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CHRONIQUE : 189 fois ce jour-là — la guerre que Poutine appelle « cessez-le-feu »
Crédit: Adobe Stock

Mykola, 34 ans, mécanicien-tankiste, deuxième hiver consécutif sans permission

Mykola — appelons-le Mykola, parce qu’il y en a des milliers comme lui et qu’aucun journal ne donne leur prénom — est dans un trou de boue à six kilomètres au sud de Pokrovsk. Il a 34 ans. Avant la guerre, il réparait des moteurs de tracteurs à Tcherkassy. Sa fille s’appelle Sofiia. Elle a 7 ans. Elle lui a fait un dessin il y a onze mois : un soleil, un char, un papa avec un casque. Le dessin est plié en huit dans la poche intérieure de sa veste.

48 assauts russes dans son secteur en 24 heures. Quarante-huit fois où la radio crie. Quarante-huit fois où il faut courir, viser, tenir. Le sommeil par tranches de quarante minutes. Les mains qui ne sentent plus le froid parce que les terminaisons nerveuses ont rendu les armes avant lui. C’est ça, 48 assauts. Pas une statistique. Pas un graphique sur PowerPoint dans une réunion à Ramstein. C’est Mykola qui n’a pas mangé depuis seize heures.

J’écris ces mots dans un café à Montréal. Il fait 11 degrés dehors. J’ai un café au lait devant moi. Sofiia est en train de finir son repas du soir à Tcherkassy. Elle ne sait pas que ce matin, à 4h17 heure locale, la trentième vague d’assaut russe est passée à 200 mètres de son père. Elle ne le saura peut-être jamais. C’est exactement pour ça que j’écris.

La géographie de la douleur — un atlas qu’on refuse d’ouvrir

Lis ces noms. Lis-les vraiment, lentement, comme si chacun pesait : Novopavlivka. Sofiivka. Vilne. Novooleksandrivka. Rodynske. Hryshyne. Udachne. Muravka. Novopidhorodne. Dix villages. Dix points sur une carte. Dix endroits où, le 28 avril, des Ukrainiens ont repoussé l’armée d’un État voisin trente fois plus riche en armement que le leur.

Tu ne les retiendras pas. Personne ne les retient. C’est précisément le pari de Poutine : que la guerre devienne une routine de mots impossibles à mémoriser. Que la fatigue de prononcer « Novopidhorodne » devienne plus forte que la honte de ne pas savoir ce qui s’y passe.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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