Skip to content
ANALYSE : 1 328 820 morts russes. Et Poutine envoie encore les étudiants.
Crédit: Adobe Stock

Ce que mille cent quatre-vingts soldats représentent dans le réel

Imaginez un théâtre municipal de petite ville. Six cents fauteuils en bas, trois cents au balcon, deux cents debout au fond. Tous occupés. Tous morts ce 28 avril 2026. C’est l’image que les statistiques refusent de produire. C’est aussi celle qui devrait habiter chaque chancellerie occidentale qui parle encore de « négociation raisonnable » sans poser comme préalable que la Russie cesse d’alimenter cette boucherie quotidienne avec ses propres fils.

Mille cent quatre-vingts hommes. La majorité avait entre dix-neuf et trente-quatre ans. Beaucoup venaient des républiques périphériques — Bouriatie, Daghestan, Tyva — où le revenu militaire est l’unique alternative au chômage structurel. Le Kremlin recrute là où l’État social s’est effondré, et exporte la mort vers les marges pour préserver le calme apparent des centres urbains. C’est la doctrine. Elle tient depuis quatre ans. Elle vient de craquer.

Mikhaïl, étudiant en thermique à Saint-Pétersbourg, dix-neuf ans

Mikhaïl étudie l’ingénierie thermique en deuxième année. Il vit chez ses parents, dans un appartement communautaire du quartier Vassilievsky. Il aime le hockey. Il joue de la guitare basse. Sa mère Anastasia a quarante-six ans et travaille comme comptable dans un cabinet privé. Le 23 avril, Mikhaïl a reçu une convocation officielle. Pas un avis. Une convocation, signée, datée, avec date de présentation au commissariat militaire.

Anastasia n’a pas dormi cette nuit-là. Ni les suivantes. Elle cherche, sur des canaux Telegram cryptés, des routes de sortie. Le Kazakhstan. La Géorgie. Une famille en Lettonie. Tout sauf la convocation. Mikhaïl est l’un de ces visages qui manquent encore aux statistiques, mais qui s’y trouveront peut-être à l’été 2026. Sa mère arrose ses plantes vertes le matin pour ne pas y penser. Elle ne dit plus à voix haute le mot « Ukraine ». Elle a peur que ça l’attire.

Je pense à Anastasia parce qu’elle est l’angle mort de notre récit occidental. Nous parlons des victimes ukrainiennes — à juste titre. Nous parlons rarement des mères russes qui voient leur fils basculer du côté de la chair à canon, et qui ne peuvent rien dire publiquement sans risquer la prison. Cette guerre détruit deux peuples — l’un par les bombes, l’autre par le mensonge d’État. Et la résistance russe de demain, si elle naît un jour, naîtra des cuisines d’Anastasia, dans le silence de ses nuits sans sommeil.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu