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DECRYPTAGE : Trump dit que l’Ukraine n’a pas de cartes, ses propres généraux disent l’inverse
Crédit: Adobe Stock

Cinq pour un, et quatre ans d’adaptation

Quand Marco Rubio s’est assis face à Sean Hannity sur Fox News la semaine dernière, il a prononcé une phrase qui aurait dû faire la une des grands quotidiens américains pendant trois jours. Les forces armées ukrainiennes sont, selon ses propres mots, les plus puissantes de toute l’Europe. Pas l’une des plus puissantes. Pas parmi les plus efficaces. Les plus puissantes, point final. Le secrétaire d’État a appuyé son affirmation sur deux éléments précis. D’abord, un ratio de pertes humaines qu’il estime à cinq Russes pour un Ukrainien sur le champ de bataille, chiffre qui, s’il varie selon les sources, traduit une réalité que les analystes occidentaux confirment depuis des mois. Ensuite, et c’est peut-être plus important encore, quatre années d’adaptation continue au combat de haute intensité, une expérience qu’aucune autre armée européenne ne possède aujourd’hui, et que les forces américaines elles-mêmes n’ont pas vécue depuis des décennies. Rubio est allé plus loin. Il a parlé de nouvelles tactiques, de nouvelles techniques, de nouveaux équipements, d’une guerre hybride asymétrique que les Ukrainiens auraient en quelque sorte théorisée par la pratique. Ce vocabulaire n’est pas neutre. C’est celui qu’on emploie pour décrire une innovation doctrinale, pas un pays en survie.

Ce que dit Rubio, en clair, c’est que Kyiv a réinventé une partie de la guerre moderne pendant que les armées de l’OTAN regardaient. Et qu’aujourd’hui, ces armées doivent apprendre des Ukrainiens, pas l’inverse. Le poids politique d’une telle déclaration est colossal. Le secrétaire d’État ne parle pas pour faire plaisir à Zelensky. Il ne parle pas pour amadouer l’opinion européenne. Il parle parce que les notes de renseignement qu’il lit chaque matin disent exactement cela. Parce que les rapports des attachés militaires américains à Kyiv disent exactement cela. Parce que les démonstrations en conditions réelles, en Arabie saoudite comme dans les exercices conjoints, disent exactement cela. Le problème, c’est que cette parole publique entre en contradiction frontale avec celle de son patron. Et lorsqu’un secrétaire d’État contredit publiquement le président sur un dossier aussi central, ce n’est plus de la communication mal coordonnée. C’est un signal. Soit Rubio dit la vérité parce qu’il n’a plus le choix face aux faits. Soit il dit la vérité parce qu’il prépare un repositionnement dont le président lui-même n’a pas encore pris la mesure. Les deux hypothèses sont également troublantes.

Je relis cette déclaration et je pense à tous les soldats ukrainiens qui ont entendu, depuis janvier 2025, qu’ils n’avaient rien. Qu’ils étaient des perdants déguisés en combattants. Et maintenant, le secrétaire d’État dit qu’ils sont les meilleurs d’Europe. Comment vit-on un tel renversement quand on est dans une tranchée près de Pokrovsk ?

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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