Un règlement à l’amiable entre Trump et son propre gouvernement
Pour comprendre l’Anti-Weaponization Fund, il faut remonter à janvier 2026, lorsque Donald Trump dépose une plainte civile contre l’IRS pour dix milliards de dollars, alléguant que ses déclarations fiscales ont été illicitement divulguées par un sous-traitant fédéral en 2019. Cette plainte est déjà contestée sur le fond par des observateurs juridiques, puisque Trump est simultanément plaignant et chef de l’exécutif superviseur de l’agence poursuivie. Avant même que l’affaire avance, le procureur général Blanche annonce un accord à l’amiable : Trump renonce à ses dix milliards, et en échange, le Département de justice crée le fonds de 1,776 milliard de dollars.
L’argent proviendra du Judgment Fund, une appropriation perpétuelle du Congrès permettant au Département de justice de régler des affaires sans vote spécifique des élus. Cinq commissaires seront nommés par le procureur général, avec un cinquième choisi en consultation avec les dirigeants du Congrès. Le président peut destituer n’importe quel commissaire sans cause. Le fonds cessera d’accepter des demandes au plus tard le 1er décembre 2028. Mais surtout, une annexe d’une page, signée par Blanche le 19 mai et discrètement jointe via un lien hypertexte dans un communiqué du Département de justice, stipule que le gouvernement est « à jamais interdit » de poursuivre toute action liée aux déclarations fiscales des plaignants — une exemption d’audit qui couvre Trump, ses fils et leurs entreprises pour une durée indéfinie.
Qui peut prétendre à ces indemnisations ?
Selon le Département de justice, « tout le monde peut déposer une demande » et il n’y a « aucune condition partisane ». Blanche soutient que des démocrates pourraient également en bénéficier. Mais la réalité structurelle du fonds contredit cette affirmation : les critères d’éligibilité sont définis par des commissaires nommés par le procureur général, lui-même nommé par Trump. Le fonds est explicitement conçu pour compenser les victimes de la « weaponization » par des administrations démocrates précédentes. Des centaines de personnes ayant participé aux événements du 6 janvier 2021 ont déjà déposé des demandes, certains avant même que le processus officiel ne soit établi.
L’ancien procureur Andrew Floyd, qui dirigeait la section Capitol Siege Task Force avant d’être licencié par le Département de justice en juillet 2025, est l’un des premiers plaignants à contester le fonds devant les tribunaux. Le leader des Proud Boys, Enrique Tarrio, condamné pour son rôle dans l’assaut du Capitole, a publiquement salué le fonds et annoncé son intention de déposer une demande d’indemnisation. Blanche lui-même, interrogé par des élus, a refusé d’exclure que des personnes condamnées pour avoir agressé des policiers le 6 janvier puissent recevoir des paiements — indiquant que ce serait aux commissaires de décider en fonction du « comportement de la personne, de sa peine, du temps passé en prison ».
La construction juridique de ce fonds me rappelle ces montages financiers opaques qu’on voit parfois dans des régimes qui commencent à glisser. On crée une structure formellement légale, alimentée par des fonds publics préexistants, gérée par des loyaux du régime, sans véritable contrôle du Congrès ni transparence sur les critères d’attribution. C’est peut-être techniquement permis par la loi. Mais ce n’est pas ce que devrait faire une démocratie digne de ce nom.
La juge Brinkema entre en scène : le bras de fer commence
La première injonction temporaire du 29 mai 2026
Le 29 mai 2026, la juge Leonie Brinkema du tribunal de district des États-Unis pour le district est de Virginie, nommée par Bill Clinton, émet une ordonnance de restriction temporaire bloquant le Département de justice, le Trésor et d’autres hauts fonctionnaires de l’administration Trump de prendre toute mesure supplémentaire pour créer ou opérer le fonds. Son objectif explicite est de s’assurer qu’aucun fonds ne soit « irrévocablement décaissé » pendant l’examen des arguments juridiques. L’ordonnance concerne le transfert d’argent vers le fonds, l’examen de demandes soumises au fonds, et tout décaissement de fonds.
Cette ordonnance fait suite à la plainte déposée par Andrew Floyd — l’ancien procureur licencié — et Jonathan Caravello, un professeur californien acquitté en avril d’une accusation d’agression sur agent fédéral. Leur recours, introduit devant le tribunal de district est de Virginie, allègue que le fonds viole le Premier Amendement, la clause des appropriations, et la garantie d’égalité de protection. Ils soutiennent que les critères d’éligibilité, limités aux victimes de ciblage par des administrations « démocrates », les excluent structurellement. Le lendemain, Democracy Forward, une organisation de surveillance gouvernementale, dépose une plainte similaire au nom d’une coalition incluant la ville de New Haven dans le Connecticut, Common Cause, et la National Abortion Federation.
L’audience du 12 juin : un camouflet judiciaire
L’audience du 12 juin 2026 tourne rapidement à la confrontation. La juge Brinkema interroge l’avocat du Département de justice, Andrew Block, sur les raisons pour lesquelles le ministère n’a pas formellement révoqué le mémo Blanche du 18 mai qui a institué le fonds. Block ne peut fournir aucune réponse. « Je ne peux pas croire, vu l’importance de la question, que vous n’ayez pas de réponse », rétorque Brinkema. Elle ajoute : « Il y a un fossé énorme dans le dossier si nous n’avons pas de réponse à cette question. » La juge souligne également que les déclarations publiques de Blanche — « Nous n’allons pas de l’avant avec le fonds, point final » — et de Trump — « Je ne sais pas, il faut que je consulte les avocats » — n’ont jamais été faites sous serment, sous peine de parjure.
À l’issue de l’audience, Brinkema émet une injonction préliminaire bloquant indéfiniment le fonds, et interdit au gouvernement de le « reconstituer sous un nom différent ». Elle donne au procureur général Blanche et au secrétaire au Trésor Scott Bessent une semaine pour déposer une déclaration sous serment confirmant que le fonds ne procédera pas. En l’absence d’une telle déclaration, les plaignants seront autorisés à commencer une collecte de preuves sur les origines et le statut du programme. La juge conclut que l’équilibre des préjudices pèse clairement en faveur des plaignants, et que le fonds viole la séparation des pouvoirs en piétinant l’autorité du Congrès sur les finances publiques.
L’image de cette juge fédérale, nommée par Clinton, demandant à l’avocat de l’administration la plus puissante du monde : « Pourquoi n’avez-vous pas simplement annulé ce mémo ? » et ne recevant aucune réponse — cette image dit tout. Ce n’est pas seulement une défaillance juridique. C’est le symptôme d’une administration qui considère que les institutions sont des obstacles à contourner plutôt que des garde-fous à respecter.
Les enjeux constitutionnels : trois violations majeures
La clause des appropriations et le pouvoir du Congrès sur le budget
Le premier angle constitutionnel est celui de la clause des appropriations (Article I, Section 9, Clause 7 de la Constitution américaine), qui stipule qu’aucun argent ne peut être prélevé sur le Trésor public sans une loi du Congrès. L’administration Trump argumente que le fonds est alimenté par le Judgment Fund, une appropriation perpétuelle votée par le Congrès au titre du 31 U.S.C. § 1304, utilisée depuis plus de cinquante ans pour permettre au Département de justice de régler des affaires sans vote spécifique des élus. Mais les critiques rétorquent que cette appropriation perpétuelle a été conçue pour des règlements ordinaires au cas par cas — pas pour la création d’une agence quasi-indépendante dotée d’un milliard et demi de dollars et de commissaires nommés par l’exécutif.
Les sénateurs bipartisans Bill Cassidy (républicain de Louisiane) et Cory Booker (démocrate du New Jersey) l’ont formulé clairement dans un mémoire d’amicus curiae déposé le 4 juin : le fonds pose une « menace immédiate et sérieuse à notre ordre et à l’autorité du Congrès ». Selon eux, il porte atteinte aux clauses des appropriations, des émoluments et des nominations, et empiète sur le contrôle du Congrès sur les finances fédérales. À leurs yeux, l’existence du fonds « sape l’autorité du Congrès et notre cadre constitutionnel ». La question est simple : peut-on utiliser une appropriation perpétuelle pour créer une nouvelle entité gouvernementale de toutes pièces via un accord à l’amiable présidentiel ?
La séparation des pouvoirs et l’autotraitement présidentiel
Le deuxième problème constitutionnel est encore plus fondamental : Trump est simultanément le plaignant et le chef de l’exécutif supervisant l’agence défenderesse dans l’affaire IRS. Ce double rôle rend le règlement à l’amiable juridiquement suspect. Trente-cinq anciens juges fédéraux ont allégué que ce mécanisme constitue une « fraude contre la cour » — le procès IRS était « collusoire dès le début » et a été utilisé comme une fiction légale pour obtenir l’approbation judiciaire d’un accord qui n’aurait jamais dû voir le jour. La juge de Miami Kathleen Williams a accepté de rouvrir l’affaire en mai 2026, notant que des allégations « grieveuses » avaient été soulevées selon lesquelles les parties avaient induit le tribunal en erreur.
La clause des nominations est également en jeu : en créant une commission de cinq membres nommés par le procureur général, sans confirmation du Sénat, l’administration crée des « officiers inférieurs » au sens de la Constitution américaine, potentiellement sans la procédure constitutionnellement requise. L’exemption d’audit accordée à Trump et sa famille soulève en outre la question de la clause des émoluments : le président peut-il, via un accord juridique impliquant son propre gouvernement, s’accorder une immunité fiscale permanente ? L’avocat Bruce Green, ancien procureur fédéral enseignant à l’Université Fordham, résume le problème : « Cela retourne la loi et la démocratie à l’envers. Le gouvernement a soumis le processus démocratique en 2026 pour récompenser ceux qui ont tenté de le détruire en 2021. »
Je veux être honnête sur mes propres limites : je ne suis pas constitutionnaliste américain. Mais il me semble évident que lorsqu’un président peut, via un procès contre sa propre agence, créer une nouvelle entité gouvernementale dotée d’un milliard de dollars et dirigée par ses loyaux, quelque chose de fondamental a été brisé dans le système des contre-pouvoirs. Et cette cassure mérite d’être nommée clairement, sans ménagement.
Le Département de justice contre le tribunal : qui dit vrai ?
Les déclarations contradictoires de Blanche et de Trump
La séquence des événements entre le 29 mai et le 20 juin 2026 illustre de manière spectaculaire les contradictions internes de l’administration Trump. Le 2 juin, le Département de justice annonce qu’il « respectera » l’ordonnance du tribunal et fait une pause temporaire. Le même jour, le DOJ déclare dans un communiqué officiel qu’il est « extrêmement confiant dans la légalité » du fonds et refuse de dire que cela signifie son abandon permanent. Le 3 juin, Blanche déclare devant le Congrès : « Nous n’allons pas de l’avant avec le fonds. Point final. » Mais il refuse de mettre cela par écrit.
Le lendemain, Trump déclare aux journalistes de la Maison Blanche qu’il « aime » le fonds et le trouve « si important ». Le 7 juin, dans une interview à NBC News avec Kristen Welker, il défend l’initiative avec plus de vigueur encore, affirmant que les personnes condamnées pour avoir agressé des policiers le 6 janvier méritent peut-être une compensation. Il ne peut pas exclure des paiements à ces individus. Le 8 juin, interrogé sur le statut du fonds, il répond : « Je ne sais pas. » Cette incohérence flagrante entre les déclarations de Blanche et celles du président constitue précisément la raison pour laquelle la juge Brinkema a refusé de lever son injonction — les paroles publiques non assermentées ne suffisent pas à établir la réalité juridique d’un abandon du fonds.
Le refus de produire une déclaration sous serment : le 19 juin 2026
Le 19 juin 2026, le Département de justice dépose une notice auprès du tribunal fédéral d’Alexandria dans laquelle il refuse explicitement de soumettre la déclaration sous serment demandée par Brinkema. Andrew Block, conseiller principal du sous-procureur général Stanley Woodward, argue que la demande est « inutile » et que contraindre des hauts fonctionnaires de l’exécutif à témoigner soulève de « graves problèmes de séparation des pouvoirs ». Le DOJ soutient que les déclarations orales de Blanche devant le Congrès et les allégations dans les actes de procédure suffisent à rendre l’affaire théorique — le fonds n’existe pas et ne sera jamais créé, donc il n’y a rien à juger.
Skye Perryman, présidente et directrice générale de Democracy Forward, répond avec précision : il est « révélateur » que les hauts fonctionnaires continuent de refuser de dire sous serment que le fonds est mort et ne sera pas opéré à l’avenir, et qu’ils n’ont fourni aucune information sous serment sur le respect des directives judiciaires antérieures. L’injonction préliminaire de Brinkema demeure donc en vigueur. Parallèlement, le sous-procureur général Woodward indique à Reuters qu’il existe peut-être une voie alternative via la Federal Tort Claims Act de 1946, permettant à des particuliers de déposer des plaintes administratives et des poursuites contre le gouvernement pour faute alléguée — un contournement potentiel du fonds bloqué.
Refuser de déposer une déclaration sous serment est un choix. Et ce choix parle plus fort que n’importe quelle déclaration verbale. Si le fonds est vraiment mort, pourquoi ne pas le dire sous peine de parjure ? La réponse évidente — qu’ils ne veulent pas s’engager juridiquement — confirme exactement ce que craint la juge Brinkema : que le fonds pourrait ressurgir sous une autre forme, à une autre occasion.
Les plaignants : qui s'oppose au fonds et pourquoi
Les procureurs du 6 janvier et les victimes de l’assaut du Capitole
Les plaignants dans l’affaire Floyd v. Department of Justice forment une coalition significative. Andrew Floyd, ancien procureur fédéral qui dirigeait la section Capitol Siege Task Force avant d’être licencié en juillet 2025, représente symboliquement tous ceux qui ont consacré leur carrière à poursuivre les auteurs de l’assaut du Capitole — et qui se retrouvent maintenant à voir ces mêmes individus réclamer des indemnisations publiques. Harry Dunn, ancien officier de la Police du Capitole, et Daniel Hodges, officier de la police métropolitaine, qui ont tous deux défendu le Capitole le 6 janvier 2021, ont intenté un procès séparé pour bloquer un fonds qui pourrait rémunérer ceux qui les ont agressés.
La logique de leur argument est imparable : comment un État démocratique peut-il à la fois condamner des individus pour avoir agressé ses forces de l’ordre et, quelques années plus tard, les indemniser pour avoir subi les poursuites judiciaires qui ont suivi ces actes ? La ville de New Haven dans le Connecticut figure également parmi les plaignants, tout comme Common Cause et la National Abortion Federation — des organisations qui affirment avoir été ciblées par l’administration Trump et qui seraient donc exclues par définition d’un fonds conçu pour les victimes des administrations démocrates. Leur argument de standing — leur qualité pour agir — est que le fonds est discriminatoire par nature.
La structure partisane du fonds comme violation de l’égalité
La juge Brinkema a été convaincue que certains plaignants ont bien qualité pour agir, notamment en raison de la structure du fonds et de la probabilité que les personnes aux opinions politiques opposées à l’administration se voient refuser toute compensation. C’est un point essentiel : le Premier Amendement protège l’égalité de traitement par le gouvernement. Si un fonds public est structurellement conçu pour favoriser les partisans d’un camp politique et exclure les opposants, il constitue une discrimination basée sur les opinions politiques — ce qui est inconstitutionnel selon la jurisprudence américaine.
Barbara McQuade, ancienne procureure fédérale pour le district est du Michigan et professeure de droit à l’Université du Michigan, appelle le fonds « un exemple flagrant de corruption et d’autotraitement ». Pour elle, ce serait simplement « un cadeau, pur et simple ». Mimi Rocah, ancienne procureure fédérale, résume le problème de crédibilité : « Blanche affirme que cela sera accessible à tout le monde et sans biais, mais personne ne le croit. » La structure même du fonds — commissaires nommés par le procureur général, critères définis par l’exécutif, présupposé que seules les administrations démocrates ont « weaponisé » le gouvernement — rend cette affirmation d’impartialité structurellement impossible à soutenir.
Ce qui me frappe dans cette affaire, c’est la sophistication cynique du montage. Ce n’est pas une corruption grossière. C’est une corruption élégante, habillée en légitimité juridique, reposant sur des appropriations existantes et des procédures établies. C’est précisément ce genre de dérive qui érode les démocraties de l’intérieur — non pas d’un seul coup, mais par accumulation de précédents.
Le contexte politique : la rébellion républicaine
Quand la base républicaine résiste à Trump
Ce qui est remarquable dans l’affaire de l’Anti-Weaponization Fund est la résistance qu’il a suscitée non pas seulement des démocrates, mais au sein même du Parti républicain. Le sénateur Thom Tillis, qui ne passe pas pour un modéré, a qualifié la logique du fonds de « stupide au cube ». Susan Collins a voté avec les démocrates pour tenter de tuer le fonds lors d’un vote sénatorial sur le projet de loi de financement de l’immigration. John Thune, chef de la majorité républicaine au Sénat, a demandé des éclaircissements sur le sort du fonds alors que celui-ci menaçait de faire dérailler l’agenda législatif du Parti républicain en matière d’immigration.
Cette rébellion républicaine n’est pas motivée par des principes constitutionnels — du moins pas principalement. Elle est motivée par le calcul politique : le fonds risquait de devenir un boulet électoral, associant le Parti républicain à l’idée de payer des personnes condamnées pour avoir agressé des policiers. Lors d’un vote sénatorial sur le projet de loi de 70 milliards de dollars pour l’ICE et la police des frontières, une motion de Schumer pour tuer le fonds a failli passer à 50-49. Les amendements visant à interdire statutairement le fonds ont finalement échoué, mais le malaise républicain était réel. C’est ultimement cette pression parlementaire interne — et non uniquement la résistance judiciaire — qui a conduit Blanche à déclarer le fonds « mort » devant le Congrès.
L’ambiguïté persistante de Trump
Mais Trump lui-même n’a jamais voulu fermer la porte définitivement. Le 7 juin 2026, il déclare que le fonds est une « grande idée » et que les personnes qui ont envahi le Capitole ont été « injustement poursuivies ». Il refuse d’exclure des paiements à ceux condamnés pour agressions sur policiers. Interrogé sur le statut du fonds, il répond qu’il devra « consulter ses avocats ». Cette ambiguïté calculée — permettant à Blanche de dire une chose au Congrès pendant que Trump dit autre chose aux médias — est la signature d’une administration qui joue sur plusieurs tableaux à la fois.
Stanley Woodward, le troisième plus haut fonctionnaire du Département de justice, a déclaré à Reuters le 12 juin : « À mon niveau, le fonds est mort. » Mais il a immédiatement ajouté que les personnes souhaitant déposer des réclamations contre le gouvernement pouvaient toujours le faire via le Federal Tort Claims Act — ouvrant ainsi une porte dérobée potentielle. Des centaines de personnes impliquées dans les événements du 6 janvier ont déjà déposé des plaintes administratives via ce mécanisme, et au moins dix ont intenté des poursuites judiciaires. La question de savoir si ces dossiers seront traités avec la même bienveillance que l’aurait fait le fonds officiel reste entière.
Trump est un maître de l’ambiguïté stratégique. Il laisse Blanche tuer le fonds publiquement tout en maintenant lui-même le suspense. Résultat : ses partisans croient que le fonds pourrait revenir, les républicains modérés peuvent dire qu’il est mort, et les tribunaux continuent de bloquer ce qui n’existe peut-être plus. C’est du génie politico-judiciaire — ou du cynisme à l’état pur. Dans les deux cas, c’est dangereux pour l’état de droit.
La question du Judgment Fund : un précédent explosif
Un outil ordinaire détourné à des fins extraordinaires
Au cœur du débat constitutionnel se trouve le Judgment Fund, créé par le Congrès au titre du 31 U.S.C. § 1304. Ce mécanisme existe depuis plus de cinquante ans et permet au Département de justice de régler des affaires sans vote spécifique du Congrès pour chaque paiement. C’est un outil standard, utilisé par des administrations des deux partis pour résoudre des litiges ordinaires. Le Département de justice argumente que l’Anti-Weaponization Fund s’inscrit exactement dans ce cadre légal — il ne s’agit que d’un règlement parmi d’autres.
Mais les critiques font valoir une distinction fondamentale : utiliser le Judgment Fund pour régler une affaire individuelle est très différent de l’utiliser pour créer une nouvelle agence quasi-gouvernementale dotée d’un milliard et demi de dollars, de cinq commissaires nommés politiquement, et d’un mandat de deux ans et demi pour traiter des demandes d’une catégorie entière de citoyens. Comme l’a souligné un avocat lors d’une audience : « On ne peut pas utiliser la fiction d’un règlement à l’amiable pour créer une nouvelle agence gouvernementale. » Si ce précédent est accepté, n’importe quel président pourrait théoriquement utiliser cette même mécanique pour créer des structures parallèles, financées par des appropriations existantes, sans approbation du Congrès.
La portée du précédent pour les futures administrations
C’est peut-être là l’enjeu le plus profond de cette affaire, au-delà des 1,776 milliard de dollars et des polémiques partisanes. Si les tribunaux valident l’utilisation du Judgment Fund de cette manière, ils créent un précédent que n’importe quelle administration future — démocrate ou républicaine — pourrait exploiter. Imaginez une administration future utilisant cette même technique pour créer un fonds d’indemnisation des victimes de pratiques policières abusives, ou un fonds pour compenser les demandeurs d’asile déboutés de manière arbitraire. La mécanique serait identique. Seule la couleur politique de ses bénéficiaires changerait.
C’est la raison pour laquelle la coalition des 35 anciens juges fédéraux — qui comprend des nommés des deux partis — a jugé important de se manifester. Et c’est pourquoi les sénateurs Cassidy et Booker, par-dessus les divisions partisanes, ont soumis leur mémoire d’amicus curiae. Le fond du problème n’est pas seulement Trump. C’est le précédent institutionnel. Les juges fédéraux Nancy Gertner et J. Michael Luttig — nommés respectivement par Clinton et Bush père — ont déclaré que même si le fonds est entièrement éteint, cela « n’efface en rien les préoccupations soulevées par la juge Williams ». L’enquête judiciaire sur le mécanisme lui-même doit continuer.
On parle beaucoup de Trump comme d’une exception, d’une anomalie, d’un accident de l’histoire démocratique américaine. Mais les précédents qu’il crée ne mourront pas avec son mandat. Ils resteront dans les livres de droit, disponibles pour le prochain dirigeant qui voudra s’en servir — peut-être avec moins de bruit médiatique, peut-être avec plus d’efficacité. C’est pour cette raison que les institutions doivent se défendre maintenant, solidement, même si cela paraît excessif.
Le profil de la juge Brinkema : une gardienne inattendue
Une carrière au service de l’état de droit
Leonie Brinkema est juge au tribunal de district des États-Unis pour le district est de Virginie depuis sa nomination par le président Bill Clinton. Elle siège à Alexandria, en Virginie, à quelques kilomètres de Washington. Peu connue du grand public, elle est une figure respectée de la magistrature fédérale, connue pour sa rigueur procédurale et son refus de se laisser intimider. Son ordonnance du 12 juin 2026 — condamnant l’insuffisance des assurances du gouvernement, exigeant des déclarations sous serment, interdisant toute reconstitution du fonds sous un nom différent — est le genre de jugement que les défenseurs de l’état de droit décrivent comme un rempart contre le glissement institutionnel.
Ce qui distingue Brinkema dans ce dossier est sa franchise. Lors de l’audience du 12 juin, elle ne cache pas son scepticisme face aux arguments du gouvernement. Quand l’avocat Block ne peut pas expliquer pourquoi le mémo Blanche instaurant le fonds n’a pas été formellement révoqué, elle dit ce qu’elle pense : « Je ne peux pas croire, vu l’importance de la question, que vous n’ayez pas de réponse. » Elle note dryement que le tribunal d’Alexandria a même reçu une demande de compensation — qu’il a retournée en disant « Nous n’acceptons pas de demandes ». Son injonction préliminaire va au-delà d’un simple blocage du fonds : elle interdit explicitement sa reconstitution sous quelque nom que ce soit.
La confrontation entre les branches exécutive et judiciaire
Le refus du Département de justice le 19 juin 2026 de déposer la déclaration sous serment demandée par Brinkema constitue une escalade significative. L’argument de la « séparation des pouvoirs » invoqué par le DOJ pour refuser de témoigner sous serment est doublement paradoxal : c’est précisément la séparation des pouvoirs que le fonds lui-même est accusé de violer, et le gouvernement utilise ce même principe pour se soustraire à la supervision judiciaire. La juge avait pourtant été explicite : si elle reçoit une telle déclaration, elle pourrait considérer l’affaire théorique et y mettre fin. Le gouvernement a donc choisi de maintenir l’incertitude plutôt que de fermer le dossier.
Les implications sont profondes. Brinkema a averti que si l’administration ne dépose pas la déclaration, les plaignants pourront commencer une phase de discovery — collecte de preuves — sur les origines et le statut du programme. Cela signifie des dépositions, des documents produits en justice, une transparence forcée sur les mécanismes internes d’un accord à l’amiable qui semble avoir été conçu en dehors des processus habituels. C’est peut-être précisément pour éviter cette transparence que le gouvernement préfère se battre sur la question de la séparation des pouvoirs plutôt que de simplement enterrer le fonds.
Je n’oublie pas que la juge Brinkema a été nommée par un démocrate, et que cela sera utilisé pour la discréditer. Mais voilà ce que je sais : les arguments qu’elle avance ne sont pas partisans. Ils portent sur la loi. Sur le serment. Sur la preuve. Sur la séparation des pouvoirs. Ce sont exactement les arguments qu’un juge nommé par un républicain devrait aussi soutenir. Le fait que certains ne le font pas dit plus de choses sur eux que sur elle.
Les implications pour les victimes du 6 janvier : un double langage d'État
Les condamnés réclament des indemnisations pour leurs propres crimes
L’une des dimensions les plus troublantes de l’affaire est la perspective de voir des personnes condamnées pour des violences contre des agents de l’État percevoir des indemnités financées par l’État. Des centaines de participants aux événements du 6 janvier 2021 — dont beaucoup ont été graciés par Trump — ont déjà déposé ou préparent des demandes d’indemnisation, soit via le fonds officiel (désormais bloqué), soit via le Federal Tort Claims Act. Le leader des Proud Boys, Enrique Tarrio, condamné à vingt-deux ans de prison pour sédition avant sa grâce, a salué le fonds et annoncé son intention d’y déposer une demande.
Le paradoxe est vertigineux : des personnes dont la culpabilité a été établie au-delà de tout doute raisonnable par des jurys de citoyens américains, pour des actes visant à empêcher la certification démocratique d’une élection, se présentent maintenant comme des victimes d’une justice politisée, et réclament des fonds publics en réparation. Blanche, interrogé sur ce point par des élus, n’a pas exclu cette possibilité. Il a déclaré que ce serait aux commissaires de décider selon des facteurs comme « ce que la personne a fait, sa peine, combien de temps elle a passé en prison » — une formulation qui n’exclut pas, mais ne confirme pas non plus, l’éligibilité des condamnés pour violence.
Les policiers agressés face à une indemnisation de leurs agresseurs
Harry Dunn et Daniel Hodges représentent une réalité concrète et humaine au-delà du débat constitutionnel abstrait. Ces deux officiers de police ont défendu physiquement le Capitole le 6 janvier 2021 contre des émeutiers armés. Ils ont subi des violences. Ils ont vu leurs collègues blessés. Ils ont témoigné devant le Congrès. Et maintenant, ils se retrouvent à devoir aller en justice pour empêcher que leurs agresseurs — ou du moins des personnes similaires — reçoivent de l’argent public en guise de « compensation » pour avoir été poursuivis après ces mêmes violences.
Michael Bromwich résume cela avec une clarté douloureuse : des individus qui ont attaqué et blessé des agents de l’ordre sont présentés comme des héros et des victimes, tandis que les forces de l’ordre et les procureurs qui ont mené de justes poursuites sont vilipendés et visés par des licenciements et des enquêtes. C’est l’inversion des valeurs fondamentales d’un État de droit. Dans ce cadre, les officiers Dunn et Hodges ne se battent pas seulement pour eux-mêmes — ils se battent pour le principe selon lequel agresser un policier dans le cadre d’une tentative de coup d’État ne devrait pas ouvrir droit à une récompense de l’État.
Harry Dunn et Daniel Hodges auraient pu rester silencieux. Ils auraient pu encaisser ce que cette administration pense d’eux. Au lieu de cela, ils ont choisi de se battre devant les tribunaux. C’est le genre de courage civique discret qui mérite d’être reconnu — bien loin du bruit des grandes déclarations et des tweets présidentiels. Ces hommes incarnent quelque chose que l’administration Trump semble avoir décidé de vendre à ses partisans : la dignité du service public.
Le débat juridique sur la « mootness » : l'affaire est-elle théorique ?
La stratégie du gouvernement pour clore les poursuites
Le gouvernement a adopté une stratégie cohérente dans les différentes procédures judiciaires : arguer que les affaires sont théoriques (moot) car le fonds n’a jamais été créé et ne le sera jamais. Cette argumentation a partiellement fonctionné devant le juge Richard Leon à Washington D.C., qui le 10 juin a décliné d’émettre une injonction temporaire, acceptant les déclarations du Département de justice selon lesquelles le fonds est mort. Mais Brinkema n’a pas été convaincue, notant que l’argument de mootness du gouvernement « manque de mérite à son avis ».
La distinction est cruciale : pour qu’une affaire soit théorique, il faut que la cessation du comportement contesté soit absolument certaine. Or, Brinkema a identifié plusieurs raisons de douter de cette certitude : les déclarations de Blanche n’ont pas été faites sous serment ; le mémo du 18 mai instaurant le fonds n’a pas été formellement révoqué ; Trump lui-même a continué à exprimer son soutien au fonds après la déclaration de Blanche ; et le gouvernement a refusé de présenter une déclaration sous serment. De plus, l’addendum accordant l’immunité fiscale à Trump reste en vigueur. La juge a même noté sa crainte que si le fonds n’est pas vraiment mort, il pourrait revenir sous une autre forme.
L’accord de règlement reste en vigueur
Un autre élément complique la mootness : le règlement à l’amiable entre Trump et l’IRS — l’accord original qui a donné naissance au fonds — reste techniquement en vigueur. Selon l’avocat des plaignants Nikhel Sus, représentant CREW, le règlement « reste pleinement opérationnel » et la déclaration de Blanche devant le Congrès n’en constitue pas une rescision légalement valable. Selon le calendrier du règlement, un conseil d’administration de cinq membres pour superviser le fonds devait être établi avant le 17 juin 2026, et le transfert de fonds devait intervenir avant le 17 juillet 2026. Si l’injonction de Brinkema expire, « il n’y a aucun obstacle légal à ce qu’ils aillent à toute vitesse », a averti Sus.
C’est précisément pour cette raison que les plaignants ont demandé que la phase de discovery commence — afin d’obtenir des documents sur la manière dont le fonds a été structuré et sur l’état réel de son abandon supposé. Le gouvernement, en refusant de déposer une déclaration sous serment et en s’opposant à la découverte de preuves, maintient une ambiguïté qui sert ses intérêts politiques à court terme mais maintient l’affaire devant les tribunaux. C’est un choix délibéré : garder toutes les portes ouvertes, même formellement fermées.
La théorie juridique de la mootness est conçue pour éviter que les tribunaux ne tranchent des questions abstraites sans conséquences pratiques. Mais ici, son utilisation par le gouvernement est inversée : on l’invoque non pas parce que la menace a disparu, mais parce qu’on veut que la menace disparaisse de la carte judiciaire tout en restant disponible politiquement. C’est l’utilisation stratégique d’une doctrine procédurale pour contourner la supervision judiciaire. Et c’est cela qui devrait inquiéter.
L'immunité fiscale : la clause la plus explosive
Un accord qui protège Trump et sa famille des audits de l’IRS
Au-delà des 1,776 milliard de dollars de l’Anti-Weaponization Fund, c’est peut-être la clause sur l’immunité fiscale qui constitue la partie la plus dangereuse du règlement à l’amiable. L’addendum signé par Blanche le 19 mai stipule que le gouvernement est « à jamais interdit et exclu » de poursuivre toute action liée aux déclarations fiscales des plaignants, et plus généralement d’entamer de nouvelles enquêtes ou audits sur tout ce qui pourrait être qualifié de « Lawfare et/ou Weaponization » — des termes qui ne sont pas définis dans le document. Cette clause couvre Trump, ses fils et leurs entreprises, pour une durée indéfinie.
Même après la déclaration de Blanche devant le Congrès sur l’abandon du fonds d’indemnisation, il a confirmé que la clause d’immunité fiscale reste en vigueur. C’est un avantage concret et permanent pour le président et sa famille, extrait d’un accord à l’amiable d’autotraitement, indépendamment de la survie ou non du fonds public. Donald Ayer, ancien vice-procureur général sous Bush, a appelé cette clause un « vol pur et simple » : elle représente l’utilisation des mécanismes de règlement judiciaire pour garantir à un président en exercice et à sa famille une immunité fiscale permanente vis-à-vis de l’agence qu’il supervise.
La portée extraconstitutionnelle de la clause d’audit
L’JURIST, service de presse juridique de référence, a noté que la portée de l’interdiction d’audit — couvrant toutes les agences de l’exécutif pour toute question pouvant être qualifiée de « Lawfare » ou de « Weaponization » indéfiniment — va au-delà de tout règlement à l’amiable présidentiel précédent. Les anciens juges fédéraux Nancy Gertner et J. Michael Luttig ont insisté pour que même si le fonds lui-même est entièrement fermé, l’enquête judiciaire sur le mécanisme d’accord et sur la clause d’audit doit se poursuivre. Ils ont qualifié ces allégations de suffisamment graves pour justifier une procédure judiciaire complète.
La clause d’audit soulève également une question de gouvernance fondamentale : si le président peut, via un accord à l’amiable avec son propre gouvernement, obtenir une immunité fiscale permanente pour lui et sa famille, quel principe empêche un futur président de faire de même ? Et si cette immunité couvre non seulement les enquêtes liées à la divulgation fiscale originale, mais toute action gouvernementale pouvant être labellisée « Weaponization » — un terme dont la définition est contrôlée par l’exécutif lui-même — l’étendue potentielle de cette protection est pratiquement illimitée.
Je veux m’arrêter un instant sur cette clause d’audit, parce qu’elle me semble pire que le fonds lui-même. Un fonds de 1,8 milliard peut être bloqué, combattu, éteint. Mais une clause contractuelle accordant à un président en exercice et à sa famille une immunité fiscale permanente, inscrite dans un accord à l’amiable avec son propre gouvernement — comment on défait cela ? Qui a le pouvoir de le révoquer ? C’est la vraie question que nos démocraties libérales doivent se poser.
Les alternatives légales : la voie du Federal Tort Claims Act
Un contournement potentiel par une loi de 1946
Stanley Woodward, troisième plus haut fonctionnaire du Département de justice, a ouvert le 12 juin 2026 une porte sur une voie alternative en indiquant à Reuters que les personnes croyant être victimes d’abus gouvernementaux pourraient toujours déposer des réclamations via le Federal Tort Claims Act de 1946. Cette loi permet à des particuliers de déposer des réclamations administratives — et des poursuites judiciaires subséquentes — contre le gouvernement américain pour des actes illicites allégués, qui peuvent ensuite être réglés hors tribunal. Des centaines de personnes impliquées dans les événements du 6 janvier ont déjà déposé des formulaires SF-95 via ce mécanisme, et au moins dix ont intenté des poursuites.
La différence entre cette voie et le fonds officiel est significative : le Federal Tort Claims Act est un mécanisme établi, contrôlé par les tribunaux fédéraux ordinaires, soumis aux règles habituelles de preuve et de procédure. Les règlements doivent être approuvés par des instances judiciaires ou administratives indépendantes. Il n’y a pas de commission de cinq membres nommés politiquement pour décider discrétionnairement des indemnisations. Chaque demande serait examinée individuellement sur ses mérites. En théorie, c’est un mécanisme plus transparent et moins susceptible d’abus politiques que le fonds officiel.
Mais la porte dérobée reste dangereuse
Pourtant, des observateurs avertis restent méfiants. Si le Département de justice décide d’adopter une attitude délibérément accommodante vis-à-vis des demandes déposées au titre du FTCA par des participants au 6 janvier — en les réglant rapidement et généreusement, sans résistance judiciaire — l’effet pratique pourrait être similaire à celui du fonds officiel, sans les mêmes contrôles institutionnels. La différence est que ce processus serait moins visible, moins traçable, et potentiellement moins contestable. Michael Caputo, qui a contribué aux efforts anti-weaponization lors de la campagne Trump de 2024 et a déposé la première demande connue via le fonds abandonné, a indiqué que d’autres options de paiement sont encore explorées.
La Maison Blanche, interrogée sur l’existence de plans alternatifs, a répondu : « Nous n’avons pas d’annonce supplémentaire pour l’instant et toute spéculation sur des actions futures potentielles n’est que cela — de la spéculation. » Un fonctionnaire du Département de justice a ajouté qu’il n’y avait « aucun effort pour encourager les gens à déposer ces demandes ». Ces déclarations offrent peu de garanties concrètes. Et pendant ce temps, l’injunction Brinkema reste le seul véritable obstacle légal entre l’administration et sa capacité à récompenser ses alliés avec des fonds publics, sous quelque forme que ce soit.
Il y a quelque chose de profondément décourageant à voir l’administration chercher une porte dérobée le jour même où la porte principale est verrouillée par un tribunal. Cela confirme que le problème n’est pas le mécanisme du fonds en soi, mais l’intention derrière lui : utiliser la puissance financière de l’État pour récompenser la loyauté et punir l’opposition. Tant que cette intention subsiste, les formes juridiques qu’elle prend sont secondaires.
Conclusion : Un test de résistance pour les institutions américaines
Ce que cette affaire révèle sur l’état de la démocratie américaine
L’Anti-Weaponization Fund n’est pas une simple question budgétaire. C’est un test de résistance pour les institutions américaines. Il révèle jusqu’où une administration est prête à aller pour transformer les mécanismes de l’État — ses fonds publics, ses appropriations perpétuelles, ses accords à l’amiable — en outils de récompense politique. Il révèle la capacité — ou l’incapacité — du Congrès à imposer des limites à l’exécutif, même quand des membres de sa propre majorité s’y opposent. Et il révèle la robustesse du système judiciaire américain, incarnée ici par une juge fédérale d’Alexandria, Virginia, qui n’a pas cédé face à l’argumentaire d’une administration affirmant que sa parole non assermentée devrait suffire.
Skye Perryman, présidente de Democracy Forward, a raison : « Cette décision est une victoire significative pour la Constitution, l’état de droit et le peuple américain. » Mais c’est une victoire fragile. Le fonds est bloqué, pas enterré. Le règlement à l’amiable reste en vigueur. L’immunité fiscale reste acquise. Et les centaines de demandes déjà déposées continuent de circuler dans les méandres administratifs. L’affaire Floyd v. Department of Justice n’est pas terminée — elle entre peut-être dans sa phase la plus cruciale, celle de la discovery et de l’examen au fond des arguments constitutionnels.
Pro-Occident, pro-institutions, lucide sur Trump
La position pro-Occident n’implique pas la cécité face aux dérives des démocraties libérales. Au contraire, c’est précisément parce que l’Occident est le centre du monde que doit rester que ses institutions doivent être défendues contre leur corruption de l’intérieur. Trump peut être un mal nécessaire pour la fermeté face à la Russie de Poutine, à la Chine de Xi, à l’Iran et à la Corée du Nord. Mais cette utilité géopolitique n’immunise pas son administration contre la critique légitime lorsqu’elle utilise l’argent public comme une machine à récompenser la loyauté personnelle. Ces deux positions ne sont pas contradictoires. Elles sont les deux faces d’une même lucidité.
L’Anti-Weaponization Fund, dans sa conception, son financement, sa gestion et sa résistance à la transparence judiciaire, représente exactement le type de dérive que les États de droit doivent nommer et combattre. Non pas parce que Trump est l’ennemi de l’Occident — il ne l’est pas. Mais parce que les précédents institutionnels qu’il crée survivront à son mandat et seront disponibles pour les dirigeants qui viendront après lui, avec ou sans scrupules démocratiques. La juge Brinkema l’a compris. Les citoyens américains méritent que leurs représentants élus en fassent autant.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
The Guardian — Judge extends block on Trump’s $1.8bn ‘anti-weaponization’ fund — 12 juin 2026
CBS News — DOJ rebuffs judge’s demand to state anti-weaponization fund is dead — 19 juin 2026
Department of Justice — Justice Department Announces Anti-Weaponization Fund — 19 mai 2026
Sources secondaires
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