, on bloque des ports, on ordonne à la marine de tirer, et on ignore qui dirige vraiment en face.
Je pense à un jeune Iranien qui m’a écrit il y a deux mois. Étudiant à Ispahan. Il disait qu’il détestait le régime mais qu’il n’avait pas demandé une guerre américaine. Il disait que sa mère pleurait la nuit quand elle pensait à son frère, conscrit dans une unité de défense anti-aérienne. Je lui ai répondu que je ne savais pas quoi lui dire. Je ne sais toujours pas.
Ce que les Iraniens ordinaires ne peuvent plus faire
Depuis le début des hostilités, l’électricité est coupée à Téhéran entre 22h et 5h. Les hôpitaux de Chiraz fonctionnent sur générateur diesel et rationnent les médicaments importés. Le rial a perdu 34 % de sa valeur en quatre semaines. Une famille d’Ispahan qui achetait 2 kilos de viande par semaine en achète désormais 300 grammes. Ce ne sont pas des dommages collatéraux. Ce sont les effets directs, prévus, documentés d’une stratégie de pression maximale qui s’applique d’abord aux civils.
Et pourtant, dans les briefings du Pentagone, on parle de « precision strikes », de « surgical operations », de tout ce vocabulaire aseptisé qui permet aux décideurs de ne pas penser à une mère iranienne qui rationne la viande de ses enfants. Le langage protège la conscience. Il est conçu pour cela.
Les républicains qui hésitent, et ceux qui paieront le prix politique
Jerry Moran, Kansas, inquiet mais silencieux
Jerry Moran, sénateur républicain du Kansas, fait partie de ceux que Foreign Policy classe parmi les « vacillants ». Il a exprimé, en privé selon plusieurs sources du Sénat, des doutes sur le coût budgétaire de la guerre, sur l’éventualité de troupes au sol, et sur le fait que les objectifs ne sont pas clairs. Trois objections qui devraient, dans une démocratie fonctionnelle, suffire à déclencher un vote. Dans celle-ci, elles suffisent à déclencher un silence.
Moran n’est pas Collins. Moran compte ses suivis Twitter avant de parler. Il sait que dans son Kansas rural, 62 % des républicains soutiennent encore Trump sur l’Iran. Il sait aussi que chaque jour de guerre supplémentaire ajoute à la facture que les contribuables du Kansas paieront. Il sait enfin que les reconciliation bills en cours incluent déjà plusieurs milliards alloués à cette guerre non autorisée. Il sait tout cela. Il se tait.
Le calcul cynique : attendre la fin avant de juger
La stratégie des républicains hésitants est simple et a un nom : wait and see. Attendre. Voir. Si Trump obtient une victoire rapide, ne rien avoir dit. Si la guerre s’enlise, avoir laissé des indices de réserve pour pouvoir, plus tard, dire qu’on n’était pas tout à fait d’accord. C’est un calcul qui fonctionne individuellement et qui détruit collectivement. Parce que personne ne bouge en premier, personne ne bouge du tout.
Collins a rompu ce calcul. Curtis aussi. Quelques autres suivront peut-être. Mais il en faudrait quatre de plus au Sénat pour atteindre le seuil de 51 voix qui permettrait de faire passer une résolution. Quatre sénateurs. Sur 53 républicains. C’est tout ce qu’il manque pour ramener la présidence sous contrôle constitutionnel. Et pourtant, huit jours avant l’échéance, ces quatre-là n’ont toujours pas parlé.
Quatre personnes. C’est le chiffre exact qui sépare aujourd’hui une démocratie fonctionnelle d’une présidence impériale. Quatre téléphones qui pourraient sonner, quatre conférences de presse qui pourraient être convoquées, quatre voix qui pourraient porter. Et nous attendons. Nous regardons. Nous faisons comme si c’était encore trop tôt pour parler.
Ce que la démocratie américaine risque, vraiment, le 2 mai
Un précédent qui ne se refermera pas
Si Trump franchit le 1er mai sans que le Congrès agisse, il crée un précédent structurel. Il démontre qu’un président peut mener une guerre de plus de 60 jours sans autorisation, en ignorer la législation, et le faire impunément. Le prochain président — démocrate ou républicain — héritera de ce précédent. Il n’aura plus besoin de le justifier. Il lui suffira de le faire. La War Powers Resolution deviendra, dans les faits, une lettre morte.
Les constitutionnalistes parlent depuis des années de la présidence impériale, concept forgé par l’historien Arthur Schlesinger Jr. dans son livre de 1973 — la même année que la Résolution. Schlesinger, qui avait servi Kennedy, prévenait que la Maison-Blanche accumulait des pouvoirs de guerre que les Pères fondateurs avaient voulu refuser à tout exécutif. Cinquante-trois ans plus tard, son avertissement trouve sa conclusion logique : un président qui, publiquement, refuse de se laisser « bousculer » par la Constitution.
Le reste du monde regarde et prend des notes
À Pékin, on observe. À Moscou, on sourit. À Ankara, Riyad, New Delhi, on calcule. Chaque autocrate, chaque démocratie fragile, chaque régime hybride note que les États-Unis, qui ont passé soixante-dix ans à faire la leçon au monde sur l’État de droit, laissent leur propre président violer leurs propres lois sans conséquence. Le soft power — pardon, l’influence douce — américaine s’est construite sur une idée : chez nous, les lois s’appliquent même aux puissants. Cette idée est en train de mourir sous les yeux de tout le monde.
Et pourtant, ce sont les démocraties fragiles qui paieront le plus cher. Parce que la prochaine fois qu’un président ukrainien, géorgien, taïwanais, demandera aux États-Unis de défendre un ordre international fondé sur des règles, on lui répondra — à juste titre — que ces règles ne semblent plus s’appliquer à Washington elle-même.
Je soutiens l’Ukraine. Je soutiens Zelensky. Je soutiens le camp occidental contre les autocrates. Et c’est précisément parce que je soutiens ce camp que je suis terrifié par ce qui se passe à Washington. Parce qu’on ne défend pas la démocratie en laissant ses dirigeants la piétiner chez eux. On ne gagne pas la bataille des valeurs en trahissant les siennes. Trump est en train de donner à Poutine, gratuitement, l’argument dont il rêvait depuis dix ans.
Le cost humain qu'on ne comptera pas
Les soldats américains qu’on n’a pas fait voter
Dans les bases américaines du Qatar, de Bahreïn, de Djibouti, des jeunes de 19 à 24 ans attendent. Ils s’appellent Marcus, Jasmine, Luis. Ils viennent de l’Ohio, de la Floride, du Texas. Ils ont signé pour servir leur pays et ils sont aujourd’hui engagés dans une guerre que leurs parents et leurs élus n’ont pas votée. Si l’un d’eux meurt le 2 mai, personne ne pourra dire aux parents : votre enfant est mort dans une guerre légale. Il sera mort dans une guerre qui, selon la loi fédérale américaine, n’aurait pas dû avoir lieu.
Voilà ce que les sénateurs qui hésitent devraient regarder en face. Pas l’abstraction constitutionnelle. Le cercueil recouvert du drapeau, et la mère qui ne saura jamais exactement pour quoi son fils est mort. Chaque jour où le Congrès se tait est un jour où cette éventualité grandit. Et pourtant, le silence continue.
Le fardeau budgétaire transféré aux écoles, aux routes, aux vétérans
La guerre contre l’Iran coûte, selon les estimations publiées par le Center for Strategic and Budgetary Assessments, environ 2,8 milliards de dollars par semaine. En six semaines, cela représente près de 17 milliards. C’est plus que le budget annuel du programme Pell Grants qui permet à 6 millions d’étudiants américains pauvres d’aller à l’université. C’est quatre fois le budget du Veterans Affairs pour les soins en santé mentale des anciens combattants — ces mêmes anciens combattants qui se suicident au rythme de 17 par jour.
Chaque dollar dépensé dans le détroit d’Hormuz est un dollar qu’on ne dépense pas pour un vétéran d’Irak ou d’Afghanistan qui appelle la ligne de crise. C’est un arbitrage moral que le Congrès, constitutionnellement, devait faire. Qu’il n’a pas fait. Que Trump a fait à sa place. Seul.
Et maintenant ? Ce qui va vraiment se passer après le 1er mai
Le scénario le plus probable, et il est sombre
Scénario le plus probable, huit jours avant l’échéance : Trump franchit le 1er mai sans commentaire. La Maison-Blanche publie un « mémorandum juridique » affirmant que le cessez-le-feu suspend le décompte. Les démocrates au Sénat, menés par Chuck Schumer, forcent un vote sur une résolution. Elle passe avec Collins, Curtis et trois à quatre autres républicains. Elle passe à la Chambre de justesse avec l’appui de quelques républicains modérés.
Trump veto. Le Congrès n’a pas les deux tiers pour outrepasser le veto. La résolution meurt. La guerre continue. Les tribunaux refusent de statuer au nom de la doctrine des political questions. Et dans six mois, ce moment précis — avril-mai 2026 — sera enseigné dans les facultés de droit comme le moment où la War Powers Resolution est officiellement morte. Et pourtant, elle continuera d’exister sur le papier, comme un fantôme.
Le scénario optimiste, et ce qu’il exigerait
Scénario optimiste : huit sénateurs républicains rompent avec Trump. La résolution passe à une majorité plus large. La Chambre suit. Trump veto mais le Congrès trouve les deux tiers pour outrepasser, mobilisé par une coalition bipartisane comme celle qui a outrepassé le veto de Nixon en 1973. Trump doit obtempérer ou faire face à une crise constitutionnelle ouverte. La guerre se termine. Les troupes rentrent. La démocratie fonctionne.
Ce scénario demande un courage républicain massif qui, aujourd’hui, n’existe pas. Il demande que des sénateurs choisissent la Constitution contre leur parti. Il demande que des représentants choisissent la loi contre leur base. Il demande, en somme, que plus d’une demi-douzaine de personnes choisissent leur serment contre leur carrière. Collins l’a fait. Curtis l’a fait. Les autres ?
Quand j’étais plus jeune, je pensais que la démocratie était un système. Je comprends maintenant qu’elle est une décision quotidienne, prise par quelques individus précis, souvent tard le soir, souvent seuls dans leur bureau, d’honorer un serment plutôt qu’un calcul. Le 1er mai prochain, à Washington, quelques dizaines de personnes feront ce choix. Et leurs noms, on les retiendra.
Ce que ça dit de nous, Occidentaux qui regardons
L’Europe qui attend que les adultes américains se réveillent
À Bruxelles, à Paris, à Berlin, à Varsovie, les diplomates européens suivent le compte à rebours. Ils ne peuvent rien faire. Ils dépendent d’une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus. Le Haut Représentant de l’Union européenne a publié un communiqué prudent le 18 avril appelant au « respect du droit international ». Personne à Washington n’a lu ce communiqué. Personne à Washington n’en avait l’intention.
L’Europe, pendant ce temps, continue de soutenir l’Ukraine face à Poutine, de négocier des accords sur les semi-conducteurs avec Taïwan, de financer les sanctions contre Téhéran qu’elle juge insuffisantes. Elle fait tout cela en espérant que Washington redevienne Washington. Et pourtant, chaque jour passé rend ce retour plus difficile, parce que les institutions qu’on érode, on les reconstruit rarement identiques.
Le Canada qui observe, silencieux, ce qui pourrait lui arriver
À Ottawa, les conseillers en politique étrangère du Premier ministre réévaluent tous les scénarios. Un président américain qui ignore sa propre Constitution ignorera a fortiori les accords commerciaux, les traités de défense, les engagements diplomatiques. Le Canada, qui partage 8 891 kilomètres de frontière avec cette puissance, mesure chaque jour ce que signifie avoir pour voisin une démocratie qui doute d’elle-même.
J’écris ces lignes depuis un pays qui regarde l’Amérique en retenant son souffle. Pas parce qu’on la déteste — on ne la déteste pas. Parce qu’on a besoin qu’elle redevienne ce qu’elle a été. Parce que l’ordre du monde, qu’on aime ou pas, reposait sur une idée américaine : la loi l’emporte sur la force, même quand la force est tentante. Cette idée est en train de se fissurer en direct.
Conclusion : une loi, un homme, et huit jours
La seule question qui compte, huit jours avant
Il reste huit jours. Une loi vieille de 53 ans. Un président qui a dit publiquement qu’il ne se laisserait pas bousculer. Une sénatrice de 73 ans qui a eu le courage de prononcer la seule phrase qui comptait. Et entre eux, quatre sénateurs républicains absents, dont les noms, si cette guerre continue illégalement après le 1er mai, seront gravés dans l’histoire comme ceux qui ont regardé la Constitution mourir et qui ont choisi le silence.
Je ne sais pas ce qui se passera le 1er mai. Personne ne le sait. Mais je sais une chose : dans huit jours, à Téhéran, une mère rationnera encore la viande de ses enfants. À Manille, Mika fera ses devoirs à la bougie. Dans une base du Qatar, Marcus vérifiera son équipement en se demandant pour quoi il le fait. Et à Washington, un homme regardera ses écrans en disant, encore, ne me bousculez pas. La seule question, maintenant, c’est : qui va le bousculer ?
Je finis cette chronique avec une phrase dans la tête, et je la partage parce qu’elle me hante. C’est Madison, en 1793 : « La guerre est peut-être la plus redoutée des ennemis de la liberté publique. » Il l’a écrit il y a 233 ans. Huit jours avant le 1er mai 2026, je regarde Washington et je me demande si les républicains du Sénat ont déjà lu cette phrase. Ou s’ils l’ont lue et décidé qu’elle ne les concernait pas.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Article principal et suivis
Rachel Oswald, « Trump’s Iran War Approaches a Fresh Legal Hurdle », Foreign Policy, 23 avril 2026
Rachel Oswald, « Republican Support for Trump’s Iran War Is Wobbling », Foreign Policy, 26 mars 2026
Documentation juridique et analyses
Congressional Research Service, rapport 2025 sur la War Powers Resolution
Sénateur John Curtis, tribune sur la résolution des pouvoirs de guerre, Deseret News, 1er avril 2026
Jason Bordoff, analyse sur l’impact énergétique mondial, Foreign Policy, 26 mars 2026
Entretien avec Mohammad Bagher Ghalibaf, Foreign Policy, 25 mars 2026
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