Le déluge documenté de l’automne 2025
Les chiffres officiels publiés par l’armée de l’air ukrainienne et relayés par les agences internationales sont vertigineux. Sur les trois derniers mois, la Russie a lancé plus de 5 000 drones Shahed et drones leurres chaque mois, parfois plus de 800 engins en une seule nuit. Le record absolu, atteint le 9 septembre 2025, dépasse les 810 drones et missiles lancés sur une période de vingt-quatre heures. En cumulé depuis le début de l’invasion à grande échelle, on dépasse largement les 50 000 drones Shahed lancés contre les villes ukrainiennes. Cinquante mille. Le mot est court. Le chiffre, lui, est monstrueux. Il signifie cinquante mille fois une sirène. Cinquante mille fois un enfant réveillé. Cinquante mille fois une mère qui descend dans un sous-sol avec un nourrisson dans les bras.
Et pourtant. Pourtant. La défense aérienne ukrainienne intercepte chaque nuit entre 80 et 92 % des engins. Des chiffres validés par l’OTAN, par l’Institute for the Study of War, par les rapports de l’ONU et par les bilans quotidiens publiés par l’état-major ukrainien. Cette performance n’a aucun équivalent historique. Aucune armée n’a jamais subi un pilonnage aérien d’une telle densité sur une telle durée tout en maintenant ses infrastructures vitales, ses hôpitaux, ses écoles, ses centrales et son économie en fonctionnement. Aucune. La Grande-Bretagne sous le Blitz ? Quelques mois. Le Vietnam ? Une autre époque, une autre technologie. L’Ukraine vit ce déluge depuis 1 360 jours. Et elle tient.
J’écris ces lignes en pensant aux opérateurs anti-aériens ukrainiens qui n’ont pas dormi une nuit complète depuis trois ans. Pensez-y une seconde. Trois ans sans une seule nuit pleine. Trois ans à écouter le grondement caractéristique d’un Shahed approcher. Et chaque matin, ils recommencent. Sans gloire. Sans caméra. Sans applaudissements. Juste pour qu’une ville dorme encore.
L’arsenal russe qui s’enraye
Ce que les médias mentionnent peu, c’est la dégradation qualitative de l’arsenal russe. Les missiles Kalibr et Iskander se font rares. Les stocks de missiles de croisière hérités de l’ère soviétique fondent. La Russie est désormais dépendante des composants chinois, des moteurs iraniens, des micropuces achetées via des circuits de contournement en Asie centrale. Chaque lancement coûte cher. Chaque interception ukrainienne coûte moins cher. C’est une équation économique inversée qui ronge progressivement la capacité offensive russe. Un Shahed à 30 000 dollars contre une infrastructure ukrainienne qui se réajuste, se décentralise, s’enterre. La Russie pense user l’Ukraine. C’est elle qui s’use.
Et l’Ukraine a appris. L’Ukraine a fabriqué. L’Ukraine a innové. Plus de 4 millions de drones produits sur le seul territoire ukrainien en 2025, selon les déclarations du président Zelensky en octobre. Une industrie née de rien, dans les caves, dans les ateliers de Lviv, de Dnipro, de Kharkiv. Une industrie qui frappe aujourd’hui les raffineries russes à plus de 1 800 kilomètres de la frontière. Tatarstan. Bachkirie. Saint-Pétersbourg. Moscou. Tout est désormais à portée. La sanctuarisation russe est terminée. Et ça, aucun général du Kremlin ne l’avait prévu.
Pokrovsk : le verrou qui ne cède pas
L’enfer quotidien du Donbass
Pokrovsk. Vous entendrez ce nom encore longtemps. Cette ville du Donbass est devenue le symbole de l’obstination russe et de la résistance ukrainienne. Depuis l’été 2024, la Russie a fait de cette agglomération un objectif obsessionnel. Les renseignements occidentaux et les analyses publiées par l’ISW confirment que les forces russes y lancent quotidiennement entre 80 et 200 assauts d’infanterie, par vagues, à pied, sur motos, dans des véhicules civils détournés, parfois même à découvert dans des zones agricoles. Les pertes russes y sont catastrophiques. Les pertes ukrainiennes existent, lourdes, douloureuses, mais la ligne tient. Pokrovsk tient. Pokrovsk n’est pas tombée.
Et pendant que la Russie sacrifie une division par mois pour grignoter quelques rues, l’Ukraine, elle, reprend du terrain ailleurs. Sur le front nord de Kharkiv. Dans certaines poches du Donbass. Près de la frontière de l’oblast de Sumy. Des avancées modestes en kilomètres, mais significatives en symbole. Chaque village repris est une gifle. Chaque drapeau ukrainien hissé sur une école détruite est un démenti adressé à ceux qui prétendaient que la guerre était jouée. La guerre n’est pas jouée. Elle est jouée à l’envers de ce que le Kremlin voulait écrire.
Je pense aux soldats du 25e bataillon aéroporté qui défendent ces ruines. Je pense à ceux du 79e. Aux drones operators de la 414e brigade. Ils n’ont pas signé pour devenir des légendes. Ils ont signé pour rentrer chez eux. Et entre les deux, il y a Pokrovsk. Il y a une ville qu’ils ne veulent pas céder. Pas parce qu’on leur a ordonné. Parce qu’ils savent ce qu’elle représente.
Les kilomètres carrés de la vérité
Selon les données croisées de l’Institute for the Study of War, du Critical Threats Project et des cartes open source DeepState, la Russie ne contrôle aujourd’hui qu’environ 19 % du territoire ukrainien, en incluant la Crimée annexée en 2014 et les zones du Donbass occupées avant 2022. Si l’on retire ces territoires occupés avant l’invasion à grande échelle, la conquête russe depuis février 2022 ne dépasse pas 7 % du territoire ukrainien total, malgré près de quatre années de combats. Quatre ans. Sept pour cent. Pour la deuxième armée du monde supposée. Pour une puissance nucléaire revendiquant 1,3 million de soldats engagés. Pour un budget militaire qui dépasse aujourd’hui 6,3 % du PIB russe.
Faites le calcul. Faites-le honnêtement. Si la Russie progresse à ce rythme, il lui faudrait plusieurs décennies pour conquérir l’Ukraine entière. Décennies qu’elle n’a pas. Économiquement, démographiquement, militairement, la fenêtre se referme. Le rouble s’effrite. L’inflation russe explose. Les taux d’intérêt dépassent 21 %. Les usines tournent au ralenti par manque de main-d’œuvre. Et chaque mois, des dizaines de milliers de soldats russes sont engloutis dans des assauts qui ne rapportent rien. C’est un échec stratégique majeur, documenté, vérifiable, indiscutable.
Le coût humain : un océan de pertes russes
Les chiffres que Moscou cache
L’état-major ukrainien publie chaque jour un bilan des pertes russes. Ces chiffres, longtemps contestés par les sceptiques, sont aujourd’hui largement corroborés par des sources occidentales indépendantes. Le renseignement britannique, le ministère de la Défense américain, l’OTAN, l’agence Reuters et plusieurs enquêtes journalistiques russes en exil convergent vers un total de plus de 1,1 à 1,3 million de soldats russes tués, blessés ou mis hors de combat depuis le début de l’invasion. Le chiffre est vertigineux. Il dépasse le total cumulé des pertes soviétiques en Afghanistan, en Tchétchénie et en Géorgie réunies, multiplié par dix.
Le projet Mediazona, qui recense les soldats russes tués nommément à partir de sources ouvertes, a confirmé plus de 130 000 décès identifiés par nom et photographie côté russe. Et ce chiffre n’est qu’une fraction émergée de l’iceberg, car il ne compte que les morts dont la famille a accepté de publier l’avis de décès. Les estimations réelles parlent de 250 000 à 300 000 soldats russes tués depuis février 2022. Une génération entière sacrifiée pour quelques pourcentages de terrain. Pour rien. Pour la mégalomanie d’un homme qui regarde des cartes dans un palais isolé.
Je ne me réjouis pas de ces morts. Aucun être humain ne devrait se réjouir d’une vie fauchée, même celle d’un soldat envoyé par un régime criminel. Mais je refuse aussi de laisser planer le mensonge selon lequel cette guerre serait équilibrée. Elle ne l’est pas. La Russie envoie ses fils mourir dans des champs ukrainiens pour préserver l’orgueil d’un dictateur. Voilà la vérité.
L’équation démographique ukrainienne
Les pertes ukrainiennes existent. Elles sont réelles. Elles sont douloureuses. Mais les estimations les plus crédibles, publiées par des sources américaines, européennes et ukrainiennes, parlent d’environ 60 000 à 80 000 soldats ukrainiens tués au combat, soit un ratio de pertes de 1 contre 5 à 1 contre 6 en faveur de l’Ukraine. Ce ratio, dans une guerre conventionnelle où l’attaquant subit traditionnellement trois à quatre fois plus de pertes que le défenseur, raconte une efficacité tactique ukrainienne hors normes. Drones FPV, mines, artillerie de précision, brigades d’élite : tout y est mis pour rendre chaque mètre russe insurmontable.
Et il faut le rappeler : l’Ukraine compte environ quatre fois moins d’habitants que la Russie. Son territoire est près de vingt-huit fois plus petit. Son PIB est dix fois inférieur. Et pourtant, ce pays tient tête, frappe, repousse, innove. C’est un exploit qui restera dans les manuels d’histoire militaire pendant des siècles. Une nation de 35 millions d’habitants qui résiste à un empire de 144 millions, et qui le saigne sur son propre territoire. On n’avait jamais vu ça depuis la Finlande de 1939. Sauf qu’ici, la résistance dure quatre fois plus longtemps.
L'économie russe sous tension
Le rouble, l’inflation et les taux
Pendant que la propagande russe martèle la stabilité du pays, les indicateurs réels racontent une histoire différente. La banque centrale russe maintient un taux directeur autour de 21 %, un niveau historique qui asphyxie les investissements et l’immobilier. L’inflation officielle dépasse les 9 %, mais les économistes indépendants estiment l’inflation réelle à plus de 15 % sur les produits du quotidien. Le rouble, soutenu artificiellement par les contrôles de capitaux, perd régulièrement du terrain face au dollar. Le fonds souverain russe se vide. Les recettes pétrolières chutent à cause des sanctions sur le pétrole vendu au-dessus du plafond du G7.
Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont fait fondre la capacité de raffinage de Moscou de 15 à 38 % selon les régions. Des files d’attente apparaissent dans plusieurs oblasts pour le carburant. Le diesel manque. L’essence est rationnée dans certaines républiques caucasiennes. Cette guerre, conçue par le Kremlin comme une opération éclair de quelques semaines, devient un gouffre économique qui dévore la Russie de l’intérieur. L’Ukraine ne se contente pas de résister : elle inflige des coups dont la Russie mettra des décennies à se relever.
L’isolement diplomatique persistant
Malgré les efforts de communication de Moscou, l’isolement diplomatique russe reste massif. L’Assemblée générale des Nations unies a voté à plusieurs reprises des résolutions condamnant l’invasion, avec plus de 140 pays favorables à l’intégrité territoriale ukrainienne. Les sanctions occidentales se renforcent, malgré les contournements. La Chine, censée être la grande alliée du Kremlin, reste prudente, calculatrice, transactionnelle. Pékin ne livre pas d’armes lourdes. Pékin observe. Pékin attend. Et chaque jour qui passe, Moscou devient un peu plus dépendant d’un partenaire qui ne lui doit rien.
L’Ukraine, elle, a obtenu un statut de candidate à l’Union européenne, une intégration de plus en plus poussée dans l’architecture sécuritaire occidentale, des livraisons d’armes massives depuis l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Pologne, les pays baltes, les pays nordiques. Elle a transformé son armée en l’une des plus expérimentées au monde. Elle a formé une diaspora active, influente, mobilisée. Elle a gagné la bataille de la légitimité, la bataille du droit, la bataille du récit. Ce sont des victoires invisibles, mais durables.
Les frappes en profondeur : la nouvelle doctrine ukrainienne
Frapper le cœur logistique russe
Depuis l’été 2025, l’Ukraine a inauguré une nouvelle ère opérationnelle. Ses drones longue portée, ses missiles Neptune modifiés, ses Storm Shadow franco-britanniques et ses ATACMS américains frappent désormais des cibles à plus de 1 500 kilomètres à l’intérieur du territoire russe. Raffineries de Riazan, dépôts de munitions de Briansk, centres logistiques d’Oryol, aérodromes en Crimée, bases navales à Novorossiisk : la liste s’allonge chaque semaine. Chaque frappe coûte cher à la Russie. Chaque frappe désorganise le commandement. Chaque frappe envoie un message : il n’y a plus de sanctuaire.
Cette doctrine, élaborée par l’état-major ukrainien avec le soutien des renseignements occidentaux, transforme la nature même de la guerre. La Russie ne peut plus se permettre d’envoyer ses bombardiers stratégiques sans craindre une riposte. Elle ne peut plus stocker tranquillement ses munitions dans des dépôts identifiés. Elle doit disperser, cacher, déplacer. Chaque opération devient plus coûteuse, plus lente, plus exposée. Et pendant ce temps, l’Ukraine continue d’innover, de produire, de surprendre. Les drones marins ukrainiens ont déjà coulé ou endommagé un tiers de la flotte russe de la mer Noire, forçant Moscou à replier ses navires loin de la Crimée.
Pensez-y. Une nation sans marine de guerre conventionnelle a chassé la flotte de la mer Noire d’une superpuissance maritime. Avec des drones. Des drones fabriqués dans des hangars de Mykolaïv. Si quelqu’un avait prédit ça en 2021, on l’aurait pris pour un fou. Aujourd’hui, c’est l’histoire qui s’écrit.
L’effet psychologique sur la société russe
Ces frappes ont un effet majeur sur le moral russe. Les habitants de Moscou voient désormais régulièrement leurs aéroports fermés à cause d’attaques de drones. Les Moscovites entendent les explosions. Les Saint-Pétersbourgeois aussi. La guerre, longtemps invisible pour la classe moyenne urbaine russe qui regardait les images de loin, s’invite désormais dans le quotidien. Les bus de touristes annulés. Les vols suspendus. Les images d’incendies dans des dépôts pétroliers diffusées sur Telegram avant même que la censure du Kremlin n’intervienne. Le mythe de l’invulnérabilité russe est mort.
Et avec lui meurt aussi le récit de la Russie victorieuse. Dans les sondages indépendants, le soutien à la guerre reste verbalement élevé mais s’érode dans les comportements concrets : refus de mobilisation, départs à l’étranger, économie souterraine, déclin de la natalité. La société russe ne croit plus à la victoire. Elle survit. Elle attend que ça finisse. Et elle commence à comprendre, lentement, ce que l’Ukraine sait depuis le premier jour : cette guerre, telle que Poutine l’a déclenchée, ne peut pas être gagnée.
L'industrie de défense ukrainienne : une révolution silencieuse
De zéro à puissance mondiale en quatre ans
En 2021, l’industrie de défense ukrainienne était modeste, héritière de l’ère soviétique, dépendante d’imports russes pour certains composants. En 2025, elle est devenue l’une des industries d’innovation militaire les plus dynamiques au monde. Plus de 800 entreprises ukrainiennes participent à l’effort de guerre. Des startups nées en pleine invasion produisent des drones FPV à moins de 500 dollars qui détruisent des chars russes valant trois millions. Des ingénieurs de Kharkiv conçoivent des intercepteurs aériens en open source. Des programmeurs de Lviv codent des systèmes d’IA pour le ciblage en temps réel.
Cette révolution industrielle est en train de transformer l’OTAN elle-même. Les armées occidentales étudient le modèle ukrainien. Les généraux américains, britanniques et français viennent à Kyiv apprendre des Ukrainiens, et non l’inverse. Le centre de gravité de l’innovation militaire mondiale s’est déplacé. Il n’est plus à Arlington ni à Munich. Il est à Kyiv. À Dnipro. À Odesa. Cette inversion historique mérite d’être nommée pour ce qu’elle est : une victoire stratégique ukrainienne aux conséquences planétaires.
Le partenariat industriel transatlantique
Les contrats signés entre l’Ukraine et les grands groupes européens de défense — Rheinmetall, KNDS, BAE Systems, Thales, Nexter — créent une nouvelle réalité industrielle. Des usines de production de munitions s’implantent sur le sol ukrainien. Des transferts de technologie circulent dans les deux sens. L’Ukraine devient à la fois cliente, partenaire et fournisseur. Cette intégration profonde rend toute hypothèse de retour en arrière géopolitique illusoire. L’Ukraine n’est plus à conquérir : elle est déjà à l’intérieur de l’Occident, et l’Occident est à l’intérieur d’elle.
Cette réalité dépasse les calculs du Kremlin. Vladimir Poutine voulait empêcher l’ancrage occidental de l’Ukraine en lançant la guerre. Il a obtenu l’effet inverse, multiplié par mille. L’Ukraine est aujourd’hui plus européenne, plus atlantique, plus pro-OTAN qu’elle ne l’a jamais été. Le drapeau bleu et jaune flotte à côté du drapeau étoilé européen dans toutes les institutions de Kyiv. Et même si l’adhésion formelle prendra du temps, l’intégration substantielle est déjà acquise. La défaite stratégique russe est consommée.
Le peuple ukrainien : un courage qui dépasse l'entendement
La société civile en première ligne
Il faut parler de ce que les chiffres ne disent pas. De ces mères qui tricotent des filets de camouflage dans les sous-sols de Kyiv. De ces retraités qui passent des heures à coller du scotch sur des fenêtres pour limiter les éclats de verre. De ces enfants qui font leurs devoirs dans le métro pendant les alertes. De ces enseignants qui continuent à donner cours en ligne depuis des abris. De ces médecins qui opèrent à la lampe frontale quand le courant tombe. De ces volontaires qui livrent des médicaments en zone grise avec leur voiture personnelle. Cette guerre est portée par un peuple entier, pas seulement par une armée.
Et ce peuple n’est pas naïf. Il sait ce qu’il défend. Il sait pourquoi. Il a vu Boutcha. Il a vu Marioupol. Il a vu Izyoum. Il connaît les histoires de déportation, de torture, de viols, de filtres russes installés dans les zones occupées. Il sait ce qui l’attend si la résistance cède. Il ne se bat pas pour un idéal abstrait. Il se bat pour ne pas être effacé. Voilà pourquoi il tient. Voilà pourquoi il tiendra encore longtemps, quelle que soit l’issue diplomatique de cette guerre.
J’ai longtemps essayé de comprendre d’où venait ce courage. J’ai parlé à des Ukrainiens, lu leurs poètes, leurs historiens, leurs journalistes. Et j’ai compris : ce courage vient d’une mémoire. La mémoire de l’Holodomor. La mémoire de Staline. La mémoire de Tchernobyl. La mémoire de tous ces moments où Moscou a voulu écraser leur identité. Cette fois, ils ont décidé que ça n’arriverait plus. Jamais.
La diaspora mobilisée
Les six millions d’Ukrainiens réfugiés à l’étranger ne sont pas une faiblesse. Ils sont devenus une force. Des médecins ukrainiens travaillent dans les hôpitaux européens et envoient une partie de leur salaire au pays. Des ingénieurs ukrainiens développent des logiciels pour des entreprises occidentales tout en participant à des projets de drones. Des étudiantes ukrainiennes deviennent ambassadrices informelles de leur cause sur les campus américains, allemands, britanniques. Cette diaspora forge des liens, ouvre des portes, finance des actions, maintient la pression internationale.
Et beaucoup rentreront. Pas tous, sans doute. Mais beaucoup. Avec des compétences nouvelles, des réseaux nouveaux, des perspectives nouvelles. La reconstruction de l’Ukraine sera l’un des plus grands projets du XXIe siècle. Elle sera financée, structurée, accompagnée par l’Europe et les États-Unis. Elle créera une nouvelle Ukraine, plus connectée, plus moderne, plus puissante que celle d’avant 2022. Vladimir Poutine voulait effacer l’Ukraine. Il a accouché d’une Ukraine plus forte que jamais.
La bataille du récit international
Démonter les mensonges
Pendant quatre ans, le Kremlin a tenté d’imposer son récit. Une opération militaire spéciale. Une dénazification. Une libération. Une protection des russophones. Tous ces mensonges se sont effondrés un à un sous le poids des faits. Les russophones ukrainiens sont devenus parmi les plus déterminés à combattre l’invasion. Les villes prétendument « libérées » sont devenues des champs de ruines. Les soldats russes accusés de crimes de guerre sont documentés par des centaines d’enquêtes journalistiques et juridiques. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Poutine pour la déportation d’enfants ukrainiens.
Cette bataille du récit, l’Ukraine la gagne aussi. Pas partout. Pas tout le temps. Mais elle la gagne globalement. Les opinions publiques européennes restent majoritairement favorables à l’aide à l’Ukraine. Les jeunes générations occidentales associent désormais la Russie à l’agression et à la dictature. Les institutions internationales reconnaissent l’Ukraine comme victime d’une guerre d’agression illégale. Le verdict de l’histoire est déjà écrit, même si certains commentateurs feignent de ne pas le voir.
Les voix qui voulaient la défaite ukrainienne
Il faut nommer celles et ceux qui, depuis quatre ans, espéraient la défaite ukrainienne. Certains commentateurs occidentaux qui parlaient de « réalisme » en demandant à Kyiv de céder ses territoires. Certains gouvernements qui traînaient des pieds pour livrer des armes. Certains influenceurs des réseaux sociaux qui relayaient sans cesse la propagande russe. Certains intellectuels qui présentaient l’invasion comme une « réaction compréhensible » à l’élargissement de l’OTAN. Ces voix se sont fait entendre. Elles continuent. Mais elles ont eu tort. Sur toute la ligne. Elles avaient tort en 2022. Elles avaient tort en 2023. Elles ont tort aujourd’hui.
L’Ukraine n’a pas perdu. L’Ukraine n’a jamais été aussi proche d’imposer une issue qui préserve sa souveraineté, son territoire historique et son avenir européen. Cela prendra encore du temps. Cela coûtera encore des vies. Cela demandera encore des sacrifices. Mais la trajectoire est claire. L’Ukraine gagne, pas au sens d’une victoire éclair façon film hollywoodien, mais au sens profond, durable, stratégique du mot. Elle gagne parce qu’elle existe encore. Elle gagne parce que la Russie s’épuise. Elle gagne parce que le temps joue désormais contre Moscou.
Conclusion : Slava Ukraini, et ce n'est pas qu'un slogan
L’histoire retiendra
L’histoire retiendra cette décennie comme celle où une nation européenne s’est levée contre l’empire qui prétendait la nier. L’histoire retiendra Marioupol, Boutcha, Izyoum, Kharkiv, Kyiv, Pokrovsk. L’histoire retiendra ces noms comme elle retient Verdun, Stalingrad, Varsovie. L’histoire retiendra que face à la deuxième armée du monde, un peuple a dit non, et que ce non a tenu quatre ans, cinq ans, et probablement plus encore. L’histoire retiendra que l’Ukraine n’a pas plié. Elle retiendra que pendant qu’on attendait sa chute, elle frappait des cibles à 1 800 kilomètres dans le territoire ennemi, qu’elle abattait 90 % des drones lancés contre elle, qu’elle reconstituait son industrie sous les bombes.
Et l’histoire retiendra aussi ceux qui ont aidé. Les Polonais qui ont accueilli sans compter. Les Baltes qui ont compris en premier. Les Allemands qui ont fini par se réveiller. Les Britanniques qui n’ont jamais flanché. Les Français qui ont livré des Caesar et des Mirage. Les Américains qui, malgré leurs hésitations politiques internes, ont fourni l’épine dorsale de l’aide militaire. Cette solidarité, imparfaite, parfois tardive, parfois tiède, a permis à l’Ukraine de tenir. Et elle continuera. Parce que abandonner l’Ukraine, ce serait abandonner l’Europe elle-même. Et l’Europe ne peut pas se permettre de mourir une seconde fois au XXIe siècle.
Je termine ce texte avec une image en tête. Celle d’un soldat ukrainien que j’ai vu en photo récemment, à Pokrovsk. Visage couvert de boue, casque cabossé, fusil sur l’épaule. Derrière lui, un drapeau jaune et bleu accroché à un mur effondré. Il ne sourit pas. Il regarde devant. Il sait ce qu’il fait. Il sait pourquoi il le fait. Et il continue. À tous ceux qui voulaient voir l’Ukraine perdre : regardez ce visage. Regardez-le bien. C’est le visage de ceux qui gagnent, même quand on prétend qu’ils ont perdu. C’est le visage de l’Europe qui refuse de mourir. Slava Ukraini. Heroyam slava. Et que ceux qui prophétisaient sa chute ravalent leurs mots, un à un, kilomètre carré par kilomètre carré.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Institute for the Study of War — Russian Offensive Campaign Assessment — Novembre 2025
Reuters — Ukraine intercepts record number of Russian drones — Octobre 2025
Mediazona — Russian military casualties named confirmation — 2025
UK Ministry of Defence — Defence Intelligence Updates Ukraine — 2025
European Union Institute for Security Studies — Ukraine War Assessment — 2025
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