La relation Chine-Russie, un partenariat sans limites déclaré
Il faut rappeler le contexte. Trois semaines après le sommet de Beijing entre Trump et Xi en mai 2026, Xi Jinping a accueilli Vladimir Poutine à Beijing pour célébrer les 25 ans du traité d’amitié sino-russe — un anniversaire symbolique d’une alliance forgée dans le mépris de l’Occident. C’est la même relation qualifiée de «sans limites» en février 2022 — juste avant que Poutine ne déclenche l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Le même Poutine qui avait rencontré Xi à Moscow quelques semaines plus tôt.
Cette chronologie est accablante. Xi reçoit Trump. Xi reçoit Poutine. Le tout en quelques semaines. Le message est limpide : Pékin s’affirme comme l’arbitre incontournable du conflit ukrainien, non par souci de paix, mais pour en tirer un bénéfice géostratégique maximal. La Chine n’est pas un pompier. Elle est le propriétaire de l’immeuble qui brûle et qui négocie le prix de l’extinction.
Une neutralité de façade, démentie par les faits
En juin 2026, l’Union européenne a officiellement confirmé des rapports selon lesquels l’armée chinoise a formé des militaires russes sur son territoire pour les déployer ensuite en Ukraine. Selon Reuters, quelque 200 soldats russes ont été entraînés fin 2025 dans des installations militaires à Beijing et Nanjing, avec un accent sur la guerre par drones, la guerre électronique et les tactiques d’infanterie blindée. La haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, l’a dit sans détour le 15 juin 2026 : «Beijing est un acteur décisif permettant la guerre de la Russie contre l’Ukraine.»
La réponse chinoise ? Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lin Jian a balayé ces accusations comme «sans fondement factuel», les qualifiant de «pure diffamation et calomnie». Ce déni n’est pas seulement cynique. Il est documenté. Le Wall Street Journal a rapporté que des officiels chinois avaient même proposé d’accueillir un sommet Trump-Poutine pour faciliter un accord de paix — tout en se positionnant comme «garant» de cet accord.
Comment peut-on nommer cela autrement qu’une audace stratégique ? La Chine forme les soldats russes, fournit les composants de drones qui tuent des Ukrainiens, et se propose simultanément comme garant de la paix. C’est le hold-up diplomatique du siècle.
Le sommet de Beijing : ce que la Maison-Blanche ne dit pas
Un factsheet qui oublie l’essentiel
Le sommet Trump-Xi des 12 et 13 mai 2026 a été présenté par Washington comme un succès diplomatique. Pourtant, le factsheet officiel de la Maison-Blanche publié le 18 mai ne faisait aucune mention de l’Ukraine, ni des confidences de Xi sur Poutine. C’est le Financial Times qui a révélé qu’Xi avait dit à Trump que Poutine «pourrait regretter» d’avoir envahi l’Ukraine — une remarque sans précédent, la première fois qu’un dirigeant chinois formulait une telle évaluation personnelle à un président américain sur ce sujet.
La Maison-Blanche et l’ambassade de Chine à Washington ont toutes deux refusé de commenter. Ce silence en dit plus long que n’importe quel communiqué officiel. Si Trump avait obtenu un vrai engagement de Pékin, Washington aurait crié victoire. Le fait qu’il ne l’ait pas fait signifie que les promesses de Xi étaient creuses, ou qu’elles n’existaient tout simplement pas.
Trump a aussi proposé une alliance contre la Cour pénale internationale
Selon le Financial Times, Trump a également proposé lors de ce même sommet que les États-Unis, la Chine et la Russie s’unissent contre la Cour pénale internationale, estimant que leurs intérêts étaient alignés. Cette démarche spectaculaire — un président américain proposant une coalition avec deux régimes autoritaires contre l’institution judiciaire internationale — illustre la profondeur de la déviance stratégique de cette administration.
Dans ce contexte, demander à Xi d’aider à la paix en Ukraine n’est pas un acte diplomatique isolé. C’est partie intégrante d’une vision du monde qui délégitime les institutions occidentales et légitime les puissances révisionnistes comme arbitres naturels de l’ordre mondial.
Il est difficile pour moi de réconcilier Trump l’homme et Trump la nécessité. Je comprends l’argument du «mal nécessaire» — et il a une logique. Mais quand ce mal propose à Pékin et à Moscou de détruire ensemble la Cour pénale internationale, il faut appeler les choses par leur nom : c’est une trahison des valeurs occidentales, même si c’est involontaire.
Zelensky, l'héroïsme solitaire au milieu du grand marchandage
L’Ukraine qui avance pendant que les diplomates tergiversent
Pendant que Trump mendait l’aide de Xi et que Pékin formait les soldats ennemis de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky continuait à diriger un pays en guerre avec une détermination que peu de leaders auraient eu. Les forces ukrainiennes ont démontré en 2026 une capacité de reconquête territoriale inédite depuis l’opération de Kharkiv en 2022. L’Ukraine a frappé Saint-Pétersbourg par drones pendant le Forum économique russe — un symbole éclatant que Kiev peut désormais atteindre le cœur symbolique du régime poutinien.
Ce contexte de progrès ukrainien sur le terrain est capital pour comprendre le paradoxe trumpien. Trump presse Zelensky de négocier depuis des mois, lui demandant en mars 2026 de «se bouger» comme si la victime d’une agression était responsable de sa propre délivrance. Or, c’est précisément à ce moment que l’Ukraine démontre le mieux sa capacité de résistance — et même de victoire.
Une position ukrainienne de plus en plus forte, ignorée par Washington
Le G7 d’Evian-les-Bains de juin 2026 s’est conclu par une déclaration unifiée pledgeant un «soutien indéfectible» à l’Ukraine et engageant quatre milliards de dollars supplémentaires en aide militaire, avec un accent sur les intercepteurs Patriot, l’artillerie longue portée et les drones. Trump a lui-même signé cette déclaration — preuve que, contraint par ses alliés, il sait reconnaître la réalité ukrainienne.
Mais la vérité est que l’Ukraine n’avait pas besoin que Washington cède à Pékin. Elle avait besoin de munitions, de défense aérienne, de systèmes de frappe longue portée — les outils qui lui permettent de créer les conditions d’une paix juste. Zelensky n’est pas un obstacle à la paix. Il en est la seule condition possible, si tant est qu’on entende par paix autre chose qu’une capitulation déguisée.
Je me bats avec cette réalité depuis le début de cette guerre : un homme seul, élu démocratiquement, refuse de capituler face à une puissance nucléaire. Zelensky incarne quelque chose que nos démocraties ont perdu — la conviction que les valeurs valent qu’on meure pour elles. C’est vertigineux, et c’est nécessaire.
La Chine comme arbitre mondial : le risque de légitimation
Pékin construit son image de «stabilisateur» global
Une enquête Gallup publiée en 2025 sur plus de 130 pays révèle que, pour la première fois depuis près de deux décennies, la Chine surpasse les États-Unis dans l’approbation mondiale du leadership : 36 % contre 31 %. Ce chiffre, analysé par The Week en juin 2026, illustre une dynamique narrative que l’Occident n’a pas su contrer. Pendant que Washington semblait perturber l’ordre mondial — par ses guerres commerciales, ses retraits des institutions multilatérales, ses pressions sur Kyiv — Pékin se positionnait en constructeur de paix.
Cette image est construite sur des mensonges soigneusement cultivés. La Chine a joué le même rôle avec l’Iran : condamner les frappes américaines sur l’infrastructure nucléaire iranienne, proposer une médiation, faire semblant de contribuer à la résolution. Les experts du Brookings Institute l’ont noté : la Chine a présenté les États-Unis comme «les fauteurs de guerre» et elle-même comme la force stabilisatrice. Or, selon le Center for European Policy Analysis (CEPA), «le soutien indispensable de la Chine a permis au régime russe de soutenir son effort de guerre pendant plus de quatre ans malgré des sanctions internationales sans précédent».
Quand les mots de Pékin contredisent les actes de Pékin
La duplicité chinoise atteint des sommets en 2026. D’un côté, Wang Yi affirme que la Chine «n’a pas fourni d’armes létales à l’une ou l’autre partie» et «a appliqué un contrôle strict des articles à double usage». De l’autre, la Commission américaine sur la sécurité économique et les relations entre les États-Unis et la Chine (USCC) documente dans un rapport de juin 2026 comment les entreprises chinoises demeurent parmi les principaux fournisseurs de composants à double usage aux entreprises russes de la défense.
Selon The Diplomat, «un rapport de mars 2026 de l’ASPI a documenté la coopération croissante entre la Chine et la Russie en matière de défense, avec une multiplication des exercices militaires conjoints depuis l’invasion de 2022». Et pendant ce temps, Pékin propose de servir de garant d’un accord de paix ukrainien. Accepter cette proposition serait équivalent à laisser l’incendiaire superviser les travaux de reconstruction.
Il y a quelque chose d’absolument glaçant dans cette capacité de la Chine à dire une chose et faire son contraire, à une échelle que même les dictatures classiques n’atteignent pas. C’est de la realpolitik à l’état pur, et nous n’avons pas encore les anticorps diplomatiques pour y résister.
Les conséquences pour l'architecture de sécurité occidentale
L’Europe entre soutien à l’Ukraine et dépendance à Pékin
Le sommet du Conseil européen de Bruxelles des 18 et 19 juin 2026 a réaffirmé que «tout règlement de paix doit être juste et durable, fondé sur la Charte des Nations Unies et le droit international, et que l’avenir de l’Ukraine ne peut être décidé sans l’Ukraine». Cette position est juste. Elle est même courageuse dans le contexte actuel. Mais l’Europe reste tiraillée entre son soutien résolu à Kyiv et sa dépendance économique à Pékin — notamment pour les métaux des terres rares que la Chine contrôle et qu’elle a récemment restreints à l’exportation, ce qui a mis Washington «très en colère», selon le SCMP.
Cette dépendance structurelle est une arme entre les mains de Xi Jinping. En contrôlant les chaînes d’approvisionnement en terres rares essentielles aux technologies militaires et civiles, la Chine peut peser sur les décisions occidentales sans tirer un seul coup de feu. La guerre commerciale, les sanctions, les contre-sanctions — tout cela crée un environnement dans lequel l’Occident négocie en position de faiblesse même quand ses valeurs sont en jeu.
L’OTAN face à la coalition des autocrates
Le CEPA a publié en juin 2026 un rapport intitulé «The China-Russia Authoritarian Meta-Threat» qui établit clairement que nous ne faisons pas face à deux crises séparées — Ukraine d’un côté, Chine de l’autre — mais à une seule architecture de pouvoir autoritaire qui regroupe la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord. La présence de soldats nord-coréens sur les lignes de front ukrainiennes, la formation de soldats russes en Chine, l’approvisionnement iranien en drones — tout cela forme un système cohérent.
Dans ce contexte, le sommet de l’OTAN d’Ankara prévu en juillet 2026 sera crucial. L’Allemagne s’est engagée à 11 milliards d’euros d’aide à l’Ukraine et vers un objectif de défense à 5 % du PIB. La France et le Royaume-Uni portent le projet de Coalition des Volontaires — une présence européenne de sécurité en Ukraine post-cessez-le-feu. Mais tout cela peut être sapé si Washington légitime Pékin comme arbitre principal du conflit.
Je me souviens d’avoir lu les analyses de la fin des années 1930, quand des dirigeants occidentaux pensaient pouvoir «gérer» Hitler en lui accordant des concessions. Je ne fais pas une comparaison facile — mais le pattern de la légitimation de l’agresseur par l’appeasement diplomatique est reconnaissable. Et il devrait nous inquiéter.
Trump, mal nécessaire : ce qu'il a de bon, ce qu'il a de dangereux
La logique trumpienne et sa cohérence interne
Soyons honnêtes. La stratégie de Trump a une logique interne que ses adversaires progressistes refusent souvent d’admettre. Selon Politico de mars 2026, l’administration Trump croit sincèrement que mettre fin à la guerre en Ukraine pourrait affaiblir l’alliance Russie-Chine en réintégrant Moscou dans l’économie mondiale dominée par l’Occident. Fred Fleitz, ancien chef de cabinet du NSC de Trump, résume : Trump «a exercé des pressions sur Poutine pour qu’il mette fin à la guerre afin de normaliser les relations de la Russie avec les États-Unis et l’Europe» et «voit correctement l’alliance croissante Russie-Chine comme une menace bien plus grande pour la sécurité mondiale que la guerre en Ukraine».
Cette vision n’est pas stupide. Si la Russie pouvait être séparée de la Chine par un accord diplomatique, cela affaiblirait effectivement le bloc autoritaire. Le problème est que Poutine n’a aucun intérêt à se soumettre à cet agenda, et que Xi a tout intérêt à maintenir l’incertitude pour maximiser son pouvoir de négociation.
Les limites d’une approche transactionnelle du droit international
Là où Trump devient franchement dangereux, c’est dans son traitement du droit international comme d’une variable négociable. Sa proposition de coalition États-Unis–Chine–Russie contre la Cour pénale internationale n’est pas anodine. Elle signale aux régimes du monde entier que les crimes de guerre peuvent être effacés par un accord commercial suffisamment avantageux. C’est la destruction systématique de l’architecture de responsabilité internationale que l’Occident a mis des décennies à construire après 1945.
Et c’est là le paradoxe fondamental : Trump peut parfois forcer des résultats que les diplomaties conventionnelles n’auraient jamais obtenus — son accord de cessez-le-feu au Moyen-Orient en est un exemple récent. Mais la méthode érode les fondations mêmes sur lesquelles repose la supériorité normative de l’Occident face aux autocrates.
Je suis coincé dans cette tension, et je l’assume : Trump est un mal nécessaire qui fait parfois des choses utiles par des méthodes toxiques. Le problème, c’est que les méthodes toxiques survivent aux résultats utiles. Et que c’est l’Occident qui paie la facture sur le long terme.
La formation secrète : la Chine porte-t-elle réellement les armes de Poutine ?
Reuters, l’UE et les preuves documentées
En mai 2026, Reuters a cité trois agences de renseignement européennes et un accord signé entre la Chine et la Russie pour révéler que l’Armée populaire de libération a secrètement formé environ 200 militaires russes fin 2025, certains étant depuis retournés combattre en Ukraine. La formation portait sur la guerre par drones, la guerre électronique et les tactiques d’infanterie blindée. Des installations à Beijing, Nanjing et d’autres sites ont servi à cet entraînement.
Ces faits ont été officiellement confirmés le 15 juin 2026 par Kaja Kallas lors d’une conférence de presse à Luxembourg : «Nous avons maintenant vérifié les rapports selon lesquels l’armée chinoise a formé des militaires russes pour combattre en Ukraine. Nous évaluons soigneusement les implications.» L’UE a simultanément sanctionné deux entreprises chinoises accusées de fournir des équipements liés au complexe militaro-industriel russe.
Le déni cynique de Beijing
La réponse de Pékin a été immédiate et prévisible. Lin Jian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a qualifié ces affirmations de «purement diffamatoires» et sans «fondement factuel». Mais cette posture de déni absolu — quelle que soit la solidité des preuves présentées — est devenue la marque de fabrique de la communication chinoise. Elle ne cherche pas à convaincre. Elle cherche à épuiser. À créer assez de brouillard pour que chaque affirmation occidentale finisse par sembler être une opinion parmi d’autres.
Ce déni systématique me dérange profondément. Non parce qu’il est surprenant — il est parfaitement prévisible — mais parce qu’il fonctionne. Une partie de l’opinion mondiale finit par croire que «la vérité est quelque part au milieu». C’est exactement ce que Pékin veut. Et nous n’avons pas encore trouvé comment y répondre.
L'histoire des négociations : pourquoi elles ont toutes échoué
D’Istanbul à Abu Dhabi : l’impasse permanente
Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, plusieurs cycles de négociations ont été tentés. Les discussions trilatérales d’Abu Dhabi de janvier 2026 entre les États-Unis, l’Ukraine et la Russie ont abouti à un accord sur un échange de 314 prisonniers de guerre, mais ont laissé les questions politiques et sécuritaires fondamentales sans réponse. Les pourparlers d’Istanbul de juillet 2025 ont échoué sans accord de cessez-le-feu. Genève en février 2026 a produit peu de résultats concrets.
La raison fondamentale de cet échec est que la Russie maintient des exigences maximales : reconnaître les territoires occupés, renoncer à l’OTAN, «dénazifier» l’Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a publié un essai en juin 2026 réaffirmant ces positions, décrivant toute proposition européenne comme un «ultimatum occidental». Ces exigences ne sont pas des positions de négociation. Ce sont des conditions de capitulation.
La tentative de cessez-le-feu de mai 2026 : test raté
Un cessez-le-feu de trois jours tenté en mai 2026, qui prévoyait un échange de 1000 prisonniers de part et d’autre, s’est effondré en quelques jours. Selon des analystes cités en juin 2026, cet échec est un test empirique direct : dans les conditions actuelles, même un cessez-le-feu minimal n’est pas applicable. Toute proposition future devra prendre en compte cette réalité, plutôt que de la traiter comme une anomalie.
Chaque fois que je lis le bilan de ces négociations avortées, je ressens la même chose : la Russie n’a jamais négocié de bonne foi. Jamais. Et pourtant, à chaque round, l’Occident repart avec l’espoir que «cette fois sera différente». Je voudrais me tromper. Je ne me trompe pas.
La rhétorique de la «neutralité» chinoise : anatomie d'un mensonge d'État
Les douze points qui ne disent pas l’essentiel
En février 2023, la Chine a publié un document de douze points sur «la position de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne». Ce texte appelle à un cessez-le-feu et à la «cessation des sanctions unilatérales» contre la Russie. Il invoque la souveraineté — mais sans exiger le retrait des troupes russes du territoire ukrainien. Il prétend à la neutralité, mais inclut les demandes fondamentales de Moscou.
En mars 2026, lors d’une réunion avec Kaja Kallas, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a déclaré ouvertement que la Chine n’accepterait pas que la Russie perde cette guerre en Ukraine. Ce n’est pas de la neutralité. C’est du soutien à peine voilé à l’agresseur, habillé dans le langage de la diplomatie multilatérale.
L’Organisation internationale pour la médiation : Pékin invente sa propre ONU
L’initiative la plus alarmante est peut-être la moins commentée. La Chine a créé une Organisation internationale pour la médiation — un cadre institutionnel alternatif aux mécanismes de résolution des conflits de l’ONU, conçu pour donner à Beijing un rôle institutionnel dans les conflits mondiaux. La Birmanie a rejoint ce «Groupe des Amis de la Gouvernance mondiale» en juin 2026. D’autres suivront.
La Chine est en train de construire une architecture parallèle à l’ONU, avec ses propres règles, ses propres arbitres, ses propres définitions de la paix et de la justice. Si nous laissons cela se faire sans résistance, nous ne pourrons pas dire que nous n’avions pas été prévenus.
Le vrai test : que peut réellement faire Xi Jinping pour Poutine ?
Pékin a-t-il vraiment de l’influence sur Moscou ?
La question fondamentale que peu d’analystes posent ouvertement : Xi Jinping peut-il réellement contraindre Poutine à changer de comportement ? La réponse est complexe. D’un côté, la Russie est de plus en plus dépendante économiquement et technologiquement de la Chine depuis les sanctions occidentales de 2022. Selon un article de Charter97 de juin 2026, «la Chine n’a pas besoin d’annexer formellement le territoire russe pour le dominer. La dépendance économique, l’effet de levier financier et l’intégration régionale peuvent accomplir ce que la conquête militaire exigeait autrefois.»
De l’autre côté, si Xi a effectivement dit à Trump que Poutine «pourrait regretter» l’invasion — comme le rapporte le Financial Times — c’est la première fois qu’un tel jugement était émis par Pékin. Mais une évaluation privée n’est pas une pression diplomatique. Et Beijing a clairement intérêt à ce que la guerre continue: elle affaiblit la Russie, la rend dépendante, et elle absorbe les ressources et l’attention stratégique de l’Occident.
La Russie, vassale de la Chine qui ne veut pas l’admettre
Ce qui est frappant dans l’analyse de la relation sino-russe en 2026, c’est l’asymétrie croissante. La Russie avait lancé son invasion sous la bannière de la restauration de la grandeur impériale. Elle risque de terminer cette guerre comme le satellite économique de la Chine, dépendant de Beijing pour ses importations d’électronique, d’équipements industriels, de véhicules et de technologies à double usage. Poutine, qui rêvait de restaurer l’empire russe, pourrait passer à l’histoire comme celui qui a transformé la Russie en province économique de l’Empire du Milieu.
Il y a quelque chose d’ironique et de presque tragique dans cette trajectoire : un autocrate qui voulait humilier l’Occident est en train d’humilier son propre pays en le livrant à la domination chinoise. Je ne plains pas Poutine. Je constate simplement que les impérialismes se dévorent entre eux.
Les positions de l'Occident : unité de façade, fissures en profondeur
Le G7 d’Evian : fermeté sur le papier, tensions dans les coulisses
Le G7 d’Evian-les-Bains de juin 2026 a affiché une unité de façade. La déclaration commune a reconnu l’amélioration de la position ukrainienne sur le terrain et s’est engagée à accélérer la livraison de systèmes de défense aérienne, de munitions et de drones. Trump a signé — contraint par ses alliés européens. Dans les coulisses, les tensions restaient profondes.
Le projet de loi SABER Act, porté par une coalition bipartisane au Sénat américain incluant Tim Kaine, John Cornyn et Chris Coons, cherche à utiliser les avoirs souverains russes gelés — quelque 300 milliards de dollars — pour financer directement l’achat d’équipements militaires létaux pour l’Ukraine. C’est une initiative audacieuse qui force Moscou à financer sa propre défaite.
L’Europe s’organise sans l’Amérique, si nécessaire
L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les pays baltes avancent sur le projet de Coalition des Volontaires — une présence militaire européenne en Ukraine pour garantir tout futur accord de cessez-le-feu. Le sommet de l’OTAN d’Ankara prévu en juillet 2026 sera le moment de vérité : soit l’Alliance réaffirme sa solidarité stratégique, soit Trump utilise cet événement pour obtenir de nouvelles concessions en faveur de Moscou et de Pékin.
Je veux croire que l’Europe apprend. Que les Français, les Allemands, les Britanniques et les Baltes comprennent enfin que leur sécurité ne peut pas dépendre indéfiniment de la bonne volonté de Washington. L’autonomie stratégique européenne n’est plus un slogan de gauche. C’est une nécessité de survie.
Ce que la paix exige réellement : les conditions non négociables
Une paix juste, pas une paix imposée
Le Conseil européen de juin 2026 a été très clair : «l’avenir de l’Ukraine ne peut être décidé sans l’Ukraine». Ce principe semble évident. Il est pourtant constamment remis en cause par une dynamique trumpienne qui traite Kyiv comme une variable d’ajustement dans un grand bargain géopolitique entre les grandes puissances.
Une paix juste exige le retrait des forces russes des territoires ukrainiens reconnus internationalement. Elle exige des garanties de sécurité crédibles pour l’Ukraine — pas les Accords de Minsk bis qui seraient violés en quelques mois. Elle exige des mécanismes de responsabilité pour les crimes de guerre commis sur le territoire ukrainien. Aucune de ces conditions ne peut être garantie par un médiateur qui entraîne les soldats de l’agresseur.
La question des garanties : le nœud gordien
Le nœud gordien de toute négociation reste les garanties de sécurité. L’Ukraine ne peut accepter un cessez-le-feu sans des garanties qui la protègent d’une prochaine invasion — sachant que les Accords de Budapest de 1994 et les Accords de Minsk ont été violés. Le sénateur ukrainien et le gouvernement de Zelensky ont proposé une séquence : accord provisoire en mars 2026, referendum coïncidant avec les élections en mai. Tout cela exige une présence américaine ou européenne en Ukraine, non un retrait américain vers la complicité diplomatique avec Pékin.
La question des garanties est celle qui me hante le plus dans cette analyse. Parce qu’une paix sans garanties n’est pas une paix. C’est un cessez-le-feu qui recharge les batteries russes pour la prochaine invasion. Et personne ne peut dire que nous n’avons pas appris cette leçon à Minsk. Personne.
Conclusion : la paix ne peut pas venir de ceux qui alimentent la guerre
Le risque systémique de la légitimation de Pékin
Confier à la Chine le rôle d’arbitre de la paix ukrainienne n’est pas seulement paradoxal. C’est systémiquement dangereux. Si Beijing obtient ce rôle — avec l’aval de Washington — elle devient le référent incontournable de tout futur conflit. La prochaine crise à Taiwan, la prochaine guerre en mer de Chine méridionale, le prochain accrochage entre l’Inde et le Pakistan : dans tous ces cas, Pékin pourra se prévaloir de son statut d’arbitre pour imposer sa vision de l’ordre mondial, une vision qui n’a rien à voir avec les valeurs démocratiques occidentales.
L’Occident doit choisir. Il peut laisser Trump gérer la paix ukrainienne comme une transaction avec des acteurs qui se fichent du droit international. Ou il peut défendre collectivement le principe selon lequel les agresseurs ne méritent pas de récompenses, et que les arbitres de paix ne peuvent pas être les armateurs de guerre.
Zelensky résiste — et c’est pour nous tous
Dans ce panorama sombre, il y a une lumière qui ne s’éteint pas : Volodymyr Zelensky et le peuple ukrainien. Ils combattent depuis cinq ans avec une Ukraine qui, selon toutes les analyses, n’aurait pas dû survivre aux premières semaines. Ils ont reconquis des territoires. Ils ont frappé au cœur de la Russie. Ils ont fait honte à toutes les prédictions de capitulation rapide. Ce qu’ils méritent en retour, c’est un soutien univoque de l’Occident, pas un grand bargain avec Pékin dont les détails leur seraient imposés de l’extérieur.
La question que nous devons nous poser collectivement, en Europe et en Amérique du Nord, n’est pas «comment finir cette guerre le plus vite possible». C’est «comment finir cette guerre de manière à ce qu’il n’y en ait pas une prochaine». La réponse à cette question ne peut pas venir de Beijing.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Trump personally asked Xi for help ending Russia’s war on Ukraine — Euromaidan Press, 2 juin 2026
Sources secondaires
The China-Russia Authoritarian Meta-Threat — Center for European Policy Analysis (CEPA), 4 juin 2026
One reason Trump won’t give up on Putin peace deal — China — Politico, 17 mars 2026
The West Indulges China in Its Backing for Russia Against Ukraine — The Diplomat, 27 mai 2026
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