Mykolaïv, berceau d’un futur symbole
La construction a débuté en 1982 à Mykolaïv, RSS d’Ukraine. Sur ce chantier naîtra aussi le Varyag, vendu à la Chine, devenu le Liaoning.
Lancé en 1985, il entre en service en 1991, année de la dissolution de l’URSS. Né soviétique, il hérite d’une nation disparue.
La conception : un compromis structurel
L’amiral Kouznetsov n’est pas un vrai porte-avions occidental. Il est classifié «croiseur lourd porte-aéronefs» — une nuance qui cache un compromis politique.
Pas de catapultes comme les Américains. À la place : un tremplin de décollage. Ses chaudières ukrainiennes étaient capricieuses dès la construction.
Né sur un chantier ukrainien, mu par des chaudières ukrainiennes, il est devenu symbole de la flotte russe. C’est l’une des ironies les plus cruelles de cette guerre : la Russie attaque le pays qui lui a bâti son seul porte-avions.
Un navire qui ne sortait pas sans son remorqueur
La tradition humiliante du remorqueur d’escorte
L’amiral Kouznetsov était escorté par un remorqueur de haute mer à chaque sortie. Pas par protocole — parce qu’on attendait la panne.
Ses chaudières défaillantes interdisaient de le laisser seul. Un porte-avions en laisse : le résumé parfait du mythe russe.
La puissance de façade comme doctrine
L’état-major a toléré cela. La valeur symbolique primait la valeur opérationnelle. Le navire existait : la Russie était une puissance navale.
Ce raisonnement explique pourquoi la Russie préfère les parades militaires aux réparations réelles. L’apparence prime toujours la réalité.
Un porte-avions qu’on escorte par précaution, c’est un symbole qu’on protège de lui-même. La Russie a construit une flotte de symboles. En Ukraine, elle découvre que les symboles ne gagnent pas les guerres.
2016 : le seul déploiement de combat de l'histoire du navire
La Méditerranée orientale et l’opération Syrie
En octobre 2016, l’amiral Kouznetsov quitte Mourmansk pour un déploiement de combat en Méditerranée orientale. Il doit soutenir les opérations russes en Syrie, notamment à Alep.
Le transit par la Manche est filmé depuis les côtes britanniques. Un panache de fumée noire : signe de chaudières mal entretenues.
Les accidents qui révèlent la réalité
Le 14 novembre 2016, un MiG-29K s’abîme à l’approche. Pilote récupéré. Le 5 décembre, un Su-33 sort du pont après la rupture d’un câble d’arrêt.
L’aile aérienne est relocalisée à Hmeimim. Le navire continue sans appareils. Un porte-avions sans avions : la métaphore parfaite de la puissance russe.
Deux avions perdus en quelques semaines lors d’un seul déploiement de combat. Pas à cause de l’ennemi. À cause des câbles. Ce n’est pas de la malchance. C’est du design.
2018 : le dock qui coule et la grue qui frappe
Le PD-50 et sa fin tragique
Le 30 octobre 2018, alors que l’amiral Kouznetsov est en réfection dans le dock flottant PD-50 à Mourmansk, une panne électrique provoque le naufrage du dock.
Le PD-50 fait basculer une grue de 70 tonnes sur le pont. Un trou dans la coque. Un ouvrier y laisse la vie. La Russie perd son unique dock flottant.
La chaîne des incompétences
Cet accident n’est pas de la malchance. C’est la conséquence d’une maintenance défaillante et d’un sous-investissement systémique dans les infrastructures navales.
Un résumé en une image : la Russie entretient une armée de façade. Les chiffres impressionnent. Les réalités techniques déconcertent.
Une grue qui tombe sur le pont de son seul porte-avions pendant une maintenance. On croirait à une métaphore. C’est un fait documenté. Et personne n’a été jugé responsable de façon conséquente.
2019 et 2022 : les incendies qui ne s'arrêtent pas
Décembre 2019 : feu de soudure
En décembre 2019, un incendie de soudure. Au moins deux personnes tuées. Plus d’une douzaine blessées.
Le feu ravage les locaux intérieurs. Les dommages s’accumulent. La refonte ressemble de plus en plus à une chimère industrielle.
Décembre 2022 : le deuxième incendie
En décembre 2022, un deuxième incendie éclate à quai à Mourmansk. Les causes exactes restent non publiées.
En 2021, entre les deux incendies, le directeur du chantier est arrêté pour détournement de fonds. La corruption ronge le projet autant que la rouille.
Deux incendies. Un directeur arrêté pour détournement. Je ne sais pas si c’est une tragédie ou une farce. Ce que je sais, c’est que chaque incident révèle un système incapable de se réparer lui-même.
Huit ans de refonte, des milliards dépensés, rien à montrer
La facture qui n’en finit pas
La refonte de l’amiral Kouznetsov devait durer quelques années. Elle s’étire sur huit ans. Les coûts dépassent le milliard de dollars.
Pour ce prix, la Russie n’a pas un navire opérationnel. Elle a un chantier de problèmes, d’accidents et de détournements. Le navire n’a jamais repris la mer.
Le constat d’Andreï Kostine
À l’été 2025, Andreï Kostine (Société unifiée de construction navale) a déclaré publiquement : plus aucun intérêt à réparer. La solution : vendre ou démanteler.
L’amiral Avakyants (flotte du Pacifique) a été encore plus direct : le porte-avions est une arme coûteuse et inefficace dont l’époque est révolue.
Quand les propres amiraux russes disent que l’époque des porte-avions est révolue, je veux bien les croire. Mais je note que cette sagesse arrive après avoir dépensé un milliard sans résultat.
Ce que la fin du Kouznetsov signifie pour la Russie
Le seul membre permanent du Conseil de sécurité sans porte-avions
Si l’amiral Kouznetsov est ferraillé, la Russie deviendra le seul membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU sans porte-avions opérationnel.
États-Unis : onze. Chine : trois. France : un. Royaume-Uni : deux. Russie : zéro. Le symbole est brutal.
Une fenêtre sur l’état réel de l’armée russe
Le sort du Kouznetsov n’est pas une anomalie. C’est une métaphore systémique : équipements russes qui cèdent, munitions qui manquent, logistique défaillante.
L’armée russe fut vendue comme une machine de guerre invincible. La guerre en Ukraine et la rouille du Kouznetsov racontent la même histoire : du bluff.
Le Kouznetsov et l’armée russe en Ukraine partagent le même problème : ils fonctionnent mieux dans les discours que dans la réalité. Poutine a construit une armée de propagande.
La Chine regarde et prend note
Le Liaoning, frère de construction du Kouznetsov
Le Liaoning, premier porte-avions de la Chine, est la version complétée du Varyag — construit sur le même chantier de Mykolaïv que le Kouznetsov.
La Chine a acheté la coque ukrainienne en 1998, soi-disant pour un casino. Elle l’a transformée en porte-avions opérationnel. Aujourd’hui, elle en a trois.
La leçon inversée de l’histoire navale
Même acier de Mykolaïv : à la Russie un navire inutilisable, à la Chine le début d’une flotte. La différence est dans les institutions.
La Chine a investi dans la compétence technique et la continuité industrielle. La Russie a investi dans les défilés navals et la propagande.
Le même acier, deux destins opposés. La Chine construit une flotte. La Russie ferraille la sienne. C’est un résumé géopolitique d’une concision redoutable. Et il n’augure rien de bon pour l’Occident côté Pacifique.
Mourmansk, rouille et silence
Un navire qui attend son sort depuis des années
À Mourmansk, l’amiral Kouznetsov attend. Amarré, sans propulsion, partiellement démantelé, brûlé. Sa silhouette est devenue un monument involontaire à l’échec industriel.
Les ouvriers travaillent dans des coupes budgétaires et d’accidents répétés. Le navire est ce qu’il est devenu : une ruine flottante.
La décision finale n’est pas encore prise
Officiellement, la Russie n’a pas annoncé la ferraille. La bureaucratie militaire russe préfère l’ambiguïté. Admettre la fin du Kouznetsov, c’est admettre un échec stratégique.
Les déclarations de Kostine et d’Avakyants ont dit l’essentiel. Quand les responsables parlent ainsi, la décision est prise. Il manque le communiqué officiel.
La Russie ne dira jamais officiellement qu’elle déferre son unique porte-avions. Ce serait admettre trop de choses à la fois. Elle laissera le navire mourir en silence, comme elle laisse mourir beaucoup de choses.
L'Ukraine et l'ironie géographique
Mykolaïv, ville martyre, berceau du Kouznetsov
Mykolaïv, berceau du navire, est une ville ukrainienne qui a subi des bombardements russes intenses depuis 2022. La Russie l’a tenté d’occuper, puis frappée.
Il y a une ironie historique : la Russie bombarde la ville qui a construit son porte-avions. Le chantier de Mykolaïv a été visé.
Ce que la géographie raconte
L’amiral Kouznetsov a été soudé par des travailleurs ukrainiens pour une URSS qui ne leur appartenait pas. La même nation les bombarde aujourd’hui.
Ce récit a une géographie chargée : la Russie attaque ce qui la constituait. Ce qu’elle attaque résiste mieux que prévu.
Je ne fais pas de l’histoire romantique. Mais il y a quelque chose de profond dans le fait que les mains ukrainiennes ont construit le symbole naval russe. Et que ces mains se défendent aujourd’hui avec des drones.
Ce récit et ses limites
Ce que je sais et ce que je suppose
Les faits de ce récit sont documentés : dates, accidents, déclarations, coûts. Je n’ai inventé aucun dialogue, aucune scène, aucun témoin.
Ce que je suppose : la décision de démanteler est irréversible. Les déclarations de la flotte russe laissent peu de doute.
Ce que ce récit ne peut pas raconter
Je ne peux pas raconter ce que ressentent les marins russes qui ont servi ici. Cet équipage m’échappe.
Ce récit est celui des institutions, pas des individus. Les institutions russes sont ce qu’elles sont : défaillantes par conception.
Je pourrais humaniser ce récit avec des visages imaginaires. Je refuse de le faire. Ce qui compte ici, c’est le système, pas la chair. Et le système a failli de façon documentée, répétée, irréfutable.
La symbolique d'un porte-avions qui disparaît
Ce que perdre le Kouznetsov dit à la marine russe
Pour la marine russe, la disparition du Kouznetsov est une rupture générationnelle. Aucun commandant actuel ne sait ce qu’est un porte-avions opérationnel.
Sans porte-avions, la projection de puissance repose sur les sous-marins et les navires de surface. Des capacités réelles, sans l’effet symbolique.
Ce que cela dit à ses adversaires
Pour l’OTAN, la fin probable du Kouznetsov est une information stratégique. Elle confirme que la marine russe n’est pas une menace de projection globale.
La menace réelle : les sous-marins nucléaires, les missiles de croisière, les capacités anti-accès. Pas un porte-avions qui rouille depuis 2017.
Perdre son seul porte-avions sans qu’une seule bombe ennemie en soit responsable — c’est une défaite plus humiliante que toutes celles infligées de l’extérieur. La Russie s’est battue contre elle-même. Et elle a perdu.
Le dernier regard sur le Kouznetsov
Ce que le navire laisse derrière lui
Le Kouznetsov laisse une génération formée à l’envers. Des leçons en négatif : comment ne pas entretenir une flotte militaire.
Il laisse une dette symbolique : la Russie a présenté ce navire comme sa puissance navale globale. La ferraille racontera une autre histoire.
Un héritage de rouille et de leçons manquées
Ce legs est institutionnel. Un système qui tolère l’incompétence, récompense la façade et punit la vérité finit par perdre ses navires.
Le Kouznetsov est le produit fidèle de ce système. Il le représente mieux que n’importe quel discours de Poutine sur la puissance navale.
Je regarde ce navire se défaire depuis l’extérieur et je me dis : voilà ce que ça coûte de construire pour le symbole plutôt que pour la fonction. Un milliard de dollars de rouille. Et un pays qui s’en aperçoit trop tard.
Conclusion : l'amiral qui ne coulera jamais au combat
Une fin sans ennemi désigné
L’amiral Kouznetsov ne finira pas dans une bataille navale. Pas de torpille ennemie. Il finira à la ferraille, vendu à un acheteur qui ne l’utilisera jamais.
Une fin sans gloire, sans excuse. Pas d’ennemi à blâmer. Juste la Russie seule avec ses propres défaillances.
Ce que l’histoire retiendra
Dans les livres d’histoire navale, l’amiral Kouznetsov sera une note de bas de page : «unique porte-avions russe, jamais opérationnel, démantelé».
À côté : l’Ukraine qui résiste, les USF qui frappent. L’histoire choisit ses symboles. Elle a choisi le mauvais camp pour le Kouznetsov.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je suis chroniqueur, analyste, expert. Mon expertise : les dynamiques géopolitiques et les capacités militaires comparées. Je ne prétends pas à l’objectivité froide.
Je prétends à la lucidité analytique. Mon rôle : donner du sens aux faits et les situer dans leur contexte stratégique.
Méthodologie et sources
Ce récit distingue faits vérifiés et analyses. Informations issues de 19FortyFive, Defence-UA, UNITED24 Media. Les dates et accidents sont documentés publiquement.
Les déclarations de Kostine et d’Avakyants sont rapportées dans les sources primaires. Aucune citation n’a été inventée ni paraphrasée.
Nature de l’analyse
Les analyses présentées constituent une synthèse critique et contextuelle fondée sur les informations disponibles au 17 juin 2026.
Toute évolution pourrait modifier ces perspectives. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Defence-UA — Russie : défense aérienne et capacités navales en 2026 — 16 juin 2026
UNITED24 Media — Armée russe : état des forces et équipements — juin 2026
Sources secondaires
Euromaidan Press — La Russie ne peut pas attaquer l’OTAN maintenant, selon l’ISW — 12 juin 2026
Ukrinform — L’armée russe perd encore 1 230 hommes et sept systèmes anti-aériens — 16 juin 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.