Je veux être d’une honnêteté absolue, parce que je déteste la malhonnêteté intellectuelle. Le Parti libéral du Canada et le Parti libéral du Québec sont deux entités distinctes. Juridiquement séparées. Organisationnellement séparées. Je ne les confonds pas, et je n’invente aucun lien organique entre les deux. Mais il existe quelque chose qu’aucune cloison administrative ne peut effacer. Une culture. Une manière de concevoir le rapport entre le pouvoir, l’argent et l’influence. Et cette culture, je la vois traverser les frontières du fédéral au provincial, comme une rivière souterraine. Au fédéral, ce fut les commandites. Au provincial, ce furent les perquisitions, les enquêtes sur le financement, l’argentier scruté. Encore une fois, ce ne sont pas les mêmes personnes. Ce ne sont pas les mêmes faits. Mais c’est le même réflexe qui m’inquiète. Le réflexe de penser que les règles, c’est pour les autres. Le réflexe de croire que la fin justifie les moyens quand il s’agit de garder le pouvoir ou de battre l’adversaire souverainiste. Ce réflexe, je le sens. Je le devine. Et il me glace. Parce qu’il révèle une mentalité qui place la conquête du pouvoir au-dessus du respect des règles communes. Et ça, pour une démocratie, c’est un poison lent.
deux partis distincts, une même obsession du pouvoir
Soyons rigoureux sur la distinction, car elle est essentielle. Le Parti libéral du Canada, éclaboussé par les commandites, et le Parti libéral du Québec, visé par l’UPAC, sont deux organisations indépendantes. Je n’affirme aucune complicité structurelle entre elles. Ce serait inventer, et je ne le ferai pas. Mais l’analyse politique permet de relever des parentés idéologiques et culturelles. Les deux formations partagent une racine fédéraliste. Les deux ont historiquement incarné le camp du Non lors des grands débats sur l’avenir du Québec. Et les deux, à des époques et de manières différentes, ont vu leur rapport au financement devenir l’objet d’enquêtes ou de scandales majeurs. Au fédéral, la commission Gomery. Au provincial, les enquêtes de l’UPAC sur le financement et certaines figures du parti. Tracer ce parallèle, ce n’est pas accuser. C’est observer une récurrence thématique. Le thème de l’argent. Le thème du financement. Le thème de la frontière floue entre les fonds et la politique. Quand un même thème revient hanter deux branches d’une même grande famille idéologique, à des paliers différents, le citoyen attentif a le droit de s’interroger sur la culture qui sous-tend tout cela. Pas sur des individus précis. Sur une mentalité collective. Sur une façon d’exercer le pouvoir.
l’argentier, ce personnage clé qu’on oublie trop vite
Au cœur de toute machine politique se trouve un personnage souvent invisible du grand public, mais absolument déterminant: l’argentier. Celui qui récolte les fonds. Celui qui remplit les coffres. Dans le cas du PLQ, le nom de Marc Bibeau revient comme une figure centrale du financement durant les années 2000. Les documents d’enquête révélés dans les médias ont indiqué qu’il était visé pour des allégations de fraude envers le gouvernement, d’abus de confiance et de contributions politiques illégales. L’ancien premier ministre Jean Charest a lui aussi été scruté dans ce contexte. Je rappelle, parce que la loyauté envers les faits l’exige, que ces enquêtes n’ont pas toutes débouché sur des accusations, et que la présomption d’innocence demeure. Mais ce qui m’interpelle, c’est la fonction. Un argentier, ce n’est pas un figurant. C’est celui qui tient le robinet. Et quand le robinet d’un parti devient l’objet d’une enquête criminelle pour financement illégal présumé, on touche au cœur de la légitimité démocratique de cette formation. Cela rejoint, par-delà les décennies et les paliers, la logique profonde du scandale des commandites: l’argent, encore l’argent, toujours l’argent, et la tentation de le faire circuler en marge des règles pour servir des fins politiques. Voilà le fil rouge que je refuse de lâcher.
la course de 2025, écho moderne d'une vieille maladie
Quand l’enquête de 2025 a éclaté, je n’ai pas ressenti de surprise. Et cette absence de surprise, justement, m’a fait mal. Parce qu’elle révélait quelque chose de moi, et peut-être de nous tous. Nous nous sommes habitués. Nous avons intégré l’idée que ce parti et les histoires d’argent vont ensemble comme l’orage et la pluie. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas normal. Une démocratie en santé devrait être scandalisée à chaque fois, profondément, viscéralement. Or nous haussons les épaules. Nous soupirons. Nous disons « encore eux ». Et ce « encore eux », il est terrible. Il est l’aveu collectif d’une lassitude, d’une résignation. Moi, je refuse de me résigner. Je refuse que mon indignation s’émousse. Quand j’ai appris que l’UPAC ouvrait une enquête criminelle sur la formation de Pablo Rodriguez, avec des allégations entourant la course à la direction, j’ai senti la vieille maladie refaire surface. Pas la même maladie exactement. Mais la même famille de symptômes. L’argent. Le financement. La course au pouvoir interne. Et cette résurgence, loin de me rendre cynique, ravive ma colère. Parce que je crois encore, naïvement peut-être, qu’on peut faire de la politique autrement. Proprement. Dans le respect des règles. Et chaque scandale qui se répète assassine un peu plus cet espoir.
une enquête criminelle qui change la donne
Revenons à l’actualité brûlante. En décembre 2025, l’UPAC a confirmé l’ouverture d’une enquête criminelle visant le Parti libéral du Québec. Le porte-parole de l’organisme a déclaré que les validations étaient terminées et que l’enquête s’ouvrait officiellement, tout en précisant qu’aucun autre commentaire ne serait émis afin de protéger les actions des enquêteurs et de respecter les droits des personnes impliquées. Deux semaines plus tôt, l’UPAC avait indiqué être en validation d’informations concernant des allégations d’actes répréhensibles visant la formation. Des reportages ont évoqué le contexte de la course à la direction remportée par Pablo Rodriguez, notamment des sommes versées en compensation à certains bénévoles. Le passage de la simple validation à l’enquête criminelle formelle constitue un saut qualitatif majeur. Des analystes politiques ont d’ailleurs souligné qu’à partir du moment où l’UPAC déclenche une telle enquête, la position du chef devient extrêmement difficile à tenir. Je le redis avec insistance: enquête ne veut pas dire culpabilité. La présomption d’innocence protège toutes les personnes concernées. Mais sur le plan de la perception publique et de la confiance démocratique, le mal est considérable. Un grand parti historique, de nouveau, sous le regard de la police anticorruption. L’écho est assourdissant.
l’amnésie collective, ce véritable danger
Le plus grand risque, dans toute cette histoire, n’est pas tel scandale ou tel autre. C’est l’amnésie collective. C’est l’habitude. C’est cette tendance qu’a une société à s’anesthésier face à la répétition. À force de voir les mêmes histoires, on cesse de s’en indigner. On normalise. On banalise. Et c’est exactement ce qui protège les dérives. Parce qu’un scandale qui ne choque plus est un scandale qui peut se reproduire en toute impunité. Mon rôle de chroniqueur, tel que je le conçois, c’est précisément de lutter contre cette anesthésie. De rappeler les faits. De relier les époques. De refuser que le scandale des commandites devienne une simple anecdote poussiéreuse, déconnectée des questions actuelles. Non. Tout cela forme un continuum. Une longue histoire du rapport entre une famille politique et l’argent. Des commandites au fédéral aux enquêtes provinciales sur le financement, en passant par l’argentier scruté et la perquisition au siège du parti. Je ne relie pas ces points pour accuser. Je les relie pour me souvenir. Et pour exiger, comme citoyen, que cette mémoire reste vive. Car le jour où nous oublierons, le jour où nous hausserons les épaules une fois de trop, ce jour-là, nous aurons abandonné notre démocratie à ceux qui préfèrent qu’elle dorme.
conclusion – refuser l'oubli, exiger la lumière
Voilà où je veux en venir. Je ne réclame la condamnation de personne. La justice et l’UPAC feront leur travail, à l’abri de mes humeurs. Mais je réclame quelque chose d’autre. Je réclame la mémoire. Je réclame qu’on ose relier le scandale des commandites, la perquisition au siège du PLQ, l’enquête sur l’argentier libéral et l’enquête criminelle de 2025. Non pas pour fabriquer une culpabilité. Mais pour comprendre une trame. Une trame faite d’argent, de financement et de frontières floues. Cette trame, elle traverse les décennies. Elle colle à la peau d’une famille politique. Et la nier, par confort ou par lassitude, serait une faute envers nous-mêmes. Je choisis donc de me souvenir. Je choisis de relier. Je choisis d’exiger la lumière, encore et encore, sans relâche. Parce que la lumière est la seule chose que craignent vraiment ceux qui préfèrent l’ombre. Et tant qu’il restera des gens pour rallumer la lampe, le brouillard ne gagnera pas. C’est ma promesse. C’est mon combat. C’est, modestement, ma façon de servir ce peuple auquel j’appartiens.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_du_scandale_des_commandites
https://www.985fm.ca/audio/743400/l-upac-ouvre-une-enquete-sur-le-plq
https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/bibeau-documents-revealed-1.5429946
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