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DECRYPTAGE : Ahmadinejad, le pion impossible que Washington et Tel-Aviv voulaient placer à Téhéran
Crédit: Adobe Stock

Ce que dit l’imagerie satellite

Le 28 février, jour des premières frappes israéliennes massives sur Téhéran, plusieurs médias iraniens annoncent dans la matinée la mort de Mahmoud Ahmadinejad. L’information circule pendant des heures, alimentée par des images de fumée s’élevant au-dessus de Narmak. Les images satellite publiées dans les jours suivants confirment qu’un bâtiment de sécurité jouxtant la résidence de l’ancien président a été détruit. Ahmadinejad n’est pas mort. Il aurait subi des blessures légères. Ses gardes du corps, eux, n’ont pas survécu. Officiellement, la frappe visait une infrastructure du renseignement intérieur. Officieusement, selon le New York Times, elle visait à ouvrir une brèche dans le dispositif qui maintenait l’ex-président sous contrôle, et à lui offrir une fenêtre pour se manifester publiquement.

Le problème, c’est qu’Ahmadinejad ne s’est pas manifesté. Il n’a pas appelé à la révolte. Il n’a pas réclamé le pouvoir. Selon les sources citées par le quotidien américain, il aurait été pris d’une grande nervosité en réalisant l’ampleur de l’opération et la place qu’il était censé y tenir. La presse iranienne dément en bloc, affirme qu’il n’a jamais été en résidence surveillée, qualifie le récit de désinformation. Plusieurs analystes occidentaux, eux, hésitent. Soit le scénario est vrai et il dit la profondeur du désespoir israélien, soit il est faux et il a été fabriqué par les services israéliens eux-mêmes pour semer la division au sommet du régime iranien. Dans les deux cas, le résultat est identique : une suspicion durable s’installe autour de l’ancien président, et de ce qu’il représente encore en Iran.

Le pari d’un retournement impossible

Mahmoud Ahmadinejad n’est pas un dissident. Il n’a jamais cessé d’être un produit pur de la République islamique. Il a été élu en 2005 sur une promesse populiste de redistribution aux mostazafan, les déshérités, et son mandat a été marqué par une répression brutale du mouvement vert en 2009. Mais à partir de 2011, sa rupture avec le guide suprême Ali Khamenei a commencé à le marginaliser. En 2018, il a été arrêté brièvement pour avoir dénoncé la déconnexion des élites. Depuis, il a été bloqué quatre fois à l’étape de la validation des candidatures présidentielles, dont en 2024. Il s’est tu. Il a voyagé. Il a même donné une conférence en Hongrie en juin 2025, dans un pays ouvertement pro-israélien, ce qui n’a été possible qu’avec l’accord tacite des autorités iraniennes.

Faire de cet homme un président de transition, c’est ignorer ce qu’il est. Il est nationaliste persan avant d’être autre chose. Il glorifie l’Iran préislamique, parle de Cyrus, célèbre les empires achéménide et sassanide. Il a critiqué le régime, oui, mais en révolutionnaire trahi, pas en démocrate converti. L’idée qu’il accepterait de gouverner un Iran amputé de son programme nucléaire, soumis au contrôle américain sur le détroit d’Ormuz, et bombardé par Israël quelques semaines plus tôt, relève du fantasme stratégique. Et pourtant, le simple fait que ce nom ait été prononcé dans des salles de planification à Washington et à Tel-Aviv en dit long sur la pauvreté du carnet d’adresses occidental en matière d’opposition iranienne crédible.

Il y a quelque chose de tragiquement comique dans cette affaire. Vouloir installer un négationniste de la Shoah au pouvoir à Téhéran pour faire plaisir à un gouvernement israélien : c’est le degré zéro de la cohérence morale, c’est le moment où la realpolitik dévore ses propres principes en public.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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