Dépendre des livraisons, c’est dépendre des volontés politiques
Depuis 2022, l’Ukraine est en état de dépendance structurelle vis-à-vis de ses alliés pour les munitions les plus critiques. Cette dépendance n’est pas seulement logistique — elle est politique. Chaque livraison de PAC-3 ou de SAMP/T est soumise aux humeurs des capitales, aux arbitrages budgétaires, aux contraintes légales d’exportation américaines et aux négociations interminables sur les « plafonds » à ne pas franchir. L’Ukraine subit depuis quatre ans les conséquences de chaque hésitation occidentale dans sa chair civile.
La licence de fabrication briserait ce lien de dépendance absolue. Si des entreprises ukrainiennes — publiques ou privées — peuvent reproduire légalement des intercepteurs PAC-3 ou des composants de systèmes équivalents sur leur propre sol, la cadence de production ne serait plus tributaire des stocks de Fort Bliss ou des décisions du Congrès américain. C’est une transformation qualitative de la posture de défense ukrainienne. L’Ukraine ne serait plus seulement un utilisateur de technologie occidentale : elle en deviendrait un co-producteur légitime, inscrit dans la chaîne industrielle de l’Alliance.
L’exemple allemand comme précédent et comme levier
Ce n’est pas une idée abstraite. L’Allemagne détient déjà des licences partielles pour la production de composants Patriot. Zelensky a cité ce précédent explicitement lors de son intervention sur CBS le 31 mai 2026, demandant une extension similaire à l’Ukraine. Les entreprises ukrainiennes de défense, forgées au feu de quatre années de guerre intensive, ont développé des capacités d’ingénierie, de production et d’adaptation que beaucoup d’acteurs occidentaux leur reconnaissent désormais ouvertement. L’accord MBDA-Ukrainska Bronetekhnika signé à Berlin en juin, couvrant les capacités de frappe en profondeur et les systèmes anti-drones, illustre que cette intégration industrielle est déjà en marche.
Le ministre de la Défense ukrainien Mykhailo Fedorov a demandé lors du Ramstein du 18 juin 20 milliards de dollars supplémentaires en aide militaire. Mais au-delà de la demande financière, c’est la demande de transfert technologique qui structurait son agenda diplomatique à Bruxelles. Produire sous licence, c’est aussi constituer un capital industriel qui survivra à la guerre — un socle pour l’industrie de défense ukrainienne du XXIe siècle.
Il y a quelque chose de profondément logique dans cette trajectoire, et je m’étonne que l’Occident ait mis si longtemps à l’accepter. On a armé l’Ukraine pour qu’elle se batte. On lui a donné les outils. Mais on lui a refusé les plans. C’est comme donner à quelqu’un une voiture de course mais interdire à ses mécaniciens de regarder sous le capot. L’Ukraine a prouvé, année après année, qu’elle était le partenaire industriel le plus motivé et le plus capable de la défense occidentale. Il était temps.
Le sommet d'Évian : anatomie d'une décision collective
La bilatérale Trump-Zelensky comme moment décisif
Le 16 juin 2026, en marge du sommet du G7 à Évian-les-Bains, Volodymyr Zelensky a rencontré Donald Trump et Emmanuel Macron pour environ trente minutes. Selon EA WorldView et le bureau présidentiel ukrainien, Zelensky a directement soulevé auprès de Trump la question des licences de production pour les systèmes anti-balistiques et les missiles. Trump a réagi positivement, selon Zelensky, et les deux présidents ont convenu que leurs équipes travailleraient sur le dossier. C’est ce signal — pas le communiqué collectif mais la réaction personnelle du président américain — qui a changé la dynamique.
Le lendemain, lors de sa conférence de presse finale, Trump a confirmé qu’il étudierait la demande. « We’ll take a look at it » — la formule trumpienne de l’ouverture conditionnelle. Macron, lui, a décrit un « changement très profond dans l’approche américaine » et salué ce qu’il a appelé « une remobilisation profonde du G7 ». Pour la première fois depuis le début de la présidence Trump, le dossier ukrainien semblait structuré autour d’une logique industrielle partagée plutôt que d’une rhétorique transactionnelle.
La déclaration collective : portée et limites
La déclaration conjointe du G7, publiée le 17 juin, est à la fois prometteuse et prudente. Elle engage les Sept à « accroître la fourniture de capacités de défense aérienne, de systèmes additionnels, d’intercepteurs et de capacités longue portée » — engagement concret sur les livraisons. Sur les licences, le texte reste dans le conditionnel : « Nous sommes également prêts à envisager d’accorder à l’Ukraine le bénéfice de licences afin de permettre une augmentation de la production militaire ukrainienne. » Euromaidan Press a bien noté la nuance : « prêts à envisager » n’est pas une licence, et le texte ne nomme aucun système, aucun calendrier, aucun fabricant.
Un haut responsable européen cité par le Kyiv Independent a précisé que « les États-Unis ont dit qu’ils y réfléchiraient, mais qu’aucune décision n’avait été prise ». La distance entre le signal politique et la décision opérationnelle reste à combler. Mais une source diplomatique citée par The Guardian a été plus directe : « Nous produirons sous licence non seulement des systèmes de défense aérienne, mais aussi des capacités de frappe en profondeur. » Cette formulation — issue de coulisses et non du communiqué officiel — suggère que les discussions concrètes étaient déjà bien avancées.
La diplomatie multilatérale a ses rites de passage. Le communiqué « prêts à envisager » n’est pas une victoire rhétorique vide — c’est une étape dans un processus où chaque formulation engage. On n’écrit pas « prêts à envisager » dans un texte G7 si la réponse est « jamais ». On l’écrit quand les discussions sont sérieuses mais que les obstacles légaux et industriels ne sont pas encore levés. Je lis ce texte comme une pré-décision, pas comme une non-décision.
Ramstein, 18 juin : la mécanique concrète des engagements
Un milliard de dollars pour le programme PURL, un record
Le 18 juin 2026, au lendemain du G7, la réunion du groupe de contact sur la défense de l’Ukraine — le format dit Ramstein — s’est tenue à Bruxelles. Zelensky a annoncé que les pays participants avaient engagé plus d’un milliard de dollars pour le programme PURL (Programme Unifié de Reconstitution des Munitions pour l’Ukraine), le montant le plus élevé jamais pledgé lors d’une réunion du groupe. Selon Militarnyi, le Luxembourg, la Lituanie, la Lettonie, l’Islande et l’Australie rejoignaient les contributeurs, aux côtés de la Norvège, des Pays-Bas, de l’Allemagne et de la Suède déjà engagés.
Ce financement est destiné à l’achat d’armements américains — notamment des intercepteurs PAC-3 MSE pour les systèmes Patriot déployés en Ukraine. L’Australie a annoncé 100 millions de dollars supplémentaires (50 millions par tranche sur douze mois) pour renforcer les capacités de défense aérienne. L’Allemagne a séparément annoncé 400 millions de dollars via les mécanismes PURL et JUMPSTART pour financer l’achat de PAC-3 pour l’Ukraine. Ces engagements financiers concrets doublent les déclarations politiques du G7 d’une colonne vertébrale budgétaire réelle.
L’accord Ukraine-Allemagne : co-développement d’intercepteurs balistiques
La pièce maîtresse du Ramstein du 18 juin est l’accord bilatéral signé entre le ministre ukrainien Mykhailo Fedorov et son homologue allemand Boris Pistorius. L’accord prévoit le développement conjoint par des entreprises ukrainiennes et allemandes de nouveaux systèmes d’interception de missiles balistiques. Pistorius l’a déclaré explicitement lors de la conférence de presse diffusée en direct sur la chaîne YouTube de l’OTAN : « Nous avons établi aujourd’hui un autre accord critique. Il pose les bases du développement coopératif d’un nouveau système de défense aérienne conçu pour faire face aux missiles balistiques. »
Le même accord couvre la production conjointe de véhicules terrestres sans pilote Termit en territoire allemand, financée par le côté allemand, avec plusieurs milliers d’unités prévues pour les forces ukrainiennes. Ce n’est pas anecdotique : cela montre que le modèle de co-production bilatérale — avec partage de technologie et financement occidental pour production en partie ukrainienne — est déjà opérationnel, indépendamment des négociations formelles sur les licences américaines.
L’accord Ukraine-Allemagne du 18 juin est peut-être la chose la plus concrète sortie de cette semaine diplomatique chargée. Pendant que les négociations avec Washington sur les licences PAC-3 s’enlisent dans les circuits de Raytheon et du Pentagone, Berlin et Kyiv construisent quelque chose ensemble — maintenant, avec des ingénieurs, des usines et un calendrier. C’est exactement ce que la souveraineté industrielle ressemble quand elle commence à exister réellement.
L'arithmétique de la survie : pourquoi produire en Ukraine est irremplaçable
Le plafond de production globale et ses conséquences tactiques
Les chiffres sont implacables. La production mondiale combinée d’intercepteurs PAC-2 GEM-T et PAC-3 MSE ne dépasse pas environ 880 unités par an. Lockheed Martin travaille à un accord de sept ans avec le Département de la Défense américain pour porter la capacité de production des PAC-3 MSE de 600 à 2 000 unités par an — mais ce processus prend du temps, et entre-temps, le conflit ukrainien et les tensions en Asie et au Moyen-Orient tirent toutes sur le même stock. L’Ukraine ne peut pas se battre avec des promesses de livraisons futures. Elle se bat maintenant, cette nuit, contre des Shahed améliorés et des missiles balistiques nord-coréens tirés depuis le territoire russe.
La production sous licence en Ukraine résoudrait ce paradoxe temporel. Les usines ukrainiennes — Ukroboronprom, Artem, Ukrainian Armor et des dizaines d’entreprises privées du secteur Brave1 — ont démontré une capacité d’adaptation et de montée en cadence que beaucoup d’équipementiers occidentaux leur envient. Le secteur ukrainien des drones en est la preuve la plus éclatante : de zéro à plusieurs centaines de milliers d’unités produites annuellement en moins de trois ans, grâce à l’écosystème civilo-militaire qui a émergé sous la pression de la guerre.
La pénurie d’intercepteurs : une réalité documentée
Après la vague d’attaques massives sur Kyiv du 24 mai 2026, Zelensky avait adressé une lettre d’alerte à Trump soulignant la pénurie critique de systèmes de défense aérienne, y compris d’intercepteurs balistiques. La production américaine de 60 à 65 missiles PAC-3 par mois est objectivement insuffisante face au rythme des frappes russes. Les alliés ont parallèlement cherché des stocks de missiles approchant la fin de leur durée de vie pour les transférer à l’Ukraine plutôt que de les détruire — signe que le système d’approvisionnement classique est à la limite de ses capacités.
Le programme PURL lui-même, qui coordonne les achats d’armements américains financés par les alliés européens via un mécanisme OTAN, ne règle pas le problème du plafond de production. Il permet à davantage d’alliés de financer des achats dans une enveloppe commune, mais si Lockheed et Raytheon produisent 600 missiles par an, financer davantage n’en crée pas davantage. La logique industrielle est incontournable : il faut augmenter la capacité de production, et l’Ukraine est le pays qui a le plus d’incitation à produire vite et beaucoup.
Je trouve presque surréaliste qu’il ait fallu quatre ans de guerre, des dizaines de milliers de missiles tirés sur des villes ukrainiennes, et des nuits de blackout totales pour que l’Occident intègre enfin cette arithmétique. Le problème n’a jamais été le manque de volonté ukrainienne. Il n’a jamais été le manque de capacité industrielle ukrainienne. Il a été — et c’est douloureux à écrire — le manque d’imagination stratégique occidentale. On s’accrochait au paradigme du bénéficiaire d’aide alors qu’on avait en face de nous un partenaire industriel de premier plan.
La voix de Zelensky : un combat mené depuis deux administrations
De Biden à Trump : quatre ans de demande sans réponse
Zelensky a été explicite le 19 juin à Kyiv, lors d’une conférence de presse avec le président hondurien Nasry Asfura : « Les licences pour la production de nos missiles sont, pour la première fois, envisagées positivement par le côté américain. Précédemment, j’avais soulevé cette question depuis l’administration du président Biden, mais nous n’avons jamais rien reçu. » Cette déclaration a une densité politique rare. Elle signifie que l’Ukraine demande depuis au moins 2023 ce que les États-Unis refusaient systématiquement. La raison principale : les craintes de prolifération technologique, de fuite d’informations vers des adversaires potentiels, et les intérêts commerciaux des fabricants américains.
Ce que Trump a fait — ou du moins initié — c’est de reconnaître que maintenir le monopole industriel américain sur les intercepteurs les plus critiques de l’OTAN est une vulnérabilité stratégique, pas une protection. Si l’Europe et l’Ukraine ne peuvent pas produire ces systèmes, l’Alliance entière dépend d’une seule chaîne de fabrication américaine que des conflits simultanés dans plusieurs théâtres peuvent rapidement saturer. C’est un raisonnement d’interdépendance, pas de générosité — et c’est justement ce type d’argument qui peut convaincre l’administration Trump.
Zelensky et la dimension stratégique du signal
Sur CBS le 31 mai 2026, Zelensky avait posé la problématique avec clarté : l’Ukraine ne veut pas seulement des missiles — elle veut la capacité de les fabriquer pour aider d’autres pays. Il citait les exemples du Moyen-Orient et de l’Europe qui dépendent tous du même robinet américain. Une Ukraine produisant sous licence des PAC-3 ou des équivalents ne rivaliserait pas avec les États-Unis — elle les prolongerait. Ce positionnement — l’Ukraine comme multiplicateur de force de l’industrie de défense occidentale — est intellectuellement honnête et stratégiquement séduisant.
Zelensky a également soutenu que l’accord de co-développement signé avec l’Allemagne le 18 juin à Bruxelles — pour des systèmes d’interception balistiques nouveaux, développés conjointement — représentait une voie parallèle. Si les licences américaines tardent, l’Ukraine et ses partenaires européens construiront leurs propres systèmes. Ce n’est pas un ultimatum : c’est une démonstration que la souveraineté industrielle ukrainienne avance sur plusieurs fronts à la fois, avec ou sans Washington.
Il y a une phrase de Zelensky que j’ai relue plusieurs fois — « nous n’avons jamais rien reçu » sous Biden. Ce n’est pas une plainte. C’est un fait politique documenté, et il dit quelque chose de désagréable sur la manière dont l’administration Biden, si prompte aux déclarations de soutien inconditionnel, a protégé jusqu’au bout ses prérogatives industrielles sur les technologies militaires les plus sensibles. Trump — le « mal nécessaire » de l’Occident, pour reprendre ma propre formule — est peut-être en train de faire, par calcul transactionnel, ce que Biden refusait par excès de prudence institutionnelle.
Les acteurs industriels : Raytheon, Lockheed Martin et la chaîne de valeur
Les fabricants américains face à la question de la dilution technologique
La résistance à l’octroi de licences de production à l’Ukraine vient en partie des grands contractants américains eux-mêmes. Raytheon Technologies et Lockheed Martin ont des intérêts commerciaux directs dans le maintien de leur monopole sur la production des intercepteurs Patriot. Les licences de production signifieraient, à terme, une réduction de leurs revenus sur ce segment, ou du moins une compétition avec des partenaires qui produiraient à moindre coût. Trump a dit qu’il « prendrait contact » avec les fabricants américains pour les inciter à produire sous licence en Europe et en Ukraine — formulation citée par United24 Media à partir d’un rapport de Bloomberg.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré sur Face the Nation que les États-Unis sont « ouverts à la co-production partout où c’est possible » pour les missiles anti-balistiques Patriot avec les alliés américains. Interrogé spécifiquement sur l’Ukraine, il n’a pas fermé la porte mais a esquivé avec la formule : « En fin de compte, nous avons travaillé avec eux, et l’Ukraine achète des munitions que l’Europe paye. » Ce n’est pas un feu vert, mais ce n’est pas un refus non plus — et dans l’écosystème américain de défense, cette nuance compte.
Le modèle MBDA comme alternative européenne crédible
En parallèle des négociations américaines, l’Europe construit sa propre réponse. MBDA — le principal fabricant de missiles de l’Europe, qui produit notamment le Storm Shadow/SCALP, le CAMM et le Meteor — a signé en juin un mémorandum de partenariat stratégique avec la société ukrainienne Ukrainska Bronetekhnika. L’accord couvre les capacités de frappe en profondeur, les systèmes anti-drones, le partage de technologie et les programmes de production conjointe. MBDA a explicitement déclaré vouloir « soutenir le développement de l’industrie de défense ukrainienne et renforcer ses capacités de production autonomes. »
Ce modèle — fabricant européen établi + entreprise ukrainienne + accord de co-production — est la forme concrète que prend la souveraineté industrielle ukrainienne dans l’immédiat. Il contourne les verrous américains sur les technologies PAC-3. Il crée des précédents et des compétences. Et il inscrit l’Ukraine dans la supply chain de défense européenne d’une manière durable, bien au-delà de la durée du conflit actuel.
Je suis frappé par la cohérence de la stratégie ukrainienne sur ce dossier. Zelensky pousse simultanément sur le front américain (licences PAC-3), sur le front bilatéral européen (accord Allemagne-Ukraine sur les balistiques), et sur le front industriel (MBDA, Brave France, partenariat avec des dizaines d’entreprises). C’est une stratégie de diversification des dépendances — exactement ce qu’un pays sous menace existentielle doit faire. Et pendant ce temps, la Russie continue de dépendre des missiles nord-coréens et des drones iraniens. L’asymétrie de la base industrielle est en train de basculer.
La Brave France et l'écosystème multi-alliés
20 millions d’euros pour les missiles, drones et systèmes anti-aériens franco-ukrainiens
Au moment même où le G7 débattait de licences à Évian, une autre brique tombait en place en marge du salon Eurosatory 2026 à Paris. L’initiative Brave France — 20 millions d’euros financés à égalité par l’Agence d’Innovation de Défense française (AID) et la plateforme ukrainienne Brave1 — a été lancée pour financer le développement conjoint de missiles, de systèmes sans pilote et de technologies anti-aériennes, selon le Kyiv Independent. Le premier appel à candidatures pour des subventions est prévu en septembre 2026.
Cette initiative s’inscrit dans un écosystème florissant de partenariats de co-production qui émergent dans toute l’Alliance. Le Royaume-Uni a annoncé le 18 juin un paquet de 752 millions de livres sterling financé par le prêt ERA (Extraordinary Revenue Acceleration), incluant 150 000 drones produits en Ukraine et plus de 350 missiles de défense aérienne. La logique est claire : financer la production ukrainienne, pas seulement l’expédier vers l’Ukraine. C’est différent — et c’est précisément la direction vers laquelle la nouvelle architecture de défense alliée est en train d’évoluer.
La Norvège, l’Australie, les Baltes : le cercle des contributeurs s’élargit
Au Ramstein du 18 juin, le cercle des pays engagés dans le PURL s’est élargi de manière significative. La Norvège a pledgé 190 millions de dollars pour des munitions à longue portée et a lancé une initiative de production conjointe de drones avec des entreprises ukrainiennes. L’Australie — à 15 000 kilomètres du conflit — a annoncé 100 millions de dollars supplémentaires. Les Baltes et l’Islande rejoignent le programme. Zelensky a également annoncé que les partenaires s’engagent à contribuer environ un milliard de dollars à la production ukrainienne de drones et missiles — distinguant bien ce financement de la production domestique des livraisons d’équipements étrangers.
Ce dernier point mérite d’être souligné : un milliard de dollars pour produire en Ukraine. Ce n’est pas de l’aide humanitaire. Ce n’est pas de la livraison d’équipements. C’est de l’investissement dans la base industrielle de défense ukrainienne — un investissement qui a une valeur économique et stratégique bien au-delà de la durée du conflit. L’Ukraine d’après-guerre émergera avec une industrie de défense parmi les plus compétentes d’Europe. C’est un effet secondaire de la guerre que personne n’avait anticipé.
Je me prends à penser à ce que sera l’industrie de défense ukrainienne dans dix ans. Un pays qui aura produit des centaines de milliers de drones, qui aura co-développé des intercepteurs balistiques avec l’Allemagne, qui aura des partenariats avec MBDA, avec la France, avec la Norvège — ce pays sera une puissance industrielle militaire de premier plan en Europe centrale. La guerre a détruit des villes, mais elle a aussi forgé une compétence industrielle que l’Ukraine n’aurait peut-être jamais développée en temps de paix. C’est terrible et vrai en même temps.
La Russie face à la montée en puissance industrielle ukrainienne
Moscou sous pression sur le front de la production
Du côté russe, la réponse au défi de la souveraineté industrielle ukrainienne passe par l’accélération et la diversification de sa propre production — avec l’aide de partenaires peu scrupuleux. La Russie dépend désormais massivement des missiles balistiques nord-coréens KN-23 et KN-25, des drones Shahed iraniens améliorés, et d’une chaîne d’approvisionnement sous contournement de sanctions. Euromaidan Press note que Moscou a mis en service des Geran-4 — drones jets conçus pour être plus rapides que les intercepteurs bon marché déployés contre les attaques en masse.
Cette course entre les capacités offensives russes et les capacités défensives ukrainiennes est au cœur de l’enjeu stratégique des licences de production. Si l’Ukraine peut produire en masse des intercepteurs capables de neutraliser les missiles balistiques russes, elle change fondamentalement l’équation tactique du conflit. La pression sur les infrastructures civiles ukrainiennes — centrales électriques, réseaux d’eau, hôpitaux — est la stratégie d’attrition russe par excellence. La neutraliser par une production industrielle suffisante serait une victoire stratégique majeure, bien plus significative que n’importe quelle avancée territoriale.
Les sanctions sur le secteur énergétique russe : la pression parallèle
En marge des décisions sur les licences de production, le G7 a également confirmé son engagement à intensifier les sanctions sur les principales sources de revenus du Kremlin, notamment le secteur pétrolier et gazier. La flotte fantôme russe — ces pétroliers qui contournent les embargos — est dans le viseur. Ces sanctions sont le levier financier qui affecte directement la capacité de Moscou à financer sa machine de guerre. Priver la Russie de revenus énergétiques tout en équipant l’Ukraine de capacités de production autonome : c’est la double mâchoire de la stratégie alliée qui commence à prendre forme en juin 2026.
Trump, lors de sa conférence de presse finale à Évian, a qualifié la Russie de partie « offensive » dans ce conflit et noté qu’elle subissait les pertes humaines les plus lourdes. C’est un glissement sémantique important venant d’un président américain qui, quelques mois plus tôt, semblait prêt à ménager Poutine. L’élan du G7 d’Évian traduit une convergence rare entre les positions des alliés européens et celle de Washington — une convergence fragile, sans doute, mais réelle le temps d’une semaine diplomatique historique.
La Russie joue sur le temps long. Elle compte sur la fatigue des démocraties, sur les querelles internes des alliances, sur la volatilité trumpienne. Ce que je perçois dans les décisions du 17-18 juin, c’est une réponse à ce pari russe : l’Occident est en train de construire une architecture de soutien à l’Ukraine qui dépasse les décisions individuelles de chaque gouvernement et qui s’ancre dans la structure industrielle. C’est moins fragile que la politique. C’est moins réversible que les promesses. Et c’est exactement ce que Moscou ne voulait pas voir se construire.
Le précédent du nucléaire civil et la question de la prolifération
Les risques de transfert technologique : un obstacle réel, pas imaginaire
La principale résistance américaine à l’octroi de licences de production n’est pas uniquement commerciale. Elle est aussi stratégique : la crainte que des technologies militaires de pointe — notamment les guidages de précision des intercepteurs Patriot — ne se retrouvent dans des mains non souhaitées en cas de capture, de défection ou de compromission des chaînes de production ukrainiennes. Ce n’est pas une crainte théorique. La guerre produit des situations imprévues, et les garanties de sécurité industrielle sur le territoire d’un pays en guerre sont forcément moins robustes qu’en temps de paix.
Mais l’argument de la prolifération se retourne sur lui-même si on pousse la logique jusqu’au bout. La Russie a déjà capturé du matériel Patriot en quantité suffisante pour l’analyser techniquement. La Corée du Nord, l’Iran et d’autres acteurs hostiles étudient depuis des années les débris des missiles alliés récupérés sur les théâtres de conflits. Le secret absolu est une illusion. Ce qui compte, c’est le rapport entre les bénéfices — une Ukraine capable de se défendre — et les risques — une diffusion technologique limitée à des acteurs qui connaissent déjà une grande partie de l’information.
Les protocoles de licence comme rempart
Les licences de production ne signifient pas un transfert total et non encadré de technologie. Un accord de licence peut définir précisément quels composants sont produits localement, quels éléments sensibles restent fabriqués exclusivement aux États-Unis, et quels protocoles de sécurité s’appliquent. L’accord partiel de l’Allemagne pour la production de composants Patriot est l’exemple d’une telle structuration graduée. Zelenskyy lui-même, dans ses prises de position publiques, a toujours présenté la demande dans ce cadre : non pas un transfert total, mais une extension raisonnée des capacités de production à des partenaires de confiance.
Un modèle intermédiaire émerge d’ailleurs dans les discussions : production sous licence d’assemblage final en Ukraine, avec des sous-systèmes sensibles (guidage, têtes chercheuses) produits en dehors du territoire ukrainien. Ce modèle hybrid permettrait de multiplier la cadence de production sans exposer les technologies les plus critiques. C’est vraisemblablement la direction vers laquelle les consultations évoquées par Zelensky entre Raytheon, le Pentagone et l’administration Trump sont en train de s’orienter.
Sur le dossier de la prolifération, je dois reconnaître une vulnérabilité dans mon propre raisonnement. Je suis convaincu que les licences sont nécessaires, mais je ne suis pas suffisamment technicien en matière de contrôle des exportations d’armements pour évaluer précisément les risques de chaque composant. Ce que je sais, c’est que le statu quo — Ukraine sans capacité de production propre, dépendante de stocks qui s’épuisent — est lui aussi un risque existentiel. Le vrai débat n’est pas « licences ou sécurité » : c’est « quel modèle de licence minimise les risques tout en maximisant l’impact défensif ». Et ce débat, il semble enfin avoir lieu sérieusement à Washington.
La vision à long terme : l'Ukraine dans l'architecture de défense de l'OTAN
Un partenaire industriel, pas seulement un bénéficiaire
La question des licences de production dépasse largement le cadre du conflit actuel. Elle soulève une question fondamentale pour l’architecture de sécurité européenne des décennies à venir : quelle place l’Ukraine occupera-t-elle dans la chaîne industrielle de défense de l’Alliance ? Membre de l’OTAN ou pas — et ce débat reste ouvert —, l’Ukraine aura un rôle à jouer dans la résilience industrielle collective de l’Occident. Un pays qui a développé en temps de guerre une expertise sans équivalent dans les drones, les systèmes électroniques de guerre, et bientôt peut-être les intercepteurs de missiles balistiques est un actif stratégique de premier plan.
Zelensky l’a formulé lors de sa demande de licence : l’Ukraine ne veut pas seulement des missiles pour se défendre. Elle veut « aider l’Ukraine, aider les pays du Moyen-Orient, aider les pays d’Europe ». Cette vision — l’Ukraine comme hub de production de défense exportateur — est audacieuse, mais pas irréaliste. Le rapport coût-compétence des entreprises ukrainiennes, forgé par quatre ans de guerre, les positionne favorablement face à des équipementiers européens aux coûts de production beaucoup plus élevés.
Les accessions à l’UE et l’intégration industrielle
La même semaine où s’ouvraient les négociations G7 sur les licences, l’Union Européenne lançait formellement les négociations d’adhésion avec l’Ukraine, en commençant par les chapitres « justice, liberté et droits fondamentaux ». Ce n’est pas une coïncidence calendaire : l’intégration européenne de l’Ukraine et son intégration dans l’industrie de défense occidentale sont les deux faces d’un même processus historique. Une Ukraine membre ou candidate avancée de l’UE sera traitée différemment en matière de transferts technologiques qu’une Ukraine à la périphérie des alliances.
L’intégration progressive de l’Ukraine dans les structures réglementaires et industrielles européennes — normes de passation de marchés, règles de sécurité des exportations, accès aux fonds de défense communs — crée le cadre légal et institutionnel dans lequel les licences de production deviennent non seulement possibles mais naturelles. La trajectoire d’Évian et de Bruxelles converge vers un même point : l’Ukraine comme acteur à part entière de la défense de l’Occident.
Je pense souvent à la manière dont les historiens liront cette semaine dans vingt ans. Ils verront peut-être le G7 d’Évian et le Ramstein du 18 juin comme le moment où l’Occident a enfin traité l’Ukraine comme un partenaire et non comme un protégé. Ou ils verront peut-être la même chose que maintenant : une série de promesses prudentes qui prendront des années à se matérialiser. La différence entre ces deux lectures dépend de ce qui se passe dans les prochains mois à Washington, Berlin et Kyiv. Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression que les ingrédients d’un vrai changement sont réunis.
Les obstacles qui restent : de la promesse à la production
La distance entre « prêts à envisager » et une licence signée
Euromaidan Press l’a dit sans détour : « Prêts à envisager » n’est pas une licence, et le texte commun ne nomme aucun système, aucun calendrier, aucun fabricant. » La distance entre la déclaration politique et la décision opérationnelle reste considérable. Les États-Unis doivent engager Raytheon et Lockheed Martin dans des négociations sur la portée exacte des licences. Ils doivent satisfaire aux exigences légales de l’International Traffic in Arms Regulations (ITAR), le régime américain de contrôle des exportations d’armements, qui est extrêmement restrictif sur les technologies de missiles de précision. Ils doivent s’assurer que les protocoles de sécurité ukrainiens sont jugés suffisants.
Un haut fonctionnaire européen anonyme a bien résumé la situation au Kyiv Independent : « Les États-Unis ont dit qu’ils y réfléchiraient, mais aucune décision n’a été prise. » Trump lui-même, en bon négociateur, a soufflé le chaud et le froid — positif avec Zelensky, vague avec les journalistes. L’optimisme de Zelensky est réel et justifié par les signaux reçus, mais il reste conditionnel. L’histoire des demandes ukrainiennes non satisfaites est trop longue pour que la prudence ne soit pas de mise.
Le calendrier : entre urgence opérationnelle et lenteur institutionnelle
Zelensky a fixé un horizon concret lors de sa déclaration post-Ramstein du 18 juin : il espère des progrès tangibles en matière de co-production anti-balistique d’ici la fin de 2026, avec des résultats concrets pour l’hiver. Ce calendrier est ambitieux. Les processus d’obtention de licences ITAR, les due diligences de sécurité, les négociations contractuelles avec les fabricants — tout cela prend normalement des années, pas des mois. La guerre a comprimé ces délais dans d’autres domaines — la fourniture de chars Leopard, de missiles Storm Shadow, d’avions F-16 s’est faite en temps record par rapport aux standards habituels. Mais les licences de production de missiles de précision constituent un seuil de sensibilité technologique encore supérieur.
L’accord Ukraine-Allemagne sur les intercepteurs balistiques, lui, a un avantage : il ne dépend pas du processus ITAR américain pour les systèmes nouveaux développés conjointement. Si des entreprises ukrainiennes et allemandes co-développent un système d’interception balistique qui n’est pas un Patriot mais qui remplit la même fonction, l’obstacle réglementaire américain disparaît. C’est peut-être la voie la plus rapide vers la souveraineté industrielle ukrainienne dans ce domaine — et c’est probablement pourquoi Zelensky a qualifié cet accord d' »événement très important » le soir même de sa signature.
La tension entre l’urgence de la guerre et la lenteur des processus institutionnels est la contradiction centrale de toute l’assistance à l’Ukraine depuis 2022. L’Occident fonctionne sur des cycles bureaucratiques de paix. La guerre, elle, n’attend pas les rapports d’évaluation et les révisions légales. Ce que j’espère — et c’est un espoir, pas une certitude — c’est que la voie bilatérale Ukraine-Allemagne sera assez rapide pour combler le vide pendant que les négociations américaines sur les licences PAC-3 suivent leur rythme propre. Les deux pistes sont nécessaires. Aucune n’est suffisante seule.
La dimension chinoise : Pékin observe et calcule
Ce que la souveraineté industrielle ukrainienne signifie pour l’axe sino-russe
Toute analyse de la souveraineté industrielle ukrainienne serait incomplète sans mentionner ce que cela implique pour Pékin et l’axe autoritaire qu’il soutient discrètement. La Chine est le principal partenaire commercial de la Russie, le fournisseur de composants électroniques qui maintiennent la production de missiles et de drones russes, et l’observateur le plus attentif de l’expérience ukrainienne comme laboratoire de la guerre moderne. Une Ukraine qui parvient à développer une production autonome d’intercepteurs balistiques de haute précision change les paramètres de tout calcul militaire futur impliquant Taiwan ou la mer de Chine méridionale.
Car si l’Occident peut transférer des licences de production de systèmes de défense aérienne avancés à un partenaire non-membre de l’OTAN sous menace existentielle, le même modèle est potentiellement reproductible avec Taiwan, Singapour, la Corée du Sud ou le Japon. Pékin regarde Évian et Bruxelles non pas comme le règlement d’un conflit régional, mais comme la mise en place d’une nouvelle doctrine occidentale de partage de la puissance militaire industrielle. Et cette doctrine l’inquiète bien davantage que le résultat territorial du conflit ukrainien.
L’axe Moscou-Téhéran-Pyongyang face à la base industrielle occidentale élargie
La Russie obtient des drones Shahed d’Iran, des missiles KN de Corée du Nord, des composants électroniques de Chine. En réponse, l’Occident étend sa propre base industrielle de défense à l’Ukraine, intègre Kyiv dans ses chaînes de production, finance un écosystème industriel civilo-militaire ukrainien. Ce n’est pas seulement une réponse à la guerre actuelle — c’est la construction d’une architecture de défense collective pour les décennies à venir. Le partenariat militaro-industriel entre Téhéran, Pyongyang et Moscou face au réseau Ukraine-OTAN-UE : l’issue de cette compétition industrielle déterminera qui tient l’avantage stratégique en 2030 et au-delà.
L’Occident doit rester le centre de gravité de l’ordre mondial. Cela ne se décrète pas dans des communiqués — cela se construit dans les usines, dans les laboratoires de R&D, dans les accords de co-production et dans les décisions courageuses de partage technologique. Les décisions du 17 et 18 juin 2026 sont, à leur modeste échelle, des briques dans cette construction. Insuffisantes seules. Mais indispensables.
Je suis profondément convaincu que la vraie guerre de notre époque est une guerre industrielle et technologique. Poutine le sait. Xi Jinping le sait. Khamenei le sait. La question est de savoir si les démocraties ont enfin compris qu’elles ne peuvent pas continuer à gagner cette guerre en sous-traitant leur sécurité à une poignée d’acteurs américains et en espérant que les lignes de production suffisent. L’élargissement de la base industrielle de défense à l’Ukraine est, je crois, une nécessité stratégique de premier ordre pour l’Occident — pas un luxe, pas une générosité, mais une condition de survie collective.
Conclusion : Évian a planté une graine — reste à l'arroser
Ce qui a changé le 18 juin 2026
Le 18 juin 2026 restera une date dans l’histoire de la relation entre l’Ukraine et ses alliés. Pour la première fois, la question des licences de production de missiles de défense aérienne a été traitée comme une priorité collective, pas comme une demande ukrainienne gênante à différer. Le G7 a engagé un processus — imparfait, conditionnel, non contraignant dans sa formulation actuelle — mais réel. L’Allemagne a signé un accord de co-développement bilatéral. Le Ramstein a mobilisé plus d’un milliard pour le PURL. Trump a réagi positivement à la demande de Zelensky. Et Zelensky lui-même a confirmé ce que personne n’avait confirmé sous Biden : les États-Unis envisagent la question favorablement pour la première fois.
La souveraineté industrielle militaire de l’Ukraine n’est plus une aspiration lointaine. Elle est en cours de construction, brique par brique, accord par accord, milliard après milliard. Ce que le 18 juin a fait, c’est légitimer cette construction aux plus hauts niveaux de l’Alliance. La graine est plantée. Le travail des prochains mois — consultations avec Raytheon, négociations ITAR, développement conjoint franco-ukrainien, germano-ukrainien, norvégo-ukrainien — déterminera si elle pousse en un arbre solide ou reste dans le sol des bonnes intentions.
L’Ukraine comme architecte de sa propre sécurité
Ce qui est fondamentalement en jeu dans le dossier des licences de production, c’est la question de savoir si l’Ukraine sera traitée comme un sujet ou comme un acteur de sa propre sécurité. Quatre ans de guerre ont tranché cette question dans les faits : l’Ukraine est un acteur de premier plan, avec des capacités militaires, technologiques et industrielles que ses alliés eux-mêmes reconnaissent. Les accords de co-développement avec l’Allemagne, les partenariats avec MBDA, les programmes Brave France et Brave1 — tout cela témoigne d’une reconnaissance croissante que Kyiv apporte quelque chose à la table, pas seulement une liste de besoins.
L’Ukraine qui émergera de ce conflit — avec ou sans cessez-le-feu à court terme — sera un pays industriellement transformé par la guerre. La question est de savoir si l’Occident aura eu la vision et le courage d’intégrer cette Ukraine transformée dans son propre tissu industriel de défense pendant que le conflit durait — ou s’il attendra la paix pour réaliser qu’il a laissé passer une fenêtre historique. Évian et Bruxelles, en juin 2026, ont dit quelque chose d’important : la fenêtre est ouverte. À l’Occident de ne pas la laisser se refermer.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Ukrainska Pravda — Zelenskyy : US positive about missile licence issue for first time — 19 juin 2026
Sources secondaires
EA WorldView — Ukraine War, Day 1574 : Negotiations Begin On Kyiv’s Accession to EU — 16 juin 2026
Militarnyi — Germany to Allocate $400 Million for Anti-Aircraft Missiles for Ukraine — 18 juin 2026
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