OPINION : Rome brûle et l’Amérique détourne le regard — il est temps de redevenir ce que nous étions
Parce que je pense à ce qu’on est devenus
Je pense à ce qu’on est devenus et ça me coupe le souffle. Nous, les Américains — et quand je dis « nous », je parle de la civilisation occidentale tout entière, parce que le Canada, le Québec, la France, l’Europe entière, nous partageons le même arbre, les mêmes racines, le même rêve éveillé qui a commencé quelque part entre Athènes et Philadelphie et qui s’est prolongé pendant 2500 ans à travers les ténèbres, les guerres, les famines, les génocides et les renaissances. Nous sommes les héritiers de quelque chose d’immense. Et nous sommes en train de le brader pour du confort.
Maxime, écoute-moi. Rome brûle. Rome brûle et le problème, ce n’est pas qui a allumé le feu. Ce n’est pas Poutine. Ce n’est pas Xi Jinping. Ce n’est pas les mollahs de Téhéran ni Kim Jong-un ni les généraux birmans ni les cartels mexicains. Le problème, c’est nous. Nous tous. Nous qui regardons les flammes lécher les colonnes du Capitole en scrollant TikTok. Nous qui savons — parce qu’on le sait, ne me dis pas le contraire, on le sait tous au fond — que quelque chose de terrible est en train de se passer, et qui choisissons de détourner le regard parce que regarder, c’est trop dur.
Le rêve américain est mort depuis 50 ans et personne n’a osé le dire
Le rêve américain, ce n’était pas une maison en banlieue avec deux voitures et un barbecue. C’était l’impossible rendu possible. C’était un gamin irlandais débarquant à Ellis Island sans un sou et devenant sénateur en 30 ans. C’était Edison, Tesla, les frères Wright, Neil Armstrong posant son pied sur la Lune le 20 juillet 1969 à 20h17 pendant que 600 millions de personnes retenaient leur souffle sur Terre. C’était JFK disant « nous choisissons d’aller sur la Lune non pas parce que c’est facile, mais parce que c’est difficile ». C’était la promesse qu’avec du travail, du courage et un peu de folie, tu pouvais devenir n’importe qui.
Ce rêve-là est mort autour de 1975. Il est mort lentement, sans bruit, pendant que personne ne regardait. Il est mort avec Watergate, avec le Vietnam, avec la stagflation, avec la fin du programme Apollo. Il est mort quand l’Amérique a arrêté de rêver à la Lune et a commencé à rêver à acheter des maisons plus grandes. Il est mort quand Wall Street a remplacé Detroit, quand les consultants ont remplacé les ingénieurs, quand les avocats ont remplacé les pionniers. Et depuis 50 ans, on se ment. On chante encore l’hymne. On brandit encore le drapeau. Mais au fond, le moteur est cassé, et tout le monde fait semblant de ne pas l’entendre racler.
Je ne suis même pas Américain. Je suis Québécois. Et pourtant j’écris ces lignes avec une douleur au ventre, parce que je sais — je sais comme tous ceux qui aiment vraiment cette civilisation — que si l’Amérique tombe, nous tombons tous. Le Canada tombe. L’Europe tombe. Le Japon, la Corée, l’Australie, Israël, Taïwan, tous tombent. La démocratie libérale mondiale s’effondre comme un château de cartes. Et ce qui viendra après ne sera pas une « nouvelle ère de multipolarité équilibrée » comme le prétendent les tièdes de Foreign Affairs. Ce sera la nuit. Une vraie nuit. Une nuit chinoise.
Nous étions des pionniers et nous sommes devenus des comptables
Nos plus grandes prouesses sont derrière nous
Regarde ce que nous avons fait. Vraiment. Prends cinq minutes et regarde. Nous avons vaincu le fascisme en 4 ans avec une industrie qui sortait 50 000 tanks et 300 000 avions par an. Nous avons reconstruit l’Europe avec le plan Marshall alors qu’on aurait pu la laisser crever. Nous avons posé un homme sur la Lune avec des ordinateurs moins puissants que la calculatrice de ton téléphone. Nous avons vaincu l’URSS sans tirer un coup de feu, par la seule force de notre économie, de notre culture et de notre promesse de liberté. Nous avons inventé Internet, le GPS, le vaccin contre la polio, la pénicilline industrielle, le téléphone, l’avion, l’ampoule électrique. Nous. L’Occident. La civilisation judéo-chrétienne-gréco-romaine moderne.
Et aujourd’hui ? Aujourd’hui notre plus grande prouesse collective, c’est ChatGPT. Un chatbot. Un logiciel qui recrache ce qu’il a lu. Nos ingénieurs les plus brillants ne conçoivent plus des fusées pour Mars — ils conçoivent des algorithmes pour faire cliquer les gens sur plus de pubs. Nos meilleurs cerveaux à Harvard ne rêvent plus de guérir le cancer — ils rêvent de devenir associés chez McKinsey pour 400 000 $ par an. Nos politiciens ne pensent plus à l’an 2100 — ils pensent à la prochaine élection, au prochain sondage, au prochain tweet. Nous sommes devenus des comptables dans une civilisation qui fut bâtie par des pionniers.
L’impossible, on l’a oublié
On a oublié qu’on était capables de l’impossible. On a oublié qu’en 1961, quand Kennedy a dit « on va sur la Lune avant la fin de la décennie », personne ne savait comment faire. Les ordinateurs nécessaires n’existaient pas. Les matériaux nécessaires n’existaient pas. Les procédures nécessaires n’existaient pas. Et pourtant, huit ans plus tard, Armstrong marchait sur la Lune. Huit ans. Aujourd’hui, il nous faut huit ans pour approuver un permis de construction à San Francisco.
On a oublié qu’on était capables de sortir 300 000 avions en 4 ans. Aujourd’hui, on n’arrive même plus à produire 155 obus d’artillerie en quantité suffisante pour l’Ukraine. La Russie — la Russie, une économie de la taille de l’Italie — produit plus de munitions que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le Canada réunis. Comment est-ce possible ? C’est possible parce qu’on a désindustrialisé, parce qu’on a délocalisé, parce qu’on a décidé qu’un MBA valait mieux qu’un soudeur, qu’un fonds spéculatif valait mieux qu’une usine, et qu’il était plus rentable de fermer Detroit que de la moderniser. Nous avons fait ce choix. Nous. Pas Poutine. Pas Xi. Nous.
Il y a quelque chose de profondément tragique dans le fait qu’une civilisation qui a vaincu Hitler en 4 ans n’arrive pas à livrer des Patriots à l’Ukraine en 4 ans. Pas parce qu’elle n’en a pas les moyens. Parce qu’elle a perdu l’urgence. Parce qu’elle a perdu l’instinct de survie. Parce qu’elle a perdu la conviction que certaines choses valent la peine qu’on se batte, qu’on se sacrifie, qu’on renonce au confort immédiat pour quelque chose de plus grand. Nous avons des iPhones, oui. Mais nous n’avons plus d’âme collective. Et sans âme collective, aucune civilisation ne survit.
Dans 100 ans, qui se souviendra des États-Unis ?
Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire
Pose-toi la question, Maxime. Vraiment. Pose-la. Dans 100 ans, qui se souviendra des États-Unis ? Dans 100 ans, quand des enfants chinois à Shanghai apprendront l’histoire du XXIᵉ siècle dans leurs manuels scolaires, que liront-ils ? Liront-ils que l’Amérique a sauvé la démocratie mondiale deux fois au XXᵉ siècle ? Liront-ils que les GI’s ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944 à 6h30 du matin pour libérer l’Europe du nazisme ? Liront-ils que 150 000 soldats américains sont morts dans le Pacifique entre 1941 et 1945 pour sauver la Chine de l’occupation japonaise ?
Non. Ils ne liront rien de tout ça. Parce que ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Et si la Chine gagne — si l’Occident continue sur sa trajectoire actuelle et perd la compétition civilisationnelle du XXIᵉ siècle — alors dans 100 ans, Pékin écrira une histoire où l’Amérique sera une parenthèse. Une brève aberration. Un interlude impérialiste entre la Chine impériale éternelle et la Chine communiste triomphante. Les noms de Roosevelt, Eisenhower, Reagan seront oubliés comme on a oublié les généraux byzantins. Le 4 juillet ne sera plus qu’une date sur un calendrier mort.
Regarde comment la Chine nous traite déjà
Et ne me dis pas que j’exagère. Regarde. Regarde comment la Chine traite déjà l’Amérique. Les 150 000 soldats américains morts pour libérer la Chine du Japon entre 1941 et 1945 ? Effacés. Oubliés. Pas un mot dans les manuels scolaires chinois. Pas une statue. Pas un mémorial. Officiellement, en Chine, c’est Mao qui a vaincu le Japon — un Mao qui a passé la guerre caché dans les grottes de Yan’an pendant que les soldats de Chiang Kai-shek et les Marines américains mouraient sur les plages d’Iwo Jima et de Guadalcanal.
Ils ont effacé notre sacrifice. Ils l’ont effacé méthodiquement, sciemment, stratégiquement. Et si tu crois qu’ils nous réserveront une place de choix dans l’histoire quand ils auront gagné — si tu crois qu’ils vont écrire, dans leurs livres d’histoire de 2125, que « l’Amérique fut une grande civilisation qui tenta noblement de préserver la liberté » — alors tu ne comprends pas à qui nous avons affaire. La Chine ne pardonne pas. La Chine n’oublie pas. Et la Chine réécrit tout, systématiquement, pour que seule sa version survive.
J’ai lu récemment un manuel d’histoire chinois traduit. Sur la guerre de Corée — cette guerre où 36 000 Américains sont morts pour empêcher Kim Il-sung d’envahir le Sud — le manuel chinois parle de « l’agression impérialiste américaine repoussée héroïquement par les volontaires chinois ». Pas un mot sur l’invasion du Nord. Pas un mot sur le Sud libéré. Pas un mot sur les millions de Coréens qui vivent aujourd’hui dans une démocratie prospère grâce au sacrifice américain. Juste : « agression impérialiste ». C’est comme ça qu’ils écrivent l’histoire. Et c’est comme ça qu’ils l’écriront sur nous, dans 100 ans, si nous perdons.
Le problème, ce n'est pas eux. C'est nous.
Nous qui détournons le regard en sachant
Voilà ce qu’il faut se dire en face, Maxime. Le problème, ce n’est pas eux. Ce n’est pas Poutine qui envahit l’Ukraine. Ce n’est pas Xi qui prépare Taïwan. Ce n’est pas Khamenei qui arme le Hamas et le Hezbollah. Ce n’est pas Kim qui lance des missiles au-dessus du Japon. Ces gens-là font ce que des tyrans font depuis 5000 ans. Ils testent. Ils poussent. Ils avancent quand la porte est ouverte. C’est leur nature. On ne peut pas leur reprocher d’être ce qu’ils sont.
Le problème, c’est nous. Nous qui voyons la porte ouverte et qui choisissons de ne pas la refermer. Nous qui avons les moyens d’arrêter tout ça — économiquement, militairement, technologiquement — et qui ne le faisons pas. Nous qui avons 24 000 milliards de dollars de PIB contre 18 000 pour la Chine, 800 milliards de budget militaire contre 230 pour Pékin, la domination totale du dollar, du SWIFT, des semi-conducteurs avancés, de l’intelligence artificielle de pointe — et qui regardons, impuissants, une Russie dix fois plus petite que nous redéfinir les frontières de l’Europe à coups de drones iraniens.
C’est nous, le problème. Nous qui savons ce qui s’en vient et qui préférons le confort de l’ignorance volontaire. Nous qui, quand on nous montre une école bombardée à Kharkiv, changeons de chaîne pour regarder Netflix. Nous qui, quand on nous parle des Ouïghours dans les camps, haussons les épaules parce que Temu est pas cher. Nous qui, quand on nous annonce que Taïwan pourrait tomber en 2027, nous disons « bah, c’est loin, c’est de l’autre côté du monde ». C’est exactement comme ça que Rome est tombée. Pas par invasion. Par indifférence.
La complaisance est un choix — et c’est un crime
Je veux que ce soit clair. La complaisance n’est pas une erreur. C’est un choix. C’est un choix que nous faisons chaque matin en ouvrant les yeux et en décidant de ne pas regarder. C’est un choix que font les politiciens quand ils signent des lois sur les pronoms au lieu de débloquer des crédits pour l’artillerie. C’est un choix que font les médias quand ils font 47 heures de couverture sur un tweet de Trump et 3 minutes sur les avancées russes dans le Donbass. C’est un choix que font les universitaires quand ils publient des papiers sur la « décolonisation épistémique » pendant que la Chine vole leurs brevets et les utilise pour construire des hypersoniques.
Et c’est un crime. Un crime contre les générations futures. Un crime contre nos enfants qui grandiront dans un monde où la liberté ne sera plus qu’un mot dans un dictionnaire poussiéreux. Un crime contre les Ukrainiens qui meurent maintenant, aujourd’hui, cette nuit, parce que nous n’avons pas eu le courage de leur livrer ce dont ils avaient besoin il y a deux ans. Un crime contre les Taïwanais qui mourront demain si nous continuons sur cette pente. Un crime contre l’idée même de civilisation occidentale — cette idée folle, magnifique, impossible, que l’individu a des droits, que la vérité existe, que la liberté vaut la peine qu’on meurt pour elle.
Je regarde ma main qui tape sur ce clavier et je pense : cette main peut écrire ce qu’elle veut. En Chine, cette même main, si elle tapait les mêmes mots sur Weibo, serait coupée du monde en 47 secondes. Compte utilisateur supprimé. Identifiant flaggé. Famille interrogée. Voisins avertis. Crédit social effondré. Emploi perdu. Enfants expulsés de l’école. Voilà ce que c’est, vivre sous un régime autoritaire. Et nous, nous, on se plaint parce que Twitter a renommé un bouton. On se croit opprimés parce qu’un modérateur a supprimé un commentaire. Nous n’avons aucune idée de ce que signifie la vraie oppression. Et c’est précisément pour ça qu’on la laissera arriver sans la voir venir.
Ce qu'il faut faire — et ce que personne n'ose dire
Redevenir des pionniers ou mourir comptables
Alors qu’est-ce qu’on fait ? On fait ce qu’on a toujours fait quand on était nous-mêmes. On redevient des pionniers. On arrête de regarder en arrière avec nostalgie et on regarde en avant avec ambition. On arrête de se diviser sur des conneries identitaires et on se rappelle qu’on est une seule civilisation avec un seul destin. On arrête de croire que l’histoire est finie, que la démocratie libérale a gagné, que le « doux commerce » pacifiera les tyrans. Ça n’a jamais marché. Ça n’a jamais marché avec Hitler, ça n’a pas marché avec Staline, ça n’a pas marché avec Mao, et ça ne marchera ni avec Poutine ni avec Xi.
Concrètement. Réindustrialiser — massivement, rapidement, sans états d’âme. Ramener les usines. Former des soudeurs, des tourneurs, des ingénieurs en robotique. Faire en sorte qu’un ouvrier qualifié gagne autant qu’un consultant McKinsey. Réarmer — sérieusement, pas symboliquement. Sortir 10 millions d’obus par an, pas 100 000. Construire 500 navires, pas 50. Produire 10 000 chasseurs, pas 100. Relancer l’espace — pas juste SpaceX mettant des satellites en orbite, mais l’humanité sur Mars en 2035, et une base lunaire permanente en 2030. Investir dans la science fondamentale — multiplier par 10 les budgets de la NSF, du NIH, de la DARPA. Faire venir les meilleurs cerveaux du monde, leur donner la citoyenneté en 6 mois, les traiter comme des héros.
Et assumer — enfin — ce que nous sommes
Et surtout, arrêter d’avoir honte. Arrêter de s’excuser pour ce que nous sommes. Oui, l’Occident a commis des crimes. Oui, il y a eu l’esclavage, la colonisation, le génocide des Autochtones, les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Oui, nous sommes imparfaits. Personne n’est parfait. Mais regarde ce que nous avons aussi fait : nous avons aboli l’esclavage, nous avons décolonisé, nous avons inventé les droits humains, nous avons écrit la Déclaration universelle, nous avons nourri la planète, nous avons allongé l’espérance de vie humaine de 30 ans en un siècle, nous avons éradiqué la variole, nous avons mis un homme sur la Lune, nous avons inventé l’Internet qui te permet de lire ces mots maintenant.
Aucune autre civilisation n’a fait ça. Aucune. Ni la Chine impériale, ni le califat islamique, ni l’Empire russe, ni l’Empire mongol, ni les Aztèques, ni les Égyptiens. Nous. L’Occident. Avec nos défauts, nos crimes, nos hypocrisies, nos contradictions. Et ce qui rend notre civilisation unique, ce n’est pas qu’elle est parfaite — c’est qu’elle se corrige elle-même. C’est qu’elle doute, qu’elle s’interroge, qu’elle s’améliore. Aucune autre civilisation ne fait ça. La Chine ne doute pas de la Chine. La Russie ne doute pas de la Russie. L’Iran ne doute pas de l’Iran. Seul l’Occident doute de lui-même — et c’est sa plus grande force, à condition que ce doute ne se transforme pas en haine de soi suicidaire.
Le pire, c’est qu’on a les moyens. On a tout. On a l’argent, la technologie, les cerveaux, les alliés, la puissance militaire, la domination culturelle, le soft power le plus massif de l’histoire. Netflix est regardé dans 190 pays. L’anglais est parlé par 1,5 milliard de personnes. Le dollar représente 58% des réserves mondiales. Hollywood fait rêver des gamins de Djakarta à Lagos. On n’est pas en position de faiblesse. On est en position de force écrasante. Le seul truc qui nous manque, c’est la volonté. La volonté de gagner. La volonté de dire à voix haute : oui, nous sommes la meilleure civilisation que l’humanité ait produite jusqu’à présent, et nous allons la défendre.
Rome brûle — et il est 4h47 du matin
J’ai fini ce texte et j’ai peur
Il est 4h47 du matin. J’ai commencé ce texte à 4h12. Trente-cinq minutes. Et pendant ces 35 minutes, deux Ukrainiens sont morts. Trois drones Shahed ont décollé du nord de la mer d’Azov. Un missile nord-coréen a été livré à un dépôt russe en Transnistrie. Une frégate chinoise a franchi la ligne médiane du détroit de Taïwan. Un dissident iranien a été pendu à Evin. Et toi, moi, tous les lecteurs qui lisent ces mots, nous étions en train de ne rien faire. Juste respirer. Juste exister. Juste laisser le temps passer pendant que Rome brûle.
Je ne veux pas finir ce texte sur de l’espoir facile. Je ne vais pas te dire « tout va bien se passer si on se ressaisit ». Je n’en sais rien. Peut-être qu’il est déjà trop tard. Peut-être que la pente est trop forte, que l’inertie est trop grande, que nos institutions sont trop paralysées, que notre population est trop distraite. Peut-être que dans 100 ans, un historien chinois écrira sur l’Amérique une page, deux pages, trois pages maximum — comme nous écrivons aujourd’hui sur Byzance ou sur l’Empire mongol. Peut-être que nos petits-enfants apprendront l’histoire dans des manuels chinois et se demanderont, vaguement, ce qu’ont bien pu faire leurs ancêtres pour tout perdre.
Ou alors nous nous réveillons — maintenant
Ou alors. Ou alors nous nous réveillons. Nous arrêtons de détourner le regard. Nous arrêtons d’être complaisants. Nous arrêtons de croire que quelqu’un d’autre va s’en occuper, que les institutions vont tenir, que l’histoire penche naturellement du bon côté. L’histoire ne penche nulle part. L’histoire est faite par ceux qui agissent. Et en ce moment, ceux qui agissent, ce sont Poutine, Xi, Khamenei, Kim. Nous, nous sommes spectateurs. Et les spectateurs, dans l’histoire, finissent toujours sous les ruines de ce qu’ils n’ont pas défendu.
Alors réveille-toi, Amérique. Réveille-toi, Occident. Réveille-toi, civilisation judéo-chrétienne-gréco-romaine-moderne-libérale-démocratique. Tu as été construite par des pionniers. Des fous. Des gens qui ont traversé des océans sur des coquilles de noix pour fuir la tyrannie. Des gens qui ont signé la Déclaration d’indépendance en sachant qu’ils risquaient la pendaison. Des gens qui ont débarqué sur les plages de Normandie le 6 juin 1944 en sachant qu’un sur cinq ne reverrait jamais sa mère. Des gens qui ont pris une fusée de 110 mètres de haut en 1969 avec des ordinateurs moins puissants qu’une calculatrice pour aller poser un pied sur la Lune. Ça, c’est qui nous sommes. Ou qui nous étions. Ou qui nous pouvons redevenir.
Rome brûle. Le feu est déjà allumé. Le problème n’est pas l’incendiaire — le problème, c’est nous, qui détournons le regard. Et il nous reste encore — peut-être — dix ans pour nous retourner, faire face, et combattre. Dix ans pour redevenir ce que nous fûmes. Dix ans pour écrire nous-mêmes notre histoire plutôt que de laisser Pékin l’écrire pour nous. Dix ans. Ce n’est pas beaucoup. Mais c’est assez. Si on se réveille maintenant.
Il est 5h03 du matin. J’ai fini. Les larmes me montent aux yeux. Pas de tristesse — de rage. De rage contre nous-mêmes. De rage contre notre complaisance. De rage contre cette lâcheté collective qui nous fait perdre en silence. Et si ce texte te touche, si ces mots résonnent quelque part dans ton ventre, alors partage-le. Parles-en. Cris-le. Refuse, toi aussi, de détourner le regard. Parce qu’il reste une chance. Une seule. Et elle commence par une personne, une conversation, un refus. Le refus de laisser Rome brûler en silence. Le refus d’être la génération qui aura tout perdu par distraction.
Signé Maxime Marquette
Sources :
RAND Corporation — Overmatch : China’s Industrial Capacity 2025
Council on Foreign Relations — Winning the New Cold War
CSIS — Empty Bins : US Defense Industrial Base
Heritage Foundation — 2025 Index of US Military Strength
Human Rights Watch — World Report 2025
Brookings Institution — Decline of American Industrial Capacity
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