Un avocat de la défense transformé en procureur général
Todd Blanche a rejoint l’équipe de défense de Trump en mars 2023, peu après la première mise en examen du président dans l’affaire des paiements dissimulés à Stormy Daniels à New York. À l’époque, il était associé dans un grand cabinet de Wall Street — une position confortable, lucrative, et sans le moindre risque politique. Il a tout quitté pour représenter un client que ses pairs considéraient comme un boulet judiciaire. La Save America PAC, contrôlée par Trump, lui aurait versé près de 10 millions de dollars entre mars et décembre 2024, selon les chiffres cités lors d’une audition parlementaire par la représentante Rosa DeLauro.
Trump a finalement traversé ses quatre affaires criminelles sans condamnation déterminante. Blanche a piloté la défense dans l’affaire des paiements à Stormy Daniels — où Trump a été reconnu coupable sur 34 chefs d’accusation de falsification de documents commerciaux, mais où la peine n’a jamais été exécutée — ainsi que dans les deux affaires fédérales pilotées par le procureur spécial Jack Smith, qui ont été abandonnées. Le pari de Blanche s’est révélé extraordinairement rentable. Nommé Deputy Attorney General le 5 mars 2025, confirmé par le Sénat sur une ligne partisane de 52 voix contre 46, il est devenu le numéro deux du DOJ.
La promotion au sommet après le renvoi de Bondi
La trajectoire de Blanche a pris une nouvelle dimension en avril 2026, lorsque Trump a renvoyé la procureure générale Pam Bondi. Selon Reuters et l’Associated Press, Bondi a été écartée dans un contexte de tension interne liée à la gestion des fichiers Epstein et à la lenteur des poursuites contre les adversaires politiques de Trump. C’est Blanche qui lui a succédé en tant que procureur général par intérim — promu d’un coup au premier rang de l’institution judiciaire la plus puissante du monde.
Cette promotion n’a pas atténué les critiques. Elle les a amplifiées. Le Federal Vacancies Reform Act limite en principe la durée des nominations par intérim à 210 jours. Au moment de la nomination officielle, début juin 2026, Blanche occupait ce rôle depuis environ 67 jours. En le nommant officiellement, Trump pouvait potentiellement prolonger cette présence au-delà de la limite légale, selon Al Jazeera. La manœuvre institutionnelle est aussi calculée que le reste du parcours.
Je me pose une question fondamentale : à quel moment un avocat de la défense pénale devient-il inapte, par définition, à occuper une fonction d’accusateur public ? La réponse devrait être évidente. L’ensemble du système juridique occidental repose sur le principe de séparation entre défense et accusation. En nommant son propre avocat à la tête du DOJ, Trump n’a pas seulement transgressé une norme — il a institutionnalisé une contradiction.
Le conflit d'intérêts au cœur du dispositif
L’avocat personnel du président dirige le département qui l’enquête
Le conflit d’intérêts que représente la nomination de Todd Blanche au DOJ n’est pas une allégation partisane. C’est une réalité structurelle documentée. En tant qu’avocat de défense de Trump, Blanche a représenté le président dans des affaires impliquant des paiements dissimulés, des documents classifiés et des pressions sur les résultats électoraux. Ces mêmes catégories de dossiers relèvent aujourd’hui de la compétence du département qu’il dirige. En mars 2025, moins de deux semaines après sa confirmation, le fonctionnaire éthique du DOJ, Joseph Tirrell, lui a formellement remis un avis établissant que la récusation dans les affaires liées à Trump était légalement requise. Blanche avait déclaré lors de son audition de confirmation qu’il suivrait les conseils des juristes de carrière. Il ne s’est pas récusé.
La suite est encore plus révélatrice. En juillet 2025, l’administration Trump a licencié Tirrell et démantelé l’intégralité du Bureau de la responsabilité professionnelle, l’organe interne d’éthique du DOJ, selon le rapport de la Not Above the Law Coalition publié le 17 juin 2026. L’organe chargé de surveiller la conformité éthique a été éliminé. La représentante DeLauro l’a formulé directement lors d’une audition : « Vous avez reçu près de 10 millions de dollars du PAC du président pour le défendre. Vous ne voyez pas de conflit d’intérêts dans votre rôle de procureur général par intérim ? » Blanche a répondu en demandant une clarification sur ce qui constituait selon elle un conflit.
L’immunité fiscale accordée à Trump et sa famille
Le conflit d’intérêts ne s’arrête pas aux dossiers criminels. Dans le cadre d’un accord de règlement d’une action en justice de 10 milliards de dollars intentée par Trump contre le gouvernement pour fuites fiscales, le DOJ sous Blanche a accepté une clause blindant Trump, sa famille et ses entreprises de tout audit ou poursuite de l’IRS sur les déclarations fiscales antérieures à l’accord. Lors d’une audition devant le sous-comité des crédits de la Chambre en juin 2026, Blanche a confirmé que cette protection resterait en place, même après l’abandon du fonds controversé de 1,8 milliard de dollars. Un homme qui a été payé 10 millions de dollars pour défendre Trump négocie désormais, en son nom institutionnel, une immunité fiscale pour ce même client.
La International Bar Association a publié le 19 juin 2026 un article documentant les inquiétudes croissantes de la communauté juridique internationale sur l’indépendance du DOJ. L’article note que « des préoccupations ont été soulevées concernant les conflits d’intérêts et la direction du DOJ », citant explicitement le fait que Blanche « a précédemment représenté Trump dans plusieurs affaires criminelles ». Ce n’est plus une critique de l’opposition. C’est le constat d’un organisme juridique mondial.
Ce qui me frappe dans cette situation, c’est l’audace de l’impunité. Non seulement le conflit d’intérêts existe, mais il est revendiqué. Blanche ne cache pas sa loyauté — il en fait une vertu. C’est précisément cela qui est dangereux : quand l’allégeance personnelle au chef devient le critère de compétence pour les plus hautes fonctions de l’État, l’État de droit n’est plus une réalité institutionnelle, c’est une façade.
L'affaire Epstein : Blanche au centre du désastre documentaire
La loi de transparence Epstein et ses exigences
L’affaire Jeffrey Epstein — le financier condamné pour pédocriminalité, mort en prison en 2019 dans des circonstances toujours controversées — a resurgi comme un volcan politique sous la deuxième administration Trump. Le Congrès a adopté l’Epstein Files Transparency Act, une loi obligeant le DOJ à publier les fichiers d’enquête liés à Epstein. Une deadline de fin décembre 2025 a été fixée. Selon la Not Above the Law Coalition, le DOJ n’a pas respecté cette échéance. Lorsqu’il a finalement commencé à publier des documents, les résultats ont été jugés catastrophiques : des noms de victimes ont été exposés, des noms de personnalités puissantes ont été caviardés, et des millions de pages restaient non divulguées.
Selon le témoignage de Pam Bondi devant le Comité de surveillance de la Chambre le 29 mai 2026, dont la transcription a été publiée le 4 juin, c’est Blanche qui était « en charge du processus et de l’intégralité de la divulgation des fichiers Epstein ». Bondi a déclaré avoir « délégué la supervision de ce processus » à son adjoint. Elle a précisé : « Il était responsable du processus et de l’intégralité de la divulgation des fichiers Epstein. » C’est sur lui que repose la responsabilité de ce que le sénateur Sheldon Whitehouse a qualifié, lors d’une audition du Sénat le 19 juin 2026, de « désastre Epstein ».
Trois millions de fichiers publiés, trois millions retenus
Le bilan chiffré de la divulgation est accablant. Le DOJ a publié environ 3 millions de fichiers, mais selon la CNN, environ 3 millions supplémentaires n’ont pas été divulgués. L’administration a justifié cette rétention en affirmant qu’il s’agissait de doublons ou de documents protégés. Mais cette justification a été balayée par une critique bipartisane, selon le Guardian du 4 juin 2026. Plus troublant encore : lors d’un briefing devant le Comité de surveillance de la Chambre, Blanche a déclaré en février-mars 2026 que la revue documentaire Epstein était « effectivement terminée » — une affirmation que ses détracteurs ont qualifiée d’incompatible avec les millions de pages encore retenues. Il est également apparu sur Fox News pour affirmer que « ce n’est pas un crime de faire la fête avec M. Epstein » — une formule qui a choqué jusqu’à certains républicains.
Le sénateur Sheldon Whitehouse, lors de son intervention remarquée du 19 juin 2026 devant le Comité judiciaire du Sénat, a résumé le problème avec une clarté cinglante : Bondi, a-t-il dit, avait clairement désigné Blanche comme responsable du « désastre Epstein », évoquant « la divulgation d’informations privées et d’images de victimes, la dissimulation de documents mentionnant Donald Trump et l’incompétence générale de ce désordre lamentable ». Whitehouse a averti que fusionner l’audition de surveillance du DOJ avec l’audition de confirmation de Blanche reviendrait pour le Comité à se rendre « complice de l’étouffement de l’étouffement des fichiers Epstein ».
Je dois être honnête sur ce point : je ne sais pas si Blanche a agi avec l’intention de protéger des personnalités puissantes ou s’il s’agit d’une incompétence organisationnelle à grande échelle. Mais ce que je sais, c’est que dans une démocratie fonctionnelle, cette question ne devrait pas se poser. Lorsque le responsable de la divulgation est l’avocat personnel du président qui figure potentiellement dans ces mêmes documents, le conflit est inhérent — qu’il y ait intention ou non.
L'interview secrète de Ghislaine Maxwell : neuf heures en tête-à-tête
Une rencontre sans les procureurs qui ont construit le dossier
En juillet 2025, alors qu’il était encore Deputy Attorney General, Todd Blanche a conduit un entretien privé de neuf heures avec Ghislaine Maxwell, la complice condamnée d’Epstein qui purge une peine de vingt ans pour trafic sexuel. Cette rencontre n’avait rien d’ordinaire dans sa forme : les procureurs qui avaient bâti le dossier contre Maxwell — les juristes qui connaissaient le mieux les faits — en ont été exclus. Blanche s’y est rendu sans eux, accompagné de représentants du FBI, selon les témoignages recueillis par le Comité de surveillance. La justification officielle : une revue du dossier Epstein dans le cadre du respect de la loi de transparence.
Ce qui rend cette rencontre particulièrement troublante est le contexte relationnel. L’avocat de Maxwell, David Oscar Markus, est un ami personnel proche de Blanche. Il l’avait préalablement invité sur son podcast et l’avait publiquement qualifié de quelqu’un qui faisait « un travail extraordinaire ». L’entretien s’est terminé, selon Al Jazeera, par une déclaration de Maxwell attestant que Trump avait agi légalement. Peu de temps après, Maxwell a été transférée vers un établissement pénitentiaire à sécurité minimale au Texas — une décision que Blanche a défendue en invoquant des menaces pesant sur sa sécurité, selon le Guardian du 17 juin 2026.
Le transfert controversé de Maxwell vers une prison de confort
Le transfert de Maxwell a déclenché une tempête politique bipartisane. Des représentants démocrates — Robert Garcia, Jamie Raskin et Ro Khanna — ont envoyé une lettre au directeur du Bureau des prisons exigeant une explication complète sur le transfert, toute la documentation d’accompagnement et une transcription de l’entretien de Blanche. Le représentant qui a visité l’établissement de Bryan, au Texas, a déclaré que le déménagement lui semblait « trop coïncidentiel » avec l’entretien conduit par Blanche, selon le Guardian du 17 juin 2026.
Un rapport du 16 juin 2026 a révélé un élément supplémentaire : le DOJ aurait discrètement modifié sa politique pénitentiaire en mai 2026 pour accorder au procureur général une autorité personnelle directe sur les transferts de détenus — une autorité qui reposait auparavant exclusivement sur le Bureau des prisons, selon un processus de classification détaillé de plus de 100 pages. Les démocrates ont allégué que ce changement de politique visait à couvrir rétrospectivement le transfert de Maxwell, en formalisant une autorité dont personne au DOJ n’aurait officiellement disposé au moment des faits.
Cette séquence — entretien exclusif avec Maxwell, attestation de Trump innocenté, transfert vers un établissement plus clément, puis modification rétroactive des règles — ne relève pas de la coïncidence. Je ne dis pas que la corruption est prouvée. Je dis que la séquence est structurellement incohérente avec les standards élémentaires d’une justice indépendante. Et je trouve inquiétant que ce soit la règle, et non l’exception, sous cette administration.
La stratégie de Bondi : torpiller son successeur depuis la sortie
Un témoignage à charge livré après le licenciement
Pam Bondi n’est pas une figure sympathique dans ce dossier. Elle a été procureure générale de Trump, loyale jusqu’à l’excès, et a été renvoyée en avril 2026 — officiellement à cause de sa lenteur à poursuivre les adversaires du président, selon Axios. Mais dans son témoignage devant le Comité de surveillance de la Chambre le 29 mai 2026, elle a pris soin de construire une narrative dans laquelle elle se présentait comme une dirigeante déléguant à son adjoint, avec une précision qui frôle le règlement de comptes. Elle a répété plusieurs fois, selon la transcription publiée le 4 juin, que c’était Blanche qui avait supervisé « l’intégralité du processus de divulgation ».
Bondi a simultanement défendu Blanche — « l’une des personnes les plus éthiques que je connaisse » — et transféré sur lui la responsabilité de tout ce qui a mal tourné. Elle a précisé ne pas avoir « personnellement conduit la revue documentaire » et ne pas avoir « supervisé chaque détail ». Elle a dit avoir appris le transfert de Maxwell vers le Texas « par les nouvelles, après le fait ». Résultat : les démocrates ont immédiatement demandé à James Comer, président républicain du Comité, de convoquer Blanche pour un témoignage sous serment. Comer a déclaré le 10 juin vouloir le faire comparaître en juillet, avant son audition de confirmation.
La stratégie du bouc émissaire dans la dynamique Trump
La situation de Bondi illustre un mécanisme récurrent dans l’entourage de Trump : la loyauté absolue n’immunise pas contre le sacrifice. Bondi a été renvoyée, puis a témoigné d’une manière qui embarrasse son successeur tout en continuant à l’encenser verbalement. C’est la grammaire du pouvoir trumpien : on peut être sacrifié et continuer à prétendre que le système fonctionne. Ce qui est remarquable, c’est que même dans ce contexte d’autoflagellation politique, Bondi n’a pas pu éviter de placer Blanche au centre du désastre documentaire.
Le New York Times a rapporté le 9 juin 2026 que la gestion chaotique des fichiers Epstein par Blanche représentait l’une des principales complications de son chemin vers la confirmation permanente. Le journal relevait que ses partisans républicains au Sénat devront gérer des « questions en suspens et une colère persistante » liées à la fois à l’affaire du fonds controversé de 1,8 milliard de dollars et à l’affaire Epstein. L’un renforce l’autre : dans les deux cas, Blanche apparaît comme un homme opérant en dehors des normes institutionnelles habituelles.
Je ne peux m’empêcher de noter le paradoxe absurde de cette situation : Bondi, elle-même nommée pour sa loyauté à Trump, a été renvoyée pour insuffisance de loyauté, et a immédiatement utilisé son témoignage pour fragiliser son successeur. Dans cet univers, la loyauté est une dette qui ne s’honore jamais entièrement. Il n’y a pas d’alliance durable — il n’y a que des utilités momentanées.
Les survivants d'Epstein face au mur du DOJ
Dix-huit victimes ignorées, une promesse brisée
Au-delà de la politique et des guerres de pouvoir, il y a des victimes réelles. Les survivantes du réseau d’Epstein attendaient de cette administration la transparence et la justice que des décennies de complicité institutionnelle leur avaient refusées. Lors d’une audition devant le Comité des crédits du Sénat en mai 2026, le sénateur Chris Van Hollen a interpellé Blanche directement : « Ces survivantes ont essayé de vous parler. Au lieu de cela, vous avez passé des jours à interviewer la complice condamnée Ghislaine Maxwell, et peu après, elle a été transférée dans un établissement à sécurité réduite avec des privilèges spéciaux. Monsieur Blanche, le bilan est sans équivoque. Vous continuez à agir comme l’avocat personnel du président, pas comme procureur général par intérim. »
La réponse de Blanche a été de nier avoir refusé de rencontrer des survivantes, affirmant avoir rencontré « beaucoup » d’avocates représentant des victimes. Mais un groupe de 18 survivantes a publiquement déclaré qu’il n’avait rencontré aucune d’entre elles, selon le Independent du 25 mai 2026. Blanche avait témoigné sous serment d’avoir rencontré des survivantes. Dix-huit d’entre elles disent le contraire. Ce n’est pas une divergence d’interprétation — c’est une contradiction factuelle qui pourrait revenir le hanter lors de son audition de confirmation.
La divulgation qui a blessé ceux qu’elle devait protéger
Le comble de l’ironie — ou de la négligence — dans la gestion des fichiers Epstein par le DOJ de Blanche est que les documents publiés ont exposé des informations sensibles sur les victimes tout en protégeant les présumés agresseurs. La sénatrice Patty Murray a confronté Blanche lors d’une audition au Congrès en mai 2026, l’accusant de « corruption flagrante » : le DOJ avait noirci les noms d’hommes puissants et avait parallèlement divulgué des images et informations d’identification de victimes, qui étaient pourtant légalement protégées. L’accusation était cinglante : le système avait inversé la logique de la protection.
Le représentant Daniel Goldman a résumé la contradiction dans une déclaration publique reproduite par le Independent : le DOJ de Blanche avait « protégé la complice d’un délinquant sexuel mort » tout en « ignorant les survivantes qui réclamaient une réunion ». Goldman a accusé Blanche de protéger Maxwell au détriment des victimes d’Epstein. Le tableau d’ensemble est celui d’une institution qui a inversé ses priorités — et qui a eu un homme à sa tête dont les loyautés préexistantes rendaient cette inversion prévisible.
Je ne suis pas naïf sur ce qu’implique la politique américaine. Mais quand je lis que 18 femmes qui ont survécu au réseau d’Epstein disent n’avoir jamais eu de contact avec le responsable de la justice censé les entendre, pendant que cet homme passait neuf heures dans un entretien exclusif avec la complice condamnée — quelque chose se brise dans ma représentation de ce que la justice devrait signifier.
La guerre contre les juges et les procureurs indépendants
L’offensive contre le pouvoir judiciaire
La gestion de l’affaire Epstein n’est pas un incident isolé dans le bilan de Blanche au DOJ. Elle s’inscrit dans un pattern documenté d’utilisation de l’appareil judiciaire pour protéger les alliés de Trump et cibler ses adversaires. Selon le rapport détaillé de la Not Above the Law Coalition publié en juin 2026, Blanche a en 2025 annoncé publiquement une « guerre » contre les juges et les barreaux d’État. Des juges ont critiqué les procureurs fédéraux pour leur comportement dans diverses affaires. Des grands jurys ont refusé d’avaliser des inculpations demandées par le DOJ. D’autres juges ont accusé des procureurs de mauvaise conduite lors des procédures devant ces mêmes grands jurys.
En mai 2025, Blanche a ordonné l’arrestation du maire de Newark, Ras Baraka, lors d’une inspection parlementaire légale d’un centre de rétention. Un magistrat fédéral a qualifié l’abandon ultérieur des charges — fabriquées — de « rétractation embarrassante », reconnaissant que l’arrestation n’avait aucun fondement juridique. En août-novembre 2025, il a supervisé trois tentatives successives de poursuites contre la procureure générale de New York, Letitia James, toutes rejetées, dont une enquête sur ses finances personnelles — une adversaire politique notoire de Trump.
L’inculpation de James Comey et la logique de la vengeance
En avril-mai 2026, une fois nommé procureur général par intérim, Blanche a sécurisé une inculpation de l’ancien directeur du FBI James Comey — la deuxième tentative d’un DOJ trumpien de poursuivre pénalement un responsable qui avait enquêté sur la campagne de 2016. Les experts juridiques prédisent que cette affaire sera probablement classée, selon le profil biographique de Blanche publié par la Britannica en juin 2026. Il a également ouvert une procédure pénale contre E. Jean Carroll, la femme qui a obtenu un jugement de 88 millions de dollars contre Trump pour agression sexuelle et diffamation — une affaire dans laquelle Blanche lui-même avait été l’avocat de Trump, créant un conflit d’intérêts supplémentaire.
Le tableau que dessine cet ensemble d’actions est cohérent : le DOJ sous Blanche a systématiquement orienté sa puissance vers la protection des intérêts de Trump et la neutralisation de ses opposants. Ce n’est plus une institution de justice indépendante — c’est, selon la formulation de Stacey Young, ancienne responsable du DOJ citée par le Guardian du 8 juin 2026, un instrument qui « a abandonné les principes de la justice impartiale et de l’application éthique de la loi ». Et l’homme qui dirige cet instrument a été payé 10 millions de dollars pour défendre le président dont il est censé être indépendant.
Je comprends que dans la grammaire politique de Trump, la loyauté est la seule monnaie qui vaille. Je comprends même que certains de ses partisans y voient une forme de cohérence — « au moins, il ne cache pas ses intentions ». Mais cette transparence de l’allégeance ne rachète pas la trahison institutionnelle qu’elle implique. Une démocratie ne peut pas fonctionner quand l’organe chargé de faire appliquer la loi est dirigé par l’avocat personnel du chef de l’État.
Le fonds de 1,8 milliard de dollars : la dérive du trésor public
Un fonds controversé pour récompenser les alliés
Parmi les épisodes qui ont le plus fragilisé la candidature de Blanche à la confirmation permanente figure le projet de fonds anti-weaponization de 1,8 milliard de dollars. Dans le cadre d’un règlement d’un litige de 10 milliards de dollars intenté par Trump contre le gouvernement pour la fuite de ses données fiscales, le DOJ de Blanche avait négocié la création d’un fonds destiné à indemniser les « victimes de la weaponisation du gouvernement » — une catégorie susceptible d’inclure les émeutiers du 6 janvier 2021 et d’autres alliés politiques de Trump. Trump lui-même avait qualifié ce fonds de « belle chose » lors d’une interview sur CNN.
La réaction bipartisane a été explosive. Des républicains du Sénat — dont ceux dont Blanche a besoin pour sa confirmation — ont exprimé une opposition véhémente, notamment face à l’idée que des deniers publics pourraient aller à des personnes condamnées pour l’attaque du Capitole. Lors d’une audition devant le sous-comité des crédits de la Chambre le 2 juin 2026, Blanche a finalement annoncé que le DOJ ne procéderait pas au versement du fonds. Une reculade spectaculaire.
L’immunité fiscale qui demeure
Mais l’abandon du fonds n’a pas effacé le volet le plus problématique de l’accord : la clause protégeant Trump, sa famille et ses entreprises de tout audit ou poursuite de l’IRS sur les déclarations fiscales antérieures. Lors de son témoignage du 2 juin 2026, Blanche a confirmé que cette protection resterait en vigueur, indépendamment de ce qui arrivait au fonds. Le sénateur Jack Reed l’a confronté dans un échange filmé sur ce point, mettant en évidence la contradiction flagrante : un homme payé pour défendre Trump négocie personnellement une immunité fiscale pour Trump dans le cadre de fonctions publiques censées être indépendantes.
Le Boston Globe a rapporté le 8 juin 2026 que lors d’une réunion à huis clos avec des sénateurs républicains, l’atmosphère avait été qualifiée de « cinglante », avec des dizaines de législateurs critiquant Blanche avec véhémence pour le fonds. Que ces mêmes sénateurs n’aient pas réussi à adopter des restrictions formelles sur ces versements suggère, selon le journal, que leur mécontentement s’est atténué — ou que la pression de la loyauté partisane a finalement pris le dessus.
Ce qui me sidère dans cette séquence, c’est la brazenness — le culot tranquille avec lequel Blanche a défendu pendant des semaines un fonds qui aurait versé de l’argent public aux partisans de l’émeute du Capitole, avant de reculer seulement quand la pression est devenue insoutenable. Ce n’est pas une erreur de jugement. C’est une stratégie de test des limites : jusqu’où peut-on aller avant que quelqu’un proteste assez fort ?
La bataille au Sénat : entre loyauté partisane et préoccupations institutionnelles
Une majorité républicaine étroite et des doutes persistants
La confirmation de Todd Blanche comme procureur général permanent est loin d’être acquise. L’audition devant le Comité judiciaire du Sénat est programmée pour les 15 et 16 juillet 2026, avec Blanche le premier jour et des témoins extérieurs le second, selon la déclaration du président du Comité Chuck Grassley le 16 juin 2026. Les républicains détiennent 53 sièges au Sénat — une marge qui ne tolère qu’une ou deux défections pour garantir la confirmation, dans l’hypothèse d’un vote sur des lignes strictement partisanes.
Grassley a signalé son soutien, qualifiant Blanche de candidat « bien qualifié » et affirmant s’être « bien entendu » avec lui pendant plus d’un an. Mais John Cornyn du Texas et Thom Tillis de Caroline du Nord — deux membres du Comité dont le vote sera déterminant — n’ont pas encore donné leur aval. Tillis a dit être « globalement satisfait » des documents soumis, mais avoir des questions pour l’audition. Cornyn a dit qu’il prendrait sa décision après les auditions. Selon Politico du 16 juin 2026, même un seul républicain dissident pourrait bloquer le candidat au niveau du Comité.
Le sénateur Whitehouse et la résistance démocrate
Du côté démocrate, l’opposition est totale et ses argumentaires sont construits sur des faits précis. Le sénateur Sheldon Whitehouse, ancien procureur fédéral et membre du Comité judiciaire, a été particulièrement incisif dans son intervention du 19 juin 2026. Il a demandé que l’audition de surveillance du DOJ et l’audition de confirmation de Blanche soient maintenues séparées, au motif que les fusionner reviendrait à permettre à Blanche de dévier les questions institutionnelles vers la politique. Il a accusé le DOJ de Blanche de « désactiver systématiquement » la capacité du Congrès à exercer son contrôle, en refusant de répondre aux demandes de documents et de témoignages.
Le sénateur Chris Van Hollen avait déjà posé le diagnostic avec précision lors d’une audition en mai : « Vous fonctionnez toujours comme l’avocat personnel du président, pas comme procureur général. » Le New York Times a publié le 15 juin 2026 un éditorial appelant le Sénat à rejeter la nomination de Blanche, affirmant qu’il avait « déjà causé des dommages au département de justice » et qu’il avait induit le Congrès en erreur sur plusieurs points. Depuis son bureau au DOJ, Blanche a déclaré lors d’une audition qu’il ne recherchait pas activement ce poste : « Je n’ai aucune ambition au-delà de servir le président. » C’est précisément le problème.
Ce que je retiens de ce combat au Sénat, c’est que la ligne de fracture n’est pas simplement partisane. Elle passe par la question fondamentale : peut-on confirmer comme procureur général permanent un homme dont la définition même de son rôle est d’être au service du président ? Ce n’est pas une question abstraite. C’est une question sur la nature du système judiciaire américain — et par extension, sur le modèle que les démocraties occidentales veulent projeter dans le monde.
La démolition silencieuse des garde-fous institutionnels
La disparition des procureurs de carrière
Au-delà des scandales visibles, le bilan de Blanche au DOJ inclut une transformation institutionnelle profonde et largement silencieuse. Le département a connu un exode massif de juristes de carrière — des professionnels qui avaient servi sous des administrations des deux bords et qui constituaient la mémoire institutionnelle et l’épine dorsale indépendante de la justice fédérale américaine. Selon le Guardian du 8 juin 2026, des juges ont répétitivement critiqué les procureurs fédéraux pour leur comportement dans diverses affaires. Des grands jurys ont refusé des inculpations. D’autres ont accusé des procureurs de mauvaise conduite pendant les délibérations. Ce ne sont pas des anomalies ponctuelles — c’est le symptôme d’une institution sous tension.
En mars 2025, moins de deux semaines après la confirmation de Blanche, l’éthicien du DOJ Joseph Tirrell lui avait formellement remis un avis établissant l’obligation légale de récusation dans les affaires liées à Trump. Blanche n’a pas suivi cet avis. En juillet 2025, l’administration Trump a licencié Tirrell et démantelé l’intégralité du Bureau de la responsabilité professionnelle, l’organe d’éthique interne du DOJ, selon la Not Above the Law Coalition. L’organe chargé de surveiller le respect des règles déontologiques a tout simplement été supprimé. Il ne peut y avoir de conflit d’intérêts formellement documenté si l’institution chargée de le documenter n’existe plus.
Le rapport sur les manifestants anti-avortement et la nouvelle doctrine
Le DOJ sous Blanche a par ailleurs publié un rapport controversé alléguant que des manifestants anti-avortement avaient été « ciblés injustement », selon le profil du Guardian. Il a rouvert des enquêtes sur John Brennan et d’autres responsables de l’ère Obama. Il a cherché à annuler les condamnations pour complot séditieux des dirigeants des Proud Boys — certaines des poursuites les plus sérieuses issues des événements du 6 janvier. Il a inculpé la Southern Poverty Law Center sur 11 chefs non fondés. Chacune de ces actions, prise isolément, pourrait être défendue politiquement. Ensemble, elles dessinent le contour d’une stratégie cohérente : neutraliser les opposants, récompenser les alliés, et redéfinir les normes de ce que la justice fédérale est censée accomplir.
L’International Bar Association a noté dans son article du 19 juin 2026 que des décisions judiciaires et des résistances institutionnelles continuaient à jouer un rôle de contrepoids. C’est une observation importante : le système américain n’est pas encore entièrement plié. Des juges résistent. Des grands jurys refusent. Des sénateurs hésitent. Mais la pression sur ces garde-fous est systématique et documentée. Et l’homme qui exerce cette pression est candidat au poste de premier responsable de la justice américaine.
Je pense souvent à ces procureurs de carrière qui ont quitté le DOJ ces dix-huit derniers mois. Des hommes et des femmes qui avaient travaillé sous Reagan, Clinton, Bush, Obama, Trump (premier mandat) et Biden. Ils ont choisi de partir plutôt que de valider ce qu’ils voyaient se construire. Leur départ silencieux est un témoignage plus fort que n’importe quel discours au Sénat. Ils ont refusé d’être complices. C’est à la fois courageux et profondément inquiétant.
L'Occident face au miroir américain
Un modèle institutionnel sous pression internationale
Ce qui se joue avec la nomination de Todd Blanche dépasse largement les frontières américaines. Les États-Unis ont toujours projeté — avec plus ou moins de cohérence — un modèle de justice indépendante comme composante centrale de leur soft power et de leur crédibilité internationale. Lorsque Washington exige de ses alliés et partenaires qu’ils respectent l’état de droit, l’indépendance judiciaire et la séparation des pouvoirs, cette exigence repose sur la prémisse implicite que le modèle américain lui-même incarne ces valeurs. La nomination d’un avocat personnel du président à la tête du DOJ érode cette crédibilité.
Les démocraties alliées regardent. Les autocraties ricanent. La Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord — les adversaires systémiques de l’Occident — ont toujours cherché à démontrer que la démocratie libérale est une façade, que les élites occidentales se protègent mutuellement derrière des institutions nominalement indépendantes. Chaque fois qu’un épisode comme l’affaire Blanche-Epstein éclate, il nourrit ces narratives. Ce n’est pas une raison d’exagérer la portée de l’affaire — mais c’est une raison de ne pas la minimiser. La crédibilité de l’Occident comme modèle de gouvernance se joue aussi dans des détails comme celui-ci.
Trump, mal nécessaire — mais avec ses responsabilités
Il est possible de maintenir simultanément deux jugements apparemment contradictoires : d’une part, que Trump représente une forme de fermeté face aux adversaires de l’Occident qui a été parfois utile — notamment dans sa politique de pression maximale sur l’Iran et dans son exigence envers les alliés de l’OTAN de financer sérieusement leur défense ; d’autre part, que certaines de ses décisions institutionnelles — dont la nomination de son avocat personnel au DOJ — constituent des atteintes réelles et documentées à la logique de séparation des pouvoirs sur laquelle repose l’ensemble du système démocratique occidental.
Ce n’est pas une critique partisane. C’est une observation structurelle. Des républicains au Sénat l’ont formulée à huis clos. Des juristes conservateurs l’ont mise par écrit. L’International Bar Association, qui ne peut pas être soupçonnée de penchants idéologiques partisans, a documenté le problème dans un article de fond en juin 2026. La démocratie n’est pas un état permanent acquis une fois pour toutes — c’est une pratique quotidienne qui requiert des institutions fonctionnant selon leurs règles propres, pas selon les intérêts de ceux qui les dirigent temporairement.
Je pense que Trump est, dans une large mesure, le produit d’une faillite des élites libérales qui ont négligé les anxiétés réelles d’une partie de la population américaine et mondiale. À ce titre, il est un mal nécessaire que l’Occident doit apprendre à gérer. Mais « gérer » Trump ne signifie pas tout avaler sans réagir. La nomination de Blanche est une ligne que l’on ne devrait pas franchir sans résistance — précisément parce que l’accepter sans protestation légitime des pratiques qui éroderont les institutions au-delà de Trump.
Le dossier Epstein, le pouvoir et la vérité encore manquante
Trois millions de pages non divulguées : que cachent-elles ?
Au fond de cette affaire se trouve une question que personne, dans les couloirs du Congrès ou du DOJ, ne veut poser trop directement : que contiennent les documents Epstein qui n’ont pas encore été publiés ? Le DOJ sous Blanche a publié environ 3 millions de fichiers. Environ 3 millions supplémentaires restent non divulgués, selon la CNN du 4 juin 2026. L’administration affirme qu’il s’agit de doublons ou de documents protégés. Les critiques bipartisanes contestent cette caractérisation. Ce qui est documenté, c’est que les documents publiés ont noirci des noms d’hommes puissants et exposé des informations personnelles de victimes — ce qui est précisément l’inverse de ce qu’une divulgation éthique devrait faire.
La Maison-Blanche a affirmé que Trump avait été « totalement disculpé de toute implication avec Epstein », selon la porte-parole Abigail Jackson citée par le Guardian. Bondi, lors de son témoignage, a dit ne pas connaître l’étendue de la connaissance que Trump pouvait avoir des crimes d’Epstein. Ces deux positions sont difficiles à réconcilier. Ce qui est certain, c’est que la personne chargée de gérer la divulgation des documents qui pourraient répondre à cette question est l’ancien avocat personnel de Trump. Si ce n’est pas un conflit d’intérêts, il est difficile d’imaginer ce qui pourrait en constituer un.
La Chambre face au verrou de l’exécutif
Le Comité de surveillance de la Chambre poursuit son enquête. Depuis le témoignage de Bondi, il a entendu plus d’une douzaine de témoins à huis clos, dont l’ancienne assistante d’Epstein Sarah Kellen, qui a témoigné le 21 mai 2026, selon une lettre du Comité au DOJ du 4 juin 2026. Kellen a fourni des informations sur des personnalités citées dans les fichiers, dont des noms apparus plus de 600 fois dans les documents publiés. Le Comité a également entendu l’ex-président Bill Clinton et le secrétaire au Commerce Howard Lutnick.
Mais la progression de l’enquête se heurte à ce que le sénateur Whitehouse a qualifié d’obstruction systématique : le DOJ refuse de fournir des documents et des témoignages au Congrès. Le contrôle parlementaire est, selon lui, « systématiquement désactivé ». Si Blanche est confirmé comme procureur général permanent, ce schéma ne fera que se consolider. Le Comité de surveillance a demandé à l’auditionner sous serment en juillet, avant son audition de confirmation au Sénat. Le mécanisme de contrôle est encore en place — mais son efficacité dépend de la volonté des membres républicains du Comité d’aller jusqu’au bout.
Je ne sais pas ce que contiennent les trois millions de pages non divulguées. Personne en dehors de quelques initiés au DOJ ne le sait. Et c’est précisément le problème. La démocratie ne peut pas fonctionner avec des secrets d’État dissimulés derrière une posture de transparence. Ce que je sais, c’est que la logique de l’opacité — le refus de répondre au Congrès, les documents caviardés, l’enquête déclarée « effectivement terminée » avant d’être achevée — est incompatible avec les principes que l’Occident prétend défendre. Et c’est l’homme qui a présidé à cette opacité qui aspire au poste de premier juriste des États-Unis.
Conclusion : L'institutionnalisation du conflit d'intérêts
Un précédent dangereux pour les démocraties occidentales
Le cas Todd Blanche est, au fond, une question sur ce que sont prêtes à tolérer les démocraties occidentales lorsqu’elles sont dirigées par des hommes qui ne croient pas fondamentalement à la séparation des pouvoirs. Le fait qu’un avocat de défense personnel puisse être nommé Deputy Attorney General, puis Acting Attorney General, puis candidat permanent à ce poste — tout en continuant à défendre implicitement les intérêts de son client-président dans chaque décision institutionnelle — constitue un précédent dont les conséquences ne se limiteront pas à l’ère Trump. Il ouvre une brèche dans la conception américaine de l’état de droit que les prochaines administrations trouveront peut-être commode de maintenir ouverte.
Le Sénat américain a encore la possibilité de refermer cette brèche. Les auditions des 15 et 16 juillet 2026 représentent le moment de vérité. Si des sénateurs républicains — dont Cornyn et Tillis — décident que la fidélité partisane prime sur les principes institutionnels, Blanche sera confirmé. Si quelques-uns parmi eux choisissent de poser la question de fond — peut-on confier la direction du DOJ à l’avocat personnel du président ? — le résultat pourrait être différent. L’histoire jugera non seulement Blanche, mais aussi ceux qui l’ont confirmé ou rejeté.
L’intégral du pari : jusqu’où peut aller la loyauté ?
Ce qui reste frappant dans le parcours de Blanche, c’est la cohérence de sa logique interne. Il a tout misé sur Trump en 2023, lorsque la plupart des juristes de premier plan refusaient de le toucher. Il a gagné. Il a été récompensé par le deuxième poste le plus puissant du système judiciaire américain. Et maintenant qu’il se retrouve au centre de scandales qui compromettent sa confirmation, il continue d’appliquer la même logique : la loyauté au président est la réponse à toutes les questions. Cette cohérence est presque admirable dans sa radicalité. Et profondément incompatible avec les exigences d’une institution censée servir non pas un homme, mais un principe — celui de la justice indépendante, aveugle aux intérêts du pouvoir.
L’affaire Epstein, la gestion chaotique de la transparence documentaire, l’interview exclusive de Maxwell suivie de son transfert vers une prison de confort, les dix-huit survivantes ignorées, les procureurs de carrière chassés, le bureau d’éthique démantelé — chacun de ces éléments, pris isolément, pourrait sembler gérable politiquement. Ensemble, ils dressent le portrait d’un homme qui a choisi, délibérément et systématiquement, de mettre la puissance institutionnelle du DOJ au service d’un client, d’une loyauté et d’un programme qui ne sont pas ceux du peuple américain. C’est cela que le Sénat devra décider d’avaliser ou de rejeter en juillet 2026.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Axios — Trump va nommer Todd Blanche comme procureur général — 4 juin 2026
The Guardian — Trump nomme officiellement Todd Blanche comme procureur général — 8 juin 2026
Sources secondaires
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.