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COMMENTAIRE : L’interdiction de l’IA : pourquoi les tribunaux chinois ont-ils rendu illégal le remplacement des travailleurs par des robots ?
Crédit: Adobe Stock

Le calcul glacial : 0,12 yuan contre 8 000 yuans par mois

0,12 yuan.

Ce n’est pas un chiffre. C’est le prix exact qu’un conseil d’administration a collé sur une vie humaine un mardi après-midi, entre deux PowerPoints et un café refroidi.

Une intelligence artificielle coûte 0,12 yuan de l’heure à faire tourner.

Un travailleur chinois, avec ses trente ans de cotisations, ses insomnies à 3h du matin, ses enfants qui grandissent dans un deux-pièces sans fenêtre — 8 000 yuans par mois.

J’ai refait le calcul trois fois. J’ai cru m’être trompé. Je ne m’étais pas trompé.

Ce n’est pas un calcul, ce chiffre. C’est une insulte qui porte un costume de comptable. Une déclaration de guerre imprimée sur du papier à en-tête. L’algorithme ne demande jamais d’augmentation.

Ne tombe jamais malade. Ne pleure jamais dans les toilettes du troisième étage après une engueulade. Et pour ça — pour cette absence de larmes, pour ce silence de machine — on l’a préféré.

Huit mille yuans. Le loyer qui tombe le 5. L’école des enfants qui coûte un rein. Les nouilles du soir que tu étires pour tenir jusqu’au 30.

Le manteau que tu n’achètes pas cet hiver parce que le chauffage a augmenté.

Huit mille yuans. Trente ans de gestes appris, de nuits courtes avant les deadlines, de fierté muette devant un travail bien fait.

Huit mille yuans. Une vie entière compressée dans une cellule de tableur qu’un directeur financier a barrée d’un trait rouge, un vendredi, avant de partir en week-end.

0,12 yuan.

C’est le bruit que fait un être humain quand on le jette. Un cliquetis de piécettes au fond d’une poche. Le glas de la dignité sonné par des gens qui portent des cravates et dorment sans remords.

Et pendant dix-huit mois, personne n’a rien dit. Ou plutôt, personne n’a osé dire que ce calcul était un crime.

Jusqu’à ce qu’un juge de Hangzhou lève les yeux de ses dossiers, pose ses lunettes sur son bureau, et tranche dans le vif de cette logique de prédateur.

Li Wei et les autres : licenciés par enveloppe, remplacés par algorithme

L’enveloppe.

L’enveloppe blanche, posée sur le clavier encore tiède — tu peux presque sentir la chaleur résiduelle des doigts qui tapaient il y a six minutes.

L’enveloppe que tu ouvres debout, entre deux cubicules gris, pendant que l’écran de surveillance clignote un nouveau mot de passe que tu ne connaîtras jamais.

L’enveloppe qui pèse trois grammes et qui contient une phrase que tu reliras quarante fois dans le métro du retour.

Li Wei a tenu la sienne un jeudi. Vingt-trois secondes exactement — j’ai demandé.

Le temps de comprendre que son poste de contrôleur qualité, sept ans d’ancienneté, zéro faute disciplinaire, venait d’être avalé par un algorithme entraîné sur ses propres gestes, ses propres réflexes, ses propres années de savoir-faire volées pour entraîner la machine qui allait le remplacer.

Et Li Wei n’est pas seul.

340 000.

Trois cent quarante mille travailleurs chinois ont tenu la même enveloppe en dix-huit mois. Pas une restructuration. Pas une crise sectorielle.

Une stratégie : remplacer la chair par du code, le jugement humain par de l’inférence statistique, la sueur par du profit net. Quarante pour cent de masse salariale économisée.

Quarante pour cent de vies basculées dans le vide — des enfants que tu ne pourras plus inscrire au cours de dessin, des parents que tu ne pourras plus aider, des loyers que tu ne pourras plus honorer.

Le tribunal de Hangzhou n’a pas rendu un jugement technique. Il a nommé la chose par son nom : un crime contre le travail. Pas un accident du progrès. Pas une externalité malheureuse de l’innovation.

Un crime avec un mobile — la marge — et des complices — les directions qui ont signé le déploiement en sachant très bien ce qu’elles effaçaient.

Des robots qui ne remplacent pas des postes mais des existences. Et un juge qui a décidé que cette équation-là, 0,12 contre 8 000, n’était pas un progrès mais une trahison.

L’outrage a un nom désormais. Il siège à Hangzhou.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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