Skip to content
BILLET : L’OTAN, il était minuit moins une — et pour une fois, nous avons rugi
Crédit: Adobe Stock

Un drone abattu ne fait pas une doctrine

Soyons précis, parce que la précision est la seule honnêteté qui nous reste. Le drone abattu au-dessus de Latgale n’est pas une déclaration de guerre. Ce n’est pas un tournant stratégique. Ce n’est pas la naissance d’une posture nouvelle. C’est une interception — une seule — exécutée par deux Mirage 2000 français dans le cadre d’une mission de police aérienne qui existe depuis 2004. Vingt-deux ans que des avions alliés patrouillent le ciel balte. Vingt-deux ans qu’on attendait qu’ils servent à autre chose qu’à rassurer des chancelleries. Le 19 mai, l’Estonie avait connu son premier tir. Le 8 juin, c’est la Lettonie. Deux interceptions en trois semaines : ce n’est pas un hasard, c’est un seuil. Le seuil à partir duquel l’Alliance reconnaît, enfin, que la grammaire défensive d’avant 2022 ne suffit plus. Et pourtant, il faudra plus que deux drones abattus pour convaincre quiconque, à Moscou comme à Pékin, que l’Occident a retrouvé le mode d’emploi de sa propre puissance.

Parce que la vérité, celle qui dérange les sommets et les communiqués lissés, c’est que nous restons la plus grande puissance militaire de l’histoire de l’humanité. Le budget combiné des trente-deux membres de l’OTAN dépasse 1 400 milliards de dollars par an. La Russie en dépense, au mieux, 140 milliards. Dix fois moins. Et pourtant, depuis février 2022, c’est nous qui calculons chaque livraison, c’est nous qui hésitons sur chaque Patriot, c’est nous qui mesurons nos missiles à l’aune de notre peur d’« escalader ». Escalader vers quoi ? Vers la situation actuelle ? Vers des drones russes qui dérivent sur Krāslava, Tallinn, Bucarest, et maintenant Lopatna en Moldavie ? L’escalade, on y est. Elle a commencé sans nous. Elle continuera avec ou sans notre consentement. La seule question qui reste : est-ce qu’on accepte de rugir, ou est-ce qu’on continue de ronronner pendant qu’on nous mord les talons ?

L’autre drone, celui de Lopatna, et la carte qui se redessine

Le même jour, à quelques centaines de kilomètres au sud, le ministère moldave de la Défense annonçait qu’un drone avait traversé son territoire pendant la nuit et explosé près du village de Lopatna. Des fragments retrouvés dans un champ agricole. Des indices d’une explosion antérieure à la chute des débris. La Moldavie n’est pas membre de l’OTAN. La Moldavie n’a pas de Mirage 2000 sur appel. La Moldavie regarde, encaisse, et compte ses morts potentiels. Entre la Lettonie protégée et la Moldavie exposée, il y a la carte exacte de l’Europe d’aujourd’hui : un continent à deux vitesses, où l’appartenance à une alliance détermine non plus seulement la prospérité, mais la survie même des champs de maïs.

Et c’est précisément pourquoi ce qui s’est passé à Latgale compte au-delà de Latgale. Parce que chaque drone abattu au-dessus d’un pays membre est aussi un message envoyé aux pays non-membres : voici ce que coûte l’extérieur du parapluie. Voici ce que vaut la signature au bas du traité de Washington. Voici pourquoi Kyiv réclame depuis février 2022 cette signature qu’on lui refuse pour ne pas « provoquer » celui qui nous provoque déjà chaque nuit. La logique se mord la queue jusqu’au sang. Et pourtant, on continue de l’appeler prudence.

Il y a deux Europes désormais. Celle qui appuie sur le bouton. Et celle qui ramasse les éclats dans ses champs.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu