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ANALYSE : Le retrait américain qui force l’Europe à se reconstruire avant même de progresser
Crédit: Adobe Stock

L’arithmétique cruelle des forces terrestres

Pour maintenir l’efficacité actuelle des forces terrestres de l’Alliance, les pays européens doivent former et tenir prêtes au combat deux divisions supplémentaires à pleine puissance. Pas deux brigades. Pas deux régiments. Deux divisions complètes, équivalentes en capacité et en volume à ce que les Américains retirent. Pour donner l’échelle : l’Allemagne aligne aujourd’hui trois divisions, dont une partagée avec les Pays-Bas, et aucune n’est en état de pleine disponibilité opérationnelle. La France en compte deux, avec un projet d’une troisième composée principalement de réservistes. Le Royaume-Uni en possède deux également, mais l’une existe largement sur le papier et l’autre relève d’une formation expéditionnaire légère. Le constat est implacable.

Une division mécanisée moderne, ce n’est pas une abstraction de cartes d’état-major. C’est 18 000 à 20 000 hommes, 200 à 300 chars de combat, 400 à 600 véhicules blindés de transport et de combat, une centaine de systèmes d’artillerie, plus un océan d’équipements de soutien, de logistique, de communication, de génie, de défense antiaérienne. Multipliez par deux. Ajoutez le recrutement. Ajoutez la formation des cadres. Ajoutez les infrastructures de garnison. Ajoutez les munitions, les pièces de rechange, les simulateurs. Le tableau devient écrasant. Et il faut le construire alors que la production annuelle européenne de chars Leopard 2A8 plafonne autour de cinquante unités, et celle des véhicules Boxer à environ deux cents, déjà attribuées des années à l’avance à des commandes existantes.

Le temps, ennemi silencieux

Soyons précis sur la temporalité. Former une division mécanisée lourde régulière, pleinement opérationnelle, à partir de rien, demande une décennie. Dix ans. Pas cinq. Pas trois. Dix. Et cela suppose que les usines tournent à plein régime, que les chaînes de recrutement fonctionnent, que les budgets de défense soient sanctuarisés au-delà des alternances politiques. Aucune de ces conditions n’est aujourd’hui réunie de manière fiable dans la totalité des pays concernés. L’Allemagne peine à respecter ses propres engagements de réarmement. La France jongle avec ses contraintes budgétaires. Les Britanniques ont vu leurs forces fondre comme neige au soleil depuis trente ans.

La conséquence est mathématique : l’Europe n’atteindra pas avant les années 2030 le niveau de capacité terrestre qu’elle avait avant l’annonce américaine. Et encore, dans le meilleur des scénarios. Pendant ce temps, le théâtre stratégique continue d’évoluer. La Russie reconstitue ses forces, tire les leçons de l’Ukraine, accélère la production de matériels nouveaux. Le décalage temporel est l’arme la plus redoutable du retrait américain. Il ne tue pas immédiatement. Il étouffe lentement.

Dix ans pour rattraper un retard qu’on n’a pas choisi. Dix ans pendant lesquels une génération entière de soldats européens devra apprendre à se passer de ce qu’elle n’a jamais connu : la solitude stratégique.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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