Une diplomatie confiée à des proches plutôt qu’à des diplomates
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut regarder qui Donald Trump a mis aux commandes. Côté américain, la négociation a d’abord été pilotée par Steve Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais et ami personnel du président. Puis le dispositif s’est élargi : Witkoff a été rejoint par Jared Kushner, le gendre du président, déjà acteur connu de la diplomatie trumpienne lors du premier mandat. Deux hommes d’affaires. Aucun diplomate de carrière. Aucun spécialiste de la Russie. Aucun expert reconnu de l’Europe de l’Est. C’est une caractéristique de la méthode Trump : confier les dossiers les plus lourds à des proches, à des gens qu’il croit pouvoir contrôler, à un cercle restreint qui doit autant à la fidélité qu’à la compétence. Le pari, sur le papier, était cohérent avec la doctrine maison : la diplomatie comme négociation immobilière, un deal entre puissants, débarrassé du fatras des chancelleries. On parle, on se serre la main, on conclut. La réalité, elle, n’a pas suivi le script.
Witkoff s’est rendu six fois à Moscou pour des entretiens marathon avec Poutine. Six voyages. Six rencontres. Des heures à discuter avec un président russe qui maîtrise l’art de l’épuisement diplomatique mieux que personne. Il a aussi vu, à plusieurs reprises, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Côté russe, le Kremlin a mobilisé Kirill Dmitriev, homme d’affaires chargé de l’enveloppe économique, comme pour signifier que la paix passerait aussi par des contrats, des oléoducs, des terres rares, un retour aux affaires. Le décor était fastueux. Le résultat est maigre. Aucun accord. Aucun compromis structurant. Aucun cessez-le-feu. Juste une succession de communiqués, de signaux contradictoires, et un constat partagé : Moscou ne lâchera pas le Donbass, et Washington n’a ni les moyens ni la volonté politique de contraindre Kyiv à le céder entier. Une équation impossible, qu’aucun nombre d’allers-retours en jet privé ne pouvait résoudre.
Six voyages à Moscou. Je relis ce chiffre et je le trouve presque obscène. Pendant que Witkoff buvait du thé au Kremlin, des soldats ukrainiens mouraient dans la boue, des familles ensevelies sous les missiles dans le silence des nuits de Kharkiv. La diplomatie, parfois, ressemble à un théâtre où les acteurs jouent fort pendant que la salle, dehors, prend feu.
Section 3 : Le verrou du Donbass
Une exigence russe qui bloque tout
Au cœur du blocage, il y a un nom : Donbass. Ce bassin industriel de l’est ukrainien, dévasté par onze années de guerre depuis 2014, constitue la revendication centrale et non-négociable de Moscou. Le Kremlin exige le contrôle intégral des oblasts de Donetsk et de Louhansk, y compris des zones que l’armée russe n’a jamais conquises militairement. C’est une demande maximaliste, présentée comme un préalable à tout accord. Pour Kyiv, accepter reviendrait à céder, par traité, des territoires habités par des Ukrainiens, à valider l’agression de 2022, et à offrir à Moscou une base de départ pour la prochaine offensive. Aucun gouvernement ukrainien ne pourrait y survivre politiquement. Aucun dirigeant ne signerait un tel document sans provoquer une crise constitutionnelle, militaire et morale. L’équipe Trump, selon un diplomate européen cité par Foreign Policy, aurait été frustrée par le refus ukrainien malgré ses pressions, persuadée que la Russie finirait par prendre le Donbass de toute façon, ce qui rouvrirait la voie à un accord.
Sauf que cette prédiction américaine se heurte aux faits. La Russie n’avance plus que très lentement dans le Donbass. Les gains territoriaux russes des derniers mois se comptent en kilomètres carrés, au prix de pertes humaines vertigineuses. L’Institute for the Study of War rapporte que Moscou a même reculé dans certaines régions au printemps. Le pari de l’attrition se retourne lentement contre Poutine. Trump, lui, a multiplié les déclarations humiliantes envers Kyiv. En février 2025, il a dit à Zelensky qu’il n’avait « pas les cartes ». En décembre, il l’a déclaré « perdant ». Le vice-président JD Vance a estimé que l’Ukraine perdrait probablement le Donbass. Pourtant, sur le terrain, ce sont les drones ukrainiens qui dictent désormais une partie du tempo, ce sont les raffineries russes qui brûlent, c’est l’économie de guerre du Kremlin qui s’essouffle. Le récit américain est en retard sur la réalité militaire. Et quand le récit est en retard, la médiation perd sa crédibilité, sa traction, sa raison d’être.
« Tu n’as pas les cartes. » Cette phrase, lancée par Trump à un président en guerre, je n’arrive pas à me la sortir de la tête. C’est la phrase d’un joueur de poker, pas d’un président. C’est la phrase d’un homme qui regarde la souffrance d’un peuple comme une mise sur un tapis vert. Et c’est peut-être pour cela que Kyiv a cessé d’attendre quoi que ce soit de cette table-là.
Section 4 : Le retour discret mais massif de l'Europe
104 milliards d’euros, une bascule silencieuse
Pendant que Washington s’enlisait dans une médiation sans boussole, l’Europe a fait quelque chose qu’elle n’avait jamais osé faire à cette échelle : prendre le relais. Après les coupes successives dans l’aide militaire et humanitaire américaine, les nations européennes ont, selon le Kiel Institute for the World Economy, largement compensé le retrait américain. L’argent, les armes, les munitions, le soutien financier au budget ukrainien, tout cela transite désormais majoritairement par Berlin, Paris, Varsovie, La Haye, Helsinki, Stockholm, Vilnius. Et puis, en avril, l’événement politique majeur s’est produit. La défaite du Premier ministre hongrois Viktor Orban, dernier verrou pro-russe dans l’Union européenne, a permis de débloquer 104 milliards d’euros de fonds européens destinés à l’Ukraine. Cent quatre milliards. Le chiffre est presque incompréhensible pour qui se souvient des hésitations européennes de 2022, des tergiversations sur les chars Leopard, des débats interminables sur les missiles à longue portée. En quatre ans, le continent a changé d’échelle.
Ce basculement n’est pas qu’un transfert comptable. Il s’accompagne d’un transfert politique. Kyiv, désormais moins dépendant de Washington, se sent libre de critiquer ouvertement les méthodes américaines. Et la Russie, voyant que l’effet de levier américain s’amenuise, regarde elle aussi vers d’autres interlocuteurs. Dimanche, Zelensky s’est entretenu avec le président du Conseil européen António Costa pour discuter d’une implication directe de l’Europe dans les négociations, y compris par la nomination d’un envoyé représentant le continent. Parmi les noms évoqués, celui d’Angela Merkel, ancienne chancelière allemande, longtemps critiquée pour sa proximité avec Moscou, mais qui conserve une stature européenne unique. Le symbole serait fort : confier à l’Allemagne, qui fut longtemps le maillon faible de la fermeté européenne face à Poutine, le soin de porter la voix d’une Europe enfin assumée comme acteur diplomatique de premier plan. Russes et Ukrainiens se sont publiquement dits ouverts à cette option européenne. Pour Washington, c’est une gifle silencieuse, mais une gifle quand même.
Je note ce moment avec une émotion étrange. L’Europe que j’ai connue, celle qui regardait passer les guerres en se contentant de communiqués, n’existe plus. Quelque chose s’est durci, à Bruxelles, à Berlin, à Varsovie. Une colonne vertébrale est apparue là où il n’y avait qu’une administration. Reste à savoir si cette colonne tiendra debout sous la pression. Mais le simple fait qu’elle existe est déjà, en soi, un événement historique.
Section 5 : L'Ukraine qui frappe, la Russie qui craque
Les drones changent la grammaire de la guerre
Sur le terrain, le rapport de forces que Trump présentait comme figé s’est en réalité mis en mouvement. L’Ukraine tue désormais des soldats russes plus vite que Moscou ne peut les remplacer, selon plusieurs analyses militaires publiées au printemps. Les drones ukrainiens, fabriqués en masse dans des ateliers civils reconvertis, des sous-sols, des hangars agricoles, sont devenus l’arme de l’asymétrie. Kyiv a aussi développé une nouvelle génération de robots terrestres, capables d’évacuer des blessés, de poser des mines, de tirer sur des positions ennemies. La guerre se mécanise du côté ukrainien à un rythme que personne n’avait anticipé. Les intercepteurs anti-drones produits localement permettent désormais de protéger une partie des infrastructures critiques. La dépendance technologique envers Washington recule, sauf pour les missiles antibalistiques, où l’Ukraine reste tributaire de livraisons américaines transitant par les pays européens. Mais l’impact relativement limité des frappes russes sur la capacité ukrainienne à combattre signifie que le levier américain s’est lui aussi affaibli sur ce volet.
Côté russe, le tableau est inverse. La pression sur le recrutement devient si forte que le Kremlin contraint désormais universités et entreprises à fournir des quotas de soldats. Le gouverneur de Riazan a ordonné aux entreprises de sa région de fixer des quotas de recrutement militaire, ce qui ressemble plus à une mobilisation déguisée qu’à un engagement volontaire. Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont provoqué un quasi-arrêt du raffinage dans plusieurs régions centrales du pays, selon Reuters. L’économie russe, ultra-dépendante des hydrocarbures, ne devrait croître que de 0,4 % cette année selon les prévisions du Financial Times. Ce n’est pas l’effondrement. C’est l’érosion lente. Mais cette érosion, combinée à des pertes humaines massives et à une fatigue sociale qui commence à percer dans les régions, dessine une trajectoire que le Kremlin ne maîtrise plus complètement. La guerre que Poutine voulait éclair est devenue une guerre d’usure qui use d’abord son propre régime. Et cette réalité-là, aucun sommet en Alaska ne pouvait la maquiller longtemps.
J’ai souvent entendu dire que cette guerre était perdue d’avance pour l’Ukraine. Que la masse russe finirait par tout écraser. Je regarde aujourd’hui les cartes, les chiffres, les vidéos de drones, les raffineries qui flambent à mille kilomètres du front, et je me dis qu’on a trop vite enterré un peuple qui refuse, obstinément, de mourir.
Section 6 : Trump, l'illusion du dealmaker
Quand la méthode immobilière rencontre la guerre totale
Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche en promettant de mettre fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures ». La formule, déjà célèbre, est devenue un objet d’ironie internationale. Plus d’un an après son retour, la guerre continue, plus meurtrière, plus complexe, plus enracinée. La méthode Trump repose sur une intuition : tout est négociable, tout se ramène à un rapport de forces où le plus puissant impose son prix au plus faible. Cette grammaire fonctionne en immobilier. Elle fonctionne parfois dans le commerce international. Elle se fracasse contre les guerres existentielles. Parce que pour Vladimir Poutine, le Donbass n’est pas un actif. C’est un récit, un projet impérial, un héritage personnel qu’il refuse d’abandonner sans victoire. Parce que pour Volodymyr Zelensky, céder le Donbass n’est pas une transaction. C’est une trahison historique, une condamnation morale, un suicide politique. Trump a voulu réduire ces deux logiques à un deal. Il a échoué. Et l’échec est désormais visible aux yeux de tous, y compris à ceux des deux belligérants qu’il prétendait réconcilier.
Il y a aussi, dans cette équation, le facteur Iran. La guerre déclenchée entre Washington et Téhéran a aspiré l’attention des négociateurs américains, leur temps, leur énergie, leur bande passante diplomatique. Zelensky lui-même l’a souligné en avril : les envoyés américains n’avaient plus « de temps pour l’Ukraine ». Cette dispersion stratégique est l’un des grands dangers de la doctrine Trump : multiplier les fronts, ouvrir partout, négocier en parallèle, c’est aussi diluer la puissance de chaque négociation. À Washington, la Russie n’est plus le dossier prioritaire. À Moscou, on l’a compris. À Kyiv, on en a tiré les conséquences. Et en Europe, on a commencé à occuper, doucement mais sûrement, l’espace laissé vacant par l’Amérique. L’histoire diplomatique retiendra peut-être que Trump n’a pas perdu la guerre d’Ukraine. Il l’a simplement abandonnée aux Européens, en croyant l’avoir gagnée.
Vingt-quatre heures. C’est ce qu’il fallait, paraît-il, pour arrêter la guerre. Il s’est écoulé près de cinq cents jours depuis cette promesse. Le sang continue de couler. Et celui qui devait être le grand négociateur du siècle ressemble, aujourd’hui, à un agent immobilier perdu dans un champ de mines.
Section 7 : Merkel, l'hypothèse improbable
Le retour fantôme d’une figure controversée
Le nom d’Angela Merkel circule désormais dans les couloirs européens. L’idée serait de la voir incarner un envoyé spécial européen pour négocier directement avec Moscou et Kyiv. L’hypothèse est paradoxale. Merkel est, pour beaucoup d’analystes, l’une des grandes responsables de la dépendance énergétique allemande au gaz russe, qui a financé pendant deux décennies la machine de guerre poutinienne. Elle a porté le projet Nord Stream 2, contre l’avis des États-Unis et de plusieurs partenaires européens. Elle a longtemps cru à un dialogue stratégique avec le Kremlin. Confier à cette femme la mission de négocier la fin d’une guerre qu’une partie de l’opinion ukrainienne lui attribue indirectement aurait quelque chose de vertigineux. Mais c’est aussi pour cela qu’elle pourrait être acceptable des deux côtés. Moscou la respecte, parce qu’elle parle russe, parce qu’elle a grandi en RDA, parce qu’elle connaît la grammaire interne du pouvoir poutinien. Kyiv pourrait l’accepter parce qu’elle représente une Europe qui paie désormais l’addition de la guerre, et parce qu’elle conserve une autorité morale rare sur le continent.
Au-delà du nom, c’est le principe qui compte. L’idée d’un envoyé européen, mandaté par le Conseil européen, distinct des chancelleries nationales, marquerait un saut qualitatif dans l’intégration politique du continent. Ce serait, de facto, l’acte de naissance d’une diplomatie européenne autonome de Washington sur un dossier majeur de sécurité. Cela ne s’est jamais produit à cette échelle. La France et l’Allemagne ont parfois agi de concert, le format Normandie a tenté quelque chose entre 2014 et 2019, mais jamais l’Union en tant que telle n’avait été reconnue comme arbitre potentiel d’un conflit majeur par les deux belligérants. Si cette séquence se concrétise, elle représentera l’un des héritages les plus inattendus de la présidence Trump : avoir poussé l’Europe, par son incurie, dans une maturité stratégique qu’elle n’aurait jamais atteinte autrement. L’Amérique de Trump a peut-être réussi, malgré elle, ce que des décennies de discours fédéralistes n’avaient pas accompli : forcer l’Europe à devenir adulte.
Je ne sais pas si Angela Merkel acceptera. Je ne sais pas si elle serait le bon choix. Mais je sais une chose : voir l’Europe oser, enfin, poser un nom propre sur une mission de paix, cela me donne envie d’y croire un peu. Pas naïvement. Juste un peu. Comme on croit à un printemps après un hiver beaucoup trop long.
Section 8 : Les sanctions, le levier qui s'effrite
Le pétrole russe et les portes dérobées américaines
L’un des outils centraux de la pression américaine sur Moscou reste les sanctions sur le pétrole russe. En théorie. En pratique, Washington a déjà accordé, à deux reprises, des dérogations partielles à ces sanctions. The Guardian rapportait le 19 mai 2026 que l’administration Trump avait étendu pour la deuxième fois la dispense d’application de certaines sanctions sur le brut russe. Officiellement, il s’agit de préserver la stabilité des marchés mondiaux. Officieusement, c’est aussi un signal envoyé à Moscou : la pression maximale n’aura pas lieu. Ce double discours fragilise la crédibilité américaine. Comment exiger de Kyiv qu’elle cède des territoires entiers tout en accordant à Moscou des dérogations financières ? La cohérence stratégique fait défaut. Et sans cohérence, il n’y a pas de levier. Il n’y a qu’une posture, vidée de son contenu.
Pendant ce temps, Bruxelles continue de durcir son propre régime de sanctions. Le seizième paquet européen, adopté ce printemps, vise plus directement la flotte fantôme russe, les contournements via les Émirats, certaines banques chinoises qui financent les exportations militaires. L’Europe, paradoxalement, devient plus dure que l’Amérique sur le terrain économique. Cela aussi est un renversement historique. Pendant des années, les sanctions occidentales étaient pensées et coordonnées depuis Washington, l’Europe suivait, parfois en traînant les pieds. Le rapport s’est inversé. Et cette inversion façonne, en sous-main, la suite de la guerre. Parce qu’à la fin, ce sont les recettes pétrolières qui financent les missiles. Et que celui qui contrôle les sanctions contrôle, partiellement au moins, la durée du conflit. Trump a peut-être tendu la main à Poutine. Mais c’est Bruxelles qui tient désormais le robinet.
Je trouve presque ironique de constater que l’Europe, si souvent moquée pour sa lenteur, est devenue la dernière digue cohérente face au Kremlin. Pendant que Washington hésite, Bruxelles serre les vis. Pendant que Trump pose pour les caméras, Berlin paie. C’est une bascule discrète. Mais c’est une bascule.
Section 9 : Conclusion — La guerre dans le silence du médiateur
Ce qui se joue vraiment dans les prochains mois
La désillusion croisée de Kyiv et de Moscou envers la médiation américaine ne signifie pas que la paix approche. Elle signifie l’inverse. Une guerre sans médiateur crédible est une guerre qui dure. Une guerre qui dure, c’est plus de morts, plus de familles brisées, plus de villes effacées, plus de générations sacrifiées. Pour l’Ukraine, l’enjeu des prochains mois est de maintenir sa montée en puissance militaire, son indépendance technologique, son soutien européen, tout en infligeant à la Russie un coût économique et humain suffisamment élevé pour rouvrir, à terme, un espace de négociation réel. Pour la Russie, l’enjeu est de tenir, de mobiliser, de maintenir l’illusion d’une victoire imminente alors que les chiffres économiques et démographiques racontent une autre histoire. Pour l’Europe, l’enjeu est inédit : passer du statut de banquier de la guerre à celui d’architecte de la paix. C’est une promotion historique. C’est aussi un test brutal. L’Europe a les moyens financiers. A-t-elle la volonté politique, la cohésion stratégique, le courage diplomatique ?
Pour les États-Unis, enfin, l’enjeu est presque existentiel pour leur statut de superpuissance. Une grande puissance qui annonce résoudre un conflit en 24 heures et qui, deux ans plus tard, est marginalisée par les deux belligérants, perd plus qu’une négociation. Elle perd une part de son aura, de son magnétisme, de cette capacité à incarner l’ordre mondial. Donald Trump avait promis de rendre l’Amérique grande à nouveau. Il l’a peut-être, sans le vouloir, rendue plus petite, en la sortant des grandes médiations qu’elle pilotait depuis 1945. Et cela, l’histoire le retiendra plus longtemps que les communiqués triomphants. La guerre, elle, continue. Les drones continuent de voler. Les raffineries continuent de brûler. Les enfants ukrainiens continuent de descendre dans les abris. Pendant ce temps, à Washington, à Moscou, à Kyiv, à Bruxelles, on cherche un nouveau langage, une nouvelle table, un nouveau visage. Le monde d’après Anchorage est déjà là. Il ressemble à un théâtre où la scène américaine s’est vidée, où les lumières se rallument doucement du côté européen, et où la guerre, indifférente aux décors, poursuit son œuvre.
Je termine ce texte avec un goût étrange dans la bouche. Celui de l’attente, mêlé à celui de la lassitude. Tant de mots, tant de sommets, tant de promesses, et toujours cette même guerre, immobile dans sa terrible logique. Mais quelque chose, malgré tout, a bougé. L’Europe a relevé la tête. L’Ukraine a appris à se battre seule. Et l’Amérique, peut-être, a commencé à comprendre que tout, dans ce monde, ne s’achète pas.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Foreign Policy — Ukraine and Russia Are Souring on U.S. Negotiations — 20 mai 2026
TASS — Déclarations de Iouri Ouchakov sur l’esprit d’Anchorage — Mai 2026
Reuters — US links security guarantees to Ukraine giving up Donbas — 25 mars 2026
The Guardian — US extends sanctions waiver on Russian oil for second time — 19 mai 2026
Kyiv Independent — The EU approved 90 billion euros for Ukraine, now what — Avril 2026
Le Monde — Zelensky says US peace negotiators have no time for Ukraine — 14 avril 2026
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