Cinq drapeaux dans la même eau, et ce n’est pas un hasard
L’exercice Kamandag 2025 a réuni les Marines américains, les Forces japonaises d’autodéfense, l’armée australienne, les Forces canadiennes et les Philippines. Cinq démocraties. Cinq pays qui ont compris qu’on ne peut plus jouer chacun sa partition pendant que Pékin orchestre une symphonie d’intimidation. Le message est clair : la liberté de navigation dans le Pacifique n’est pas une faveur que Pékin accorde, c’est un droit international que les démocraties défendront ensemble.
Le Canada qui envoie des troupes à Kamandag, ce n’est pas anodin. Ottawa a longtemps considéré que l’Indo-Pacifique était un dossier lointain. Cette époque est terminée. La stratégie indo-pacifique canadienne adoptée en 2022 reconnaît explicitement que la sécurité maritime asiatique est liée à la sécurité économique mondiale. 60% du commerce mondial transite par ces eaux. Quand la Chine décide qui passe et qui paie, c’est l’épicerie de Trois-Rivières qui finit par payer la facture.
L’Australie, le Japon, et la fin de l’illusion
Tokyo a abandonné soixante-dix ans de pacifisme constitutionnel pour une raison simple : Pékin a rendu ce pacifisme suicidaire. L’Australie a signé l’accord AUKUS et commande des sous-marins nucléaires. Ces deux décisions étaient impensables en 2015. Elles sont devenues indispensables en 2025. Pourquoi ? Parce que la Chine de Xi Jinping a démontré, méthodiquement, année après année, qu’elle considère le droit international comme un papier qu’on déchire quand il ne sert plus.
Le récif de Scarborough n’est pas une affaire philippine. C’est un précédent mondial. Si Pékin peut s’approprier une formation rocheuse à 220 kilomètres de Manille, qu’est-ce qui empêche Moscou de s’approprier l’île de Snake ? Qu’est-ce qui empêche Téhéran de fermer Ormuz ? Le droit international tient debout parce que ceux qui le violent paient un prix. Quand le prix devient zéro, le droit s’effondre.
Je l’écris sans détour : il est temps que la Chine apprenne ce que ça coûte de jouer à l’empereur. Pas par des discours. Pas par des « préoccupations exprimées ». Par une présence militaire constante, multilatérale, désarçonnante. Pékin comprend une seule langue : celle du rapport de force. Tant qu’on parlera la langue de la modération, on parlera dans le vide.
Pourquoi il faut « flexer » — et le faire intelligemment
La leçon que l’Ukraine nous a apprise sur la dissuasion
En 2014, l’Occident a regardé Poutine avaler la Crimée en haussant les épaules. Quelques sanctions tièdes, quelques discours indignés, et la vie a continué. Résultat : 24 février 2022. Une guerre totale. Des centaines de milliers de morts. Des villes effacées. Volodymyr Zelensky qui dort avec un gilet pare-balles à portée de main. Maria, 8 ans, qui dessine des maisons sans toit parce qu’elle ne sait plus à quoi ressemble un toit qui ne s’effondre pas.
Cette histoire-là, elle nous regarde droit dans les yeux quand on parle de Scarborough. Si on laisse Pékin grignoter, intimider, normaliser ses revendications absurdes, on prépare le 24 février asiatique. Sauf que celui-là sera nucléaire, économique et planétaire. Et on dira, encore une fois, qu’on n’avait pas vu venir. Sauf qu’on l’a vu venir. On le voit venir maintenant.
Le coût de la faiblesse calculée par Pékin
Le Parti communiste chinois calcule. Constamment. Chaque provocation est un test. Si la réponse est tiède, l’audace augmente. Si la réponse est forte, l’audace se replie. C’est une mécanique froide que Xi Jinping applique depuis qu’il a pris le pouvoir en 2012. La militarisation des îles Spratly en 2014. L’écrasement de Hong Kong en 2020. Les manœuvres autour de Taïwan en 2022. Les canons à eau philippins en 2024. Les patrouilles de combat de Scarborough en 2025.
Chaque étape testée. Chaque étape validée par notre passivité. Et pourtant, à chaque étape, on s’est dit que la prochaine ne viendrait pas. Elle vient toujours. Elle viendra encore. La seule question est : quand est-ce qu’on dit stop d’une manière que Pékin comprend ?
« Flexer » n’est pas un mot diplomatique, je le sais. Mais c’est le mot juste. Pékin flexe. Constamment. Avec ses chasseurs, ses canons à eau, ses cartes à neuf traits, ses sanctions économiques contre tout pays qui ose nommer le Tibet ou Taïwan. La réciprocité n’est pas une agression. C’est un retour à l’équilibre. Et l’équilibre, c’est la condition de la paix réelle, pas la paix-fantôme qu’on nous vend.
Ce que les démocraties doivent faire maintenant
Une présence militaire permanente, pas symbolique
Les exercices Kamandag sont précieux. Mais ils restent des exercices. Ce qu’il faut, c’est une rotation permanente de forces alliées dans la mer de Chine méridionale. Une porte-avions américain qui croise en continu. Des frégates japonaises, australiennes, canadiennes, françaises, britanniques. Des patrouilles aériennes qui démontrent, chaque jour, que ces eaux sont internationales. Que la Chine n’y dicte pas la loi. Que le récif de Scarborough est philippin, point.
L’OTAN s’est installée à Vilnius pour rappeler à Moscou que la Lituanie n’est pas négociable. Il faut le même réflexe pour Manille. Pas une OTAN asiatique formelle — Pékin transformerait ça en propagande — mais une coalition pragmatique, AUKUS+, Quad+, qui assume sa présence sans s’excuser. L’excuse permanente est devenue notre maladie diplomatique.
L’arme économique enfin utilisée correctement
La Chine est vulnérable économiquement. Beaucoup plus qu’elle ne le prétend. Sa croissance ralentit. Son immobilier s’effondre. Sa démographie s’effondre. Son chômage des jeunes atteint des niveaux que Pékin a cessé de publier parce qu’ils sont gênants. Et pourtant, on continue de signer des accords commerciaux avec elle comme si elle était la Suisse.
Chaque dollar européen qui finance Huawei finance les chasseurs qui survolent Scarborough. Chaque commande de panneaux solaires chinois finance le génocide ouïghour du Xinjiang. Cette équation, on refuse de la voir parce qu’elle dérange notre confort. Mais elle existe. Et elle nous explose au visage à chaque nouvelle provocation. L’argent qu’on donne à Pékin revient sous forme de menace.
Soutenir Manille comme on soutient Kyiv
Ferdinand Marcos Jr. a fait un choix courageux en se rapprochant de Washington et de Tokyo. Il paie ce choix au quotidien. Économiquement, diplomatiquement, sécuritairement. Les Philippines méritent un soutien massif. Pas seulement des exercices militaires conjoints — des transferts d’armes, des garanties de sécurité, des investissements économiques qui montrent que choisir le camp démocratique est récompensé. Que ce n’est pas un choix suicidaire.
L’Ukraine nous a appris une vérité brutale : on ne soutient pas une démocratie après qu’elle soit envahie. On la soutient avant. Manille n’est pas encore Kyiv. Elle ne doit jamais le devenir. Le moment d’agir, c’est maintenant. Pas dans cinq ans, quand il sera trop tard et qu’on regardera les Philippines sombrer en se disant qu’on n’avait pas vu venir.
J’écris ces lignes en pensant à Manuel, le pêcheur de Zambales. À sa famille qui mange une fois par jour. À son cousin au bras cassé. À tous ces gens dont la vie est devenue le théâtre d’une ambition impériale qui les méprise. Quand on parle géopolitique, on oublie souvent que derrière chaque mouvement de chasseur, il y a un Manuel. Une famille. Un repas qui ne se prend pas. La grandeur stratégique se mesure aussi à ça.
Le test de notre courage collectif
Ce que le monde voit quand on hésite
Téhéran regarde. Moscou regarde. Pyongyang regarde. Caracas regarde. Chaque tyrannie de la planète mesure notre réaction face à Pékin pour calibrer ses propres provocations. Quand on hésite à Scarborough, on encourage les centrifugeuses iraniennes. Quand on tergiverse à Taïwan, on prolonge la guerre en Ukraine. Tout est connecté. Le monde des autoritaires est un seul écosystème, et il se nourrit de notre faiblesse coordonnée.
L’inverse est vrai aussi. Quand cinq démocraties exercent ensemble dans la mer de Chine méridionale, Téhéran réfléchit à deux fois. Quand l’Allemagne envoie des frégates dans le Pacifique, Moscou comprend que l’Europe n’est pas seulement préoccupée par ses propres frontières. La solidarité démocratique transcontinentale est notre seule arme stratégique réelle. Et elle commence à exister. Il faut la consolider, pas la diluer.
Le piège du « ne pas provoquer »
On entendra l’argument cette semaine, encore. « Ne provoquons pas la Chine. » « Évitons l’escalade. » « Restons mesurés. » Ces formules sonnent sages. Elles sont mortelles. Parce qu’elles supposent que Pékin réagit à nos provocations. Pékin ne réagit pas. Pékin agit. Selon son propre calendrier, sa propre stratégie, ses propres intérêts. Notre modération n’apaise rien. Elle valide.
La provocation, dans cette équation, n’est pas l’exercice Kamandag. La provocation, c’est le drapeau chinois planté sur un récif philippin. La provocation, c’est le canon à eau dirigé sur les pêcheurs de Manille. La provocation, c’est la patrouille de chasseurs envoyée pour intimider une coalition légitime. Inverser cette grammaire, c’est la première bataille à gagner. Avant les bateaux, avant les avions, avant les sanctions. Dans les têtes.
Je refuse cette grammaire de l’apaisement permanent. Je refuse qu’on nous vende la lâcheté comme de la sagesse, la passivité comme de la diplomatie, la complaisance comme de l’équilibre. Il y a une différence entre éviter la guerre et préparer la défaite. Cette différence, on l’a oubliée. Il est temps de la réapprendre. Avant qu’un missile chinois nous la rappelle de manière plus brutale.
Conclusion : il est temps de rappeler à Pékin qui flex à qui
Le moment de vérité du Pacifique
Le 19 novembre 2025 restera comme une date charnière. Ce jour-là, Pékin a clairement signalé qu’il considère l’ensemble de la mer de Chine méridionale comme une zone d’influence exclusive. Et ce jour-là, cinq démocraties lui ont répondu ensemble. La conversation continue. Elle continuera. Mais le ton a changé. Et il doit continuer de changer.
Manuel, le pêcheur de 47 ans, ne sortira pas demain à Scarborough. Sa fille de 9 ans demande pourquoi il ne va plus là où son arrière-grand-père allait. Il ne sait pas comment lui expliquer qu’un parti politique chinois a décidé que sa mer ne lui appartenait plus. Mais quelque part, dans la baie de Subic, des Marines américains, japonais, australiens, canadiens et philippins s’entraînent ensemble. Et ce sont des hommes comme eux qui font la différence entre la mer de Manuel et la mer de Xi.
Il est temps de montrer à la Chine qui peut flex à qui. Pas par bravade. Par lucidité. Par fidélité au droit international. Par solidarité avec les démocraties qui paient le prix de notre indécision depuis trop longtemps. Le temps de la modération polie est terminé. Celui de la fermeté multilatérale commence. Et il commence à Scarborough, ce récif que personne ne connaissait il y a dix ans, et qui pourrait bien décider de l’avenir du Pacifique.
Manuel attend que sa mer redevienne sa mer. Il attend depuis 2012, quand Pékin a pris le contrôle effectif du récif. Treize ans qu’il attend. Treize ans qu’on le fait attendre. Et pourtant, il continue de regarder l’horizon, le matin, en buvant son café tiède. Parce qu’au fond, il sait. Il sait que la justice arrive, parfois. Il sait qu’il y a des gens, ailleurs dans le monde, qui n’ont pas oublié. Il sait que le drapeau chinois sur Scarborough n’est pas éternel. Il sait que sa mer reviendra.
Le jour où elle reviendra dépend de nous. De notre courage. De notre lucidité. De notre refus de la grammaire de la peur. Il est temps.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
United24 Media — China Flexes Military Power Near Disputed Shoal
Cour permanente d’arbitrage de La Haye — Décision 2016 sur la mer de Chine méridionale
CSIS Asia Maritime Transparency Initiative — Suivi des activités chinoises
Stratégie indo-pacifique du Canada — Affaires mondiales Canada
Reuters Asia Pacific — Couverture continue mer de Chine méridionale
Gazette officielle des Philippines — Communications gouvernementales
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