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GÉOPOLITIQUE : Un projectile russe en Roumanie, et l’OTAN qui ramasse les débris au lieu d’invoquer ses clauses
Crédit: Adobe Stock

Ce que dit le traité, et ce qu’on choisit de ne pas y lire

Le traité de l’Atlantique Nord, signé à Washington le 4 avril 1949, est un document court — quatorze articles seulement. Deux d’entre eux concernent directement les situations comme celle de la Roumanie cette semaine. L’article 4 dispose que « les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée ». C’est un mécanisme léger. Une simple consultation formelle entre les membres. Pas une déclaration de guerre. Pas une obligation militaire. Juste une réunion d’urgence pour évaluer ensemble une menace.

L’article 4 a été invoqué huit fois depuis 1949. Par la Turquie à plusieurs reprises, notamment en 2003 et 2012. Par la Pologne et les pays baltes en février 2022, au moment de l’invasion russe de l’Ukraine. Mais jamais après la chute d’un projectile russe en territoire OTAN. Jamais après l’incident de Przewodów en Pologne. Jamais après les drones Shahed dans le delta du Danube. Jamais après ce qui s’est passé cette semaine dans le județ de Tulcea. L’article 4, qui ne demande pourtant rien d’autre qu’une réunion, est devenu l’article que personne ne veut activer parce qu’activer l’article 4, c’est admettre que la situation est grave. Et admettre que la situation est grave, c’est ouvrir la porte à l’article 5.

L’article 5, lui, est le cœur de l’alliance. « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties. » Et chaque membre s’engage alors à assister l’État attaqué « en prenant immédiatement, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’il jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée ». C’est la clause de défense collective. La promesse fondatrice. Celle qui justifie l’existence même de l’OTAN depuis soixante-dix-sept ans.

Je relis le texte du traité en français, sur le site officiel de l’OTAN, et je me dis que ces mots sont beaux. Ils sont solennels. Ils sont précis. Ils ont été pesés en 1949 par des diplomates qui sortaient de la Seconde Guerre mondiale et qui savaient que les mots, mal choisis, coûtent des vies. Et je me dis aussi que ces mots, aujourd’hui, ressemblent de plus en plus à une prière qu’on récite par habitude sans y croire vraiment.

Pourquoi personne n’ose tirer le fil

La raison pour laquelle l’article 4 n’a pas été invoqué par la Roumanie cette semaine — ni par la Pologne en 2022, ni par les autres pays membres après les incidents successifs — est simple. Personne ne veut être celui qui force l’alliance à se regarder en face. Parce que si la Roumanie demande des consultations formelles après ce projectile, deux choses peuvent se passer. Soit l’alliance répond avec fermeté — sanctions supplémentaires, renforcement des défenses aériennes, déploiement de troupes — et alors Moscou comprend que la ligne rouge a été tracée, mais Moscou peut aussi décider d’escalader. Soit l’alliance répond mollement — un communiqué, une condamnation verbale, rien de concret — et alors Moscou comprend que la ligne rouge n’existe pas, et le prochain projectile sera plus gros, et le suivant tuera quelqu’un.

Dans les deux cas, on évite de tester. On préfère la fiction d’une dissuasion qui tient à la réalité d’une dissuasion qui n’existe plus. Parce qu’au moment où on découvrirait publiquement que les trente-deux membres de l’OTAN ne sont plus capables de répondre vite, fort et ensemble à une provocation russe, l’alliance ne servirait plus à rien. Elle serait techniquement vivante mais cliniquement morte. Et Moscou n’aurait qu’à attendre la suite logique — c’est-à-dire le démantèlement progressif d’un système de sécurité collective qui aurait perdu sa crédibilité ultime.

Alors on range les débris. On envoie l’équipe de déminage. On publie le communiqué technique. On utilise les mots les plus neutres possibles — « élément réactif non guidé », pas « projectile russe non explosé ». On évite les conférences de presse. On laisse l’information glisser dans la rubrique régionale. Et on espère, secrètement, que Moscou ne profitera pas de cette mollesse pour escalader davantage. Sauf que Moscou ne fait pas que profiter de la mollesse — Moscou la teste, méthodiquement, projectile après projectile, drone après drone, pour mesurer exactement à quel point l’alliance est devenue creuse.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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