La doctrine de l’unilatéralisme américain face à Pékin
Le positionnement de l’administration Trump au G7 d’Évian n’est pas une improvisation. C’est une doctrine. Un haut responsable de l’administration l’a dit sans détour aux journalistes le samedi précédant le sommet, selon Politico : «The United States is not waiting for the world to hold hands and find a coordinated way to address [China’s behavior]. We’re taking action now through a variety of measures». Le message est clair : Washington préfère agir seul plutôt que d’attendre que ses alliés s’alignent.
Cette posture a une logique interne. Les tarifs douaniers de Trump ont effectivement réduit les exportations chinoises vers les États-Unis de 37 % entre janvier et avril 2026, par rapport à la même période de 2025, selon le Département du Commerce américain cité par le San Francisco Chronicle. L’administration peut donc se targuer de résultats concrets. Le problème, c’est que ces produits chinois ne disparaissent pas — ils se redirigent massivement vers l’Europe et le reste de l’Asie. Washington protège son marché, mais inonde celui de ses alliés.
Le rêve G2 : quand Trump pense en binôme avec Xi
La manifestation la plus inquiétante de cette doctrine unilatéraliste est sans doute ce que Politico appelle les «G2 ambitions» de Trump. Lors d’un récent sommet bilatéral avec Xi Jinping à Pékin, le président américain a lui-même qualifié la rencontre de «G2». Il a déclaré aux journalistes : «This is the G2», comparant leur duo à une variante du G7. Depuis, il a évoqué l’idée à nouveau, laissant entrevoir la possibilité de remplacer le format des sept grandes démocraties par un face-à-face Washington-Pékin.
Et comme pour confirmer cette logique bilatérale, Trump et Xi Jinping ont déjà programmé un nouveau sommet à Washington en septembre 2026. Pendant ce temps, un mécanisme appelé «U.S.-China Board of Trade» a été lancé pour développer les échanges commerciaux et réduire les tarifs sur des secteurs stratégiques. L’administration Trump préserve une «trêve commerciale fragile» avec Pékin dont l’expiration est prévue en novembre 2026. Le G7 ne figure pas dans cette équation.
Quand Trump dit «G2», je comprends une chose très précise : il croit encore pouvoir dompter la Chine par le deal individuel, par la poignée de main, par la relation personnelle avec Xi. C’est exactement ce que Pékin veut le voir croire. La Chine a une patience millénaire. Elle peut attendre que Trump signe un accord partiel, encaisser les concessions, et continuer son expansion économique planétaire pendant que l’Occident se querelle sur la méthode.
Macron face à l'ingratitude de ses alliés
L’initiative française : ambitieuse, solitaire, partiellement vaine
Il faut rendre justice à Emmanuel Macron. Le président français a déployé une énergie diplomatique considérable pour faire du G7 d’Évian un moment de bascule sur la question chinoise. Il a organisé le 11 juin 2026 un appel vidéo qualifié d’«inédit» — le premier contact collectif du G7 avec la Chine depuis plus de vingt ans — en présence du vice-premier ministre chinois Zhang Guoqing. Il a tenté de cadrer la discussion non pas comme une offensive anti-Chine, mais comme un travail sur les «déséquilibres macroéconomiques mondiaux», évitant soigneusement de nommer Pékin directement dans le communiqué final.
Résultat ? L’Élysée a présenté cet appel comme un succès. Les économistes, eux, ont été moins enthousiastes. Agathe Demarais, de l’European Council on Foreign Relations, a noté que la Chine n’avait aucun intérêt à changer son modèle économique pour plaire à la présidence française. Signe révélateur : Beijing avait envoyé un vice-premier ministre, et non Xi en personne — un signal diplomatique parfaitement codifié indiquant le degré de sérieux accordé à l’initiative. La formule de Macron sur les «imbalances» est habile politiquement, mais elle laisse la Chine entière dans son confort.
La solitude européenne dans un G7 désarticulé
Les 27 États membres de l’UE sont unanimes sur un diagnostic : le niveau actuel des déséquilibres commerciaux avec la Chine n’est plus «politically sustainable», comme l’a déclaré la Commission européenne fin mai 2026. Mais l’unanimité du diagnostic ne génère pas l’unanimité de l’action. Selon Euronews, des États comme la France, la Pologne, la Belgique ou la Suède sont favorables à une posture plus assertive, tandis que l’Allemagne, l’Espagne et la Grèce redoutent des représailles dévastatrices de Pékin. Et les importations chinoises vers l’UE ont augmenté de 45 % sur les cinq dernières années.
Le résultat du Conseil européen des 18-19 juin 2026, documenté par Simon Gros, est édifiant : les dirigeants ont mandaté la Commission pour développer et «eventually complement the toolbox in the area of trade defence and industrial policy», selon les conclusions officielles. Pas de tarifs nommément décidés. Pas de mesures concrètes immédiates. Un cadre de «de-risking, not decoupling» — une formule prudente qui dit à la fois tout et rien. L’Europe veut frapper mais sans oser lever le poing.
Je comprends la prudence européenne. Une confrontation commerciale tous azimuts avec la Chine pourrait provoquer des représailles dont les économies les plus exposées — l’Allemagne en tête — n’ont pas les moyens d’absorber le choc. Mais je refuse de valider la timidité comme stratégie. La Chine n’a jamais reculé devant un interlocuteur qu’elle savait divisé. C’est le b.a.-ba de l’art de la guerre de Sun Tzu, et elle le pratique mieux que quiconque.
Le «China Shock 2.0» : une menace industrielle concrète
Le déversement de produits subventionnés et ses conséquences
Derrière les formules diplomatiques se cache une réalité économique brutale que le San Francisco Chronicle appelle le «China Shock 2.0». Dans les années 2000, l’entrée de la Chine dans le commerce mondial avait effacé des centaines de milliers d’emplois industriels dans le heartland américain et contribué à l’ascension politique de Donald Trump. Vingt ans plus tard, l’histoire se rejoue — mais cette fois en Europe. Les tarifs américains ont repoussé les exportations chinoises vers des marchés plus ouverts, notamment européens, créant ce que le San Francisco Chronicle décrit comme «a European sequel to the China Shock».
Les chiffres sont vertigineux. La Chine a affiché en 2025 un excédent commercial mondial record de 1 200 milliards de dollars, malgré toutes les sanctions et les tarifs occidentaux. Ses exportations de véhicules électriques, de panneaux solaires, de batteries, de machines-outils inondent les marchés européens à des prix que nul industriel occidental ne peut concurrencer à armes égales. L’UE impose déjà des tarifs allant jusqu’à 35 % sur les véhicules électriques chinois, mais ces mesures restent insuffisantes pour endiguer le flot. Les secteurs pharmaceutique, chimique et automobile européens sont sous pression directe.
Minéraux critiques : l’autre front de la dépendance
La question des minéraux critiques ajoute une dimension existentielle à ce tableau. La Chine contrôle l’essentiel des chaînes d’approvisionnement mondiales en métaux rares et matériaux critiques indispensables à l’industrie de défense, à la technologie et à l’énergie verte. La démonstration a été cinglante : selon Politico, après la posture assertive de la nouvelle Première ministre japonaise sur Taïwan, Pékin a restreint les exportations de terres rares vers le Japon pendant plus de quatre mois, menaçant directement la production automobile et de smartphones nippone. C’est une arme économique que la Chine sait utiliser avec une précision chirurgicale.
C’est précisément pour cette raison que le G7 d’Évian a consacré une session entière à la question des minéraux critiques, avec l’objectif de diversifier les chaînes d’approvisionnement hors de Chine. Les dirigeants ont convenu d’une coordination renforcée, de stockages coordonnés et d’une nouvelle plateforme élargie autour de l’Agence internationale de l’énergie. Mais comme le note le rapport de l’US News : il s’agit de «premiers pas». Des premiers pas au bord d’un précipice.
Les minéraux critiques, c’est la prochaine frontière de la guerre économique. Et là, l’Occident est en position de vulnérabilité absolue. L’épisode japonais devrait être une alarme existentielle pour chaque capitale du G7. Au lieu de ça, on entend parler de «plateformes» et de «premières étapes». Pendant ce temps, la Chine maîtrise 90 % de certains segments de cette chaîne. Si cela ne provoque pas une urgence de réindustrialisation coordonnée, rien ne le fera.
La Chine arme la Russie : ce que l'UE a maintenant prouvé
L’entraînement militaire : une ligne franchie
Le 15 juin 2026, à Luxembourg, la Haute Représentante de l’UE Kaja Kallas a prononcé des mots que ses prédécesseurs n’avaient jamais osé formuler aussi clairement : «We have also now verified reports that the Chinese military has been training Russian military personnel to fight in Ukraine». L’UE dit avoir vérifié ce que Reuters avait révélé en mai : l’armée chinoise aurait secrètement entraîné environ 200 militaires russes en Chine fin 2025, dans le cadre d’un accord signé par des officiers supérieurs des deux pays à Pékin en juillet 2025, les sessions se concentrant sur l’utilisation de drones. Une partie de ces soldats seraient ensuite retournés combattre en Ukraine.
Pékin a nié catégoriquement. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a qualifié ces affirmations de «pure slander and smearing». Mais la portée politique de la déclaration de Kallas est considérable : pour la première fois, l’Union européenne affirme officiellement, avec preuves à l’appui selon son propre constat, que la Chine n’est pas neutre dans le conflit ukrainien. Elle est, d’une certaine façon, cobelligérante. Non pas avec des troupes au sol, mais avec une formation militaire directe qui fait la différence sur le champ de bataille.
Les sanctions contre les firmes chinoises : un signal fort mais insuffisant
Dans la même journée du 15 juin 2026, l’UE a ajouté à sa liste de sanctions plusieurs entités chinoises dans le cadre d’un «mini-paquet» de mesures restrictives. Shenzhen Minghuaxin a été sanctionnée pour avoir fourni des composants de drones à l’armée russe. Xinxiang Richful Lubricant Additive Company a été visée pour la livraison d’additifs chimiques pour lubrifiants mécaniques destinés aux forces armées russes. Deux entreprises de Hong Kong — Glory Shipping HK et Nord Axis — ont été ciblées pour avoir facilité l’exportation du pétrole russe, contribuant au maintien des revenus énergétiques de Moscou.
Ces sanctions sont symboliquement importantes. Elles marquent un élargissement du front des mesures coercitives européennes vers des entreprises chinoises — ce que le rapport Bird & Bird qualifie de «widening front». Mais l’envoyé aux sanctions de l’UE, David O’Sullivan, a été particulièrement lucide dans une interview à Euronews début juin : la Chine reste un «very big problem» car elle maîtrise l’art du «backfilling» — remplacer les fournisseurs sanctionnés par de nouveaux circuits aussi vite que l’UE les désigne. La course n’est pas encore gagnée.
La déclaration de Kallas sur l’entraînement militaire chinois est, à mes yeux, l’information la plus grave de cette semaine — et pourtant elle a été noyée dans le bruit du sommet iranien. La Chine entraîne des soldats russes qui vont tuer des Ukrainiens. C’est une ligne rouge que Pékin a franchie, et l’Occident devrait la traiter avec la même gravité que n’importe quelle autre ingérence militaire. Si nous ne le faisons pas, c’est que nous n’avons pas encore compris à quoi nous avons affaire.
Le Conseil européen des 18-19 juin : avancée ou retraite tactique ?
Un mandat ambigu pour une Commission sous pression
Le Conseil européen qui a suivi directement le G7 a donné à Ursula von der Leyen un mandat pour développer de nouveaux outils commerciaux face à la Chine. Selon Euronews, les 27 dirigeants ont unanimement reconnu la menace économique posée par la politique commerciale de Pékin et ont demandé à la Commission de travailler sur deux axes : un dialogue constructif avec les partenaires économiques majeurs, et le développement «d’un outillage en matière de défense commerciale et de politique industrielle». Von der Leyen avait résumé la situation en mai : la relation commerciale avec la Chine était désormais «unsustainable».
Parmi les outils discutés figure un instrument de diversification inédit, qui obligerait les entreprises dans des secteurs vulnérables à s’approvisionner auprès d’au moins trois fournisseurs internationaux différents, afin qu’aucun pays unique — sous-entendu la Chine — ne détienne l’intégralité de la chaîne. C’est une idée ambitieuse qui, si elle était adoptée, restructurerait en profondeur les stratégies d’approvisionnement industriel européen. Mais comme le note Mila Sourcing après le sommet : les conclusions formelles ne mentionnaient pas la Chine par son nom. L’art du compromis diplomatique à son comble.
Les lignes de fracture au sein des 27
Le Conseil européen a également décidé de prolonger les sanctions économiques contre la Russie pour douze mois — contre six habituellement —, une décision historique qui crée une prévisibilité accrue pour l’Ukraine à un moment où Kyiv engrange des avancées sur le terrain. Mais sur la Chine, les fractures demeurent. L’Allemagne, l’Espagne et la Grèce freinent encore. Berlin craint une dévastation économique si Pékin décidait de représailles sectorielles ciblées sur l’automobile ou la chimie allemandes. Pour ces capitales, le mot d’ordre reste : dialoguer d’abord, agir si nécessaire.
Selon le site Brussels Signal, les dirigeants européens ont finalement «stopped short of concrete action» face à la Chine. La Commission a bien reçu le feu vert pour construire des outils — et elle a une échéance de septembre 2026 pour présenter de nouvelles mesures de protection commerciale selon son calendrier interne. Mais pour l’heure, aucun tarif n’a été décidé, aucun mécanisme de rétorsion n’est en place. L’Europe dispose d’une boîte à outils, pour paraphraser von der Leyen, mais elle hésite encore à l’ouvrir.
Je veux être honnête : je ne sais pas si l’approche de la Commission est une erreur stratégique ou une prudence justifiée. Ce que je sais, c’est que le temps joue pour la Chine. Chaque mois de dialogue supplémentaire, chaque sommet qui se conclut par un mandat plutôt que par une mesure, c’est une opportunité de plus pour Pékin de consolider ses positions. Il y a un moment où la prudence devient de la complicité involontaire avec la puissance que l’on prétend contenir.
Le G7 face à ses contradictions : Iran, Ukraine, Chine
La dynamique iranienne a tout absorbé
L’une des explications profondes de la marginalisation de la question chinoise au G7 d’Évian réside dans le dossier iranien. Trump est arrivé au sommet auréolé d’un accord de cessez-le-feu avec Téhéran annoncé le dimanche précédant l’ouverture, et la dynamique de tout le sommet a été capturée par ce sujet. Les alliés européens — Macron, Merz, Starmer, Meloni — avaient pourtant critiqué l’intervention unilatérale américaine contre l’Iran. Mais face au fait accompli d’un accord partiel, ils ont choisi de saluer «le leadership fort du président Trump» dans la déclaration finale, selon l’Élysée.
Le résultat, selon le ICAS, est sans ambiguité : le G7 a peu parlé de Chine. L’Iran et l’Ukraine ont dominé les discussions. Trump a même remercié publiquement Xi Jinping et Vladimir Poutine pour leur neutralité dans le conflit avec l’Iran — une formule explosive qui contredisait directement le message de fermeté collective que le G7 tentait d’afficher face à Pékin. «I just want to thank them, because they made it a lot better», a déclaré Trump en référence à Xi et Poutine, selon PBS.
L’unité du G7 sur l’Ukraine : une lumière dans la fracture
Il convient de noter — l’honnêteté intellectuelle l’exige — que le G7 a tout de même affiché une unité remarquable sur l’Ukraine. Les sept dirigeants, Trump inclus, ont joint leur voix pour apporter un «soutien indéfectible» à Kyiv et ont convenu d’augmenter la pression sur Moscou par des sanctions supplémentaires. Volodymyr Zelensky, présent à Évian, a déclaré que les dirigeants du G7 avaient convenu que la Russie n’était pas en train de gagner la guerre — et des mesures de pression renforcée sur l’économie de guerre russe ont été discutées.
Trump a même envisagé de réimposer les sanctions sur le pétrole russe, indiquant que grâce à l’accord iranien, «oil is now flowing» — du pétrole iranien qui pourrait remplacer partiellement le pétrole russe et permettre un resserrement des étaux sur Moscou. Le soutien occidental à Zelensky reste un pilier. Mais la posture sur la Chine demeure, elle, profondément désarticulée. Et c’est précisément cette désarticulation que Pékin exploite.
L’unité sur l’Ukraine me réconforte. Elle prouve que l’Occident peut encore parler d’une seule voix quand il s’en donne les moyens. Zelensky mérite ce soutien — il se bat depuis plus de quatre ans contre une agression que beaucoup avaient prédit qu’il ne survivrait pas. Mais cette unité sur l’Ukraine ne doit pas devenir un alibi pour l’impuissance sur la Chine. Les deux fronts sont liés. La Chine arme la Russie. On ne peut pas soutenir Kyiv d’une main et laisser Pékin soutenir Moscou de l’autre sans payer un prix stratégique lourd.
La stratégie de Pékin : diviser pour régner, lentement mais sûrement
L’exploitation de la désunion occidentale comme doctrine d’État
La stratégie de la Chine face au G7 est d’une cohérence redoutable. Pékin n’a pas cherché à empêcher le sommet d’Évian. Elle n’a pas cherché à le boycotter bruyamment. Elle a accepté de participer à l’appel vidéo de Macron le 11 juin — en envoyant un vice-premier ministre, signal codé de faible priorité — et a laissé la dynamique des divisions internes du G7 faire son œuvre. La désunion entre Washington et ses alliés européens est le meilleur service que l’Occident puisse rendre à Pékin, et la Chine en est parfaitement consciente.
Selon le Washington Times, la Chine sera absente du G7 mais sera «the elephant in the room», une présence invisible qui détermine l’agenda sans y participer. Cette capacité à peser sur les discussions sans y être représenté est une forme de puissance en soi. Et la formule de Macron pour cadrer le problème — «China produces too much, the US consumes too much and the Europeans invest too little» — bien qu’analytiquement juste, dilue politiquement la responsabilité de Pékin en l’inscrivant dans un problème global diffus.
La patience stratégique face à l’impatience tactique occidentale
Le sommet Washington-Pékin prévu en septembre 2026 illustre parfaitement la patience stratégique chinoise. Pékin sait que Trump veut un deal. Pékin sait aussi que Trump ne coordonne pas avec ses alliés du G7. Donc Pékin peut négocier avec Washington sur le commerce bilatéral, faire des concessions limitées et médiatisées, tout en maintenant ses pratiques de surcapacité et de subventions vis-à-vis du reste du monde. C’est une stratégie de division par le haut : traiter séparément avec chaque partenaire pour empêcher la formation d’un front commun.
La réaction de la Chine aux menaces de sanctions européennes est identique. Pékin a annulé des réunions diplomatiques avec l’UE «without a reason being given» selon WSWS, un signal d’intimidation caractérisé. Le Global Times, porte-voix nationaliste du Parti communiste, a averti que «l’UE ne peut pas et ne devrait pas se permettre une guerre commerciale avec la Chine». Ce n’est pas de la diplomatie. C’est de la coercition. Et cette coercition fonctionne sur les capitales qui ont peur.
La patience de Pékin me fascine autant qu’elle m’inquiète. Dans les capitales occidentales, on pense en cycles électoraux de quatre ou cinq ans. En Chine, on pense en décennies. Xi Jinping n’a pas besoin de gagner le sommet du G7 d’Évian. Il lui suffit d’attendre que la prochaine élection redistribue les cartes, que la prochaine crise détourne l’attention, que la prochaine fracture interne de l’Occident lui ouvre une nouvelle fenêtre. C’est ça, la vraie asymétrie.
L'IA et les minéraux : deux nouvelles lignes de front
L’intelligence artificielle comme terrain de compétition stratégique
Le G7 d’Évian a innové en invitant plus d’une dizaine de PDG de grandes entreprises d’IA — dont Sam Altman d’OpenAI, Dario Amodei d’Anthropic et Alex Wang de Meta/Scale AI. La discussion sur l’intelligence artificielle a révélé une autre dimension de la dépendance structurelle de l’Occident. Les États-Unis et la Chine contrôlent ensemble 90 % de la puissance de calcul mondiale et attirent l’essentiel des investissements en IA, selon le Stanford AI Index 2026 cité par Fortune. Pour les autres membres du G7, la marge de manœuvre est étroite.
L’administration Trump a imposé des contrôles à l’exportation sur des modèles frontières d’Anthropic — Fable 5 et Mythos 5 — rendant impossible leur accès à certains partenaires étrangers, ce qui a compliqué les discussions sur un alignement G7 en matière d’IA. Selon Andrea Renda du Centre d’Études de Politique Européenne cité par Fortune, les engagements du G7 pour une IA plus inclusive ont peu de chances de retenir l’attention de Washington. La dualité technologique américaine-chinoise laisse peu de place aux ambitions européennes. C’est un nouveau domaine où l’unité occidentale est fragmentée avant même d’avoir été construite.
L’acier comme préfiguration : le modèle de défense commerciale sectorielle
Sur les minéraux critiques et la dépendance industrielle, le G7 a convenu de renforcer la coopération pour réduire la dépendance à la Chine — stockages coordonnés, nouvelle plateforme autour de l’AIE, traçabilité des chaînes d’approvisionnement. Ce sont des avancées concrètes, même si elles restent modestes. L’UE, de son côté, a déjà annoncé une mesure qui préfigure l’ampleur des décisions à venir : à partir du 1er juillet 2026, elle réduit de 47 % son quota d’acier exempt de droits et double la taxe hors quota de 25 à 50 %, selon Mila Sourcing. C’est le secteur de l’acier comme champ expérimental d’une défense commerciale plus large.
La Commission a prévu de présenter de nouveaux outils de protection commerciale en septembre 2026. Les secteurs les plus souvent cités : la chimie, les machines-outils, les technologies vertes — solaire et batteries. Si ce calendrier est respecté, et si les 27 membres parviennent à s’aligner sur son utilisation, l’automne 2026 pourrait marquer un tournant. Mais le «if» est de taille. L’unanimité requise parmi les 27 États membres reste le talon d’Achille de toute politique européenne ambitieuse face à Pékin.
Le modèle acier est encourageant. C’est la première fois que je vois l’UE agir concrètement et rapidement sur un secteur exposé à la concurrence chinoise. Mais je veux voir ce modèle s’étendre aux batteries, au solaire, à la chimie fine, aux terres rares. C’est là que se joue la survie de notre tissu industriel. Et je veux que ça se passe avant septembre, pas après.
Le tabou du protectionnisme coordonné : il faut le briser
Le mot qu’on n’ose pas prononcer dans les chancelleries occidentales
Il y a un mot que les dirigeants du G7 évitent soigneusement, comme si sa simple prononciation déclenchait une catastrophe : «protectionnisme». On parle de «de-risking», de «réduction des dépendances stratégiques», de «défense commerciale», de «rééquilibrage». Toutes ces formules sont des euphémismes pour décrire ce que chacun sait être nécessaire : la construction d’une muraille commerciale coordonnée contre les pratiques déloyales chinoises. La Chine, elle, n’a aucun tabou sur ce sujet. Elle subventionne massivement ses industries, contrôle ses chaînes d’approvisionnement, et n’hésite pas à utiliser le commerce comme arme géopolitique.
La réalité que refusent d’admettre certaines capitales européennes est pourtant simple : le système de l’OMC, conçu pour une ère de libéralisme commercial optimiste, ne dispose pas des instruments pour traiter une économie comme la Chine — une économie qui prétend jouer selon les règles du marché tout en bénéficiant de la planification d’État à grande échelle. Macron a raison sur le fond quand il appelle à des «mesures de protection équitables» — une formule qu’il a utilisée en parlant aux travailleurs d’Amiens. Mais il lui manque ses alliés, et sans alliés, la pression sur Pékin reste lettre morte.
L’exemple de Trump : efficace mais non transposable tel quel
L’approche unilatérale de Trump n’est pas entièrement dénuée de mérite. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont baissé de 37 % au premier trimestre 2026. Le marché américain est partiellement protégé. Mais le problème, comme l’a parfaitement analysé Chad Bown cité par Politico, est que cette protection unilatérale fonctionne en circuit fermé : elle protège les États-Unis tout en déversant le surplus chinois sur les marchés européens. Le représentant commercial américain Jamieson Greer l’a dit sans détour : Washington n’attendra pas l’Europe pour aligner ses politiques. Le résultat est une asymétrie de protection qui affaiblit les alliés les plus exposés.
Ce qu’il faudrait — et ce que ni Trump ni les Européens n’ont réussi à construire à Évian — c’est un mécanisme tarifaire conjoint : une réponse coordonnée qui aligne les niveaux de protection américains et européens sur les exportations chinoises subventionnées. Pas pour déclencher une guerre commerciale gratuite, mais pour signifier à Pékin que la règle du dumping subventionné ne sera plus tolérée de part et d’autre de l’Atlantique. C’est précisément ce que Macron cherchait à Évian. C’est précisément ce que Trump a refusé.
Je ne suis pas libre-échangiste aveugle. Quand l’adversaire triche, les règles du jeu libre ne s’appliquent plus. La Chine subventionne ses industries à une échelle que les économies de marché ne peuvent pas répliquer sans trahir leurs propres principes. La seule réponse cohérente est une défense commerciale collective, articulée, assumée. Et si certains appellent ça du «protectionnisme», qu’ils l’appellent comme ils veulent. Moi, j’appelle ça de la survie industrielle.
Ce que l'unité occidentale changerait concrètement
Les effets de levier d’une position coordonnée
Imaginons un instant que le G7 d’Évian ait conclu sur un accord tarifaire coordonné contre les exportations chinoises subventionnées — automobiles électriques, batteries, panneaux solaires, machines-outils — avec des niveaux alignés entre États-Unis, UE, Japon, Canada, Royaume-Uni. L’effet serait immédiatement transformatif. Les marchés d’exportation qui représentent la majeure partie du record trade surplus chinois se fermeraient simultanément. Pékin n’aurait plus la possibilité de rediriger ses surplus d’un marché à l’autre au gré des sanctions unilatérales. Elle serait contrainte à une négociation sérieuse.
C’est précisément ce que redoute la Chine. Le Xinhua et le Global Times ont multiplié les mises en garde contre l’émergence d’un bloc occidental coordonné anti-Chine. Les menaces de représailles chinoises sont réelles — mais elles sont aussi conçues pour faire peur, pour diviser, pour extraire des concessions avant même que la négociation ne commence. Un Occident uni ferait tomber cette rhétorique d’intimidation. Parce qu’aucune économie, même celle de la Chine, ne peut se permettre de se couper simultanément de ses principaux marchés d’exportation.
L’Ukraine comme test de la capacité d’unité occidentale
La guerre en Ukraine a paradoxalement prouvé que l’unité occidentale est possible quand la volonté politique est au rendez-vous. L’UE a mobilisé des dizaines de milliards d’euros de soutien. L’OTAN a fourni des armes, du renseignement, de la formation. Même Trump, à Évian, a maintenu le cap sur le soutien à Zelensky et a reconnu l’«unwavering support for Ukraine» dans le communiqué final. Le Conseil européen du 18-19 juin a décidé de prolonger les sanctions contre la Russie pour un an — une décision sans précédent qui rompt avec le cycle semestriel et envoie un signal de stabilité.
Cette capacité d’unité existe donc. Elle se manifeste quand le péril est perçu comme immédiat et existentiel. Le défi, pour les dirigeants occidentaux, est de convaincre leurs opinions publiques et leurs électorats que la menace économique chinoise est tout aussi existentielle que l’agression militaire russe. C’est plus difficile à vendre, parce que les produits bon marché qui inondent les rayons des supermarchés ne ressemblent pas à des chars. Mais le démantèlement progressif du tissu industriel occidental par une concurrence déloyale est une agression — simplement une agression en slow motion.
L’Ukraine m’a appris quelque chose que je n’aurais pas prédit : l’Occident peut encore se battre. Zelensky a résisté quand tout le monde l’annonçait perdu. L’Europe a financé une guerre qu’elle aurait voulu ignorer. Trump a maintenu une ligne sur Kyiv malgré ses instincts isolationnistes. Cette solidarité existe — elle est fragile, imparfaite, pleine de tension. Mais elle existe. Je veux croire qu’elle peut aussi exister face à la Chine. Avant qu’il ne soit trop tard.
Le sommet Trump-Xi de septembre : une opportunité ou un piège ?
Le bilatéralisme américain et ses effets sur l’architecture occidentale
Le sommet bilatéral Trump-Xi prévu à Washington en septembre 2026 est l’événement qui concentre toutes les anxiétés des alliés du G7. L’enjeu n’est pas simplement ce que les deux présidents décideront ensemble — c’est ce que ce format bilatéral signifie pour l’architecture des relations occidentales avec la Chine. Si Washington et Pékin concluent une nouvelle phase de leur accord commercial, avec des concessions mutuelles, sans consultation préalable des alliés européens ou japonais, le message politique sera dévastateur : les États-Unis traitent avec la Chine par-dessus la tête de leurs partenaires.
Les inquiétudes des capitales alliées sont documentées. Selon Politico, les discussions sur l’idée de couper l’Europe, le Canada et le Japon — via un format G2 exclusif — alimentent les soupçons que Trump pourrait conclure des accords d’investissement nuisibles aux intérêts de ses partenaires traditionnels. Une année de tarifs punitifs, de menaces sur le Groenland, d’affirmations sur le Canada comme 51e État américain a déjà profondément fissuré la confiance transatlantique. Un accord Washington-Pékin conclu en dehors de tout cadre G7 serait le coup de grâce pour l’idée d’un front occidental commun.
La trêve commerciale de novembre : une épée de Damoclès
La trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine expire en novembre 2026. L’administration Trump cherche à la prolonger pour éviter un retour à la guerre commerciale qui avait secoué les marchés mondiaux l’année précédente. Ce sont dans ce contexte que s’inscrivent à la fois le sommet de septembre et les mécanismes de coordination commerciale américano-chinois déjà lancés. La dynamique est paradoxale : pendant que Washington presse Pékin sur le commerce bilatéral, Pékin continue d’inonder les marchés européens et asiatiques de ses exportations subventionnées. La trêve américaine préserve le marché US, mais laisse les alliés exposés.
La grande question de l’automne 2026 sera donc : Trump ira-t-il à Washington en septembre pour conclure un deal américano-chinois de deuxième phase qui sécurise les marchés américains tout en laissant l’Europe et le Japon se débrouiller seuls ? Ou acceptera-t-il de lier ce sommet bilatéral à un cadre plus large de coordination G7 ? Tout indique, à ce stade, que le premier scénario est bien plus probable. Et si tel est le cas, l’Occident désuni aura fourni à Pékin exactement ce qu’elle cherchait : diviser pour régner, un sommet à la fois.
Le sommet de septembre m’inquiète profondément. Non pas parce que Trump ne devrait pas parler à Xi — le dialogue est toujours préférable à l’absence de dialogue. Mais parce que les Européens et les Japonais seront, une fois de plus, hors de la salle. Et dans ce cas, les concessions que Trump ferait pour sécuriser une prolongation de la trêve commerciale risquent de contredire directement les efforts européens pour construire un front commun. L’Occident ne peut pas jouer collectif le lundi et individuel le mercredi.
Que faire maintenant ? Trois pistes concrètes pour l'unité occidentale
Un mécanisme de coordination tarifaire G7 permanent
La première priorité est institutionnelle : il faut créer un mécanisme permanent de coordination tarifaire au sein du G7, qui oblige les États membres à se consulter avant d’adopter toute mesure commerciale majeure vis-à-vis de la Chine. Ce mécanisme n’a pas besoin d’être contraignant au sens juridique — il doit simplement créer une norme politique selon laquelle aucun membre du G7 ne signe un accord bilatéral avec Pékin sans informer ses alliés. C’est le minimum de la coordination stratégique. C’est ce qui manquait à Évian. C’est ce qui manquera à Washington en septembre si rien ne change.
Le précédent existe : les Occidentaux ont démontré leur capacité à coordonner des régimes de sanctions contre la Russie dans le cadre du conflit ukrainien — paquets numérotés, décisions unanimes, révisions régulières. Ce modèle de coordination multilatérale peut et doit être adapté à la politique commerciale face à la Chine. Pas pour déclencher une guerre économique, mais pour parler d’une seule voix dans les négociations avec Pékin. La force de la coordination, c’est qu’elle transforme la pression en levier réel.
Réindustrialisation coordonnée et chaînes d’approvisionnement diversifiées
La deuxième priorité est industrielle. L’instrument de diversification proposé par la Commission européenne — celui qui obligerait les entreprises à s’approvisionner auprès d’au moins trois sources distinctes — doit être adopté, et adopté rapidement. Il doit être élargi au niveau G7, pas seulement européen. Le Critical Minerals Act américain, les initiatives de minéraux critiques du G7, les efforts pour réduire la dépendance aux terres rares chinoises — tout cela doit être coordonné dans un cadre commun avec des financements mutuels et des objectifs partagés.
La réindustrialisation occidentale n’est pas un slogan protectionniste. C’est une nécessité stratégique. L’épisode des terres rares japonaises — quatre mois de restriction qui ont menacé la production automobile d’un pays G7 entier — est le mode d’emploi que Pékin utiliserait dans une crise encore plus grave. Préparer des chaînes d’approvisionnement alternatives prend du temps, des investissements publics massifs, une coordination industrielle que ni le marché seul ni un État seul ne peut réaliser. C’est exactement le type de projet qui requiert la coopération de l’ensemble du G7.
Je finirai cette section en disant une chose que j’assume pleinement : je suis favorable à une réindustrialisation partielle de l’Occident, même si cela signifie des prix plus élevés à court terme. Parce que l’alternative — dépendre indéfiniment d’une Chine qui entraîne des soldats russes, qui arme Moscou, qui inonde nos marchés, qui menace nos alliés avec des restrictions de terres rares — n’est pas une alternative. C’est une reddition progressive déguisée en pragmatisme.
Conclusion : L'unité est la seule réponse à la hauteur de la menace
Ce que l’histoire retiendra du G7 d’Évian
Le G7 d’Évian-les-Bains, tenu du 15 au 17 juin 2026, sera retenu comme un sommet à double visage. D’un côté, une unité remarquable sur l’Iran et l’Ukraine — Trump et ses alliés ont parlé ensemble, soutenu Zelensky, salué le deal avec Téhéran, prolongé les sanctions contre Moscou. De l’autre, une désunion profonde et préoccupante sur la Chine : Macron pousse, Trump fait cavalier seul, l’Europe hésite, et Pékin observe avec la sérénité de celui qui sait que le temps travaille pour lui. Le communiqué final sur les déséquilibres commerciaux mondiaux est réel, mais flou. L’engagement sur les minéraux critiques est concret, mais limité. La fracture transatlantique sur la méthode reste béante.
La dynamique des semaines suivantes — le Conseil européen des 18-19 juin, le mandat donné à von der Leyen, les nouvelles sanctions contre des firmes chinoises soutenant la Russie — montre que l’Europe se réveille. Lentement, peut-être trop lentement, mais elle se réveille. La question n’est plus de savoir si la Chine constitue une menace pour l’ordre économique et sécuritaire occidental. Tous les membres du G7 sont d’accord sur ce point. La question est de savoir si l’Occident sera capable de se mettre d’accord sur la réponse avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme.
L’urgence stratégique que personne n’ose nommer
L’Occident désuni est le plus beau cadeau que les démocraties puissent offrir à Pékin. Chaque sommet qui se conclut sans accord contraignant, chaque traité bilatéral négocié sans consultation des alliés, chaque fracture exposée sur la scène internationale est une invitation pour la Chine à avancer ses pions. La Chine entraîne des soldats russes, arme Moscou en composants de drones, inonde les marchés européens de produits subventionnés, tient les Japonais en otage avec ses terres rares, menace les entreprises qui se plient aux sanctions occidentales. Ce n’est pas un partenaire commercial récalcitrant. C’est la première menace systémique que l’Occident affronte depuis la Guerre froide.
Face à cette menace, la réponse ne peut pas être le chacun pour soi. La réponse ne peut pas être le deal bilatéral Washington-Pékin au détriment des alliés. La réponse ne peut pas être l’attente d’un consensus européen qui ne vient pas. La réponse est celle que l’histoire a toujours validée face aux puissances révisionnistes : l’unité, la fermeté, la cohérence. Le G7 a démontré à Évian qu’il en est capable sur l’Ukraine. Il doit prouver, avant l’automne 2026, qu’il en est également capable sur la Chine. Sinon, dans vingt ans, on se demandera pourquoi personne n’a voulu voir ce qui était pourtant devant nous.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Politico — Trump, G7 split on China strategy — 15 juin 2026
The Straits Times — EU says China trained Russian troops to fight in Ukraine war — 16 juin 2026
Sources secondaires
Politico — Trump’s ‘G2’ ambitions haunt summit in France — 15 juin 2026
Élysée — G7 Summit in Evian: Day Three — 17 juin 2026
Euronews — EU summit: von der Leyen gets go-ahead to take tougher action on China — 18 juin 2026
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