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ENQUÊTE : Le scandale des commandites. Le jour où Ottawa a financé sa propagande avec notre propre argent.
Crédit: Adobe Stock

50 000 voix de différence et un État en panique

Au lendemain du 30 octobre 1995, l’élite fédérale est en état de choc. 54 288 voix. Si le Oui l’avait emporté, le Canada tel qu’on le connaît aurait cessé d’exister. Jean Chrétien, premier ministre du Canada, convoque ses ministres clés pour une réflexion stratégique. La conclusion est limpide : il faut « être plus présent au Québec » par des moyens de communication agressifs. Le 13 février 1996, le programme de commandites est créé officiellement, sous l’autorité de Travaux publics Canada, dirigé par le ministre Alfonso Gagliano. Budget initial : 40 millions de dollars par année. Objectif officiel : « accroître la visibilité du gouvernement fédéral au Québec ». Objectif réel, jamais écrit mais documenté par Gomery via des dizaines de témoignages : contrer le mouvement souverainiste par saturation publicitaire.

L’État partisan qui se confond avec l’État national

La distinction fondamentale entre État partisan (le PLC, parti politique) et État national (le gouvernement du Canada représentant tous les citoyens) s’efface complètement dans la conception du programme. Les contrats sont attribués prioritairement à des firmes liées au PLC : Groupaction, Lafleur Communications, Groupe Everest, Coffin Communications, Communication Jean-Pierre Gosselin. Les noms de ces firmes deviendront plus tard les vedettes négatives de la commission Gomery. Toutes ont contribué massivement aux caisses libérales fédérales avant et pendant le programme. Toutes ont reçu des contrats sans appel d’offres ou avec des processus truqués. Toutes ont vu leurs dirigeants devenir intimes de ministres libéraux. L’État canadien et le Parti libéral du Canada sont devenus, dans les faits, indistinguables. C’est ça la définition technique d’une dérive autoritaire de bas niveau dans une démocratie.

On pense souvent à la corruption comme à un problème de moralité individuelle. Quelques pommes pourries. Quelques fonctionnaires véreux. Mais ce que le scandale des commandites révèle, c’est autre chose. C’est un problème de structure. Un système entier conçu pour confondre les fonds publics avec les fonds partisans, en ciblant explicitement une nation à l’intérieur de l’État. Quand un gouvernement utilise les taxes d’une province pour financer la propagande contre le projet politique majoritaire de cette province, on n’est plus dans la démocratie. On est dans une zone grise dont les manuels de science politique n’ont pas encore inventé le nom complet.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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