Un camouflet juridique historique
Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu un verdict 6 contre 3 : le président Trump avait excédé son autorité en imposant des tarifs mondiaux via la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationale — l’IEEPA. Le chef de la Cour, John Roberts, a écrit sans ambiguïté : « l’IEEPA n’autorise pas le président à imposer des tarifs ». Ce faisant, la Cour a effacé d’un trait les tarifs de « Liberation Day » d’avril 2025, les tarifs réciproques contre des dizaines de nations, et certaines mesures ciblant spécifiquement la Chine, le Canada et le Mexique. Selon Foreign Policy, la décision implique que l’administration Trump avait prélevé illégalement jusqu’à 175 milliards de dollars de taxes sur les contribuables américains au cours des douze mois précédents.
La réponse de Trump a été immédiate et révélatrice de son état d’esprit : le même jour, il a annoncé un nouveau tarif mondial de 10 %, cette fois invoquant la section 122 de la loi commerciale de 1974 — une disposition jamais utilisée auparavant dans l’histoire américaine. Cette section autorise le président à imposer des tarifs jusqu’à 15 % pendant 150 jours pour faire face à un déficit de la balance des paiements, avant d’exiger l’approbation du Congrès. Le lendemain, Trump annonçait une hausse à 15 %. Selon Axios, le Trésor américain sous Scott Bessent a estimé que cette combinaison de mesures permettrait de maintenir les recettes tarifaires « pratiquement inchangées » en 2026.
Une légalité contestée sur tous les fronts
Mais Foreign Policy a publié dès le 26 février 2026 une analyse cinglante : ces nouveaux tarifs sous la section 122 sont, selon les juristes cités, tout aussi illégaux que les précédents. La section 122 n’autorise des tarifs que face à un déséquilibre grave de la balance des paiements ou une dépréciation imminente du dollar — conditions que personne, dans l’administration elle-même, n’a pu définir clairement lors des auditions devant le tribunal du commerce américain en avril 2026. Pendant ce temps, les enquêtes sous la section 301 avancent, préparant un nouveau cadre juridique pour des tarifs plus durables. La section 122 expire le 24 juillet 2026 — et le régime tarifaire de la prochaine phase se construit en coulisses.
Ce ballet juridique n’est pas une anecdote procédurale. Il révèle une vérité fondamentale : la politique tarifaire de Trump est improvisée, instable juridiquement, et génère une incertitude massive pour les entreprises qui doivent planifier leurs chaînes d’approvisionnement sur des horizons de plusieurs années. Ce n’est pas la Chine qui en paye le prix le plus immédiat — ce sont les importateurs américains et, en bout de chaîne, les consommateurs.
Je comprends l’instinct de Trump : la Chine joue depuis vingt ans dans la cour des grands en trichant sur les règles. Il fallait réagir. Mais là où je décroche, c’est quand la stratégie devient aussi chaotique qu’un coup de poing dans le vide — on se fait plus mal soi-même qu’à l’adversaire.
Qui paie les tarifs ? Les Américains — à 90 %
Le mythe de la facture envoyée à Pékin
Trump a répété inlassablement que ce sont les pays exportateurs — notamment la Chine — qui paient les tarifs américains. C’est économiquement faux, et les données le prouvent. Le 12 février 2026, la Réserve fédérale de New York a publié une étude fouillée sur l’impact des tarifs tout au long de l’année 2025 : 90 % des coûts tarifaires sont absorbés par les consommateurs et les entreprises américains, les exportateurs étrangers n’en supportant qu’une fraction marginale. Selon la même étude, entre janvier et août 2025, les Américains ont absorbé 94 % de l’impact — un chiffre qui n’a diminué que légèrement à 86 % en novembre, cité par Reuters.
Le Congressional Budget Office confirme : les exportateurs étrangers assument environ 5 % des coûts tarifaires. Les entreprises américaines absorbent 30 % en comprimant leurs marges. Et les 65 à 70 % restants sont répercutés sur les consommateurs via des hausses de prix. La Yale Budget Lab estime que le régime tarifaire actuel a augmenté le niveau des prix à la consommation de 0,6 à 1,1 % à court terme. La Réserve fédérale constate que les tarifs mis en place jusqu’à fin 2025 ont élevé les prix des biens de base de 3,1 % à travers février 2026.
2 510 dollars de plus par foyer américain en 2026
Le Comité économique conjoint du Congrès — dans sa composante minoritaire démocrate — a publié en mars 2026 une feuille de calcul précise : les familles américaines paieront en moyenne 2 510,63 dollars en coûts tarifaires en 2026, une hausse de 768 dollars par rapport aux 1 744 dollars payés durant la première année de Trump. En total cumulé, les consommateurs américains auront collectivement déboursé 231,35 milliards de dollars entre février 2025 et janvier 2026. La projection pour 2026 entier monte à 332,9 milliards de dollars. L’Institute Peterson évalue la perte annuelle moyenne par foyer à 1 230 dollars, la Tax Foundation à 1 500 dollars, et la Yale Budget Lab dans une fourchette entre 800 et 1 300 dollars selon l’extension ou non des tarifs temporaires de la section 122.
Ce que ces chiffres ne disent pas explicitement mais que la logique impose : les ménages les plus modestes sont frappés proportionnellement plus fort. Yale Budget Lab calcule que le régime tarifaire actuel augmente le taux fédéral effectif sur les ménages du quintile inférieur de 0,9 point de pourcentage, contre 0,7 pour le quintile supérieur. Les tarifs sont une taxe sur la consommation — et les taxes sur la consommation sont par nature régressives.
Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette équation. Les ouvriers de l’Ohio qui ont voté Trump en croyant qu’il allait sauver leur usine paient aujourd’hui des prix plus élevés sur les vêtements, les appareils électroniques, les meubles — et leurs usines ne sont toujours pas revenues. Le protectionnisme mal conçu est une promesse que l’économie ne peut pas tenir.
L'excédent record de la Chine : 1 190 milliards de dollars malgré tout
Le billion qu’on n’attendait pas
Voilà le chiffre qui résume toute l’ironie de la situation : en 2025, sous le feu roulant des tarifs américains, la Chine a affiché un excédent commercial de 1 189 milliards de dollars — un record mondial absolu, une première dans l’histoire moderne, comparable au PIB de l’Arabie saoudite. Ce surplus représente une hausse de 20 % par rapport à 2024. Les exportations chinoises ont progressé de 5,5 % sur l’année entière, malgré la chute de 20 % des envois vers les États-Unis. Ce n’est pas un accident. C’est une réorientation stratégique calculée, exécutée avec une précision redoutable.
Les données de janvier-février 2026 confirment l’élan : les exportations chinoises ont bondi de 21,8 % en glissement annuel, pulvérisant les prévisions des économistes interrogés par Reuters qui tablaient sur 7,1 %. Le surplus commercial pour les deux premiers mois de 2026 s’est établi à 213,62 milliards de dollars, dépassant largement les 179,6 milliards anticipés. En mai 2026, l’excédent mensuel a atteint 105,43 milliards de dollars — le plus large depuis janvier, selon Trading Economics. Sur les cinq premiers mois de 2026, le surplus cumulé s’est établi à 451,71 milliards. La Chine est en bonne voie pour une troisième année consécutive de surplus avoisinant le trillion.
Les moteurs de cette résilience
Comment expliquer cette performance en pleine guerre commerciale ? Plusieurs facteurs structurels jouent en faveur de Pékin. D’abord, la diversification accélérée des marchés d’exportation : depuis janvier 2025, les entreprises chinoises ont massivement réorienté leurs expéditions vers l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Amérique latine. En 2025, la part du Global South dans les exports totaux est passée à 44 %, contre 35 % en 2015, selon S&P Global. Les exportations vers l’ASEAN ont bondi de 13,4 %, vers l’Afrique de 25,8 %. Les partenaires de l’Initiative « Ceinture et Route » ont représenté 4,02 billions de yuans d’échanges sur les deux premiers mois de 2026, en hausse de 20 % sur un an. Ensuite, un yuan affaibli qui rend les exportations chinoises plus compétitives. Et enfin, une profondeur industrielle que nulle autre économie émergente ne peut encore répliquer.
Selon l’économiste Ding Shuang de Standard Chartered cité par The Star, « la montée en gamme industrielle, la compétitivité prix et la diversification des partenaires commerciaux ont soutenu la résilience du secteur exportateur même lorsque les volumes avec les États-Unis ont chuté ». L’automobile illustre parfaitement ce pivot : les exportations de véhicules ont progressé de près de 19 % en 2025, atteignant 5 millions d’unités. Les exportations de véhicules électriques purs ont explosé de 48,8 % — et la Chine reste le premier exportateur mondial d’automobiles pour la troisième année consécutive.
Je dois être honnête : j’ai été surpris par l’ampleur de la résilience chinoise. Je savais que Pékin avait diversifié ses marchés depuis la première guerre commerciale Trump. Mais un excédent commercial de 1 190 milliards de dollars alors qu’on lui impose des tarifs à 145 % ? Ce n’est pas juste de la résilience. C’est une démonstration de puissance industrielle que l’Occident ferait bien de ne pas sous-estimer.
La grande réorientation : vers le Global South et l'ASEAN
Pékin pivote, et le monde lui ouvre les bras
La stratégie de Pékin ne se résume pas à une défense passive. C’est une offensive commerciale déguisée en réorientation. Les échanges commerciaux de la Chine avec l’ASEAN ont progressé de 20,3 % pour atteindre 1 240 milliards de yuans (environ 180 milliards de dollars) sur les deux premiers mois de 2026, selon les douanes chinoises. En 2025, le déficit commercial de l’ASEAN avec la Chine dépassait déjà 190 milliards de dollars, selon l’Asia Society — les économies régionales absorbant des volumes croissants de produits chinois sans nécessairement en tirer un avantage symétrique.
En Amérique latine, le phénomène est tout aussi marqué. En 2025, les exportateurs chinois avaient déjà « changé de vitesse vers l’Amérique latine », selon Lundgreen’s Investor Insights, alors que le tarif placeholder négocié à 30 % rendait le marché américain moins rentable. Sur la période janvier-août 2025, les exportations chinoises vers les régions émergentes ont augmenté de près de 11 %. La Chine exporte maintenant plus de 50 % de ses volumes vers le Global South — 1 600 milliards de dollars — qu’elle n’en envoie vers les États-Unis et l’Europe occidentale combinés (1 000 milliards), selon S&P Global.
Les effets secondaires inquiétants pour les économies locales
Cette réorientation n’est pas sans friction. Les économies émergentes qui accueillent ce flux d’exportations chinoises se retrouvent submergées de produits souvent moins chers que leurs propres productions locales. La Helmut Schmidt Universität note que la Chine court-circuite les industriels locaux en vendant des machines, des biens de consommation et des équipements verts à des prix que peu d’économies intermédiaires peuvent concurrencer. Au sein des pays à revenus intermédiaires, l’excédent commercial de la Chine a transformé un déficit historique en surplus entre 2021 et 2022, signalant une domination industrielle croissante sur des secteurs que ces pays cherchaient précisément à développer.
C’est ici que se révèle l’une des conséquences les plus perverses de la guerre tarifaire de Trump : en fermant unilatéralement les portes américaines aux exportations chinoises, Washington a poussé des milliards de tonnes de produits vers des marchés tiers — des marchés qui sont souvent aussi des alliés potentiels des États-Unis dans la compétition géopolitique avec la Chine. Pékin gagne donc des parts de marché et de l’influence dans des régions stratégiques, pendant que l’Amérique débat de la légalité de ses propres tarifs.
Il y a une ironie cruelle dans ce mécanisme. En voulant exclure la Chine, on lui offre un boulevard vers les marchés émergents. Et ces marchés — l’Afrique, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine — seront les terrains d’influence décisifs du XXIe siècle. C’est une erreur stratégique de premier ordre, et elle se commet en direct, sous nos yeux.
Les alliés de l'Occident dans le collimateur : dommages collatéraux réels
L’Europe, le Japon, la Corée du Sud — touchés et coulés
La guerre tarifaire de Trump ne cible pas la Chine seule. Loin de là. Le régime initial de « Liberation Day » avait frappé indistinctement alliés et adversaires. L’Europe fait face à des tarifs de 15 % sur ses exportations vers les États-Unis depuis les nouvelles mesures post-SCOTUS, avec des secteurs comme l’automobile, les produits chimiques et les équipements industriels particulièrement exposés. Un quart des consommateurs européens auraient boycotté des produits américains en réponse, exacerbant les tensions transatlantiques. La British Chambers of Commerce estime que le nouveau régime tarifaire alourdit les exportations britanniques vers les États-Unis de jusqu’à 3 milliards de livres sterling, affectant 40 000 entreprises britanniques.
Le Japon et la Corée du Sud — alliés essentiels dans toute stratégie de containment de la Chine — ont été frappés malgré leur loyauté indéfectible. Le Japon, avec 24 % de tarifs sous le régime initial, a vu ses exportations de véhicules vers les États-Unis chuter de 24,7 % en glissement annuel dès mai 2025, selon le ministère des Finances japonais. La Japan External Trade Organization estime que les tarifs automobiles pourraient réduire le PIB japonais de 0,3 % cette année. En Corée du Sud, la Banque de Corée projette une baisse de 0,6 % des exportations totales, et jusqu’à 4 % pour les exportations vers les États-Unis, les secteurs automobile, semi-conducteurs et électroménagers étant en première ligne.
Le paradoxe des alliés poussés vers la Chine
Le cas du Canada illustre la dynamique la plus alarmante. Après des mois de tarifs américains, Ottawa a signé en janvier 2026 un accord commercial avec Pékin portant sur les véhicules électriques, l’agriculture et l’énergie. Le Canada a supprimé sa taxe de 100 % sur les VE chinois en échange de réductions tarifaires sur le canola canadien. Selon Axios du 16 janvier 2026, le chercheur de la Brookings Institution Ryan Chan a commenté : « Ces dynamiques évolutives sont précisément ce que la Chine désire. » Il décrit le soulagement palpable à Pékin devant la désintégration des alliances occidentales, notant que c’est « un immense soulagement pour un Beijing très anxieux ».
Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’UE, l’avait dit avec une brutalité bienvenue début 2026 : « La Chine et la Russie doivent savourer cette situation. Ce sont eux qui gagnent de la discorde entre alliés. » Les tarifs ne distinguent pas entre amis et ennemis — et c’est précisément ce que Foreign Policy dénonce dans plusieurs analyses : une stratégie sans cohérence géopolitique, qui « sabote les producteurs américains en général » et « ne distingue pas entre ami et ennemi, compromettant les alliances dans toute politique cohérente vis-à-vis de la Chine ».
Alliéner le Japon, la Corée du Sud, le Canada et l’Europe en même temps qu’on cherche à isoler la Chine — c’est le contraire d’une stratégie. C’est une erreur de débutant à l’échelle planétaire. Et ce sont nos alliés les plus précieux dans une confrontation à long terme avec Pékin qui en paient le prix.
Secteurs sinistrés : acier, électronique, textile, agriculture
L’acier et l’aluminium : la protection qui coûte cher
Les tarifs sur l’acier (40,1 %, montant à 50 % en juin 2026) et l’aluminium sont présentés comme une victoire pour les syndicats américains. Dans les faits, selon Penn Wharton Budget Model, ces protections élèvent le coût des intrants pour tous les fabricants américains qui utilisent ces métaux comme matières premières. Le secteur automobile américain, l’aéronautique, le bâtiment — tous voient leurs coûts de production augmenter, érodant leur compétitivité internationale. L’entreprise citée par Reuters, Spreetail, déclare avoir payé environ 50 millions de dollars de tarifs en 2025 et n’envisage « aucun ajustement de prix » — ce qui signifie que la pression migre vers les marges ou vers les consommateurs.
Le textile et l’électronique grand public illustrent un autre mécanisme pervers : l’essentiel de la production reste en Asie, car aucune capacité de substitution n’existe aux États-Unis à court terme. Les tarifs n’ont pas ramené des usines sur le sol américain — ils ont simplement rendu les produits plus chers sans créer d’emplois locaux en nombre significatif. Eva St. Clair, co-propriétaire d’une PME spécialisée dans les vêtements pour enfants, expliquait à Reuters en février 2026 : « Nous avons absorbé presque tous les coûts liés aux tarifs — nous n’avons aucune raison de rembourser qui que ce soit. » Son entreprise a survécu notamment grâce à une boîte à pourboires qui a collecté 8 000 dollars de la part de clients solidaires.
L’agriculture : la plaie rouverte
L’agriculture américaine — et en particulier le soja — porte des cicatrices profondes depuis la première guerre commerciale Trump. La Chine a réduit ses achats de soja américain, développé ses propres capacités de production dans d’autres pays fournisseurs, et signé des accords alternatifs. Dans le cadre de la trêve d’octobre 2025, Pékin a accepté d’acheter 12 millions de tonnes métriques de soja américain d’ici fin d’année — mais les analystes cités par Foreign Policy soulignent que c’est une concession tactique, pas un changement structurel. La Chine continuera de diversifier ses sources d’approvisionnement agricole pour ne plus jamais être vulnérable à la pression américaine dans ce secteur.
En parallèle, les tarifs de rétorsion chinois sur les produits agricoles américains — avant leur allègement partiel — ont coûté des milliards à des États comme l’Iowa, l’Illinois et l’Indiana, des États républicains qui constituent le cœur de la base électorale de Trump. Cette contradiction politique — frapper ses propres électeurs — n’a été résolue qu’à coups de subventions fédérales d’urgence aux agriculteurs, ajoutant à la dépense publique ce que les tarifs étaient supposés générer en recettes.
J’ai lu des dizaines de témoignages d’agriculteurs de l’Iowa ou du Kansas qui ont voté Trump deux fois et qui se retrouvent aujourd’hui à la fois victimes des tarifs chinois de rétorsion et bénéficiaires de chèques de subventions fédérales pour compenser. C’est l’État qui prend d’une main et redonne de l’autre — et tout le monde fait semblant que ça marche.
La stratégie de Pékin : trois leçons tirées de Trump
Patient, précis, calibré
Foreign Policy a publié en décembre 2025 une analyse magistrale intitulée « Les trois leçons chinoises tirées de Trump ». La première : les menaces maximalistes de Trump ne tiennent pas. Les tarifs les plus extrêmes ont systématiquement cédé sous la pression des marchés, des lobbyistes ou de l’appétit présidentiel pour « tout accord qu’il peut appeler victoire ». La deuxième : la diversification commerciale accélérée a donné à Pékin la marge nécessaire pour absorber la pression américaine sans montrer de faiblesse. La troisième : les représailles ciblées sur les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement américaine — minéraux critiques, terres rares, composants électroniques — se sont avérées beaucoup plus efficaces que les contre-offensives tarifaires frontales.
Cette posture de Pékin pour 2026 est décrite avec clarté dans l’analyse de Foreign Policy : « Patience, précision et effet de levier calibré sont devenus l’arsenal définissant la conduite des affaires d’État de Pékin. » La Chine ne cherche pas à gagner une guerre commerciale — elle cherche à rendre les coercitions américaines progressivement inefficaces, à approfondir ses liens avec l’Europe, l’Asie du Sud-Est et les États du Golfe, et à accélérer son autonomie technologique. Elle joue sur un horizon décennal, pendant que Washington change de stratégie juridique tous les six mois.
L’arme des minéraux critiques
Pékin a une carte maîtresse que Washington peine encore à neutraliser : le contrôle des minéraux critiques. La Chine produit ou raffine une part écrasante du lithium, du cobalt, des terres rares et du gallium utilisés dans les semi-conducteurs, les véhicules électriques et les équipements militaires de précision. En 2025, la Chine a testé des restrictions ciblées sur ces exportations — avec des résultats qui ont confirmé, selon Foreign Policy, que « la chaîne d’approvisionnement américaine est fragile ». Cette démonstration de force n’a pas été oubliée : elle constitue désormais le plafond implicite de toute escalade tarifaire américaine, une ligne rouge économique que Washington hésite à franchir.
Le négociateur commercial en chef de Trump, Jamon Greer, a admis devant le Council on Foreign Relations en mai 2026 qu’il avait « fini par accepter le fait que la Chine n’allait pas devenir un géant capitaliste de la façon dont le système politique chinois fonctionne. » Il a déclaré que l’espoir de forcer une transformation économique structurelle de Pékin était « en grande partie terminé ». C’est un aveu extraordinaire : la grande théorie de la convergence par le commerce — qui avait guidé trente ans de politique américaine — est officiellement enterrée. Après six ans de guerre commerciale, Washington reconnaît que la pression tarifaire n’a pas changé le modèle économique chinois. Elle l’a durci.
Il y a quelque chose de vertigineux dans cet aveu. Trente ans de foi dans le « commerce comme vecteur de démocratisation » — une illusion qui a nourri l’intégration de la Chine dans l’OMC, le transfert de technologie, la délocalisation industrielle. Et maintenant on découvre qu’on a fait exactement l’inverse de ce qu’on croyait faire. Cette lucidité tardive mérite d’être saluée — même si elle arrive trop tard.
Le « choc chinois » version 2.0 frappe l'Europe
L’UE dans la ligne de mire des surcapacités chinoises
Si les États-Unis ont fermé partiellement leurs portes, les produits chinois ont trouvé d’autres débouchés — et l’Europe est en première ligne. Axios a publié le 16 juin 2026 une analyse sur le « choc chinois » à l’ordre du jour du G7 présidé par la France. Ursula von der Leyen l’a formulé clairement : « 2025 sera noté comme la première fois que tous les États membres avaient un déficit commercial avec la Chine. Cette situation n’est pas viable. » Les exportations chinoises pénètrent désormais des secteurs que l’Europe considérait comme ses bastions : automobile, chimie, machines-outils, batteries, équipements d’énergie propre.
La Commission européenne développe en réponse un mécanisme dit de « surcapacité » ciblant les secteurs inondés par des importations subventionnées. Des discussions portent sur des règles prioritaires pour les biens fabriqués en Europe dans les secteurs des batteries, de l’éolien et des technologies propres. C’est une reconnaissance tardive que l’industrie européenne est aussi vulnérable aux pratiques commerciales chinoises que l’industrie américaine l’était il y a dix ans. La grande ironie ? Trump avait raison sur le problème fondamental. Mais son traitement indiscriminé — tarifs sur alliés et adversaires mélangés — a empêché la construction d’un front occidental uni qui aurait été autrement plus efficace.
Le paradoxe de la convergence transatlantique
Sur le fond de la problématique chinoise, il existe aujourd’hui une convergence inédite entre Washington, Bruxelles, Paris, Berlin et Tokyo : la Chine représente une menace structurelle pour les industries occidentales, et il faut agir. Les instruments divergent, les calendriers aussi, et les rivalités tarifaires transatlantiques paralysent la coordination. Mais intellectuellement, le diagnostic est partagé. Foreign Policy écrit qu’« au fur et à mesure que le rôle des États-Unis comme hégémon commercial mondial s’affaiblit, la Chine prendra sa place » — et cela peut encore être évité, à condition d’une stratégie alliée cohérente que les tarifs trumpiens rendent plus difficile à construire, pas plus facile.
La Chine, de son côté, joue habilement sur ces divisions. Elle offre à l’Europe une ouverture commerciale de façade — en signalant sa volonté de réduire les subventions industrielles et d’ouvrir ses marchés — tout en continuant d’inonder le continent de produits à prix cassés. Et elle propose aux pays d’Asie du Sud-Est, aux pays du Golfe et aux nations africaines des alternatives concrètes à la dépendance américaine, au moment précis où les tarifs de Trump alimentent le ressentiment envers Washington.
L’Europe est dans une position difficile, et je le dis en pleine conscience de ce que ça implique. On ne peut pas à la fois reprocher à Trump ses tarifs chaotiques ET refuser de reconnaître que la Chine a effectivement créé les distorsions commerciales qui les ont rendus politiquement possibles. Le vrai problème, c’est qu’on a besoin d’une stratégie commune — et qu’on n’en a pas.
La Cour suprême, le Congrès, la Constitution : le feuilleton tarifaire
Un président limité par ses propres juges
Le 20 février 2026, quand six juges de la Cour suprême — dont trois nommés par Trump lui-même — ont invalidé les tarifs IEEPA, c’est toute une théorie du pouvoir exécutif qui s’est effondrée. La décision Roberts établit clairement que le Congrès n’a jamais délégué à l’exécutif le pouvoir d’imposer des tarifs généraux via des lois d’urgence économique. Pour Trump, c’est un camouflet institutionnel, mais pas un arrêt définitif. Selon Foreign Policy, les 175 milliards de dollars prélevés illégalement entre début 2025 et la décision devront potentiellement faire l’objet de remboursements — un chaos administratif de plusieurs années.
Le Congrès américain se retrouve désormais en position centrale. Si la section 122 expire le 24 juillet 2026 sans renouvellement législatif, le régime tarifaire s’effondre partiellement. Si le Congrès vote pour le maintenir, il prend la propriété politique de tarifs qu’il a longtemps laissé Trump porter seul. Certains républicains modérés ont discrètement exprimé leur soulagement après la décision de la Cour suprême, selon Axios. Le résultat pratique pourrait être une pression accrue pour des accords commerciaux bilatéraux négociés, secteur par secteur, pays par pays — une approche plus ciblée, mais aussi plus lente et moins susceptible de créer le choc stratégique recherché face à Pékin.
Le remboursement : 126 milliards d’incertitude
Selon l’analyse de Trade Partnership Worldwide, les tarifs IEEPA annulés représentent environ 126 milliards de dollars en jeu à travers les États-Unis sur la période de février à décembre 2025. La Californie à elle seule aurait payé 26 milliards de ces tarifs. Le juge Brett Kavanaugh, dans sa dissidence, avait noté que la Cour « s’abstient de commenter aujourd’hui comment le gouvernement devrait procéder pour rembourser les milliards de dollars qu’il a collectés auprès des importateurs ». Des années de procédures judiciaires sont attendues, et rien ne garantit que les entreprises importatrices — encore moins les consommateurs finaux — verront jamais la couleur de ces remboursements.
En attendant, Josh Ketter, PDG de Spreetail, une grande entreprise d’e-commerce, a déclaré à Reuters que le processus de remboursement pourrait s’étaler sur « quelques années ». Son entreprise avait payé environ 50 millions de dollars de tarifs en 2025 — et n’a annoncé « aucun ajustement de prix prévu » à la baisse. Ce que les consommateurs ont payé en surtaxe depuis plus d’un an ne leur sera probablement pas restitué, même si les tarifs sont jugés illégaux. L’incertitude juridique s’est installée comme une composante structurelle du paysage commercial américain.
Il y a une image qui me hante dans cette affaire : des milliards de dollars prélevés sur les Américains au titre de lois jugées illégales, et personne ne sait très bien comment les rembourser. Ce n’est pas juste une question juridique abstraite. C’est de l’argent qui a été pris dans les poches de consommateurs qui n’avaient pas les moyens de se battre contre la machinerie tarifaire de l’État fédéral.
Le bilan sectoriel : gagnants réels et perdants structurels
Les quelques vrais gagnants américains
Il serait inexact de prétendre que la politique tarifaire n’a aucun bénéficiaire américain. Les producteurs d’acier et d’aluminium ont bénéficié d’une protection réelle, avec des prix domestiques relevés par les barrières tarifaires. Des entreprises comme Nucor ou US Steel ont vu leurs marges s’améliorer. Le secteur des semi-conducteurs bénéficie d’investissements publics massifs — le CHIPS Act — combinés à des restrictions d’exportation technologique vers la Chine qui créent de la valeur captive aux États-Unis. Certains fournisseurs de services financiers et d’assurance profitent également du resserrement des chaînes d’approvisionnement domestiques.
À l’international, certains pays ont profité de la réorientation des chaînes de production : le Vietnam, les Philippines, l’Indonésie, l’Inde — qui absorbent une partie des commandes jadis passées en Chine. Selon Bloomberg du 22 juin 2026, sous le nouveau régime tarifaire post-SCOTUS, les Philippines pourraient bénéficier d’une réduction de près de 7 points de pourcentage de leur taux tarifaire par rapport à avril 2025. Le Pakistan verrait ses tarifs chuter de 19 points à 10 %. Ce sont de petites victoires dans une recomposition commerciale mondiale chaotique.
La liste des perdants est plus longue
Mais la liste des perdants est structurellement plus longue et plus lourde. Les consommateurs américains à revenus modestes et moyens supportent la plus grande part du choc tarifaire. Les exportateurs américains — Boeing, Merck, General Electric — voient leurs coûts d’intrants gonfler et leurs marchés d’exportation se rétrécir face aux tarifs de rétorsion. Les PME importatrices n’ont ni les ressources juridiques ni la trésorerie pour absorber durablement des hausses de coûts de 20 à 40 %. Le Japon et la Corée du Sud — alliés indispensables face à la Chine — souffrent d’une distorsion commerciale qui alimente le sentiment anti-américain. Et le Royaume-Uni, après le Brexit déjà coûteux, voit ses exportations soumises à des tarifs plus élevés qu’avant la recomposition post-SCOTUS, selon l’analyse de Global Trade Alert citée par CNBC en février 2026.
Le tableau d’ensemble — tracé sans partialité — montre une politique commerciale qui a davantage fragmenté l’alliance occidentale qu’elle n’a isolé la Chine. Les gagnants sont concentrés, souvent très visibles politiquement (les aciéristes de Pennsylvanie, les semi-conducteurs d’Arizona). Les perdants sont diffus — millions de ménages, milliers de PME, dizaines de pays alliés. C’est la structure classique du protectionnisme : les bénéfices sont concentrés, les coûts sont dispersés et politiquement invisibles.
Je connais la réponse standard à ces arguments : « il fallait faire quelque chose contre la Chine. » Et c’est vrai. Mais « faire quelque chose » ne signifie pas « faire n’importe quoi. » La question n’est pas l’objectif — affaiblir le pouvoir économique de Pékin — c’est l’instrument. Et cet instrument-là tire à côté de la cible tout en blessant ses propres soldats.
La thèse centrale : la guerre tarifaire renforce paradoxalement Pékin
Cinq mécanismes de renforcement involontaire
La thèse de cette enquête peut désormais être exposée avec précision, étayée par les données collectées. La guerre tarifaire de Trump renforce paradoxalement Pékin à travers cinq mécanismes distincts. Premier mécanisme : les tarifs ont forcé la Chine à accélérer sa diversification commerciale vers des marchés qu’elle n’aurait peut-être jamais développés aussi vite, réduisant durablement sa dépendance aux États-Unis et à l’Europe — et donc sa vulnérabilité aux pressions futures. Deuxième mécanisme : en frappant indistinctement alliés et adversaires, les tarifs ont fissuré l’alliance occidentale qui serait la seule capable de créer un front commercial efficace contre les pratiques mercantilistiques chinoises.
Troisième mécanisme : l’instabilité juridique et l’imprévisibilité tarifaire américaine ont renforcé l’image de la Chine comme partenaire commercial plus stable et plus fiable aux yeux de nombreux pays émergents — exactement le discours que Pékin voulait tenir. Quatrième mécanisme : les tarifs ont généré une pression inflationniste aux États-Unis qui réduit la capacité de Washington à financer des politiques industrielles ambitieuses — CHIPS Act, investissements dans les infrastructures vertes — qui sont les seuls instruments véritablement efficaces contre la domination industrielle chinoise à long terme. Cinquième mécanisme : la contestation judiciaire des tarifs a mobilisé des ressources politiques et juridiques considérables, retardant ou compliquant l’adoption de restrictions plus ciblées et mieux calibrées contre les pratiques spécifiques de Pékin.
Trump = mal nécessaire mais mal calibré
Il faut nommer les choses avec précision, sans complaisance idéologique. Trump a eu raison d’identifier le problème : la Chine a effectivement mené pendant deux décennies une politique commerciale agressive, subventionnée et déloyale qui a creux l’industrie manufacturière américaine et affaibli la puissance industrielle occidentale. La douceur excessive de ses prédécesseurs — convaincus que l’intégration économique amènerait la démocratisation de la Chine — a été une erreur stratégique monumentale. Sur ce diagnostic, Trump a raison.
Mais le traitement est mal calibré. Une politique tarifaire efficace contre la Chine aurait dû, selon plusieurs analystes de Foreign Policy et du Peterson Institute, procéder différemment : cibler en priorité les secteurs stratégiques et les pratiques spécifiques illégales au regard des règles de l’OMC, construire une coalition d’alliés avant d’agir — pour maximiser l’effet de masse et minimiser les dommages collatéraux — et maintenir une prévisibilité juridique suffisante pour que les entreprises puissent planifier leurs investissements. La war room tarifaire de Trump a choisi l’effet de surprise et la pression maximale. Le résultat : Pékin résiste, les alliés s’éloignent, et les consommateurs américains paient l’addition.
C’est la contradiction au cœur de cette présidence : Trump a vu juste sur la Chine, mais il a agi avec les outils d’un homme d’affaires habitué aux coups de bluff plutôt qu’avec ceux d’un stratège à long terme. Et face à un adversaire aussi patient et aussi structuré que Pékin, le bluff a ses limites. La Chine joue aux échecs. On lui a répondu par une partie de poker.
Que faudrait-il faire autrement ? Les alternatives crédibles
Une stratégie ciblée, alliée et légale
La question n’est pas de savoir si l’Occident doit contester le modèle économique chinois — il le doit, impérativement. La question est de savoir comment. Kurt Campbell et Rush Doshi, dans un article de Foreign Affairs cité par Axios, formulent la réponse : « La Chine a l’échelle, et les États-Unis ne l’ont pas — au moins de manière autonome. La seule voie praticable passe par des partenariats avec d’autres. » Une politique commerciale efficace contre la Chine doit être multilatérale par nature — associant l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, le Canada, les pays de l’ASEAN — pour créer une masse critique que Pékin ne peut pas ignorer.
Dans ce cadre, les tarifs conservent un rôle légitime mais ciblé : surtaxer les produits fabriqués avec des subventions d’État illégales, répondre aux restrictions d’accès au marché chinois dans des secteurs spécifiques, protéger les industries stratégiques impliquées dans la défense ou les technologies de rupture. Le modèle de l’UE avec ses droits compensateurs sur les véhicules électriques chinois — imparfait, contesté, mais ciblé et juridiquement solide — est plus proche de ce que devraient être des tarifs pro-Occident efficaces que le régime chaotique de « Liberation Day ».
Investissement industriel comme contre-offensive
La réponse durable à la domination industrielle chinoise n’est pas tarifaire — elle est productive. Les États-Unis ont commencé à investir massivement via le CHIPS Act et l’Inflation Reduction Act. Ces politiques industrielles sont les bonnes réponses sur le long terme : elles reconstruisent des capacités manufacturières domestiques, attirent des investissements privés dans les secteurs stratégiques, et créent les emplois qualifiés que les tarifs seuls ne peuvent pas générer. Mais elles sont lentes — leurs effets se mesureront en décennies, pas en semestres. Et leur financement est fragilisé par les déficits budgétaires accentués par les remboursements potentiels de tarifs illégaux et les coûts économiques de l’inflation tarifaire.
Le vrai conflit stratégique avec la Chine se gagne dans les semi-conducteurs avancés, l’intelligence artificielle, la biologie synthétique et l’énergie propre — des domaines où la Chine investit massivement et où l’Occident doit maintenir ou reconstruire sa compétitivité technologique. Les tarifs peuvent gagner du temps. Ils ne peuvent pas gagner la guerre. Et s’ils sont mal calibrés, ils consomment des ressources politiques et économiques dont l’Occident a besoin pour mener les vraies batailles de demain.
Je reste convaincu que l’Occident a les moyens de l’emporter dans cette compétition à long terme avec la Chine. Nous avons les universités, les systèmes d’innovation, les démocraties capables de se corriger. Mais pour gagner, il faut avoir la lucidité d’analyser honnêtement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas — même quand ça contredit les narratifs politiques qu’on préférerait entendre.
Conclusion : la stratégie qui aide l'adversaire qu'elle veut affaiblir
Le bilan d’une guerre mal menée
Au terme de cette enquête, le verdict est sévère mais documenté. La guerre tarifaire de Trump a produit des résultats inverses à ses objectifs centraux : elle n’a pas affaibli l’économie chinoise, dont l’excédent commercial a atteint des sommets historiques ; elle n’a pas rapatrié massivement l’industrie américaine, dont les coûts de production ont augmenté ; elle n’a pas consolidé les alliances occidentales nécessaires à un containment efficace de Pékin, qu’elle a au contraire fragilisées. Les vrais perdants sont les consommateurs américains à revenus modestes, les PME importatrices, et les alliés de l’Occident qui font face à des tarifs injustifiés au regard de leur loyauté géopolitique.
La Chine, de son côté, a absorbé le choc, pivoté vers de nouveaux marchés avec une efficacité redoutable, et en est sortie avec une diversification commerciale accrue, une image de stabilité renforcée dans les pays émergents, et la confirmation que les États-Unis peuvent être érodés par leurs propres contradictions. Pékin n’a pas gagné la guerre commerciale — mais elle est en train de gagner la paix qui lui permet de préparer les batailles suivantes.
Ce que l’Occident doit retenir
Trois leçons s’imposent pour l’avenir. La première : les tarifs ne sont pas une stratégie, ce sont des tactiques — et sans stratégie, les tactiques se retournent contre celui qui les emploie. La deuxième : affronter la Chine seul est une erreur que même les États-Unis, avec toute leur puissance, ne peuvent pas se permettre à l’ère de la compétition technologique globale. La troisième : la vraie arme contre le modèle industriel chinois, c’est l’investissement productif, l’innovation, et la reconstruction d’une coalition démocratique qui parle d’une seule voix sur les règles du commerce international. C’est plus long, plus difficile, moins spectaculaire qu’une déclaration de guerre commerciale. Mais c’est ce qui peut réellement marcher. L’Occident a les ressources pour mener cette bataille. La question est de savoir s’il en a encore la volonté collective.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Foreign Policy — Les nouveaux tarifs de Trump sont également illégaux — 26 février 2026
Sources secondaires
Foreign Policy — Les trois leçons chinoises tirées de Trump — 30 décembre 2025
Axios — Pendant que Trump aliène ses alliés, la Chine capitalise — 16 janvier 2026
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