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GEOPOLITIQUE : Ukraine et Russie tournent le dos à Washington, l’Europe revient au centre du jeu
Crédit: Adobe Stock

Une diplomatie confiée à des proches plutôt qu’à des diplomates

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut regarder qui Donald Trump a mis aux commandes. Côté américain, la négociation a d’abord été pilotée par Steve Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais et ami personnel du président. Puis le dispositif s’est élargi : Witkoff a été rejoint par Jared Kushner, le gendre du président, déjà acteur connu de la diplomatie trumpienne lors du premier mandat. Deux hommes d’affaires. Aucun diplomate de carrière. Aucun spécialiste de la Russie. Aucun expert reconnu de l’Europe de l’Est. C’est une caractéristique de la méthode Trump : confier les dossiers les plus lourds à des proches, à des gens qu’il croit pouvoir contrôler, à un cercle restreint qui doit autant à la fidélité qu’à la compétence. Le pari, sur le papier, était cohérent avec la doctrine maison : la diplomatie comme négociation immobilière, un deal entre puissants, débarrassé du fatras des chancelleries. On parle, on se serre la main, on conclut. La réalité, elle, n’a pas suivi le script.

Witkoff s’est rendu six fois à Moscou pour des entretiens marathon avec Poutine. Six voyages. Six rencontres. Des heures à discuter avec un président russe qui maîtrise l’art de l’épuisement diplomatique mieux que personne. Il a aussi vu, à plusieurs reprises, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Côté russe, le Kremlin a mobilisé Kirill Dmitriev, homme d’affaires chargé de l’enveloppe économique, comme pour signifier que la paix passerait aussi par des contrats, des oléoducs, des terres rares, un retour aux affaires. Le décor était fastueux. Le résultat est maigre. Aucun accord. Aucun compromis structurant. Aucun cessez-le-feu. Juste une succession de communiqués, de signaux contradictoires, et un constat partagé : Moscou ne lâchera pas le Donbass, et Washington n’a ni les moyens ni la volonté politique de contraindre Kyiv à le céder entier. Une équation impossible, qu’aucun nombre d’allers-retours en jet privé ne pouvait résoudre.

Six voyages à Moscou. Je relis ce chiffre et je le trouve presque obscène. Pendant que Witkoff buvait du thé au Kremlin, des soldats ukrainiens mouraient dans la boue, des familles ensevelies sous les missiles dans le silence des nuits de Kharkiv. La diplomatie, parfois, ressemble à un théâtre où les acteurs jouent fort pendant que la salle, dehors, prend feu.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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