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POLITIQUE : l’Alberta vote pour voter, et le Canada vacille
Crédit: Adobe Stock

Une allocution télévisée rare et calculée

Les allocutions télévisées d’un premier ministre provincial sont rares au Canada. On ne mobilise pas les caméras pour parler de routes ou de garderies. On les mobilise quand il faut marquer un moment. Smith le savait. Son cabinet le savait. Le timing était millimétré. La première ministre de l’Alberta a expliqué qu’elle souhaitait personnellement que la province demeure dans la fédération, mais que la pression populaire était devenue impossible à ignorer. Les pétitions citoyennes ont atteint des seuils qui, en vertu des lois albertaines récemment modifiées, forcent la tenue d’un référendum si les signatures sont validées. Smith a donc choisi d’anticiper, d’encadrer, et de prendre le contrôle politique d’un processus qui menaçait de lui échapper. Plutôt que de subir une question rédigée par un comité citoyen, elle pose elle-même la question. Plutôt que de laisser le mouvement séparatiste se radicaliser dans la marge, elle l’institutionnalise. C’est une manœuvre risquée. C’est aussi une manœuvre lucide. Smith a vu ce qui s’est passé au Québec en 1980 et en 1995. Elle a vu comment l’indécision fédérale a alimenté le ressentiment. Elle a vu comment un référendum mal préparé peut basculer un pays. Elle joue serré. Elle joue dur. Elle joue pour ne pas être dépassée par sa propre base.

Dans son discours, Smith a martelé que l’Alberta avait été traitée injustement, que le gouvernement fédéral avait empilé des politiques nuisibles à l’économie provinciale, et que la patience albertaine avait des limites. Elle a évoqué les pipelines avortés, les plafonds d’émissions imposés au secteur pétrolier, les transferts fiscaux déséquilibrés, l’ingérence perçue dans les compétences provinciales. Elle a parlé de dignité, de respect, de fierté provinciale. Le vocabulaire choisi n’est pas anodin. Ce sont les mots du nationalisme québécois des années 1970, transposés dans les Prairies. Le miroir est saisissant. L’Ouest qui jadis se moquait de la question nationale québécoise emprunte maintenant son lexique, ses ressorts, ses indignations. Smith ne fait pas seulement une annonce politique. Elle ouvre un chapitre que le Canada anglais croyait à jamais réservé au Québec. Le séparatisme est devenu bilingue. Et cette bascule, à elle seule, redessine la carte mentale du pays.

Il y a quelque chose de profondément troublant à entendre les arguments du Bloc québécois sortir de la bouche d’une première ministre conservatrice de Calgary. Je l’écoute, et je me dis que le Canada a vraiment échoué à parler à ses propres enfants. Pas seulement à un. À plusieurs. En même temps. Dans des langues différentes. Avec les mêmes mots de douleur.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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