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TRIBUNE : L’Europe offre un strapontin à ceux qui meurent pour elle
Crédit: Adobe Stock

Une porte qu’on entrouvre pour ne pas la fermer

L’adhésion associée n’est pas une nouveauté juridique. C’est une vieille recette qu’on ressort des tiroirs quand on veut faire semblant. La Norvège vit avec un statut proche. La Suisse aussi, à sa manière. Mais ni Oslo ni Berne n’ont demandé à entrer dans l’Union. Ces pays ont choisi la marge. Kyiv n’a pas choisi la marge. Kyiv a déposé sa candidature officielle le 28 février 2022, quatre jours après le début de l’invasion russe. Quatre jours. Le temps de signer entre deux alertes aériennes.

Et on lui répond, trois ans et demi plus tard, par une formule qui ressemble à un congé administratif. « Associée. » Le mot est choisi pour ne blesser personne. Il ne blesse pas Berlin, qui craint l’élargissement budgétaire. Il ne blesse pas Paris, qui craint la dilution de son influence. Il ne blesse pas Budapest, qui craint surtout que Kyiv pèse plus que lui dans la salle. Le seul qu’il blesse, c’est l’Ukraine. Mais l’Ukraine ne vote pas encore. Donc son indignation ne compte pas dans l’arithmétique des couloirs.

Je relis la dépêche trois fois. À chaque fois, je m’attends à ce que le mot « associée » disparaisse. Il reste. Il s’installe. Il devient sérieux.

Le syndicat de copropriété européen

Une Europe qui propose un strapontin à celui qui meurt pour elle n’est plus une Europe. C’est un syndicat de copropriété. On discute du ravalement de la façade pendant que l’immeuble brûle au troisième étage. On débat de la couleur de la porte d’entrée pendant que des locataires meurent dans l’escalier. On vote la quote-part des charges pendant que le voisin du dessus vient cogner pour demander de l’aide, et on lui répond par l’interphone qu’il pourra assister à l’assemblée générale mais sans droit de parole.

L’Europe a été pensée comme un projet de paix. Un projet politique. Une promesse civilisationnelle adressée aux peuples qui choisiraient la démocratie contre l’autocratie. Kyiv a choisi. Kyiv a payé le prix. Kyiv a tenu Kharkiv, défendu Kherson, refusé de fuir Marioupol jusqu’au dernier mur. Et la réponse, c’est un statut d’observateur déguisé. C’est le moment où le projet européen cesse d’être un projet et devient une administration. Une administration qui gère ses peurs au lieu d’honorer ses promesses.

Je ne sais pas si c’est de la lâcheté ou du calcul. Je sais que quelqu’un, à Kyiv, lit ces dépêches le soir et se demande pourquoi son fils est mort.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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